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Archive pour octobre, 2008

Conseil national du FFS: Un code de médiation en débat

haa.jpgLe Front des forces socialistes (FFS), qui peine toujours à recouvrer sa sérénité organique, réunit aujourd’hui jeudi et demain vendredi une session ordinaire de son conseil national. A l’occasion, Karim Tabbou, le premier secrétaire du parti, soumettra à examen le code national de médiation et de règlement des conflits.
Sofiane Aït Iflis – Alger (Le Soir) - Ce fameux code reste indéniablement le chapitre le plus prépondérant d’un ordre de jour qui consigne également, outre le détail inhérent à la structuration du parti, la traditionnelle résolution politique. Confronté à ce qu’on pourrait qualifier de contestation permanente, le parti de Hocine Aït Ahmed se cherche un moyen de résorber, du moins atténuer des effets des turbulences organiques qui, pour récurrentes qu’elles soient, ont fini par lui façonner un handicap. La sanction disciplinaire, souvent contestée par les militants qui font les frais, a été contre-productive, puisqu’elle a, à chaque fois qu’elle se trouve prononcée, soufflé sur un nouveau brasier de protestation. La direction du parti semble s’être éveillée à cette réalité d’où la réflexion qu’elle a engagée autour de l’élaboration d’un code national de médiation et de règlement des conflits. Plutôt donc que l’activation systématique de la commission de discipline, le FFS voudrait à l’avenir recourir, en cas de conflits, à des mécanismes de médiation. Ce qui voudra dire qu’il entend non seulement définir les principes de la médiation mais aussi mettre en place la structure qui se chargera de leur application. Une sorte de comité des sages, en somme. Il va sans dire que, s’il a adopté la médiation comme principe codifié, le FFS a tablé, en arrière- fond, sur un dividende politique. Le parti pourrait vouloir par là mettre un terme à la querelle qui envenime la relation entre sa direction actuelle et les anciennes générations de militants, ceux de 1963, en premier chef. Ces derniers, d’aucuns le savent, ont, depuis des années déjà, animé le principal de l’agitation bruyante à laquelle le parti a eu à faire. La direction du parti ne pouvait pas rester insensible à l’action de ses contradicteurs qui, outre leur foi militante, font valoir un engagement doublé d’une légitimité historique. La médiation que le FFS entend donc instaurer comme autre moyen de régler les conflits intéresserait les anciens du parti. Elle intéresserait aussi d’autres cadres du parti mis à l’écart pour cause de mésententes organiques. Elaboré en même temps que la préparation des congrès de section et de fédération de parti, le code en question poursuit également de circonscrire les mécontentements et, au besoin, les traiter dans une structure du parti qui ne serait pas forcément la commission de discipline. Car, il y a un fort risque que les turbulences de fond qui traversent le FFS remontent à la surface au moment de l’installation des fédérations et des sections. Tabbou veut anticiper mais y parviendra-t-il ?
S. A. I.

Colère citoyenne

egyptealexandrieemeutes16avril20061.jpgAfir (Boumerdès) : Les citoyens ferment le siège de l’APC

Les habitants de Tala Ayache, dans la commune d’Afir ont fermé hier, pour le deuxième jour, le siège de leur APC. Le mouvement de protestation, entamé avant-hier, se veut une expression du « ras-le-bol » des citoyens devant la persistante pénurie d’eau potable. Des coupures d’eau fréquentes et prolongées ont fini par exacerber la colère de ces villageois. Les citoyens ont dû recourir à cette forme de contestation « après avoir constaté que les autorités ne font rien pour régler ce problème qui dure depuis des années ». El Watan

Amira après (Mila) : Le siège de la commune attaqué par les manifestants

La problématique de l’augmentation du prix du transport, qui a touché il y a peu de temps plusieurs dessertes, est actuellement au centre de nombreux mouvements de protestation dans la wilaya de Mila.

Avant-hier, c’était au tour des collégiens et lycéens de la commune de Amira Arres de s’insurger contre la majoration des tarifs du transport. Plusieurs dizaines de lycéens et d’élèves du cycle moyen s’en sont pris furieusement au siège de l’APC, dont ils ont brisé la totalité des vitres. Les émeutiers se sont attaqué à un pan du mur de l’hôtel de ville qu’ils ont détruit, alors que la route principale longeant le siège de l’APC a été barricadée à l’aide de pneus enflammés et divers objets hétéroclites. El Watan

UGTA de Béjaïa: « Non au terrorisme syndical »

Plusieurs dizaines de délégués syndicaux, rejoints par des militants de partis politiques et autres organisations syndicales, ont observé hier un sit-in devant le siège de l’Union de wilaya (UW) de l’UGTA de Béjaïa pour protester contre une suspension jugée abusive, prise à l’encontre du secrétaire général de l’union locale d’Amizour, Boualem Chouali, rapporte El Watan.

Les protestataires ont demandé aux responsables de l’union de wilaya des explications sur cette suspension. Les syndicalistes en colère ont fini par investir les locaux de l’UW, empêchant la tenue d’une réunion de la commission exécutive de wilaya. Leurs exigences se résument à «mettre un terme au terrorisme syndical», à la levée des suspensions des «camarades syndicalistes», au départ de l’actuel secrétaire général par intérim de l’UW et à la réappropriation de l’UGTA de Béjaïa comme « instrument de lutte ».

Pour rappel, la suspension du SG de l’union d’Amizour a été prononcée le 28 septembre dernier par le secrétariat de l’U.W pour «insubordination aux instances syndicales hiérarchiques, notamment depuis la préparation du 11e congrès national» de l’UGTA.

L’enjeu des prodigalités budgétaires

apn.jpgUn budget de 400 milliards pour le Parlement le moins représentatif et le plus docile de son histoire. C’est un chiffre colossal pour une institution qui n’a pratiquement aucune importance sur l’échiquier politique algérien. Puisque Bouteflika l’a vidé complètement de sa substance et l’a transformé en un guichet d’enregistrement.
Qu’est-ce qui motive cette démesure dans les budgets dans les institutions clés du régime?

Le salaire des députés nationaux est triplé au moment où le niveau de vie de la majorité de la population est divisé par un nombre supérieur à trois. Ce vote ressemble à une orgie surréaliste organisée par une bande de psychopathes illuminés totalement coupés des scènes apocalyptiques qui les entourent, où des êtres humains souffrent le martyre. Ils sont sourds aux cris déchirants des gueux que leur envoient chaque jour les journaux. La décision de s’octroyer un salaire démentiel, s’apparente à un véritable pied de nez, fait par les députés de l’union présidentielle, à la face du peuple qui les a dédaignés par son historique abstention lors des dernières élections.

Le parlement des mercantiles sans vergogne, vient de s’offrir et de savourer une sorte de vengeance contre ses propres électeurs et de proclamer fort que ce dédain est partagé. Au-delà de la cupidité de ces homes et femmes de cette institution, n’y a-t-il pas des facteurs exogènes qui les ont poussés à adopter leur loi scélérate? Pourquoi le Pouvoir s’était-il tue?

La tyrannie, du feu Boumediene de laquelle est issu, son “excellence”, Bouteflika, n’aurait jamais toléré une telle prévarication institutionnelle qui va marquer profondément la mémoire des Algériens. Malgré sa dictature, l’histoire a retenu que le dévouement, du président Boumediene, pour les pauvres et pour l’Algérie profonde était indéfectible et étaient derrière tous les programmes économiques qu’il a imposés par la force. Malgré notre désaccord sur ses programmes économiques, malgré notre protestation contre sa dictature qui nous a conduits à ce que nous vivons aujourd’hui, l’honnêteté nous oblige à lui rendre un hommage qu’il mérite indiscutablement pour sa droiture, pour son esprit d’équité et pour sa volonté infaillible à faire sortir les Algériens de l’état d’indigence matérielle et culturelle dans laquelle l’a réduit le colonialisme. Oui, sans aucun doute, le geste ignoble que vient de commettre nos députés, était inimaginable au temps d’un président de la trempe de Boumediene.

D’aucun dirait autre temps, autres mœurs. Bien sûr, bien sûr,.mais l’ironie de l’histoire est que le plus proche et le plus fidèle compagnon de Boumediene, celui qui a partagé avec lui le même parcours et le même combat contre notamment le sous-développement et la misère en Algérie comme dans le monde entier, celui-là même qu’il a accompagné à sa dernière demeure, celui-là même qui a présidé ses obsèques et prononça, avec une voix grave et tremblante, les larmes aux yeux, le célèbre discours d’adieu, celui-là même qui très affecté par cette disparition, fit solennellement le sermon de poursuivre l’œuvre de Boumediene, pour atteindre un monde meilleur et juste et promit de continuer le combat contre toutes les formes d’injustices que vivent les Algériens, eh bien ,celui-là n’est autre que celui qui occupe, aujourd’hui la plus haute fonction de l’Etat. Le président Abdelaziz Bouteflika dans toute sa splendeur. C’est lui maintenant l’homme fort du régime. Théoriquement? Assez en tout cas pour infléchir certaines graves dérives qui feraient retourner dans sa tombe son défunt maître à qui il doit toute sa carrière politique.

Imbu de sa personne, maniant le verbe et l’art de la reparti, juché sur perchoir présidentiel, protégé par un populisme cousu sur mesure par sa propagande, intouchable par ses détracteurs dans les médias publics, flagornée par une élite rompue à l’art de la prostration politique, notre justicier de la première heure n’a pas daigner bouger le petit doit contre spectacle funeste qui s’est produit au parlement devant nos yeux incrédules. Pas un seul mot qui condamne ou justifie les 33 millions par mois. Qui ne dit mot, consent et peut même être le discret chef d’orchestre.

Il est clair que notre justicier a définitivement tourné casaque à ses principes et à ses anciens combats. Il a pris goût aux voluptés exquises que procure le pouvoir absolu. Et pour le préserver, il n’hésite pas à graisser la patte à ceux qui ont une possibilité institutionnelle ou les moyens adéquats…de le lui enlever. Tripler le salaire des députés et tripler le budget de la défense, entrent en ligne directe dans sa stratégie de la consécration de la “Ouhda talita”. Cette tactique a déjà été éprouvée avec succès lorsqu’il distribuait bruyamment d’épaisses enveloppes aux wilayas lors de sa dernière élection. Il a programmé des visites d’inspection avec bains de foule et de longs salamalecs, qui ressemblaient à des compagnes populistes déloyales précédant la campagne électorale officielle. Si notre président est contraint de geler les principes qui ont animé sa jeunesse, c’est qu’aujourd’hui, il passe par une phase très délicate qui nécessite justement la “clairvoyance” de nos députés et nos généraux. Alors, vous comprenez pourquoi ces derniers ont mis la barre très haute.

Mais que cherche, Bouteflika, derrière un troisième mandat? Lui qui s’approche d’un état de sénilité qui fera de lui un pantin manipulable par son entourage comme un certain Bourguiba. Jamais deux sans trois vociféreront ses encenseurs? De quoi parlent-t-ils, de deux mandats ou de deux échecs? Court-il après un succès au niveau économique et historique qui viendrait consolider son image de grand dirigeant politique et susciter enfin la reconnaissance non pas seulement par ses courtiers de circonstances acquis d’avance, mais par les vrais hommes politiques; ceux qui ont fait et écrivent l’histoire? Je crois que sur ce plan là, il court pitoyablement, depuis longtemps, après un mirage. L’échec cuisant de13 ans d’un système socialiste moribond, suivi de 2 mandats d’une économie de bazar, que lui-même vient de qualifier, toute honte bue, de fiasco et d’erreur de jugement sont encore vivaces. Le plus affligeant dans l’histoire c’est que la malédiction des échecs qui le poursuit frappe en même temps tout un peuple.

Par Sniper

5 octobre 1988: lorsque l’Histoire bégaie sous le nez de la chouette !!

algerie.jpgPar khoukoum Samy,
de Paris.
  
  
20 ans déjà ! Que d’émotions et d’amertumes mêlées de douleurs à travers cette réminiscence ! Tout reste presque intact dans l’esprit comme figé pour l’éternel.
 
A l’heure de cette commémoration, il est loin d’être inutile de s’interroger sur l’ampleur du traumas 20 ans plus tard ! Saisir la symbolique de cette meurtrissure. Huit ans après les révoltes du « printemps berbère » (1980), et deux ans après les émeutes de Constantine (1986).
 
Face à une symptomatologie politique, économique et sociale effroyable, conjuguée à la faillite d’un régime à l’agonie, la « thérapie » était confiée – une fois n’est pas coutume – non pas aux providentiels « guérisseurs » politiques et leur ‘‘sagesse’’ mais à l’« acier » des munitions, des tanks, des blindés et autres calibres de 12 Mm !
 
L’Algérie, qui comptait près de 60 % de sa population âgée de moins de 20ans, devait donc  faire face au désespoir grandissant. Les divisions internes au régime atteignent leur paroxysme. Fidèles de l’immobilisme ou partisans de l’ouverture économique, nostalgiques du régime émietté de Boumediene ou autres énergumènes du parti unique, la grande bataille des « éléphants » ne fait que commencer. Seule grande victime : les moustadhaafines du peuple. Souffrant comme l’herbe sous les pieds de ces « mammifères », c’est toute la société qui se trouve condamnée aux peines de leur enfer ! Acteurs ou complices, l’imagination de certains ne manquera pas de créativité pour assouvir leurs pulsions les plus bestiales de gain et de privilèges. Devenue l’« art » par excellence des grands barons du système, la corruption va bientôt gangrener telle une métastase tout le corps social.
 
Effarée, angoissée, la jeunesse ne se reconnaît plus dans cet univers sans lendemain. La peur va bientôt détrôner le doute déjà bien enraciné. Longtemps inconsidérée voir même humilié, cette tranche de la population n’ayant jamais connu la guerre se lance dans la rue s’attaquer à tout ce qui symbolise l’Etat. Du pot de fleur à l’entrée des kasmas aux grands édifices, tout devait disparaître comme pour réécrire l’Histoire sur une nouvelle page blanche…
 
Tout a commencé en ce jour du mardi 4 octobre. Jeune lycéen que j’étais à Abbane Ramdhane (Mohammadia, El Harrach), donc en plein adolescence. Avec tout ce que celle-ci implique comme enthousiasme bucolique et nonchalant à la fois. Ambivalence des sentiments, vagabondage de l’imagination, puis cette « rage irrépressible ». Bref, tous les rêves – croyait-on – sont permis !!
 
Le son compulsif des rumeurs sonnait depuis plusieurs jours déjà dans tous les quartiers avoisinant la ‘‘rive gauche’’ d’Alger. Juste quelques syllabes presque féeriques : « le cinq, le cinq…octobre !! ». Il fallait bien ‘‘profiter’’ de l’occasion pour crier son désarroi. Juste son désarroi ! Comme tous les enfants et copains du quartier, nous n’avons jamais connu le bruit des tourelles, ni ces mouvements de véhicules à chenilles et encore moins les mitrailleuses lourdes rasant quelques jours plus tard (samedi 8 octobre) à 360° tout ce qui bouge ! Bab El-Oued, Chevalley, Fougeroux, Climat-de-France, Bachdjarrah, Belcourt, Hussein Dey, Kouba…etc., la répression s’abat comme une foudre. Les premiers morts du soulèvement  sont déjà signalés. L’Histoire bégaie au sifflement des balles traçantes à la tombée de la nuit et jusqu’à l’aube ! 
 
Aujourd’hui, avec ce temps de recul nécessaire, on peut dire que « octobre 88 » est tout simplement : la confirmation de l’éloignement progressif de tous les espoirs d’un peuple accablé par l’éternel retour des brûlures de l’Histoire. Pire, les ‘‘architectes’’ de ce drame nous donneront quelques années plus tard (11 janvier 1992) les leçons d’un autre scénario, inédit cette fois-ci, dans les annales de l’horreur. Un véritable « long métrage de meurtrissures » sans fin… Avec son lot de deuil et de mélancolie qui ne cesse de hanter nos esprits !
 
20 ans après, que des morts !! Le décalage entre l’évolution des institutions et l’évolution de leurs bases sociologiques qui avait engendré l’explosion d’octobre 88, n’a jamais été aussi béant.. Les effets de désillusions qui touchent la société jusqu’à ses dimensions anthropologiques, ne cessent d’interpeller les consciences. Le phénomène des harragas, hypothéquant leurs vies au nom d’une mort quasi certaine n’est que l’ultime symptôme d’un malaise dont les ressorts ne pourront plus résister aussi longtemps que certains bien-pensants voudraient bien nous le faire croire. 
              
Une jeunesse étouffée et toujours en mal d’expression. En quête d’espace d’une autre vie. Un pouvoir en mal de légitimité. Une souveraineté populaire malmenée comme cet enfant maltraité par des ‘‘tuteurs’’ qui se sont désignés par défaut.
 
Des dirigeants qui n’ont rien compris. Enfin, font semblant ! Qu’importe. Pourvu que rien ne vient troubler leur volonté paranoïde de végéter encore plus longtemps dans le sillage de leur vanité démesurée. De leurs richesses arrogantes dans l’univers de pénurie sciemment structurée. Rien compris au cris de cette jeunesse non-désirée… Autiste à tout ces cris de sagesse de ces quelques hommes et à cette poigné d’individus écrabouillée dans l’opposition mais bien déterminée à garder cette lueur d’une bougie qui ne cesse de se consumer, en attendant des jours meilleurs..!! Comme faisant échos à cette citation apprise presque par prémonition l’avant veille du cours de philosophie chinoise un certain « 3 octobre 1988 ». Et qui venait presque d’ailleurs. Celle où Confucius disait (il y a 5000 ans) : « mieux vaut allumer une chandelle que de maudire l’obscurité » !!
 
Aujourd’hui, notre Algérie se réveille avec l’esprit défiguré par l’amateurisme lugubre au nihilisme infini. Une Algérie qui s’éloigne de plus en plus du rêve d’Ibn Badis, de Hassiba (Ben Bouali), de Dalmould (Maamri), et du simple profane de nos quartiers et nos Douars…        
  
Que dire encore 20 ans après ??
 
Pourtant, avec un peu d’imagination et de sens des responsabilités qu’il incombe aux dirigeants de n’importe quel Etat du monde, cela aurait pu se passer autrement !! On aurait pu en tirer une fierté sans précédant dans le monde et particulièrement celui des pays au sortir de l’indépendance. Comme pays précurseur à s’affranchir de l’air Stalinien ; réceptifs à la politique de glasnost (transparence) lancée deux années plus tôt par un certain « dirigeant » soviétique Mikhaïl Gorbatchev ! On aurait inscrit notre jeune Nation en lettres d’Or dans les annales de l’Histoire contemporaine. Car annonciatrice de ce qui, quelques mois plus tard (novembre 1989) allait devenir l’événement par excellence de la fin du 20ème siècle : la « chute du Mûr » de la honte de Berlin !
 
Une chute annonçant elle-même la fin d’une époque, fin de la « Guerre froide » ! Notre génération, enfants d’octobre 1988 aurait, sans doute avec excès mais sans complexe aucun à s’approprier un « instant légendaire » s’inscrivant dans la ligné de ces hommes qui nous ont apporté l’indépendance un quart de siècle auparavant (1962).
 
Seulement, tout cela ne fût plutôt qu’un instant de toute une autre nature. Le temps d’une rêverie tournant au cauchemar diurne ! En un instant sanglant, de douleur et de souffrance pour des milliers de familles algériennes. Et pour ces quelques camarades de classe et copains du quartier. Nous avions sans doute avec quelques peu de maladresses de jeunes pubères osé, jeter un tas de pierres et bouteilles en plastiques sur ce qui nous semblait ‘‘appartenant à l’Etat’’ (leddewla) : la poste, la Kasmas, et le commissariat du quartier. Celui-ci, allait justement devenir au lendemain du coup d’Etat contre le Président Chadli (janvier 92) un véritable laboratoire pour pratiquer des sévices et tortures de tout genre. Avec la bénédiction des futures ‘‘architectes’’ d’une foudroyante tragédie fauchant encore ‘‘quelques’’ milliers d’âmes. Présageant ainsi les heures les plus noirs dans l’histoire d’un peuple au seuil du nouveau millénaire…
 
Et après ? Par où commencer ?
 
En effet ! Que dire que le chemin menant aux solutions est tout aussi simple que complexe ! Simple, car il suffit de s’adresser à qui de droit, au peuple. Complexe, car il faut commencer par s’extirper de sa propre vanité et avoir le courage de le faire en se transcendant..!
 
Que dire à nos dirigeants ? Que la politique est avant tout un effort noble pour faire régner le droit et la justice ? Le pouvoir assurant l’intérêt général et le bien commun ? La création de digues résistantes aux pressions corporatistes, par l’établissement d’institutions dignes de la souveraineté populaire ? Permettant la garantie des droits pour tous les citoyens ? la constitution comme garante pour endiguer toute volonté belliciste d’une minorité oligarchique au détriment des choix fondamentaux de la société ? Réaliser à travers des institutions dignes du sacrifice de notre peuple « l’intégration réelle et durable » de tous les individus dans la communauté des citoyens pour une « Cité juste » dont parlait déjà Aristote ?
 
En tous cas, au niveau de la société civile il s’avère plus que urgent de développer une « Conscience politique citoyenne » ! Faire face à toute tentative manipulatrice qui vise une « dépolitisation généralisée », qui a souvent favorisé l’ordre établi, l’immobilité, le conservatisme.
 
En somme, tentons au moins par l’évitement de tous ces « petits » chemins qui mènent nulle part ! Amorçons les sillons à travers ce qui mène directement vers nous-mêmes ! Donc, vers nos forces et faiblesses. Mais surtout nulle part ailleurs ! En sachant juste, qui sommes-nous et où l’on va ? Sinon, nous connaîtrons le même sort que ce malheureux pilote qui, à force d’ignorer sa destination finira par voler en cercles !!            
 
Saha aïdkoum.

Hakim Addad SG de RAJ:«Un tsunami populaire n’est pas à écarter»

addad1.jpgHakim Addad est secrétaire général de l’association Rassemblement actions jeunesse. Depuis sa création en 1993, le RAJ a été l’une des rares associations, voire la seule à ne jamais manquer le rendez-vous du 5 Octobre, en réitérant la même revendication: instituer le 5 Octobre journée nationale pour la démocratie.

Tout d’abord, comment avez-vous vécu Hakim Addad, à titre personnel, le 5 Octobre 88 ?

Personnellement, je me trouvais en France à cette époque-là et étais déjà militant dans des associations citoyennes. Très rapidement, on a pris un peu le relais en termes d’information sur ce qui était en train de se passer lors de ces journées sanglantes, en particulier à Alger. Nous avons ainsi organisé plusieurs conférences sur la question et j’ai souvenir d’une grosse manifestation unitaire à Paris en solidarité avec les manifestants en Algérie contre la répression et la torture. C’était une manière de contrecarrer cette fumeuse phrase qui disait que ce n’était qu’un « chahut de gamins » pour lui rétorquer que bizarrement, ce « chahut de gamins » avait énormément de retentissement et de soutiens à travers le monde.

Vous êtes surtout connu comme étant une figure de proue de l’association Rassemblement actions jeunesse. Chaque année, le RAJ commémore infailliblement la journée du 5 Octobre. Pouvez-vous nous expliquer ce que représente exactement le 5 Octobre pour le RAJ ?

Je suis un militant parmi beaucoup d’autres au sein du RAJ. Je profite d’ailleurs de cette tribune pour rendre un hommage appuyé à toutes celles et tous ceux qui militent dans le RAJ et qui alimentent cette association avec leur courage et leur sincérité, au moment où une grande partie de la jeunesse et de la population algériennes parle de quitter le pays. De voir et d’avoir des jeunes, surtout à l’intérieur du pays, filles et garçons qui continuent à porter l’étendard de l’espérance, malgré leurs difficultés de vie, force le respect. Cet hommage va au-delà des « enrajés » et s’adresse aussi à toutes celles et tous ceux qui, chacun dans son coin, quelle que soit son action ou sa fonction, dans l’université ou l’entreprise, participe à faire vivre l’espoir. Le RAJ commémore cette date depuis sa création officielle en 1993, tant il s’inscrit dans le prolongement naturel du mouvement d’Octobre 88. Pour nous, ce mouvement – et non ces émeutes – a changé en profondeur, qu’on l’admette ou non, le paysage politique et social de l’Algérie. Dès le départ, nous avons estimé au RAJ que nous nous devions de continuer à transmettre les messages véhiculés par Octobre 88. Il y a trois messages essentiels que nous délivrons, en l’occurrence. Le premier message, c’est d’abord un travail de mémoire pour dire qu’il ne faut pas oublier pour ne pas recommencer, convaincus que nous sommes que cette date doit rester gravée dans la mémoire collective algérienne. Notre deuxième message porte sur la reconnaissance des martyrs d’Octobre 88 et le combat de ceux qui se sont battus à ce moment-là et pas seulement les gens qui ont disparu. Troisième chose, en étant là, nous disons que nous devons continuer à nous mobiliser pour la liberté et la justice sociale et ainsi pérenniser certains acquis du 5 Octobre 88. N’oublions pas que l’octobre des libertés en Algérie est arrivé en 88, soit bien avant décembre 89 et la chute du Mur de Berlin avec son lot de démocratie en Europe de l’Est.

Comment s’organisent ces commémorations et autour de quels mots d’ordre ?

La cérémonie principale se fait symboliquement à Sahate Echouhada, à Alger, mais d’autres initiatives sont organisées dans d’autres villes du pays où il y a des comités de RAJ. Certaines commémorations ont vu la participation d’autres associations comme l’Association des victimes d’Octobre 88, surtout à Béjaïa, ou encore SOS Disparus et d’autres, mais c’est vrai que c’est le RAJ qui porte un peu seul sur ses épaules tant la commémoration du 5 Octobre, le jour J, que les manifestations qui sont organisées autour du 5 Octobre. De notre point de vue, il ne s’agit pas seulement de se pointer avec une gerbe de fleurs à la place des Martyrs, de lire la Fatiha, d’observer une minute de silence, de se chamailler ou de jouer des coudes à chaque fois avec la police et de repartir chez soi. Il faut aussi faire parler ces événements fondateurs en organisant des conférences-débats autour de gens qui ont vécu ces moments-là, des gens du milieu politique, associatif, journalistique, syndical ou citoyen tout simplement pour éclairer un peu plus notre lanterne sur ce qu’a été Octobre 88 et ce que nous devons faire avec dans l’avenir.

Y a-t-il quelque chose de particulier pour ce 20e anniversaire ?

Cela est un appel à participation. Nous prévoyons un séminaire de deux jours à Alger les 3 et 4 octobre à la Fondation Friedrich Ebert avant la cérémonie du 5 octobre qui aura lieu comme d’habitude à la mythique place des Martyrs à 12h 30, avec la même revendication centrale, à savoir exiger que le 5 octobre soit reconnu journée officielle pour la démocratie. Lors de ce séminaire, nous mettrons l’accent sur le bilan de ces vingt ans. Nous allons nous pencher également sur les perspectives du mouvement social et politique de façon à perpétuer le message d’Octobre 88. Des organisations politiques et sociales, des responsables politiques et syndicaux seront conviés à cet effet ainsi que des défenseurs des droits humains à l’instar de Mustapha Bouchachi, président de la Laddh, et des représentants du monde associatif. Par ailleurs, nous examinerons, cette année, la question des frontières de toutes sortes imposées aux peuples à l’intérieur du Maghreb. Je veux parler de la charte de Tanger qui, en 1958, avait posé les jalons d’un Maghreb sans frontières, et avait soulevé le rêve et l’espoir que les habitants de la région constituent une même entité. Nous consacrerons donc une conférence au 50e anniversaire de la charte de Tanger et ses perspectives. Pour cela, nous sollicitons un grand monsieur, j’ai nommé, Abdelhamid Mehri qui, nous semble-t-il, est le plus à même de parler de cette question. Nous invitons aussi des représentants de pays nord-africains sans toutefois préciser les dates de leur arrivée afin qu’il n’y ait pas de « grève surprise » de quelque compagnie aérienne à la dernière minute, si vous voyez ce que je veux dire…

Que vous inspire le fait d’entendre que vous êtes l’une des rares associations à se revendiquer de la lignée d’Octobre 88 ? Y aurait-il un « malaise » autour du 5 Octobre ? Cette date serait-elle devenue un « tabou » ?

Malaise, tabou, amnésie entretenue, tous ces mots traduisent effectivement une volonté d’occulter cette date. Cela ne flatte pas notre ego d’être malheureusement les seuls à célébrer ces événements régulièrement, même si à certains moments, il y a eu d’autres organisations qui se sont jointes à nous lors de certaines commémorations. De souvenir de militant algérien ayant toujours célébré Octobre 88, il y a toujours eu avant et pendant octobre, de grosses difficultés à organiser quelque chose autour de cette date, à faire parler les gens, y compris la classe politique, y compris aussi nos amis de la presse, alors qu’ils devraient la porter un peu comme leur date de naissance. Autant nous comprenons que le pouvoir veuille enterrer le 5 Octobre et organiser une amnésie collective autour de ce moment historique, autant nous sommes dubitatifs devant le peu d’intérêt manifesté aussi bien par la classe politique de la famille dite « démocratique » que par les médias dits « indépendants » à l’endroit d’une date annonciatrice d’une Algérie nouvelle, voire carrément d’une mise sur les rails d’une deuxième République.

M. Ouyahia déclarait récemment que la rue n’a été pour rien dans ce soulèvement populaire et que ce sont les contradictions internes au système qui ont été à l’origine d’Octobre 88. Qu’avez-vous envie de lui répondre ?

A lui, rien. Je constate seulement que M. Ouyahia a une vision fort limitée, très « œillères », des choses. C’est un débat sur lequel le RAJ s’est longuement penché et nous avons approché à cet effet, entre autres, des personnalités qui à l’époque faisaient partie du pouvoir. Pour ne citer que lui, M. Hamrouche disait, dès 1996 lors d’une université d’été de RAJ, que le mouvement populaire a débordé les luttes de sérail. Cette thèse, selon laquelle la population n’a jamais revendiqué la démocratie et que tout cela est l’œuvre du système, est une lecture éculée, insultante même, comme si le peuple ne pouvait pas s’émanciper sans eux. En ce qui nous concerne, nous sommes arrivés à la conclusion qu’il y avait eu en effet des luttes idéologiques et d’intérêts au sein du sérail, mais en même temps, nous revendiquons le fait que la population algérienne, les jeunes en particulier, a été beaucoup plus loin dans les revendications que le simple « chahut de gamins » qu’avait voulu organiser le pouvoir. Les jeunes l’ont poussé vers beaucoup plus de changements qu’il ne le voulait, l’ouverture politique par exemple.

Pour revenir aux acquis d’Octobre 88 et en particulier la question des libertés fondamentales, pensez-vous qu’il y a un recul des libertés depuis le retour de M. Bouteflika aux affaires ?

Ces libertés acquises dans la douleur ont commencé en vérité à être enterrées par le régime en place à partir de l’arrêt du processus démocratique et électoral en 1992. Donc, ce n’est pas particulier à l’arrivée de Bouteflika en 1999. C’est une question de régime plus que d’hommes. On peut évidemment parler de sa gestion et de son zèle dans l’écrasement des libertés. L’état d’urgence, faut-il le rappeler, est toujours en cours depuis 1992. Les restrictions à la liberté de la presse, les entraves à l’activité politique partisane, syndicale ou associative libre, les atteintes aux droits humains sont quotidiens.

A quoi, il convient d’ajouter l’interdiction d’occuper la rue qui est le plus grand acquis d’Octobre…

Tout à fait. Depuis juin 2001, il nous est interdit de manifester dans les rues d’Alger. Aujourd’hui, le verrouillage est presque total et tant que nous ne sommes pas tous jetés en prison, nous pouvons nous estimer heureux et nous pouvons nous réjouir de notre petit lopin de liberté, dont il faut profiter avant qu’il ne soit trop tard. A tout cela, nous disons non. Comme le dit le slogan « Soyons réalistes, exigeons l’impossible ! » La rue est à ceux qui l’occupent. Avis à la population : rendez-vous pacifique le 5 octobre.

Craignez-vous plus de verrouillage avec un troisième mandat de Bouteflika ?

C’est une question de régime, pas seulement d’hommes encore une fois. Qu’il y ait troisième mandat de M. Bouteflika ou premier mandat d’un autre, avec ce même régime, les choses peuvent s’aggraver. Bien sûr, si le régime continue sur cette voie « boutefliko-ouyahienne », cela risque fortement d’empirer. Mais, le régime algérien doit faire très attention, parce qu’il y va maintenant de sa propre survie. Il ne pourra pas éternellement verrouiller la cocotte minute sans laisser échapper un trou d’air, sinon, ça lui explosera à la figure. « Tout pouvoir excessif meurt par son excès même ». Ils devraient méditer cette phrase là haut. Avec ce que nous voyons comme déflagrations à travers l’Algérie, tous les jours de l’année, il est à craindre qu’un jour ou l’autre, il y ait une explosion généralisée.

Vous pensez qu’un autre 5 octobre n’est pas à écarter ?

Absence de libertés, injustices sociales, répression, absence de projets sérieux et autres : les ingrédients sont presque tous réunis comme à la veille d’Octobre 88. Cela dit, un tel scénario n’est pas appelé de nos vœux, parce que nous pensons que la répression sera extrêmement dure et nous ne voulons pas qu’il y ait plus de sang et de martyrs qu’il n’y en a eu d’Octobre 88 à ce jour. Mais, vu toutes les injustices, un tsunami populaire n’est pas à écarter. Et c’est pour cela que nous crions société réveille-toi ! Nos gouvernants sont devenus fous. Le pouvoir ne sera pas le seul perdant s’il y a ce tsunami populaire. Cela risque d’être le chaos. Dans RAJ, il y a « jeunesse » et souvent, le 5 Octobre a été associé à la jeunesse insurgée.

Quelle appréciation faites-vous de la place faite aux jeunes dans la société ?

La jeunesse est présente essentiellement à travers les unes des journaux qui parlent sans cesse de la détresse des jeunes Algériens en termes de harraga, kamikazes, drogue, suicide. Mais malheureusement, hormis les manchettes des journaux, elle n’a pas la place qui lui est due dans la représentation nationale et encore moins dans les institutions. D’où la persistance de ce malaise et de ce cri de rage d’Octobre 88 qui continue à se faire entendre à ce jour… Aussi, devons-nous en tant qu’organisations sociales, politiques, servir de canal d’expression et de mobilisation pacifique dans la société. Il faut que les initiatives autour des libertés se multiplient. Nous pouvons comprendre ce qui a pu amener les jeunes à s’exprimer par l’émeute et cette responsabilité incombe en premier lieu au pouvoir qui a fermé tous les canaux d’expression pacifique dans ce pays et qui, de surcroît, utilise la violence comme forme de gestion de la société, quitte à la créer. C’est pour cela que nous disons à ces jeunes que ce n’est pas la meilleure des solutions. Il faut recréer en eux la foi en la lutte, politique et citoyenne, il faut les amener à s’organiser, à se mobiliser à travers des structures qui, même si elles ne leur conviennent pas totalement, sont là pour leur donner la possibilité de revendiquer leurs droits de manière collective et plus efficace, avec, on l’espère, de meilleurs résultats que la casse. Ceci justement est l’un des acquis d’Octobre 88.

Mustapha Benfodil

APN:Budget de fonctionnement est de 400 milliards de centimes

Le budget de fonctionnement de l’APN est de l’ordre de presque 400 milliards de centimes. Il est, pour être plus précis encore, de l’ordre de 3.872.130.000 DA, soit le même que celui de l’année en cours.

Lettre du père de l’Ex-directeur des RG à Annaba à M. Ali Tounsi

alitounsi.jpgA Monsieur ALI TOUNSSI
DIRECTEUR GENERAL DE LA SURETE NATIONALE
-ALGER-

Objet: Demande d’aide contre une hogra caractérisée.

J’ai l’insigne honneur de solliciter votre aide contre la hogra caractérisée dont a fait les frais mon fils BEMAHAMMED Samir Ex-directeur des renseignements généraux à Annaba.
Cette demande d’intervention est motivée par la non assistance des autorités sollicitées à cet effet et qui ont soit laissé faire soit ont manqué de courage pour mettre un terme à la détention arbitraire de mon fils à la prison depuis le 20/06/2006. Ce Complot a été ourdi par l’adjoint de l’époque le commissaire principale DRAI ABDELKRIM gendre du chef d’état-major AHMED GAID SALAH avec la complicité de son frère le brigadier de police DRAI MESSAOUD et du chef de sûreté de wilaya d’Annaba BENCHEIKH ELHOCINE KHEIREDDINE, ils utilisent le nom du général-major, pour intimider les citoyens et les cadres de la police et même les industriels à Annaba ou ELtaref sans qu’il soit au courant à des fins mal intentionées.
Le plus dur à admettre est la rapidité d’exécution et les conditions de suspension de fonction décidées en haut lieu par T.O envoyé d’Alger le jeudi 11/05/2006 et contraintes de signature du P.V de notification le jour même à 18h 30 en son domicile avec interdiction d’accès à son bureau.
Comment et pourquoi le directeur national des R.G BELDJILALI KAMEL a ordonné cette suspension sans demande d’explication ni commission d’enquête. Que dois-je en conclure ?
La rapidité d’exécution de cette décision s’explique par le fait que l’I.R.P.E Mr Issad BELGACEM a informé téléphoniquement le jeudi 11/05/2006 le chef de S.W de sa visite le samedi qui suit pour enquête diligentée par l’inspection régionale et ordonnée par Mr le directeur général ALI TOUNSI lui –même avec mention (ENQUETE APPROFFONDIE ) au sujet de la plainte déposée par un industriel de Annaba pour dépassement et abus d’autorité du chef SW à son encontre et à l’encontre des citoyens et même des cadres de la sûreté surtout ceux qui étaient en désaccord avec lui. Cette enquête n’a jamais eu lieu grâce aux efforts du D.R.G qui sait pertinemment qu’elle toucherait directement son protége le chef de S.W.
L’IRPE lui –même a été écarté de l’inspection en même temps que mon fils.
Pour avoir refusé un faux témoignage contre mon fils, ses adjoints Mr BELDIE RABIE et Mr ATTIA SAAD ont été le premier suspendu et le second radié et poursuivis sans aucune raison valable.
Ces deux ex-fonctionnaires ont témoigné par écrit auprès de Mr le juge d’instruction sur la demande de faux témoignage qui leur a été faite par les responsables de la SW de Annaba.
Je suis fier de ce qu’a fait mon fils bien que pour le moment il a le dessous mais la vérité finit toujours par se savoir. Toutes les enquêtes effectuées par mon fils sur les blanchiments d’argent, abus d’autorité, détournement et autres affaires scabreuses ont été envoyées à la P.J pour suite à donner.
Beaucoup de citoyens et cadres honnêtes de Annaba ont apporté leur aide à mon fils dans son combat des différents fléaux connus mais qui auparavant n’ont jamais fait surface parce que les commanditaires achetaient le silence des responsables de la SW qui acceptaient les cadeaux, devises, meubles, vêtements et autres articles électroménagers.
Sans se soucier des répercussions négatives qu’engendrent ces comportements indignes d’un responsable quelque soit son rang ou son grade.
De tels cadres indignes ne peuvent et ne veulent côtoyer ou travailler avec des cadres intègres qui les dérangent dans leur manigance et autres affaires louches d’où l’origine et le pourquoi de tout ce scénario pour réduire au silence mon fils et selon leur logique lui donner une leçon dont le thème est :
«Nous sommes les plus forts et nous sommes capables de faire ce que bon nous semble».
J’ai toujours inculqué à mes enfants filles et garçons l’intégrité, la probité, le respect des valeurs religieuses et ancestrales, la moralité, la politesse, l’amour du prochain et surtout le franc parler.
Avec des cadres aussi médiocres et aussi rapaces et béni oui oui, la wilaya de ANNABA est bien mal lotie dans leurs relations de travail, l’impression qu’avait mon fils de son DRG était que ce dernier s’intéressait beaucoup plus au comportement de l’ex-chef de surêté de L’IRPE qu’au travail proprement dit.
Un autre fait édifiant à citer: pour l’enquête de la DLEP de Annaba, mon fils a reçu un questionnaire aux lieu et place de félicitations méritées et l’injonction de saisir d’abord par téléphone Mr le DRG avant de traiter des dossiers importants et que c’est à lui à décider s’il faut ou non enquêter.

En hommage aux martyrs du 5 octobre 1988

octobre88.jpgAlgeria-Watch, 5 octobre 2008

 

Il y a exactement vingt ans, des soldats en uniformes de l’armée algérienne et commandés par des officiers algériens tiraient sur des jeunes Algériens désarmés. Tous ceux qui ont assisté à ce spectacle atroce en ont gardé un souvenir où l’amertume se mêle à la douleur.

 

Des armes achetées avec les deniers du peuple et destinées à le défendre se sont retournées contre lui. Pour la première fois depuis 1962, des balles algériennes ont tué ou grièvement blessé plusieurs centaines de jeunes issus de couches diverses de la société.

 

Vingt ans après ce jour d’infamie, des fleuves de sang et des rivières de larmes ont modifié à jamais le cours de l’histoire nationale. Mais au plan du droit et des libertés, rien n’a vraiment changé. Au contraire, la situation générale du pays, malgré la fortune pétrolière, s’est très considérablement dégradée au point de mettre en péril son avenir.

 

Le bilan de ces vingt années de terreur est sans appel. Aux centaines de morts des journées d’octobre 1988 se sont ajouté les 200 000 morts, le million de déplacés, les dizaines de milliers de torturés et les milliers de disparus de la guerre contre les civils qui a suivi le coup d’État militaire de janvier 1992. La situation sociale des catégories les plus fragiles et les plus nombreuses s’est détériorée pour s’approcher de plus en plus à celle qui prévalait au temps du colonialisme.

 

Car c’est bien à l’aune de la lutte de libération du peuple que se mesure l’étendue de la forfaiture des hommes qui ont mis en joue la jeunesse de ce pays. À ce titre et pour l’éternité, les morts d’octobre 1988 figurent au panthéon des martyrs de la liberté, rejoignant leurs prédécesseurs de la guerre anticoloniale. Et le 5 octobre 1988 est bien une date majeure dans le processus d’émancipation de l’Algérie.

 

L’indépendance a été acquise par la lutte du peuple, et elle a été confisquée et vidée de son sens par un régime d’oppression. Certains des officiers sans honneur qui ont accompli cette œuvre sinistre ne sont plus de ce monde et sont déjà jugés par l’Histoire. Ils sont rangés en bonne place dans l’épouvantable registre des bourreaux, des assassins et des tortionnaires d’un siècle sanglant. Leur mémoire couverte d’opprobre est celle de criminels. Ainsi les autres, en activité ou à la retraite, peuvent méditer ce que cette même Histoire leur réservera s’ils échappent à la justice des hommes.

 

Au-delà et quels que soient les moyens mis en œuvre, le peuple algérien continuera sa marche vers sa libération. Tout comme les menées meurtrières du djihadisme apolitique, les tentatives de récupération par ceux-là mêmes qui se sont fait les avocats exaltés de l’éradication criminelle ne trompent personne. La paix civile, l’État de droit, la justice, le respect des droits humains et des libertés viendront tôt ou tard donner son contenu réel à l’indépendance nationale.

 

 

Les martyrs du 5 octobre ont été parmi les premières victimes de cette phase finale du combat libérateur. Ils ne seront pas oubliés.
Algeria-Watch leur rend un hommage ému et respectueux.

 

Pour ne pas oublier Algeria-Watch met en relief à l’occasion de cette commémoration différents documents déjà existants:

 

- des analyses de différents auteurs.

 

- quelques témoignages de victimes de la torture qui avaient été recueillis par différentes parties et publiés par le Comité national contre la torture en 1989.

 

- Deux rapports de la LADH de 1988. www.algeria-watch.org

SAS à El Watan: «Ceux qui ont fait la dictature ne peuvent pas faire la démocratie»

sas.jpgSid-ahmed semiane, chroniqueur, auteur de Octobre, ils parlent

 

Il est surtout connu sous ses initiales: S.A.S. Et pour ses chroniques au vitriol dont il a abreuvé nos tabloïds, de Sur la tête de ma mère à ses débuts à Algérie-Actualité jusqu’à « Tag âla man Tag », son billet sulfureux à la « der » du Matin. Il avait récidivé récemment avec de belles chroniques urbaines dans le quotidien La Tribune sous le titre générique : Des Nouvelles du Dehors. Même si ce statut l’agace, Sid-Ahmed Semiane est un symbole fort de ce qu’on a pris coutume d’appeler « la génération d’Octobre ». Il est d’ailleurs l’un des rares à avoir écrit sur l’intifada fondatrice, lui qui a commis un opus qui est en soi un morceau de bravoure : Octobre, Ils parlent (éditions Le Matin, 1998). «Ils», c’est les Khaled Nezzar, Larbi Belkheir, Mohamed Betchine et autre Mejdoub Lakhal-Ayat (excusez du peu…). Notre trublion féroce, à la bouille juvénile, allait ainsi, en dictaphone et baskets, acculer sans trembler les pontes de l’époque. Depuis, SAS a signé d’autres ouvrages, tous traversés peu ou prou par le souffle tellurique d’Octobre. Le dernier en date : Au refuge des balles perdues (La Découverte, 2005). Introuvable en Algérie.

La première question qui me vient à l’esprit c’est : comment avez-vous vécu personnellement les événements du 5 Octobre 1988 ? Quel souvenir précis en gardez-vous ?

Le premier souvenir d’Octobre qui me reste et qui surgit à mon esprit à chaque fois que j’y repense est celui des chars. Bien sûr, il y a les victimes, il y a surtout l’abjection de la torture, les arrestations arbitraires… Mais pour moi, le premier souvenir d’Octobre, celui qui donne le la à la symphonie du désastre, c’est d’abord les chars. Cette tragédie mécanique, cette force arrogante, phallique, méprisante, qui se met en place dans une parfaite théâtralité, qui occupe l’espace en un rien de temps, un peu comme des acteurs qui s’installent sur scène dans l’obscurité, très rapidement, avant le lever de rideau, et sans que l’on se rende compte de leurs mouvements, de leurs déplacements… Ils sont déjà là et vous, vous êtes presque déjà mort. Cette vision des chars m’obsède. J’avais l’impression que leur seule présence était déjà chaotique. Qu’il ne fallait pas en rajouter. Je les voyais pour la première fois en vrai… Nous étions nombreux à les voir pour la première fois. Et ce n’était plus du cinéma. Nous n’étions plus avec John Wayne dans un film de guerre à gros budget. C’est vraiment abominable, un défilé de chars ; des chars nerveux, avec des soldats armés qui s’accrochent au-dessus, fonçant aveuglément sur la ville pour faire la guerre à des enfants. Nous étions nombreux à les voir pour la première fois et nombreux à avoir cet étrange sentiment que la monstruosité de leurs canons nous était entièrement dédiée. On sentait qu’il y avait une volonté de tuer, de faire mal, une volonté d’avilir l’autre et l’autre c’était nous. Je disais que les chars étaient un élément constitutif de notre histoire. C’est vrai. C’est un peu le parfait symbole de notre propre décadence. Si l’on devait choisir un symbole pour raconter nos échecs, ce serait forcément celui du char. Chaque génération a eu droit à son lot de chars. Nos parents, avec ceux de la guerre de Libération, de la Bataille d’Alger… puis, dès l’indépendance, le char a été là, toujours là, prêt à tout moment à manifester sa puissance pour écraser les paroles dissonantes, discordantes, qui ne chantaient pas dans la même gamme que les ténors du parti-Etat. Les chars de 1962, de 1965, de 1967, de 1988, de 1991, et ça continue… Les chars, et certainement l’ENTV, sont les armes les plus efficaces du pouvoir. Maintenant reste à déterminer laquelle des deux armes est la plus efficace et la plus meurtrière ?

En 1998, à l’occasion du dixième anniversaire d’Octobre, vous aviez conçu un livre fort remarqué intitulé : Octobre, Ils parlent. Vous êtes, à ce titre, l’un des rares intellectuels algériens à avoir écrit sur Octobre. Pouvez-vous nous parler un peu de ce livre ? Avez-vous rencontré des difficultés à faire parler justement les acteurs de l’époque ?

Vous savez que tous les acteurs que j’ai pu rencontrer, hormis ceux qui étaient en dehors des sphères du pouvoir naturellement, n’avaient quasiment jamais parlé à un média, ne s’étaient jamais exprimé ni sur cette terrifiante question d’Octobre qui était encore toute fraîche ni sur une tout autre question. C’étaient des petits empereurs vivant dans une espèce de cité interdite, des traders avant l’heure qui spéculaient sur le destin d’une nation en toute impunité. Ce ne fut pas facile, parce que les principaux acteurs se connaissaient entre eux. Ils avaient partagé le pouvoir, ils savaient ce qui s’était réellement passé, ils avaient chacun une part de responsabilité, ils étaient liés par le secret, l’intrigue, les enjeux et des années de dictature… Et puis moi qui arrive avec mon dictaphone et mon sac à dos pour poser des questions… c’était un peu kafkaïen comme situation. Ils n’étaient pas habitués à ça. C’était comme un bug cérébral. Ils ne comprenaient pas qu’on vienne les chercher pour les faire parler. Ils ont difficilement accepté les entrevues. Mais dès que le premier d’entre eux, peut-être le plus influent à l’époque et certainement le plus bavard de tous, avait donné son accord, les autres se sont dit qu’il était possible de le faire. Le premier ne voulait pas que je l’enregistre, ce que j’ai refusé catégoriquement. Il voulait parler et que moi je prenne des notes comme un secrétaire. L’enregistrement était dangereux pour lui. Ce sont des hommes qui travaillent sans preuves. Sans écrits. Il a fini par accepter quand je lui ai expliqué les difficultés d’abord techniques de faire une entrevue de plusieurs heures sans enregistrement, puis, je lui ai expliqué l’avantage que lui-même pouvait en tirer. C’était une preuve juridique autant pour lui que pour moi en cas de litige. Il a accepté. Quelques jours plus tard, quand j’avais fini par retranscrire le tout, il m’avait appelé pour que je lui restitue les cassettes. Faisant l’idiot, je lui dis que j’allais dès le lendemain lui envoyer une copie, il me dit non, je veux l’enregistrement. L’original. Pas de copie pour vous. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas le faire. Que les cassettes m’appartenaient, qu’elles constituaient un document de travail, et qu’il ne servait à rien que je lui mente en lui disant que j’allais les lui envoyer sans faire de copies pour moi. C’était inconcevable. Je crois que là j’étais prêt à laisser tomber le livre. Mais il n’avait pas insisté plus que ça. Aujourd’hui qu’il y a prescription, je peux raconter tout ça, tous ces travers… J’avais l’impression que ces hommes puissants étaient finalement d’une grande fragilité. Leur puissance, c’était leur silence, leur mépris… Ils se téléphonaient constamment les uns les autres. Dès que je quittais l’un d’eux, ils essayaient de savoir si je posais les mêmes questions, dans quel ordre et dans quel but… L’un d’eux, le plus zélé, est même allé jusqu’à vérifier mon « pedigree » pour voir si je n’avais pas de sympathie particulière pour l’ancienne puissance coloniale ! Avant d’entamer l’entretien, il m’a dit : avez-vous vécu en France ? Je dis non, pourquoi ? Il me dit sans gêne aucune que dans sa tentative d’en savoir un peu plus sur moi, il y avait cette information et qu’il voulait la confirmer. Je n’en revenais pas ! Mais je m’en foutais un peu aussi. Il fallait faire le livre. Le reste, ma foi, c’était un vrai délire… A un moment, ils avaient même conclu que je tentais de les piéger quand ils se sont rendu compte qu’une bonne partie du questionnaire était identique. Ce qui était normal, puisque je leur posais des questions sur le même événement et que je tentais d’avoir le point de vue de chacun sur les mêmes points qui restaient obscurs. Ils se concertaient en permanence. Il fallait qu’ils accordent leurs violons sur le même mensonge, ce qui n’était forcément pas facile pour eux. Je crois qu’ils ne s’étaient jamais dit avant de me rencontrer qu’il était possible qu’un jour, quelqu’un puisse leur poser des questions en toute liberté sur ce qui s’était passé durant les journées d’Octobre. Ils ne s’étaient jamais préparés à ce cas de figure, je crois. Ils ne s’étaient jamais justifiés de rien. Moi, ce que je voulais, c’était qu’ils parlent, d’où le titre d’ailleurs. C’était presque mon seul objectif. La vérité, vous pensez bien, était une option aléatoire. Je ne pouvais tout de même pas tout avoir. Je voulais les faire parler, qu’on entende leurs voix, qu’on inscrive quelque part sur des supports non périssables leurs mots… Des mots que d’autres pourraient utiliser comme base de données pour aller plus en profondeur dans un travail de vérité historique recoupée et vérifiée. Vous rendez-vous compte, les quatre principaux responsables d’Etat durant les événements d’Octobre que j’avais interrogés, quand je leur parlais de la torture, me disaient tous, sans sourciller, avec des trémolos dans la voix, qu’ils n’étaient pas au courant de cette abomination. L’un d’eux m’a même avoué, sans que je le torture, presque les larmes aux yeux, comme un très médiocre acteur de télénovela, qu’il n’avait appris que des cas de tortures existaient que des semaines après les sanglantes journées d’Octobre, et seulement quand les premières lettres de citoyens dénonçant cette abominable pratique arrivaient sur son bureau à la Présidence. Il m’avait juré sur la tête de ses enfants qu’avant d’avoir lu ces lettres, il n’était au courant de rien. Je savais que c’étaient de gros mensonges ce que me racontait cet homme puissant. C’était presque risible. C’était pathétique. Mais je n’allais tout de même pas l’obliger à dire la vérité. Ça, c’est le travail des juges. De la justice. D’une vraie justice…

Au terme de vos entretiens, pouvez-vous nous livrer votre conclusion « intime » quant à l’interprétation d’Octobre. Laquelle des thèses l’a finalement remportée : « chahut de gamins » ou manipulation ?

« Chahut de gamins », sûrement pas. Et franchement, j’en ai marre de cette histoire de manipulation. Je ne supporte plus ce mot. Ça fait plus de vingt ans que l’on tente de savoir si oui ou non le pouvoir (ou une partie de ce pouvoir luttant contre une autre partie) a manipulé la rue. Encore une fois, le débat est biaisé. Parce que cette interrogation n’est pas la bonne. Même moi, croyant bien faire, je me la suis posée. Mais c’est totalement idiot. Parce que, une fois encore, c’est le pouvoir qui choisit les termes du débat. C’est lui qui donne le la, nous laissant nous engouffrer tête baissée dans une équation inextricable. Tous les pouvoirs manipulent de toutes les façons. C’est consubstantiel à leur raison d’être. A la raison d’être de la politique… Pourquoi alors abandonner l’essentiel pour perdre du temps dans des interrogations sans réponses précises ? Parce que l’essentiel, ce n’est pas de savoir s’il y eut manipulation ou pas, ça, c’est tout bénéf pour tous les potentats qui nous observent en train de nous entre-déchirer dans des circonvolutions intellectuelles vaseuses et sans fin… L’essentiel n’est pas de savoir comment les gens sont sortis, mais pourquoi ils sont sortis. L’essentiel, ce sont plus de 600 morts, des milliers d’arrestations arbitraires et presque autant de cas de tortures pratiquées sur des adolescents qui restent totalement impunies sans qu’aucun juge ne se dise qu’il est temps d’ouvrir le dossier. Non pas pour se venger, pour punir ou châtier les coupables, mais surtout pour savoir. Pour la vérité. Pour que ça ne se reproduise plus. Au lieu de cela, nous avons eu une amnistie. Quel scandale ! Une amnistie ! Vous rendez-vous compte que l’Etat a pardonné au lieu de demander pardon. C’est le comble du cynisme. C’est-à-dire que l’Etat pardonne à ceux qu’il a torturés. Il leur pardonne de s’être fait torturer par lui… L’Etat pardonne à ceux qu’il a tués aussi. C’est surréaliste. C’est pour tout cela que je m’en fous un peu de ce discours sur la manipulation. En Octobre, il y avait des gens dans la rue qui ont affronté des chars à mains nues. Et eux, personne ne les a manipulés. Je pense que si les Algériens avaient le niveau de vie des Suédois, s’ils avaient leur liberté, leur police, leurs loisirs, leurs écoles et leurs hôpitaux, leurs salles de concerts et de cinéma, leur justice, leurs lois et le même respect de l’individu, vous auriez pu les manipuler à volonté ces Algériens, ils ne seraient jamais sortis. A la place, ils auraient sûrement préféré, au lieu d’affronter des militaires avec des armes de guerre, aller danser ou boire un verre de thé ou une bière avec des amis. Il est temps de sortir de la dialectique que nous impose le pouvoir. Cessons de répondre aux angoisses des puissants et occupons-nous de nos propres angoisses qui sont nombreuses. Si le pouvoir veut savoir qui a manipulé quoi, qu’il le fasse. Nous, on veut savoir qui a tué et qui a torturé. Il faut qu’on se crée nos propres questionnements et ne pas répondre aux questions sans réponses précises qui nous sont imposées par des gouvernants illégitimes.

Dans ce même ordre d’idées, que vous inspire la dernière déclaration d’Ouyahia qui niait que la rue ait été pour quelque chose dans les événements d’Octobre et les revendications démocratiques qu’ils véhiculaient ?

Nous sommes au cœur de ce que l’on disait il y a un instant. Pourquoi voudriez-vous que les propos de M. Ouyahia m’inspirent quoi que ce soit ? Pourquoi voudriez-vous que je réfléchisse à ce que dit le chef du gouvernement ? M. Ouyahia est dans son rôle, le rôle d’un Premier ministre qui a dit  » j’ai menti « , comme me le faisait rappeler un ami, en parlant du nombre des victimes du massacre de Bentalha. Sortons de l’esclavage de la pensée. Il faut qu’on arrive enfin à renverser ce schéma aliénant. Ce n’est pas à moi de penser, de réfléchir à ce que dit le chef du gouvernement. C’est au chef du gouvernement et à tous les autres dirigeants de penser et de réfléchir à ce que je dis moi, vous et toute la société. Quand ils nous écouteront et qu’ils réfléchiront un peu plus à ce qu’on dit, nous aurons certainement fait un pas important vers un ailleurs certainement meilleur.

Comment expliquez-vous le peu de contributions, journalistiques, universitaires, littéraires, autour d’Octobre ? Y a-t-il, selon vous, un vrai problème à écrire sur Octobre1988 comme on a des difficultés à écrire sur tout ce qui touche à l’histoire de ce pays ?

L’écriture de l’histoire a toujours été problématique. Que ce soit l’histoire lointaine ou contemporaine. On ne peut pas écrire l’histoire sous une dictature ni sous les auspices de ce simulacre de démocratie, pour abuser des euphémismes. Il y aura toujours quelqu’un pour dire que cette version des faits ne lui convient pas. Que ce soit l’histoire de la colonisation, l’histoire de l’Islam dans le Maghreb, l’histoire des mythes fondateurs, l’histoire des Berbères, l’histoires des Arabes, l’histoire de l’Emir Abdelkader, l’histoire de Tin-hinan, l’histoire de la Kahina, l’histoire de l’Eglise chrétienne en Algérie,de la Rome antique à nos jours, l’histoire des Oulémas, l’histoire des Frères musulmans, toutes les histoires sont problématiques, quoique vous fassiez. L’écriture de l’histoire a besoin de la sérénité démocratique d’une nation. Il faut qu’elle soit l’affaire d’historiens, de scientifiques, pas d’apparatchiks. L’histoire d’Octobre est encore plus compliquée, parce que les acteurs ne sont pas seulement en vie, mais pour beaucoup d’entre eux, encore en poste, preuve d’ailleurs de l’échec de cette révolution. D’où le malentendu historique. Ceux qui ont fait la dictature ne peuvent pas faire la démocratie. Ceux qui ont fait la gloire de la presse unique et de l’unicité de pensée ne peuvent pas non plus se mettre en pole position pour prétendre faire une presse libre. Malheureusement, nous sommes dans ce cas de figure unique.

Nous avons le sentiment, au jour d’aujourd’hui, qu’Octobre a été vidé de son contenu. Que c’est une date morte, qui n’inspire plus rien. Y aurait-il un malaise autour d’Octobre ? Que reste-t-il, de votre point de vue, de l’héritage d’Octobre, ses acquis, ses revendications et son souffle libertaire ?

Il a été vidé de son contenu pour toutes les raisons que l’on vient de citer et bien d’autres encore. Il reste une plaie pour les victimes qui font le pied de grue devant les rédactions et les sièges nationaux des partis politiques tous les ans à la même période. N’oubliez pas que toutes les victimes sont considérées aujourd’hui encore comme des victimes d’accidents de travail et non pas victimes de la répression. Ce qui, d’un côté, est tout à fait normal puisque le même pouvoir répressif est toujours en place. Mais d’un autre côté, c’est totalement absurde, parce qu’on fait payer les pensions à un organisme d’Etat qui n’a absolument rien à voir dans l’affaire. Le plus ridicule est que la plupart des victimes, handicapées à vie pour certains, n’étaient même pas en âge de travailler pour qu’on les considère comme victimes d’accidents de travail. Oui, octobre ne signifie plus grand-chose. Ceux qui sont nés en 1988 ont aujourd’hui 20 ans. Ils sont nés dans une autre guerre, nettement plus féroce.

SAS, en tant que chroniqueur sulfureux qui a longtemps « guerroyé » contre le système en place, vous êtes, bon gré, mal gré, le symbole de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler « la génération d’Octobre ». Revendiquez-vous ce titre ?

Je ne suis le symbole de rien. Pis: j’ai horreur de cette appellation romantique de « génération d’Octobre ». D’ailleurs, nous ne sommes pas la génération d’octobre. Nous ne sommes pas ses enfants non plus. Nous sommes plutôt les bâtards d’octobre. Ça me semble plus juste. Nous serons les enfants d’octobre le jour où nos espoirs de liberté et de vie meilleure seront une réalité absolue. Pas avant.

Toujours est-il que vous représentez beaucoup pour les jeunes. Comment voyez-vous justement la place accordée à la jeunesse algérienne tant dans la société qu’au sein des institutions de ce pays ?

Je n’ai pas de constat spécial à faire sur les jeunes. Sauf à dire qu’il est criminel de laisser une magnifique énergie se transformer en bombes humaines, en harraga ou en gardiens de parkings, ces fameux « parkingueurs » qui vous guettent à chaque stationnement. Je crois que jamais un pays aussi riche n’a humilié sa jeunesse comme l’a fait avec une rigoureuse constance l’Algérie indépendante. Mais ce ne sont pas seulement les jeunes qui sont exclus et infantilisés, c’est encore plus grave. Nous sommes face à une oligarchie vieillissante qui se régénère en excluant, pas uniquement les jeunes, mais toute la société.

Par Mustapha Benfodil

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