Mohammed Samraoui: «Le Maroc n’a jamais soutenu les actions du GIA»

samra.jpgLe colonel algérien Mohamed Samraoui, ex-numéro deux du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), revient sur les allégations de l’émir du GIA Abdelhak Layada concernant le Maroc.

ALM: M. Samraoui, dans un entretien publié récemment par le quotidien algérien El Khabar, Abdelhak Layada prétend encore une fois que le Maroc soutenait les actions du GIA. De ce fait, il dément avoir été arrêté au Maroc et qu’il était hébergé au Palais royal. Quel est votre commentaire ?

Mohammed Samraoui: Les lecteurs du quotidien El Khabar -et les Algériens d’une manière générale- ne sont pas dupes, ils savent parfaitement que le sieur Layada est en train d’affabuler. Son arrestation au Maroc en 1993 a suscité une grande panique au sein du cercle des décideurs algériens, à tel point que le général Smain Lamari s’était déplacé à Rabat pour négocier secrètement son extradition. Devant le refus de Driss Basri d’accéder à sa doléance, le général Khaled Nezzar, ministre de la Défense de l’époque et homme fort du régime (il était membre du Haut Comité d’Etat, une structure fictive qui possédait les attributions de la présidence de la République), a sollicité une entrevue avec feu Hassan II et a finalement réussi à récupérer Abdelhak Layada avant qu’il ne passe aux aveux.
D’ailleurs au cours du même entretien, l’ex-chef du GIA évoquait ses rapports avec les généraux Khaled Nezzar et Brahim Fodil Chérif, que dire de plus si ce n’est qu’ils appartiennent tous à la même catégorie : des criminels en uniforme pour les uns et des criminels en Kamis pour les autres.
Cette sortie médiatique d’un terroriste qui revendique pleinement ses actes criminels démontre une fois de plus la manipulation orchestrée par les décideurs qui se servent des islamistes en tant qu’ épouvantail qu’ils agitent pour faire peur aux forces démocratiques.
Pour mémoire, je dois rappeler que Layada avait assisté en août 2007 à l’enterrement du général Smain Lamari. Connaissez-vous des victimes qui pleurent leurs bourreaux?
Autre question qui mérite d’être soulevée: d’où vient la fortune de Layada à Baraki alors qu’il était en 1993 un minable tôlier ? Tout commentaire serait superflu.  Je tiens également à préciser que le Maroc n’a jamais soutenu les actions du GIA. Ceux qui distillent ce genre de rumeurs malveillantes, le font à dessein et ce, dans le seul but d’entretenir un climat d’animosité entre les deux peuples frères.

Les attentats terroristes se multiplient en Algérie et la situation semble de plus en plus échapper aux services de sécurité ? En tant que spécialiste de la lutte antiterroriste et des affaires algériennes, où se situe la faille?

A mon avis, la recrudescence des attentats terroristes est plutôt liée à l’arrivée d’Ahmed Ouyahia à la tête du gouvernement. Chaque fois que ce sinistre personnage occupe la chefferie du gouvernement les massacres (comme en 1997 et 1998), l’injustice et la fraude se multiplient. Le terrorisme «résiduel», pour reprendre une expression qui lui est chère, a de beaux jours devant lui. Cependant, il serait malhonnête de ma part de tout imputer à Ouyahia, car la situation en Algérie est très complexe. Une chose est sûre, le cycle «violence-répression» est entretenu de façon systématique et a pour objectif l’anesthésie du courant démocratique, le maintien du statu quo favorable aux généraux. L’échec de la politique du tout sécuritaire est indiscutable car la solution sécuritaire à elle seule est inefficace et vaine. A quoi servirait la lutte contre le terrorisme si l’Etat ne s’attaque pas aux causes qui créent ce fléau ? La question du terrorisme ne sera résolue qu’à partir du moment où les autorités manifesteront la volonté d’engager un dialogue avec toutes les sensibilités politiques qui composent la scène politique en Algérie sans en exclure aucune. Dialoguer avec la pseudo opposition du club des pins ne fait qu’ajourner le problème. Malheureusement les cloportes, qui dirigent le pays et qui refusent d’assumer leur échec, n’ont aucun intérêt à mettre fin au terrorisme, pour la simple raison que la fin du terrorisme signifierait leur départ des commandes du pouvoir.
Comme l’avait dit le général Smain Lamari en 1992, les généraux autoproclamés d’Alger sont capables de sacrifier 3 millions de citoyens pour se maintenir au pouvoir.

Le Maroc a réitéré, à plusieurs reprises, sa disponibilité à renforcer les liens de coopération avec l’Algérie en matière de lutte contre le terrorisme. Une offre qui ne semble pas être prioritaire pour l’autre partie. Selon vous, l’Algérie peut-elle, toute seule, venir à bout du terrorisme d’Al Qaïda ?


Le terrorisme ne connaît aucune frontière et pour y venir à bout, la coopération internationale est inéluctable. Je suis d’ailleurs très surpris de constater que l’Algérie refuse cette offre d’un pays voisin alors qu’elle la recherche auprès des capitales occidentales.
Les responsables du DRS savent qu’ils peuvent berner leurs homologues européens pour harceler leurs opposants en leur collant l’étiquette de «terroristes» en produisant de faux témoignages ou en confectionnant de fausses preuves, chose impossible à accomplir avec des voisins. C’est la raison pour laquelle j’estime que les dirigeants algériens ne manifestent pas cette volonté à éradiquer le terrorisme. Les preuves ne manquent pas, il suffit de voir comment sont traités les Hassan Hattab, Abderazak El Para,…. pourtant recherchés par la justice pour les crimes, prises d’otages,… et que le DRS refuse de livrer à cette même justice. Les sanguinaires du GIA, GSPC ou Al Qaïda, peu importe la dénomination, élargis à la faveur d’un projet bidonné, pompeusement qualifié de «réconciliation nationale», savent parfaitement qu’ils peuvent sévir en toute impunité, puisque ce projet n’a été élaboré que pour garantir une amnistie aux criminels du DRS et à leurs agents islamistes qui faisaient régner la terreur en vue de mettre les citoyens au pas.

Le gouvernement algérien refuse la réouverture des frontières avec le Maroc. S’agit-il, d’après vous, d’une position compréhensible sur le plan sécuritaire ou, tout simplement, d’une attitude politique hostile envers le Maroc ?

Maintenir la frontière fermée entre les deux pays est d’une absurdité déconcertante. Rien ne justifie cette attitude mesquine qui prive les Algériens et les Marocains de pouvoir circuler librement par voie terrestre.
La fermeture de la frontière terrestre algéro-marocaine ne favorise pas les échanges économiques bilatéraux, par contre elle contribue à l’enrichissement illicite des réseaux de trafics, qui sont pour la plupart contrôlés par des officiers du DRS.
La réouverture des frontières signifierait la fin de ce «monopole de dividendes», d’où une farouche opposition à la normalisation entre les deux pays de la part de cette caste de profiteurs.

Le Maroc a proposé comme solution au problème du Sahara un projet d’autonomie accordant de larges prérogatives d’autogouvernement à la population sahraouie. Pourtant, Alger et le Polisario refusent de donner une suite favorable à cette solution et de débloquer la situation. Qu’en pensez-vous ?

N’ayant pas suivi avec assiduité les derniers développements de ce dossier, il m’est difficile d’émettre une opinion précise. L’Algérie qui considère que l’affaire du Sahara occidental est un problème de décolonisation, ne tient pas compte que la situation a réellement changé depuis 1975.
Pour ma part, je trouve regrettable qu’aucun consensus n’ait pu être trouvé pour une solution juste et équitable de ce conflit qui dure depuis presque un quart de siècle maintenant.
La vraie question est de savoir quelle est l’utilité de créer un micro-Etat au Maghreb ?
Mohamed Boudiaf était l’un des rares dirigeants algériens à avoir compris que cette affaire du Sahara ne faisait que des perdants et il avait été assez courageux en envisageant un règlement définitif de ce contentieux, malheureusement il fut assassiné en 1992 après six mois d’exercice. Dommage !

Le monde est en train de changer et les intérêts économiques et de développement socioéconomique se substituent aux questions des petits calculs géopolitiques. Pourtant le gouvernement algérien continue à refuser de débloquer la situation au Sahara ce qui empêche l’aboutissement du projet de l’Union du Maghreb arabe. Qu’en pensez-vous?

Les responsables politiques algériens et marocains doivent méditer sur les avancées en Europe, dont les dirigeants ont su surmonter leurs divergences pour abolir les frontières et renforcer leur coopération économique et politique, alors qu’au Maghreb, c’est toujours l’esprit des divisions qui prévaut.
J’ajouterai seulement avec une pointe d’amertume, que si l’Algérie et le Maroc étaient unis, compte tenu des richesses naturelles, de la situation géostratégique et du potentiel humain que recèlent les deux pays, il ne fait nul doute que le Maghreb serait considéré comme un géant économique aujourd’hui.

Interview réalisée par Aujourd’hui le Maroc 

Commentaires

  1. mohand dit :

    Une magistrale démonstration de lucidité, de connaissance de la situation et de logique irréfutable. Je ne sais pas pourquoi je crois cet homme. Il est parti, certes, mais qui dans sa situation aurait eu la force de rester. Il a sauvé sa tête, et il apparait aujourd’hui un témoin important. J’ose espérer qu’il est « sain » et qu’il ne s’est pas sali dans la « besogne » lors de son parcours au sein du DRS. Certains de ses camarades disent qu’il faut s’en méfier, il fut tout de même l’adjoint du N° 2 de la DRS, mais qu’à cela ne tienne, sur les sujets sur lesquels il s’exprime, il est d’une sobreité et de précision d’un bon soldat. Je n’ai pas lu son livre … parcequ’ils disent tous la même chose et pendant longtemps ils se sont tus.
    Quant au tolier et ses semblables, aujourd’hui milliardaires « sans causes » faut demander à Dieu de ne jamais donner autant de souffrances que l’homme à d’endurance, nous saurons attendre, nous souffrons l’injustice, il nous faut être patients donner du temps au temps et ils payeront un jour , sans aucune ombre d’un doute.

  2. yaz dit :

    le maghreb sa devrait etre comme singapour ou la corée du sud au lieu de ça.

  3. khoukoum Samysamy 92 dit :

    Je partage, en effet, l’avis de notre ami Mohand concernant la lucidité et la formidable sobriété de ce fils d’algérie : M. Samraoui.

    Les analyses de ce dernier témoignent de plus en plus de justesse et une connaissance inégalable non seulement du terrain, mais aussi de tout le mécanisme des manoeuvres du clan au pouvoir et la nature loufoque de leurs motivations !

    J’ajoute que nul n’a besoin d’une grande imagination pour croire au fait qu’une alliance des 2 pays (algérie + Maroc), serait source d’une inépuisable richesse humaine et materielle pour nos 2 peuples ainsi que pour l’ensemble de la rive sud de la méditéranné !

  4. Anonyme dit :

    Abdelhak Layaida fait état de l’enlèvement de son fils aîné
    par N.O., Le Jeune Indépendant, 26 octobre 2006
    Disparu depuis quatre jours, Abdelhak Layaida n’a toujours aucune nouvelle de son fils, Adnane, avec lequel il a perdu tout contact depuis l’après-midi de samedi dernier. Aucun autre détail n’a été également donné par l’ancien chef du GIA.
    Après le fils d’Ali Benhadj, au sujet duquel sa famille n’a aucune nouvelle depuis le début de mois d’octobre, c’est maintenant le fils de Layada qui est porté disparu depuis le début de cette semaine. Abdelhak Layaida a fait état de «l’enlèvement» de son fils aîné, 21 ans, dans l’après-midi de samedi dernier.
    Selon les dires de son père, le jeune garçon était parti «déposer une plainte auprès du ministère de l’Intérieur» concernant un litige de terrain. Abdelhak Layaida parle d’un enlèvement. «Mon fils Adlane a été enlevé», a-t-il déclaré, lundi dernier, par appel téléphonique, à l’AFP.
    Layada ne veut, du moins pour l’instant, accuser personne de cet «enlèvement». Depuis samedi, Layaida est resté sans nouvelle de son fils, si ce n’est l’appel téléphonique qu’Adlane avait émis, le lendemain de son «enlèvement», à son oncle paternel.
    Le fils de Layaida a téléphoné, selon son père, aux environs de 22 heures, pour les assurer de son bon état de santé : «Je suis en bonne santé, ne vous inquiétez pas, mais j’ignore où je me trouve. Informez mon père de mon appel.» C’est ce qu’a déclaré Layaida pour ce média.
    Comment a-t-il «disparu» ? Adlane avait été chargé, par son père, de remettre une plainte adressée au ministre de l’Intérieur, et ce au poste de police du palais du Gouvernement. Il était accompagné de son cousin (Layaida Abderrezak) qui a perdu sa trace après l’avoir déposé avant même d’arriver au palais du Gouvernement.
    D’après les services de sécurité, Adlane Layaida ne «se serait jamais présenté au poste de garde du palais du Gouvernement». Pour éviter toute polémique comme celle déjà créée après la disparition du fils d’Ali Benhadj, Layaida «écarte toute hypothèse selon laquelle son fils aurait pu rejoindre le maquis».
    Avant cela, Ali Benhadj, le vice-président de l’ex-FIS, avait, au début de mois d’octobre dernier, signalé la disparition de son fils cadet Abdelqahar. «Il a mystérieusement disparu», confirmait-il à la presse, alors qu’«il se rendait à une des mosquées du quartier de Kouba, pour accomplir la prière du fadjr.
    Benhadj avouait ne pas savoir s’il s’agissait d’une «disparition» ou d’un «enlèvement». «Mais s’il s’agit d’un enlèvement, j’accuse en premier lieu les services de renseignements», a affirmé Benhadj. Le «numéro deux» de l’ex-FIS a indiqué que les instantes recherches entreprises pour retrouver la trace d’Abdelqahar, âgé de 18 ans, sont restées vaines.
    «Nous avons cherché dans tous les hôpitaux et les commissariats de police et nous avons enquêté dans tous les lieux où il aurait pu se rendre, sans parvenir à éclaircir le mystère de cette disparition», affirmait-il. Le vice-président de l’ex-FIS avait promis de poursuivre les recherches et il n’avait pas hésité à dire qu’au cas où cela s’avérerait utile, qu’il «contacterait des ONG internationales pour l’aider à retrouver son fils».
    A ce jour, Abdelkahar n’a pas encore donné signe de vie. N. O.

  5. algerie watch dit :

    Adlène Layaida révèle les détails de son enlèvement
    El Khabar, 28 octobre 2006
    Le fils d’Abdelhak Layaida, ancien leader du Groupe Islamique Armé (GIA) est rentré chez lui après cinq jours passés entre les mains d’hommes armés qui l’ont séquestrée dans un endroit inconnu. Il a déclaré qu’il avait fait l’objet d’un interrogatoire minutieux autour « d’une visite à l’émir du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) au maquis », et autour des discussions qu’aurait eu son père avec Ali Belhadj, ancienne figure du Front Islamique du Salut (FIS).
    Mercredi après midi, Adlène est descendu d’une voiture commerciale à Zeralda, ses ravisseurs l’ont libéré après plus de cinq jours de captivité. Il a été enlevé à Ali Boumendjel à Alger, lorsqu’une voiture, dans laquelle se trouvaient deux hommes armés, s’est arrêtée devant lui, par la suite ses passagers l’ont obligé à y monter.
    Adlène a déclaré à El Khabar, hier au domicile familial de la famille Layaida, alors qu’il se dirigeait au palais du Gouvernement pour remettre une lettre de son père au ministre de l’Intérieur, abordant les souffrances subies. Le jeune homme, qui n’est pas paru franchement affecté par cet enlèvement, a indiqué que les ravisseurs sont descendus et l’ont obligé à monter dans leur voitures, il a déclaré que l’un d’eux parlait au téléphone et a dit « nous avons que le fils de Layaida », il a donné à son interlocuteur rendez vous sur l’autoroute où une voiture commerciale les attendait. Nous avons roulé pendant plus d’une heure vers un endroit inconnu, on m’avait bandé les yeux et menotté, ils m’ont mis dans une pièce et l’interrogatoire a commencé.
    Il a dit qu’il a été interrogé au sujet de mon cousin (Layaida abderrezak) qui rend visite à abdelhak régulièrement et de la relation de son père avec le numéro deux du « FIS», Ali Benhadj ainsi que du contenu de leurs discussions. J’ai répondu que « ces hommes ouvraient les portes du bien et fermaient celles du mal ». « Je leur ai demandé de s’adresser directement à eux pour savoir ce qui s’est passé entre eux ».
    Ils lui ont également montré des photos de Hassan Hattab l’ex émir du groupe, Abdelwadoud et une personne armée habitant tout prés de chez lui à Baraki. « Quand j’ai reconnu les personnes photographiées, ils m’ont accusé d’avoir des liens avec eux, chose qui n’est pas vraie puisque ces photos sont publiées dans les journaux et les sites Internet et beaucoup de gens les connaissent. ». Au cinquième jour, les ravisseurs l’ont relâché à une heure de marche de Zeralda.

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