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Archive pour le 26 décembre, 2007

Affaire Mécili: vingt ans après, la fin de l’impunité?

Selon les informations de Rue89, deux mandats d’arrêt ont été émis en France contre les tueurs de l’opposant algérien.

Vingt ans. Il aura fallu vingt ans pour que l’affaire Mécili -du nom d’un opposant algérien assassiné à Paris sur ordre des services secrets algériens- sorte du trou noir dans lequel Paris et Alger la maintiennent en dépit de l’activité inlassable d’Antoine Comte, l’avocat d’Annie Mécili, sa veuve, pour remettre en cause l’impunité des tueurs.

Ce rebondissement d’une affaire étouffée par deux raisons d’Etat est d’autant plus spectaculaire qu’il a lieu contre l’avis du parquet. Ainsi, et selon nos informations, le juge français Baudoin Thouvenot a lancé le 7 décembre un double mandat d’arrêt contre deux responsables directs de l’assassinat de Ali Mécili, cet avocat français, porte-parole de l’opposition algérienne abattu à l’âge de 47 ans dans le hall de son immeuble parisien du boulevard Saint Michel, le 7 avril 1987.

Le proxénète et le consul

Le premier mandat concerne le tueur lui même, Abdelmalek Amellou. Ce petit proxénète qui coule des jours heureux en Algérie avait été arrêté à Paris deux mois après son forfait et expédié à Alger par les autorités françaises de l’époque en procédure d’ »urgence absolue », dès la fin de sa garde à vue. Pourtant, les faits retenus contre lui sont accablants. Selon le juge Thouvenot:

« L’enquête a montré qu’il était en relation avec des membres de la sécurité militaire ou des officiers de l’armée algérienne et qu’il possédait un ordre de mission du capitaine Hassani. »

Le magistrat remarque également que « la concubine d’Amellou avait confié à sa soeur que c’était ‘eux qui avaient fait ça’ », tandis que le frère du même Amellou était, selon l’une de ses ex-compagnes, « persuadé de la culpabilité de ce dernier dans l’assassinat de Ali Mécili ».

Le second mandat d’arrêt vise Mohamed Ziane Hassani -qui se fait aussi appeler Rachid Hassani-, un capitaine de la Sécurité militaire algérienne (devenue entre temps le DRS: Département du renseignement et de la sécurité), dont la dernière fonction connue était consul d’Algérie à Bonn. Le rôle de Hassani, qui fut l’agent traitant du tueur dans la préparation du meurtre, était très vite apparu aux enquêteurs français. Mais en 2003, un témoignage édifiant permettait d’établir que cet agent consulaire diplomatique en Allemagne avait aussi assuré le suivi de l’exécution d’Ali Mécili…

Le témoignage d’un ancien colonel des services algériens

Le 2 juillet 2003 en effet, le juge Thouvenot entendait en qualité de témoin, et sur la demande expresse de Me Antoine Comte, un officier dissident algérien réfugié en Allemagne, Mohammed Samraoui -sur lequel l’Etat algérien rêve d’ailleurs de remettre la main- et qui était, à l’époque des faits, responsable d’une « section de prévention économique de l’armée pour la région Est ».

« Mohammed Samraoui, note le juge Thouvenot dans son mandat d’arrêt, nous a déclaré avoir assisté à une réunion fin juin-début juillet 1987, au cours de laquelle Amellou a reçu des mains de Hassani une forte somme d’argent en liquide, qui n’était visiblement qu’une partie de ce qu’il devait recevoir [800000 francs]. »

Auditionné par le juge français, Hicham Aboud, un autre ex-officier de la Sécurité militaire, fera également état de cette information.

Pourtant décisifs, ces éléments nouveaux concernant Hassani n’ont pas suffit à convaincre le parquet de la nécessité d’émettre des mandats d’arrêt contre l’agent consulaire algérien. Pas plus d’ailleurs que contre Amellou. « La délivrance d’un mandat d’arrêt ne s’impose pas », indiquait en effet, et sans plus de commentaires, le parquet le 13 novembre 2007… La chape de plomb qui assure l’impunité à l’auteur et à l’un des commanditaires de l’assassinat d’un avocat français sur le sol français semblait ainsi devoir définitivement retomber sur cette affaire.

Comme si le message adressé par Charles Pasqua, le ministre de l’Intérieur de l’époque, aux autorités algériennes dans les heures suivant le crime était toujours d’actualité: « Je tenais à vous assurer que l’Algérie n’a rien à voir dans cette affaire », avait affirmé par téléphone Charles Pasqua à l’ambassadeur de ce pays en France, lui signifiant clairement qu’Alger pouvait, en la matière, compter sur la couverture sans faille de Paris. Une assurance qui a notamment permis aux autorités algériennes de faire la sourde oreille à la commission rogatoire internationale qui leur a été adressée le 4 septembre 1998.

La fin de l’omerta entre Paris et Alger?

Deux décennies après qu’un obscur sous-traitant de la police politique algérienne a abattu à bout portant un responsable de l’opposition démocratique algérienne en plein Paris, le mandat d’arrêt du 7 décembre vient pourtant d’ouvrir une brèche dans l’omerta qui régit les relations entre la France et l’Algérie. Il demande notamment aux policiers algériens de le « notifier à Amellou à son dernier domicile connu », Hassani devant quant à lui être localisé.

La suite donnée à ce double mandat d’arrêt dira jusqu’où le Parquet peut bloquer une enquête, au moment même où Nicolas Sarkozy clame haut et fort sa volonté de fonder les rapports franco-algériens sur une base nouvelle.

José Garçon

Mandats d’arrêt contre deux Algériens dans l’affaire Mecili

PARIS (Reuters) - Un juge d’instruction parisien a signé le 7 décembre deux mandats d’arrêt internationaux dans l’enquête sur le meurtre de l’opposant algérien Ali Mecili en 1987, écrit le Canard Enchaîné.

Selon l’hebdomadaire, cette démarche vise, plus de vingt ans après les faits, l’assassin et le commanditaire présumés du meurtre, un « petit truand » et un ancien membre de la sécurité militaire algérienne.

Dès le début de l’enquête, les soupçons s’étaient portés sur les services secrets algériens, ce qui aurait incité les autorités françaises, craignant un remake de l’affaire Ben Barka, à la plus grande prudence.

L’enquête aurait été relancée en 2003 par le témoignage d’un ancien colonel de la Sécurité militaire algérienne, réfugié politique en Allemagne.

L’ex-officier visé par le juge Thouvenot est aujourd’hui consul en Allemagne, souligne le Canard Enchaîné, pour qui le magistrat risque de se heurter à la réticence des autorités judiciaires, soucieuses d’éviter une crise diplomatique avec Alger.

Gérard Bon

Mandats d’arrêt contre les assassins présumés de l’opposant algérien Mecili

mecili.jpgDeux mandats d’arrêt internationaux ont été récemment délivrés par un juge parisien contre les assassins présumés de l’opposant algérien Ali Mecili, assassiné le 7 avril 1987 à Paris, a indiqué mardi à l’AFP une source proche du dossier.

 

Ces mandats d’arrêt ont été signés le 7 décembre dernier par le juge Baudoin Thouvenot, contre l’avis du parquet de Paris selon lequel la délivrance de ces mandats « ne s’impose pas ».

 

Ils visent Abdelmalek Amellou, exécutant présumé de l’assassinat, et le capitaine de la sécurité algérienne Mohamed Ziane Hassani, qui en aurait été le commanditaire, a-t-on précisé de même source confirmant une information de l’hebdomadaire parisien Le Canard enchaîné à paraître mercredi.

 

M. Amellou serait en Algérie et M. Hassani en poste au consulat d’Algérie à Bonn en Allemagne.

 

Le 7 avril 1987, l’avocat d’origine algérienne, Ali Mecili, 47 ans, était assassiné de trois balles dans le hall de son immeuble à Paris.

 

Dès l’annonce du décès, Hocine Ait Ahmed, l’un des chefs historiques de l’indépendance algérienne, alors exilé en Suisse, avait accusé « les services spéciaux » algériens d’avoir commandité l’assassinat. Ali Mecili, réfugié en France depuis 1965, faisait office de porte-parole de M. Ait Ahmed.

 

Deux mois plus tard, les policiers disposant de renseignements arrêtaient à Paris l’auteur présumé de l’assassinat, Abdelmalek Amellou, un petit truand sur lequel était retrouvé un ordre de mission de la sécurité militaire algérienne signé du capitaine Hassani.

 

Mais à l’issue de sa garde à vue, le suspect sera expulsé de France vers l’Algérie avec sa concubine Fatima Beliati, en vertu de la procédure « d’urgence absolue », à la demande du ministère de l’Intérieur alors dirigé par Charles Pasqua et Robert Pandraud.

 

En 2003, le juge Thouvenot a recueilli le témoignage accablant d’un ancien officier de la sécurité algérienne réfugié politique en Allemagne, le colonel Mohammed Samraoui, qui affirme avoir assisté en Algérie à la remise, par le capitaine Hassani, d’une grosse somme d’argent à Amellou pour l’assassinat d’Ali Mecili.

 

« La délivrance aujourd’hui des deux mandats d’arrêt représente le début de la réparation de la forfaiture française qui a consisté à renvoyer l’assassin à ses commanditaires », a expliqué à l’AFP Me Antoine Comte, avocat d’Annie Mecili, la veuve de l’opposant algérien.

 

Interrogé sur les chances de voir les mandats exécutés, l’avocat a rappelé que ces mandats valaient mises en examen: « Normalement, si la procédure va à son terme, les deux hommes seront un jour jugés par une cour d’assise à Paris, qu’ils soient présents ou non (par contumace, ndlr) ». AFP

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