
S’il est une chose qui porte un coup mortel au sérieux d’un discours et jette la disgrâce auprès de l’opinion, c’est bien la manière de porter le message vers cette même opinion. Le discours, incendiaire de monsieur Aït-Hamouda à l’Assemblée nationale, n’est pas digne d’un homme politique d’aujourd’hui représentant théoriquement des électeurs. Il reprend dans sa façon de parler, une habitude ancrée chez certains anciens combattants, héritée du temps de la guerre de libération où le combat contre l’ennemi faisait rage et où il fallait, au chef militaire remonter ses troupes par des exhortations patriotiques soutenues par un ton grave et austères à la limite des menaces, afin de les préparer psychologiquement à l’esprit du sacrifice ultime. Ce temps est bien révolu, il n’y a ni commandant, ni caporal ni djoundi. On n’est plus dans une caserne.
Le ton péremptoire, violent et faussement belliqueux frise l’hystérie, l’épilepsie et la dérision. Il est une démonstration, on ne peut mieux claire, du dédain qu’il porte à l’assistance. C’est un manque de respect qui incommode aussi bien les amis que les adversaires. M. Aït-Hamouda se veut être le seul viril de l’hémicycle. Il a tort. Dans chaque Algérien, dort un lion qui se fout complètement de la généalogie de celui qui lui tire la queue. C’est une attitude qui ne sert aucune cause et encore moins les intérêts de la nation qu’il porte dans son cœur.
Il pouvait gagner l’estime et l’adhésion de beaucoup de ses confrères du camp adverse et du peuple tout entier s’il se conforme aux usages qui régissent les débats entre êtres civilisés. Sa fougue intempestive n’a rien à envier à celle des généraux qui ont prit le peuple en otage.
La harangue à laquelle s’est livré ce député devant les caméras de télévision dénote l’existence d’un déficit criard de culture politique chez ceux qui sont à même de donner l’exemple de la sagesse et de la politique.
M. Aït-Hamouda pouvait très bien transmettre son message et ses accusations sans recourir aux manières des têtes brûlées. Les tyrans qui détiennent le vrai pouvoir et tirent les ficelles ont eu la tâche facile pour mobiliser leurs troupes et retourner le feu à l’envoyeur. Il n’est pas étonnant alors de voir une réaction irréfléchie, unanime et impulsive des suppôts de l’Etat. Il a renforcé la dictature et desservit la démocratie
L’histoire de l’Algérie ne s’écrira jamais avec des pyromanes même s’ils détiennent une part de la vérité.
M. Aït-Hamouda a tort de prendre son héritage glorieux comme un laissez-passer aux démonstrations de force. Il a tort de l’utiliser comme une chicote pour flageller son auditoire et les téléspectateurs avec “ouled-el-hram” et avec “c’est nous qui avons apporté l’indépendance”. Il a tort de se croire comme le coq du poulailler pour faire passer ses principes politiques ou les intérêts de son parti. L’Algérie a trop souffert par la manipulation et la confiscation de son histoire. Celle-ci ne doit pas être approprié pour des intérêts partisans il y a d’autres tribunes et d’autres auditoires.
Le pavé qu’il vient de jeter dans la mare tombe à point pour les laudateurs de Bouteflika et son 3e mandat.
Par Sniper