Résumé de la conférence* de M. Abbes Hamadene

journal288644.jpg« Je suis parti d’un diagnostic largement partagé à savoir que « depuis plusieurs années, le mouvement et la région kabyle qui l’a essentiellement porté  sont confrontés à une crise extrêmement grave. Et que cette crise, n’est pas la conséquence d’un déterminisme historique ou culturel, elle est liée à des causes qui trouvent leur prolongement dans la réalité multidimensionnelle de notre pays ».
La question est de savoir « si le mouvement s’est oui ou non donné tous les moyens d’élargir ses champs des possibles et ainsi connaître un meilleur cheminement que celui qu’il a parcouru ?».   Pour essayer de répondre à cette question, je suis parti d’un constat double : « si le mouvement avait un handicap de départ lié au fait qu’il ne pouvait pas puiser dans une tradition politique terriblement affaiblie par 20 années de dictature militaire, il pouvait néanmoins s’appuyer sur un système de valeurs puissant, cohérent et relativement inaltéré depuis des générations et qui a donné à la Kabylie sa réputation méritée de région rebelle. »
Donc, une faiblesse et une force. Ensuite j’ai examiné l’une et l’autre avant d’analyser leur interactivité avec les enjeux politiques du mouvement.  

De cette modeste analyse, on peut tirer plusieurs constatations :
1-  En posant la question de la revendication berbère, le mouvement a engendré des enjeux sans précédent pour lesquels il n’était guère préparé.
2- Le mouvement n’a pas réussi à élaborer un projet politique, «non pas sous sa forme galvaudée et politicienne, mais comme une réinstitution d’espaces politiques autonomes capables de former  et de fournir au mouvement des cadres politiques de qualité, un cadre organisationnel adapté et une vision politique tenant compte à la fois de la diversité politique au sein du mouvement et des enjeux politiques qu’il a suscités.»
3- Le mouvement tirait sa force d’un système de valeurs qui a fait de la Kabylie un bastion de la résistance face à toutes les invasions, des romains jusqu’aux français en passant par les arabes et les turcs.  « Un système de valeurs qui accordait une grande place à la respectabilité, la modération, la tempérance, le don de soi, la fidélité, la solidarité, la confiance et par-dessus tout, l’autolimitation individuelle et collective (Ahezzab). »
4- Les laboratoires du pouvoir sont arrivés à la conclusion que le seul usage de la répression n’était pas suffisant pour mettre à genou le mouvement et la région qui le porte et qu’« Il fallait le torpiller de l’intérieur et cela passerait fatalement par des rapprochements avec des personnes issues du mouvement et tentées par l’aventure participationniste. Le participationnisme est une stratégie politique qui ambitionne de changer le système de l’intérieur en s’alliant avec des  démocrates imaginaires au sein de l’Etat-major de l’armée et des services.
5-  De douteux compromis sont passés impliquant des personnes influentes issues du mouvement. Ces compromis sont perçus par une grande partie de la population comme une violation du pacte qui unissait le mouvement. Le doute s’installe, les repères explosent, de nouvelles pratiques se propagent et métastasent le tissu social, «La modération, la tempérance, la respectabilité laissent place à l’insulte, l’outrance verbale et la menace physique».
6-  La cohésion du mouvement est fragilisée.  Les doutes augmentent sur l’utilité et la pertinence des valeurs qui ont fait la force du mouvement. Les implications politiques et psychologiques sont désastreuses : résignation, cynisme, nihilisme suicidaire, désespoir, crispations identitaires…
7- Si l’hypercritique, l’anathème conduisent à la négation et à la stagnation, La critique et l’autocritique mènent à la compréhension et à la construction. Ma modeste expérience militante m’a appris à être prêt à congédier les préceptes acquis et à m’en tenir à ce doute salutaire qui permet de combattre et non pas à cette oisiveté molle des vérités tranchées et définitives. 

Je vous souhaite les plus belles réussites dans vos efforts et la meilleure inspiration créative dans vos choix présents et à venir. Dans cette perspective, qui mieux qu’un poète peut conclure :
« Le vent n’est pas suffisant,
Il faut aussi la mer pour aller au fond de
L’inconnu pour trouver du nouveau.”  Abbes Hamadene 

* La Maison de l’Algérie a organisé, le 19 avril 2008 à Paris, une rencontre- débat:  » Revendications et cheminement du mouvement berbère: Regards critiques près de 30 ans après le printemps berbère en Algérie « .  La rencontre a été animée par Ahsène TALEB : Militant pour la démocratie en Algérie et Abbès HAMADENE : Militant pour la démocratie. Merci Abbes pour ton analyse pertinente.  El Mouhtarem

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