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Archive pour le 8 octobre, 2008

L’enjeu des prodigalités budgétaires

apn.jpgUn budget de 400 milliards pour le Parlement le moins représentatif et le plus docile de son histoire. C’est un chiffre colossal pour une institution qui n’a pratiquement aucune importance sur l’échiquier politique algérien. Puisque Bouteflika l’a vidé complètement de sa substance et l’a transformé en un guichet d’enregistrement.
Qu’est-ce qui motive cette démesure dans les budgets dans les institutions clés du régime?

Le salaire des députés nationaux est triplé au moment où le niveau de vie de la majorité de la population est divisé par un nombre supérieur à trois. Ce vote ressemble à une orgie surréaliste organisée par une bande de psychopathes illuminés totalement coupés des scènes apocalyptiques qui les entourent, où des êtres humains souffrent le martyre. Ils sont sourds aux cris déchirants des gueux que leur envoient chaque jour les journaux. La décision de s’octroyer un salaire démentiel, s’apparente à un véritable pied de nez, fait par les députés de l’union présidentielle, à la face du peuple qui les a dédaignés par son historique abstention lors des dernières élections.

Le parlement des mercantiles sans vergogne, vient de s’offrir et de savourer une sorte de vengeance contre ses propres électeurs et de proclamer fort que ce dédain est partagé. Au-delà de la cupidité de ces homes et femmes de cette institution, n’y a-t-il pas des facteurs exogènes qui les ont poussés à adopter leur loi scélérate? Pourquoi le Pouvoir s’était-il tue?

La tyrannie, du feu Boumediene de laquelle est issu, son “excellence”, Bouteflika, n’aurait jamais toléré une telle prévarication institutionnelle qui va marquer profondément la mémoire des Algériens. Malgré sa dictature, l’histoire a retenu que le dévouement, du président Boumediene, pour les pauvres et pour l’Algérie profonde était indéfectible et étaient derrière tous les programmes économiques qu’il a imposés par la force. Malgré notre désaccord sur ses programmes économiques, malgré notre protestation contre sa dictature qui nous a conduits à ce que nous vivons aujourd’hui, l’honnêteté nous oblige à lui rendre un hommage qu’il mérite indiscutablement pour sa droiture, pour son esprit d’équité et pour sa volonté infaillible à faire sortir les Algériens de l’état d’indigence matérielle et culturelle dans laquelle l’a réduit le colonialisme. Oui, sans aucun doute, le geste ignoble que vient de commettre nos députés, était inimaginable au temps d’un président de la trempe de Boumediene.

D’aucun dirait autre temps, autres mœurs. Bien sûr, bien sûr,.mais l’ironie de l’histoire est que le plus proche et le plus fidèle compagnon de Boumediene, celui qui a partagé avec lui le même parcours et le même combat contre notamment le sous-développement et la misère en Algérie comme dans le monde entier, celui-là même qu’il a accompagné à sa dernière demeure, celui-là même qui a présidé ses obsèques et prononça, avec une voix grave et tremblante, les larmes aux yeux, le célèbre discours d’adieu, celui-là même qui très affecté par cette disparition, fit solennellement le sermon de poursuivre l’œuvre de Boumediene, pour atteindre un monde meilleur et juste et promit de continuer le combat contre toutes les formes d’injustices que vivent les Algériens, eh bien ,celui-là n’est autre que celui qui occupe, aujourd’hui la plus haute fonction de l’Etat. Le président Abdelaziz Bouteflika dans toute sa splendeur. C’est lui maintenant l’homme fort du régime. Théoriquement? Assez en tout cas pour infléchir certaines graves dérives qui feraient retourner dans sa tombe son défunt maître à qui il doit toute sa carrière politique.

Imbu de sa personne, maniant le verbe et l’art de la reparti, juché sur perchoir présidentiel, protégé par un populisme cousu sur mesure par sa propagande, intouchable par ses détracteurs dans les médias publics, flagornée par une élite rompue à l’art de la prostration politique, notre justicier de la première heure n’a pas daigner bouger le petit doit contre spectacle funeste qui s’est produit au parlement devant nos yeux incrédules. Pas un seul mot qui condamne ou justifie les 33 millions par mois. Qui ne dit mot, consent et peut même être le discret chef d’orchestre.

Il est clair que notre justicier a définitivement tourné casaque à ses principes et à ses anciens combats. Il a pris goût aux voluptés exquises que procure le pouvoir absolu. Et pour le préserver, il n’hésite pas à graisser la patte à ceux qui ont une possibilité institutionnelle ou les moyens adéquats…de le lui enlever. Tripler le salaire des députés et tripler le budget de la défense, entrent en ligne directe dans sa stratégie de la consécration de la “Ouhda talita”. Cette tactique a déjà été éprouvée avec succès lorsqu’il distribuait bruyamment d’épaisses enveloppes aux wilayas lors de sa dernière élection. Il a programmé des visites d’inspection avec bains de foule et de longs salamalecs, qui ressemblaient à des compagnes populistes déloyales précédant la campagne électorale officielle. Si notre président est contraint de geler les principes qui ont animé sa jeunesse, c’est qu’aujourd’hui, il passe par une phase très délicate qui nécessite justement la “clairvoyance” de nos députés et nos généraux. Alors, vous comprenez pourquoi ces derniers ont mis la barre très haute.

Mais que cherche, Bouteflika, derrière un troisième mandat? Lui qui s’approche d’un état de sénilité qui fera de lui un pantin manipulable par son entourage comme un certain Bourguiba. Jamais deux sans trois vociféreront ses encenseurs? De quoi parlent-t-ils, de deux mandats ou de deux échecs? Court-il après un succès au niveau économique et historique qui viendrait consolider son image de grand dirigeant politique et susciter enfin la reconnaissance non pas seulement par ses courtiers de circonstances acquis d’avance, mais par les vrais hommes politiques; ceux qui ont fait et écrivent l’histoire? Je crois que sur ce plan là, il court pitoyablement, depuis longtemps, après un mirage. L’échec cuisant de13 ans d’un système socialiste moribond, suivi de 2 mandats d’une économie de bazar, que lui-même vient de qualifier, toute honte bue, de fiasco et d’erreur de jugement sont encore vivaces. Le plus affligeant dans l’histoire c’est que la malédiction des échecs qui le poursuit frappe en même temps tout un peuple.

Par Sniper

5 octobre 1988: lorsque l’Histoire bégaie sous le nez de la chouette !!

algerie.jpgPar khoukoum Samy,
de Paris.
  
  
20 ans déjà ! Que d’émotions et d’amertumes mêlées de douleurs à travers cette réminiscence ! Tout reste presque intact dans l’esprit comme figé pour l’éternel.
 
A l’heure de cette commémoration, il est loin d’être inutile de s’interroger sur l’ampleur du traumas 20 ans plus tard ! Saisir la symbolique de cette meurtrissure. Huit ans après les révoltes du « printemps berbère » (1980), et deux ans après les émeutes de Constantine (1986).
 
Face à une symptomatologie politique, économique et sociale effroyable, conjuguée à la faillite d’un régime à l’agonie, la « thérapie » était confiée – une fois n’est pas coutume – non pas aux providentiels « guérisseurs » politiques et leur ‘‘sagesse’’ mais à l’« acier » des munitions, des tanks, des blindés et autres calibres de 12 Mm !
 
L’Algérie, qui comptait près de 60 % de sa population âgée de moins de 20ans, devait donc  faire face au désespoir grandissant. Les divisions internes au régime atteignent leur paroxysme. Fidèles de l’immobilisme ou partisans de l’ouverture économique, nostalgiques du régime émietté de Boumediene ou autres énergumènes du parti unique, la grande bataille des « éléphants » ne fait que commencer. Seule grande victime : les moustadhaafines du peuple. Souffrant comme l’herbe sous les pieds de ces « mammifères », c’est toute la société qui se trouve condamnée aux peines de leur enfer ! Acteurs ou complices, l’imagination de certains ne manquera pas de créativité pour assouvir leurs pulsions les plus bestiales de gain et de privilèges. Devenue l’« art » par excellence des grands barons du système, la corruption va bientôt gangrener telle une métastase tout le corps social.
 
Effarée, angoissée, la jeunesse ne se reconnaît plus dans cet univers sans lendemain. La peur va bientôt détrôner le doute déjà bien enraciné. Longtemps inconsidérée voir même humilié, cette tranche de la population n’ayant jamais connu la guerre se lance dans la rue s’attaquer à tout ce qui symbolise l’Etat. Du pot de fleur à l’entrée des kasmas aux grands édifices, tout devait disparaître comme pour réécrire l’Histoire sur une nouvelle page blanche…
 
Tout a commencé en ce jour du mardi 4 octobre. Jeune lycéen que j’étais à Abbane Ramdhane (Mohammadia, El Harrach), donc en plein adolescence. Avec tout ce que celle-ci implique comme enthousiasme bucolique et nonchalant à la fois. Ambivalence des sentiments, vagabondage de l’imagination, puis cette « rage irrépressible ». Bref, tous les rêves – croyait-on – sont permis !!
 
Le son compulsif des rumeurs sonnait depuis plusieurs jours déjà dans tous les quartiers avoisinant la ‘‘rive gauche’’ d’Alger. Juste quelques syllabes presque féeriques : « le cinq, le cinq…octobre !! ». Il fallait bien ‘‘profiter’’ de l’occasion pour crier son désarroi. Juste son désarroi ! Comme tous les enfants et copains du quartier, nous n’avons jamais connu le bruit des tourelles, ni ces mouvements de véhicules à chenilles et encore moins les mitrailleuses lourdes rasant quelques jours plus tard (samedi 8 octobre) à 360° tout ce qui bouge ! Bab El-Oued, Chevalley, Fougeroux, Climat-de-France, Bachdjarrah, Belcourt, Hussein Dey, Kouba…etc., la répression s’abat comme une foudre. Les premiers morts du soulèvement  sont déjà signalés. L’Histoire bégaie au sifflement des balles traçantes à la tombée de la nuit et jusqu’à l’aube ! 
 
Aujourd’hui, avec ce temps de recul nécessaire, on peut dire que « octobre 88 » est tout simplement : la confirmation de l’éloignement progressif de tous les espoirs d’un peuple accablé par l’éternel retour des brûlures de l’Histoire. Pire, les ‘‘architectes’’ de ce drame nous donneront quelques années plus tard (11 janvier 1992) les leçons d’un autre scénario, inédit cette fois-ci, dans les annales de l’horreur. Un véritable « long métrage de meurtrissures » sans fin… Avec son lot de deuil et de mélancolie qui ne cesse de hanter nos esprits !
 
20 ans après, que des morts !! Le décalage entre l’évolution des institutions et l’évolution de leurs bases sociologiques qui avait engendré l’explosion d’octobre 88, n’a jamais été aussi béant.. Les effets de désillusions qui touchent la société jusqu’à ses dimensions anthropologiques, ne cessent d’interpeller les consciences. Le phénomène des harragas, hypothéquant leurs vies au nom d’une mort quasi certaine n’est que l’ultime symptôme d’un malaise dont les ressorts ne pourront plus résister aussi longtemps que certains bien-pensants voudraient bien nous le faire croire. 
              
Une jeunesse étouffée et toujours en mal d’expression. En quête d’espace d’une autre vie. Un pouvoir en mal de légitimité. Une souveraineté populaire malmenée comme cet enfant maltraité par des ‘‘tuteurs’’ qui se sont désignés par défaut.
 
Des dirigeants qui n’ont rien compris. Enfin, font semblant ! Qu’importe. Pourvu que rien ne vient troubler leur volonté paranoïde de végéter encore plus longtemps dans le sillage de leur vanité démesurée. De leurs richesses arrogantes dans l’univers de pénurie sciemment structurée. Rien compris au cris de cette jeunesse non-désirée… Autiste à tout ces cris de sagesse de ces quelques hommes et à cette poigné d’individus écrabouillée dans l’opposition mais bien déterminée à garder cette lueur d’une bougie qui ne cesse de se consumer, en attendant des jours meilleurs..!! Comme faisant échos à cette citation apprise presque par prémonition l’avant veille du cours de philosophie chinoise un certain « 3 octobre 1988 ». Et qui venait presque d’ailleurs. Celle où Confucius disait (il y a 5000 ans) : « mieux vaut allumer une chandelle que de maudire l’obscurité » !!
 
Aujourd’hui, notre Algérie se réveille avec l’esprit défiguré par l’amateurisme lugubre au nihilisme infini. Une Algérie qui s’éloigne de plus en plus du rêve d’Ibn Badis, de Hassiba (Ben Bouali), de Dalmould (Maamri), et du simple profane de nos quartiers et nos Douars…        
  
Que dire encore 20 ans après ??
 
Pourtant, avec un peu d’imagination et de sens des responsabilités qu’il incombe aux dirigeants de n’importe quel Etat du monde, cela aurait pu se passer autrement !! On aurait pu en tirer une fierté sans précédant dans le monde et particulièrement celui des pays au sortir de l’indépendance. Comme pays précurseur à s’affranchir de l’air Stalinien ; réceptifs à la politique de glasnost (transparence) lancée deux années plus tôt par un certain « dirigeant » soviétique Mikhaïl Gorbatchev ! On aurait inscrit notre jeune Nation en lettres d’Or dans les annales de l’Histoire contemporaine. Car annonciatrice de ce qui, quelques mois plus tard (novembre 1989) allait devenir l’événement par excellence de la fin du 20ème siècle : la « chute du Mûr » de la honte de Berlin !
 
Une chute annonçant elle-même la fin d’une époque, fin de la « Guerre froide » ! Notre génération, enfants d’octobre 1988 aurait, sans doute avec excès mais sans complexe aucun à s’approprier un « instant légendaire » s’inscrivant dans la ligné de ces hommes qui nous ont apporté l’indépendance un quart de siècle auparavant (1962).
 
Seulement, tout cela ne fût plutôt qu’un instant de toute une autre nature. Le temps d’une rêverie tournant au cauchemar diurne ! En un instant sanglant, de douleur et de souffrance pour des milliers de familles algériennes. Et pour ces quelques camarades de classe et copains du quartier. Nous avions sans doute avec quelques peu de maladresses de jeunes pubères osé, jeter un tas de pierres et bouteilles en plastiques sur ce qui nous semblait ‘‘appartenant à l’Etat’’ (leddewla) : la poste, la Kasmas, et le commissariat du quartier. Celui-ci, allait justement devenir au lendemain du coup d’Etat contre le Président Chadli (janvier 92) un véritable laboratoire pour pratiquer des sévices et tortures de tout genre. Avec la bénédiction des futures ‘‘architectes’’ d’une foudroyante tragédie fauchant encore ‘‘quelques’’ milliers d’âmes. Présageant ainsi les heures les plus noirs dans l’histoire d’un peuple au seuil du nouveau millénaire…
 
Et après ? Par où commencer ?
 
En effet ! Que dire que le chemin menant aux solutions est tout aussi simple que complexe ! Simple, car il suffit de s’adresser à qui de droit, au peuple. Complexe, car il faut commencer par s’extirper de sa propre vanité et avoir le courage de le faire en se transcendant..!
 
Que dire à nos dirigeants ? Que la politique est avant tout un effort noble pour faire régner le droit et la justice ? Le pouvoir assurant l’intérêt général et le bien commun ? La création de digues résistantes aux pressions corporatistes, par l’établissement d’institutions dignes de la souveraineté populaire ? Permettant la garantie des droits pour tous les citoyens ? la constitution comme garante pour endiguer toute volonté belliciste d’une minorité oligarchique au détriment des choix fondamentaux de la société ? Réaliser à travers des institutions dignes du sacrifice de notre peuple « l’intégration réelle et durable » de tous les individus dans la communauté des citoyens pour une « Cité juste » dont parlait déjà Aristote ?
 
En tous cas, au niveau de la société civile il s’avère plus que urgent de développer une « Conscience politique citoyenne » ! Faire face à toute tentative manipulatrice qui vise une « dépolitisation généralisée », qui a souvent favorisé l’ordre établi, l’immobilité, le conservatisme.
 
En somme, tentons au moins par l’évitement de tous ces « petits » chemins qui mènent nulle part ! Amorçons les sillons à travers ce qui mène directement vers nous-mêmes ! Donc, vers nos forces et faiblesses. Mais surtout nulle part ailleurs ! En sachant juste, qui sommes-nous et où l’on va ? Sinon, nous connaîtrons le même sort que ce malheureux pilote qui, à force d’ignorer sa destination finira par voler en cercles !!            
 
Saha aïdkoum.

Hakim Addad SG de RAJ:«Un tsunami populaire n’est pas à écarter»

addad1.jpgHakim Addad est secrétaire général de l’association Rassemblement actions jeunesse. Depuis sa création en 1993, le RAJ a été l’une des rares associations, voire la seule à ne jamais manquer le rendez-vous du 5 Octobre, en réitérant la même revendication: instituer le 5 Octobre journée nationale pour la démocratie.

Tout d’abord, comment avez-vous vécu Hakim Addad, à titre personnel, le 5 Octobre 88 ?

Personnellement, je me trouvais en France à cette époque-là et étais déjà militant dans des associations citoyennes. Très rapidement, on a pris un peu le relais en termes d’information sur ce qui était en train de se passer lors de ces journées sanglantes, en particulier à Alger. Nous avons ainsi organisé plusieurs conférences sur la question et j’ai souvenir d’une grosse manifestation unitaire à Paris en solidarité avec les manifestants en Algérie contre la répression et la torture. C’était une manière de contrecarrer cette fumeuse phrase qui disait que ce n’était qu’un « chahut de gamins » pour lui rétorquer que bizarrement, ce « chahut de gamins » avait énormément de retentissement et de soutiens à travers le monde.

Vous êtes surtout connu comme étant une figure de proue de l’association Rassemblement actions jeunesse. Chaque année, le RAJ commémore infailliblement la journée du 5 Octobre. Pouvez-vous nous expliquer ce que représente exactement le 5 Octobre pour le RAJ ?

Je suis un militant parmi beaucoup d’autres au sein du RAJ. Je profite d’ailleurs de cette tribune pour rendre un hommage appuyé à toutes celles et tous ceux qui militent dans le RAJ et qui alimentent cette association avec leur courage et leur sincérité, au moment où une grande partie de la jeunesse et de la population algériennes parle de quitter le pays. De voir et d’avoir des jeunes, surtout à l’intérieur du pays, filles et garçons qui continuent à porter l’étendard de l’espérance, malgré leurs difficultés de vie, force le respect. Cet hommage va au-delà des « enrajés » et s’adresse aussi à toutes celles et tous ceux qui, chacun dans son coin, quelle que soit son action ou sa fonction, dans l’université ou l’entreprise, participe à faire vivre l’espoir. Le RAJ commémore cette date depuis sa création officielle en 1993, tant il s’inscrit dans le prolongement naturel du mouvement d’Octobre 88. Pour nous, ce mouvement – et non ces émeutes – a changé en profondeur, qu’on l’admette ou non, le paysage politique et social de l’Algérie. Dès le départ, nous avons estimé au RAJ que nous nous devions de continuer à transmettre les messages véhiculés par Octobre 88. Il y a trois messages essentiels que nous délivrons, en l’occurrence. Le premier message, c’est d’abord un travail de mémoire pour dire qu’il ne faut pas oublier pour ne pas recommencer, convaincus que nous sommes que cette date doit rester gravée dans la mémoire collective algérienne. Notre deuxième message porte sur la reconnaissance des martyrs d’Octobre 88 et le combat de ceux qui se sont battus à ce moment-là et pas seulement les gens qui ont disparu. Troisième chose, en étant là, nous disons que nous devons continuer à nous mobiliser pour la liberté et la justice sociale et ainsi pérenniser certains acquis du 5 Octobre 88. N’oublions pas que l’octobre des libertés en Algérie est arrivé en 88, soit bien avant décembre 89 et la chute du Mur de Berlin avec son lot de démocratie en Europe de l’Est.

Comment s’organisent ces commémorations et autour de quels mots d’ordre ?

La cérémonie principale se fait symboliquement à Sahate Echouhada, à Alger, mais d’autres initiatives sont organisées dans d’autres villes du pays où il y a des comités de RAJ. Certaines commémorations ont vu la participation d’autres associations comme l’Association des victimes d’Octobre 88, surtout à Béjaïa, ou encore SOS Disparus et d’autres, mais c’est vrai que c’est le RAJ qui porte un peu seul sur ses épaules tant la commémoration du 5 Octobre, le jour J, que les manifestations qui sont organisées autour du 5 Octobre. De notre point de vue, il ne s’agit pas seulement de se pointer avec une gerbe de fleurs à la place des Martyrs, de lire la Fatiha, d’observer une minute de silence, de se chamailler ou de jouer des coudes à chaque fois avec la police et de repartir chez soi. Il faut aussi faire parler ces événements fondateurs en organisant des conférences-débats autour de gens qui ont vécu ces moments-là, des gens du milieu politique, associatif, journalistique, syndical ou citoyen tout simplement pour éclairer un peu plus notre lanterne sur ce qu’a été Octobre 88 et ce que nous devons faire avec dans l’avenir.

Y a-t-il quelque chose de particulier pour ce 20e anniversaire ?

Cela est un appel à participation. Nous prévoyons un séminaire de deux jours à Alger les 3 et 4 octobre à la Fondation Friedrich Ebert avant la cérémonie du 5 octobre qui aura lieu comme d’habitude à la mythique place des Martyrs à 12h 30, avec la même revendication centrale, à savoir exiger que le 5 octobre soit reconnu journée officielle pour la démocratie. Lors de ce séminaire, nous mettrons l’accent sur le bilan de ces vingt ans. Nous allons nous pencher également sur les perspectives du mouvement social et politique de façon à perpétuer le message d’Octobre 88. Des organisations politiques et sociales, des responsables politiques et syndicaux seront conviés à cet effet ainsi que des défenseurs des droits humains à l’instar de Mustapha Bouchachi, président de la Laddh, et des représentants du monde associatif. Par ailleurs, nous examinerons, cette année, la question des frontières de toutes sortes imposées aux peuples à l’intérieur du Maghreb. Je veux parler de la charte de Tanger qui, en 1958, avait posé les jalons d’un Maghreb sans frontières, et avait soulevé le rêve et l’espoir que les habitants de la région constituent une même entité. Nous consacrerons donc une conférence au 50e anniversaire de la charte de Tanger et ses perspectives. Pour cela, nous sollicitons un grand monsieur, j’ai nommé, Abdelhamid Mehri qui, nous semble-t-il, est le plus à même de parler de cette question. Nous invitons aussi des représentants de pays nord-africains sans toutefois préciser les dates de leur arrivée afin qu’il n’y ait pas de « grève surprise » de quelque compagnie aérienne à la dernière minute, si vous voyez ce que je veux dire…

Que vous inspire le fait d’entendre que vous êtes l’une des rares associations à se revendiquer de la lignée d’Octobre 88 ? Y aurait-il un « malaise » autour du 5 Octobre ? Cette date serait-elle devenue un « tabou » ?

Malaise, tabou, amnésie entretenue, tous ces mots traduisent effectivement une volonté d’occulter cette date. Cela ne flatte pas notre ego d’être malheureusement les seuls à célébrer ces événements régulièrement, même si à certains moments, il y a eu d’autres organisations qui se sont jointes à nous lors de certaines commémorations. De souvenir de militant algérien ayant toujours célébré Octobre 88, il y a toujours eu avant et pendant octobre, de grosses difficultés à organiser quelque chose autour de cette date, à faire parler les gens, y compris la classe politique, y compris aussi nos amis de la presse, alors qu’ils devraient la porter un peu comme leur date de naissance. Autant nous comprenons que le pouvoir veuille enterrer le 5 Octobre et organiser une amnésie collective autour de ce moment historique, autant nous sommes dubitatifs devant le peu d’intérêt manifesté aussi bien par la classe politique de la famille dite « démocratique » que par les médias dits « indépendants » à l’endroit d’une date annonciatrice d’une Algérie nouvelle, voire carrément d’une mise sur les rails d’une deuxième République.

M. Ouyahia déclarait récemment que la rue n’a été pour rien dans ce soulèvement populaire et que ce sont les contradictions internes au système qui ont été à l’origine d’Octobre 88. Qu’avez-vous envie de lui répondre ?

A lui, rien. Je constate seulement que M. Ouyahia a une vision fort limitée, très « œillères », des choses. C’est un débat sur lequel le RAJ s’est longuement penché et nous avons approché à cet effet, entre autres, des personnalités qui à l’époque faisaient partie du pouvoir. Pour ne citer que lui, M. Hamrouche disait, dès 1996 lors d’une université d’été de RAJ, que le mouvement populaire a débordé les luttes de sérail. Cette thèse, selon laquelle la population n’a jamais revendiqué la démocratie et que tout cela est l’œuvre du système, est une lecture éculée, insultante même, comme si le peuple ne pouvait pas s’émanciper sans eux. En ce qui nous concerne, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il y avait eu en effet des luttes idéologiques et d’intérêts au sein du sérail, mais en même temps, nous revendiquons le fait que la population algérienne, les jeunes en particulier, a été beaucoup plus loin dans les revendications que le simple « chahut de gamins » qu’avait voulu organiser le pouvoir. Les jeunes l’ont poussé vers beaucoup plus de changements qu’il ne le voulait, l’ouverture politique par exemple.

Pour revenir aux acquis d’Octobre 88 et en particulier la question des libertés fondamentales, pensez-vous qu’il y a un recul des libertés depuis le retour de M. Bouteflika aux affaires ?

Ces libertés acquises dans la douleur ont commencé en vérité à être enterrées par le régime en place à partir de l’arrêt du processus démocratique et électoral en 1992. Donc, ce n’est pas particulier à l’arrivée de Bouteflika en 1999. C’est une question de régime plus que d’hommes. On peut évidemment parler de sa gestion et de son zèle dans l’écrasement des libertés. L’état d’urgence, faut-il le rappeler, est toujours en cours depuis 1992. Les restrictions à la liberté de la presse, les entraves à l’activité politique partisane, syndicale ou associative libre, les atteintes aux droits humains sont quotidiens.

A quoi, il convient d’ajouter l’interdiction d’occuper la rue qui est le plus grand acquis d’Octobre…

Tout à fait. Depuis juin 2001, il nous est interdit de manifester dans les rues d’Alger. Aujourd’hui, le verrouillage est presque total et tant que nous ne sommes pas tous jetés en prison, nous pouvons nous estimer heureux et nous pouvons nous réjouir de notre petit lopin de liberté, dont il faut profiter avant qu’il ne soit trop tard. A tout cela, nous disons non. Comme le dit le slogan « Soyons réalistes, exigeons l’impossible ! » La rue est à ceux qui l’occupent. Avis à la population : rendez-vous pacifique le 5 octobre.

Craignez-vous plus de verrouillage avec un troisième mandat de Bouteflika ?

C’est une question de régime, pas seulement d’hommes encore une fois. Qu’il y ait troisième mandat de M. Bouteflika ou premier mandat d’un autre, avec ce même régime, les choses peuvent s’aggraver. Bien sûr, si le régime continue sur cette voie « boutefliko-ouyahienne », cela risque fortement d’empirer. Mais, le régime algérien doit faire très attention, parce qu’il y va maintenant de sa propre survie. Il ne pourra pas éternellement verrouiller la cocotte minute sans laisser échapper un trou d’air, sinon, ça lui explosera à la figure. « Tout pouvoir excessif meurt par son excès même ». Ils devraient méditer cette phrase là haut. Avec ce que nous voyons comme déflagrations à travers l’Algérie, tous les jours de l’année, il est à craindre qu’un jour ou l’autre, il y ait une explosion généralisée.

Vous pensez qu’un autre 5 octobre n’est pas à écarter ?

Absence de libertés, injustices sociales, répression, absence de projets sérieux et autres : les ingrédients sont presque tous réunis comme à la veille d’Octobre 88. Cela dit, un tel scénario n’est pas appelé de nos vœux, parce que nous pensons que la répression sera extrêmement dure et nous ne voulons pas qu’il y ait plus de sang et de martyrs qu’il n’y en a eu d’Octobre 88 à ce jour. Mais, vu toutes les injustices, un tsunami populaire n’est pas à écarter. Et c’est pour cela que nous crions société réveille-toi ! Nos gouvernants sont devenus fous. Le pouvoir ne sera pas le seul perdant s’il y a ce tsunami populaire. Cela risque d’être le chaos. Dans RAJ, il y a « jeunesse » et souvent, le 5 Octobre a été associé à la jeunesse insurgée.

Quelle appréciation faites-vous de la place faite aux jeunes dans la société ?

La jeunesse est présente essentiellement à travers les unes des journaux qui parlent sans cesse de la détresse des jeunes Algériens en termes de harraga, kamikazes, drogue, suicide. Mais malheureusement, hormis les manchettes des journaux, elle n’a pas la place qui lui est due dans la représentation nationale et encore moins dans les institutions. D’où la persistance de ce malaise et de ce cri de rage d’Octobre 88 qui continue à se faire entendre à ce jour… Aussi, devons-nous en tant qu’organisations sociales, politiques, servir de canal d’expression et de mobilisation pacifique dans la société. Il faut que les initiatives autour des libertés se multiplient. Nous pouvons comprendre ce qui a pu amener les jeunes à s’exprimer par l’émeute et cette responsabilité incombe en premier lieu au pouvoir qui a fermé tous les canaux d’expression pacifique dans ce pays et qui, de surcroît, utilise la violence comme forme de gestion de la société, quitte à la créer. C’est pour cela que nous disons à ces jeunes que ce n’est pas la meilleure des solutions. Il faut recréer en eux la foi en la lutte, politique et citoyenne, il faut les amener à s’organiser, à se mobiliser à travers des structures qui, même si elles ne leur conviennent pas totalement, sont là pour leur donner la possibilité de revendiquer leurs droits de manière collective et plus efficace, avec, on l’espère, de meilleurs résultats que la casse. Ceci justement est l’un des acquis d’Octobre 88.

Mustapha Benfodil

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