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Mohamed Samraoui: « Il appartient à la justice de déterminer si le mis en examen est coupable ou pas… »

samraoui1ur.jpgDans un entretien à tsa-algerie.com, l’ancien colonel des services secrets algériens, Mohamed Samraoui, revient sur sa confrontation à Paris avec le diplomate Mohamed Ziane Hasseni. 

Vous avez été confronté par vidéoconférence au diplomate Mohamed Ziane Hasseni. Comment s’est déroulée cette confrontation?

Effectivement, la confrontation a eu lieu par visioconférence le jeudi 4 juin 2009. Compte tenu du fait qu´il m´était impossible de voyager hors d´Allemagne sans la levée du mandat d´arrêt émis par les autorités d´Alger, il s´agissait donc de l´unique alternative pour avancer dans le dénouement de cette affaire.

Je m´attendais plutôt à une audition par le nouveau juge en charge de l´affaire, comme ce fut le cas lors de ma déposition en juillet 2003, mais bon, le fait de m´être trouvé dans des conditions auxquelles je ne m´attendais pas ne m´a pas perturbé, même si je ne m´y étais pas preparé.

Selon les avocats de M. Hasseni, vous êtes revenu sur une partie de vos accusations à l’encontre du diplomate. Quelles sont ces parties ?

Ce n´est pourtant pas mon sentiment, dans mon esprit tout ce qui a été dit au juge Thouvenot concernant l´ex capitaine Rachid Hassani a été redit avec la même force, toutefois je n´en disconviens pas, il y a eu certainement des omissions involontaires ou des confusions dues aux battages médiatiques entourant toute cette affaire.

Et puis je n´allais quand même pas m´acharner sur le mis en cause, mon but n´était pas de vouloir l´enfoncer à tout prix, mais d´apporter par mon témoignage  une contribution qui mettrait la lumière sur l´assassinat lâche d´un opposant algérien.

Dans cette affaire, fidèle à mes principes, je n´ai obéis qu´à ma conscience et j´avais dit d´emblée au juge que pour moi la personne mise en examen est à 99% celle que j´avais accompagnée à Skikda en 1987. Après la confrontation qui a duré six heures, j´ai fait connaitre au juge en toute honnêteté  que ma conviction était redescendue à 50/50. Il appartient à la justice de déterminer si le mis en examen est coupable ou pas, car je n´ai pas les pouvoirs de police pour matérialiser certains faits, verifier par exemple: s´il a bien était en poste en tant que consul à Bamako au début des années 1990 ou si sa belle famille réside bien au quartier Saint-Jean de Constantine, etc…

J´avais aussi avoué au juge mon erreur en visionnant les photos du journalistes de Mediapart et que j´avais moi même signalé cette erreur au journaliste peu de temps après en lui envoyant la photo et l´identité de la personne en question.

Quels sont les éléments qui ont motivé cette évolution dans votre témoignage dans cette affaire ?

Je ne pouvais pas m´enchainer dans mes certitudes, l´intéressé declare qu´il est né à Tolga et non à Oum El Bouaghi, que son parcours scolaire et professionnel ne correspond pas celui de l´individu qui a piloté le dossier Mecili, qu´il ne s´est jamais rendu à Skikda. L´ ex ministre Abdelaziz Rahabi affirme l´avoir connu à l´ENA , de quel droit devrais-je mettre en doute la fiabilité de son témoignage?

En plus, auparavant, j´avais clairement insisté sur le fait que ma conviction ne sera totale qu´à partir du moment où la confrontation avec le mis en cause aura lieu. Ma conscience m´interdit d´accuser quelqu´un dont  le rôle dans l´affaire Mecili n´a  pas été totalement établi.

Selon l’avocat de la famille Mécili, vous auriez envoyé au juge, avant la confrontation, une lettre faisant état de « menaces ». Confirmez-vous l’existence d’un tel document ?

Effectivement j´avais envoyé au juge une lettre qu´il a versée au dossier. Dans cette lettre je faisais état des pressions et des tentatives de corruption exercées par les hauts responsables du DRS pour obtenir mon silence et ma rétractation. Mais je le répète, ces tentatives n´ont aucunement influencé mon témoignage et c´est à ma conscience seule que j´obéis.

Je profite de l´occasion pour préciser que c´est à cause de cette dénonciation que le premier ministre Ahmed Ouyahia m´a taxé de traitre. Venant de la part d´un larbin des généraux , je trouve cela comme un compliment.

De quel type de menaces s’agit-il ?

Pour l´instant je ne peux pas m´étendre sur ce point sans l´aval du juge, car il a convenu de reprendre la confrontation ultérieurement. C´est justement ce genre d´actes qui m´incitent à plus de prudence et vous comprenez pourquoi j´ai dit au juge que je suis toujours à 50-50 à l´issue de cette première confrontation.

Après cette confrontation, estimez-vous que votre rôle en tant que témoin principal dans cette affaire est terminé ?

Je n´ai jamais cherché à jouer un quelconque rôle dans cette affaire. J´ai toujours été mû par le seul souci de justice et de vérité afin qu´un terme soit mis à l´impunité et aux abus d´une caste qui considère l´Algérie comme une propriété privée. C´est à la justice de decider, mais tant qu´elle me sollicitera je répondrai toujours présent.

Commentaires

  1. Anonyme dit :

    bon courage pour votre combat monsieur SAMRAOUI, meme s’il est un peu difficile, mais rien n’empeche un courageux comme vous qui veut eclaircir toutes les verites cachees . pour courage colonel samraoui

  2. justice&verité dit :

    Préface à l’édition de 2007 de L’Affaire Mécili
    par Hocine Aït-Ahmed

    C’était il y a vingt ans. Le 7 avril 1987 exactement en plein Paris. Un obscur proxénète assassinait pour le compte du régime algérien un homme de cinquante ans dans le hall d’entrée de son immeuble du boulevard Saint-Michel. En quelques secondes et trois balles de 7,65 tirées presque à bout portant, Alger venait de se débarrasser d’Ali Mécili, infatigable porte-parole de l’opposition algérienne. Un rôle à haut risque en ces temps annonciateurs des grandes émeutes d’octobre 1988, mais où le mythe de l’« Algérie révolutionnaire » rendait tabou toute critique sur le pouvoir et les pratiques des généraux.

    Dans les heures suivant l’assassinat de cet avocat au barreau de Paris, l’ambassadeur d’Algérie en France recevait un appel téléphonique insolite. Le ministre de l’Intérieur Charles Pasqua tenait en personne « à l’assurer que l’Algérie n’avait rien à voir avec cette affaire ». Tout était dit. Et rien n’allait permettre de remettre en cause ce « message » adressé dès la première heure aux autorités algériennes : Paris les couvrait et garantissait leur impunité en les assurant d’emblée qu’elles n’avaient « rien à voir » avec la mort de Mécili. Bachir Rouiss, le ministre de l’Information algérien de l’époque, confirmera d’ailleurs sur Radio Monte-Carlo que ce message avait été reçu cinq sur cinq à Alger. « L’Algérie, affirmait-il, n’a absolument rien à voir avec cet assassinat et n’a jamais eu recours à de tels procédés. » Comme on le verra dans ce livre, ce pacte du silence entre Paris et Alger allait être plus fort qu’une enquête permettant très vite de savoir l’essentiel, plus fort que la multitude d’articles de presse pointant Alger du doigt ou que la mobilisation organisée autour d’Annie Mécili, la femme d’Ali, par le Comité Mécili. Il ne manquait qu’à sceller ce pacte : ce sera le renvoi par la France de l’assassin en Algérie en procédure d’urgence absolue.

    Pourquoi la justice française ignore-t-elle les éléments nouveaux de l’enquête ?
    Vingt ans après, rien n’a changé. Pourtant en 2003, un témoignage décisif est venu s’ajouter à une enquête déjà très édifiante quant à la responsabilité de la Sécurité militaire, la fameuse « SM », la police politique du régime algérien. Il concerne rien moins que la remise du prix de son forfait au meurtrier, un certain Abdelmalek Amellou. Cette déposition confirme l’implication dans l’affaire de Rachid Hassani, un capitaine de la SM qui apparaissait déjà comme l’agent traitant d’Amellou dans l’enquête diligentée à l’époque par les policiers français (1). Le 2 juillet 2003 donc, le colonel Mohamed Samraoui, ex-officier supérieur de la SM réfugié politique en Allemagne (2), était entendu par Baudouin Thouvenot, le juge d’instruction français désormais en charge du dossier.

    En 1987, Mohamed Samraoui est chef de la section de prévention économique de l’armée pour la région Est. Fin juin, début juillet, trois mois après l’assassinat d’Ali Mécili, son supérieur hiérarchique, le major Abdelkader Chagraa, le convoque dans son bureau, où se trouve un certain « Monsieur Hassani ». La quarantaine, consul général à Berlin puis à Bonn, celui-ci dit se prénommer Rachid, même si sa carte de visite fait état d’un autre prénom, Mohammed Ziane. Samraoui est chargé par son supérieur d’accompagner Hassani à Skikda, une ville de l’est du pays où ce dernier ne peut aller seul, faute d’y être connu des services de sécurité locaux. À Skikda, Hassani et Samraoui se rendent à l’hôtel Salem, sur la terrasse duquel ils rencontrent Amellou, le petit truand assassin de Mécili. Réexpédié dans la plus grande discrétion à Alger par le duo Charles Pasqua/Robert Pandraud, l’homme s’inquiète pour sa voiture de sport et doute qu’elle soit, comme le lui assure Hassani, dans un garage de Béjaïa en Kabylie. Le ton va encore monter quand Amellou réclame « son argent ». Même si les billets remis par Hassani suggèrent une assez grosse somme, ce n’est visiblement pas suffisant. Hassani tente de calmer son interlocuteur en reconnaissant qu’il a « effectivement rempli le contrat ». Mais, fait-il valoir, c’est pour sa propre sécurité qu’il lui remet dans un premier temps une partie seulement de la somme prévue pour éliminer Ali Mécili (800 000 francs au total, environ 122 000 euros actuels). « Il a exécuté une mission d’un montant de 800 000 francs », expliquera Hassani à Mohammed Samraoui en lui confiant qu’ils « avaient eu des problèmes avec Amellou alors qu’il était caché à Alger » .

    Ces éléments nouveaux justifieraient largement l’émission de mandats d’arrêt contre Amellou bien sûr, mais aussi contre Rachid Hassani. Aujourd’hui pourtant, trois ans après le témoignage de Mohammed Samraoui, la justice française n’a rien fait pour identifier, retrouver et entendre cet homme clé. Les pistes ne manquent pas : on sait par exemple qu’en janvier 2001, un certain Mohamed Ziad Hassini était consul général à Bonn. Le nom est si proche de celui figurant sur la carte de visite de Rachid Hassani que seule une lettre l’en différencie. Hassini, ou Hassani, fait-il toujours partie du personnel diplomatique ou consulaire algérien en Allemagne ? S’agit-il du même homme que celui qui apparaît tout au long du dossier et que le témoin entendu par le juge Thévenot affirme avoir vu remettre de l’argent au tueur trois mois après l’assassinat d’Ali Mécili ? Apparemment ces questions n’intéressent pas la justice française : une fois de plus, comme après le meurtre, celle-ci fait le dos rond.

    La SM, une police politique au cœur du pouvoir
    La forfaiture et la lâcheté de deux États ont réussi à effacer la mémoire de l’affaire Mécili de la liste des crimes politiques. Au point qu’au cours des dernières années, Annie Mécili n’est même plus parvenue à faire publier dans la presse française le moindre texte dénonçant l’impunité des commanditaires de l’exécution de son mari. Il n’y a là, hélas, rien de nouveau sous le soleil.

    Depuis plus de quatre décennies, le régime algérien n’a pas seulement usurpé la souveraineté du pays, fruit du combat et des sacrifices de tout un peuple. Il a organisé, dès l’indépendance, l’amnésie pour priver les Algériens de leur Histoire. C’était à ses yeux la seule manière de régner en maître sans jamais risquer devoir rendre des comptes.

    C’est précisément pour lutter contre cette amnésie érigée en mode de gouvernement et de gestion de la société qu’il m’a paru de salubrité publique, vingt ans après l’assassinat d’Ali, de rééditer aujourd’hui ce livre, que j’avais publié en 1989. D’autant que ce meurtre ne constitue ni une bavure ni un « accident de parcours ». Il marque au contraire une constante depuis l’indépendance de notre pays : la volonté du régime de détruire le politique et jusqu’à l’idée même du politique, de refuser et casser toute médiation et tout médiateur crédible. Au besoin par l’assassinat de ceux qui menacent la pérennité du régime : presque toujours des hommes capables de penser et surtout d’organiser un débat et un combat politiques autonomes.

    Créée dès 1962, la police politique, dont le seul sigle – SM – a terrorisé les Algériens pendant près de trois décennies, y a toujours veillé. Théoriquement dissoute en septembre 1990, mais en pratique simplement rebaptisée DRS (Département de renseignement et sécurité), la SM a été depuis l’indépendance la plaque tournante de l’organisation d’un pouvoir occulte. Repérant et recrutant les meilleurs étudiants, elle a infiltré tous les appareils de l’État, les réseaux mafieux du pouvoir et tous les secteurs d’activité – sociaux, économiques, culturels et politiques –, avec une attention particulière pour les médias. Sa connaissance très « pointue » de tout le personnel politique et les liens très anciens existant entre eux font de ses dirigeants – et en particulier de son chef le général Mohammed Médiène – le centre de gravité autour duquel s’articule toute la vie politique. Véritable colonne vertébrale du système et seule institution à fonctionner vraiment en dehors du secteur des hydrocarbures, ces services spéciaux ont eu, dès l’indépendance, une obsession : contrôler au plus près la société afin d’y empêcher l’enracinement populaire de tout mouvement autonome et de prévenir l’émergence de contre-pouvoirs démocratiques.

    En octobre 1988, un véritable séisme a ébranlé le pays le pays tout entier. Exclus et désespérés, des centaines de milliers de jeunes ont déferlé dans les rues en scandant : « Nous sommes des hommes, nous sommes des hommes ! » On pourrait s’étonner que ce formidable coup de semonce n’ait pas été fatal au régime militaire. D’autant que se profilait l’effondrement du système totalitaire soviétique : sa chute aurait pu entraîner dans son sillage son rejeton algérien. Il n’en a rien été. La répression féroce pour laquelle les généraux ont opté en constitue la raison la plus évidente : des tirs à la mitrailleuse ont écrasé la révolte d’une jeunesse à laquelle le régime déniait à la fois les conditions d’une existence digne et les moyens pacifiques de la revendiquer.

    Ainsi en décembre 1991, la tentative de coup d’État visant à renverser le processus d’ouverture politique à Moscou a échoué, sans effusion de sang, alors qu’en Algérie, le coup d’État mettant fin à la transition démocratique a réussi le 11 janvier 1992. Une différence structurelle fondamentale entre l’Algérie et les systèmes staliniens « classiques » explique cette évolution opposée : le KGB était soumis au contrôle du Parti communiste soviétique – qui n’avait rien d’une fiction – et c’est sur ordre des autorités civiles que la police politique a mis en déroute les putschistes « contre-révolutionnaires ». En Algérie au contraire, la Sécurité militaire n’a jamais été soumise à aucune autorité civile. La police politique – version algérienne du KGB, de la Stasi et de la Securitate, qui ont formé nombre de ses cadres – était supposée dépendre de l’armée. En réalité, elle a toujours eu le monopole presque absolu de la politique. Et elle constitue même le véritable parti unique, contrôlant étroitement un FLN dont la « légitimité historique » lui a servi de feuille de vigne.

    La décennie des affrontements fratricides de la « sale guerre » des années 1990 n’aura pas changé la donne. Elle a au contraire décuplé la puissance du DRS, autoproclamé gardien suprême de la patrie face au « péril vert ». Certes, la police politique n’est sans doute plus aujourd’hui le bloc homogène qu’elle fut. Traversée elle aussi par les luttes de clans et les rivalités entre « services », elle exerce néanmoins un quasi-monopole sur la réflexion, la prospective et la mise en œuvre politique des choix qui conditionnent le destin du pays (3).

    L’assassinat ciblé, mode de gestion des conflits du pouvoir algérien
    On ne peut comprendre l’exécution de Ali Mécili, comme les meurtres politiques « ciblés » qui l’ont précédée et suivie, si l’on ignore que l’assassinat s’est très tôt imposé en Algérie comme une procédure normale de règlement des conflits. Ali ne fut pas en effet la première victime de ces liquidations commanditées par les services secrets. En décembre 1957 déjà, en pleine lutte de libération nationale, les « services » de la révolution exécutaient Abbane Ramdane. Il avait eu le tort de dénoncer la volonté de puissance des colonels de l’ALN (Armée de libération nationale) et d’être le maître d’œuvre du fameux Congrès de la Soummam, qui proclamait en août 1956 la « primauté du politique sur le militaire ».

    Ce fut le prélude à une longue liste d’assassinats : Mohammed Khider (janvier 1967) et Krim Belkacem (octobre 1970), deux opposants déterminés qui étaient aussi des chefs « historiques » de la guerre de libération ; le commandant Saïd Abid, ex-maquisard des Aurès promu après l’indépendance à la tête de la 1 re région militaire (Algérois, Kabylie), « suicidé » en 1967 dans son quartier général de Blida (4) ; Abdelkader Moulay, plus connu sous le nom de colonel Chabou, ex-sous officier de l’armée française et cheville ouvrière du ministère de la Défense, victime d’un accident d’hélicoptère en 1971 ; Mohamed Medeghri, le tout Premier ministre de l’Intérieur, lui aussi « suicidé » en décembre 1974. Homme de convictions, Medeghri était aussi animé d’un courage politique qui le poussa à signaler sans cesse au chef de l’État Ahmed Ben Bella – qui le limogea début 1965 – les dépassements de son appareil policier. Deux jours avant son « suicide », Medeghri avait confié par téléphone à Claude Julien qu’il se sentait « menacé » (5).

    Ali Mécili ne fut pas non plus la dernière victime de la police politique, loin de là. Depuis son exécution, une décennie de guerre civile – qui a surtout été une guerre contre les civils – a ravagé le pays. Dans cette tourmente, armée et groupes armés islamistes se sont affrontés dans un terrible déchaînement de violences et dans des maquis à ce point infiltrés par les services secrets que, souvent, plus personne ne savait qui y manipulait qui.

    Des années durant, ce pouvoir a supprimé des hommes « gênants » avant qu’à son tour le peuple tout entier devienne un « ennemi » à soumettre coûte que coûte. Sous couvert de lutte antiterroriste, le régime s’en est pris à des franges entières d’une société dont il a toujours eu peur. Pour autant, il n’a pas renoncé aux meurtres ciblés, qui sont restés une constante de la sale guerre des années 1990.

    Le plus emblématique demeure évidemment celui d’un président, Mohammed Boudiaf, abattu en juin 1992 en direct devant les caméras de télévision pour, pratique typiquement maffieuse, valeur d’exemple. À plusieurs reprises, Boudiaf avait menacé les généraux de partir s’ils s’obstinaient à ne pas respecter l’autonomie de sa fonction. Les services spéciaux savaient aussi que sa volonté de se faire élire président au cours d’un scrutin en bonne et due forme avait un double objectif : se libérer du contrôle tutélaire du commandement militaire et créer une formation politique nationale qui déborderait fatalement les « lignes rouges » fixées au multipartisme de façade que les généraux aiment tant afficher. Ni les « décideurs » ni les « services » ne pouvaient prendre le risque de laisser se développer de telles initiatives : elles étaient susceptibles d’ouvrir un processus fatal pour un système qui nourrit une phobie à l’égard de toute organisation autonome de la vie politique et de la société. L’exécution de Mohammed Boudiaf devenait, dès lors, inéluctable. Elle obéissait au sempiternel refus de ce pouvoir de l’ombre qui constitue le cœur du système d’accepter la moindre prise de distance à son égard.

    La liste des autres victimes « institutionnelles » de la police politique depuis 1992 est hélas fort longue. On ne compte plus ceux qui sont officiellement tombés sous les balles « islamistes », sans que cette thèse convainque quiconque. À défaut de pouvoir les évoquer tous ici, citons les victimes les plus notoires : l’ex-chef de la Sécurité militaire et ex-Premier ministre Kasdi Merbah en août 1993 (il paya de sa vie le fait notamment d’être perçu comme une alternative par certains cadres de l’armée) ; l’ancien ministre de l’Intérieur Aboubakr Belkaïd en septembre 1995 ; Abdelhak Benhamouda, le patron de l’UGTA, le syndicat officiel, en janvier 1997 ; et aussi plusieurs officiers de haut rang…

    Certains de ces assassinats étaient destinés à empêcher toute émergence d’une alternative politique crédible, notamment dans le champ islamiste : ce sera le cas par exemple de l’élimination, le 22 novembre 1999, de Abdelkader Hachani, le plus politique des leaders du mouvement islamiste. D’autres visaient à envoyer des « messages » sanglants à un clan adverse. Le plus typique restera sans doute l’élimination, le 4 juin 1996, d’un proche du président Liamine Zéroual, le général Saïdi Fodhil, ex-chef de la 4 e région militaire. Son itinéraire et sa stratégie le qualifiaient pour occuper un rôle central à la fois dans l’encadrement et la modernisation de l’armée et dans l’élaboration d’une gestion de la crise plus politique que sécuritaire. D’autres enfin ont ciblé des intellectuels ou des journalistes, dont les meurtres étaient eux aussi toujours attribués aux groupes armés islamistes pour créer la confusion et faire basculer la société dans le camp du pouvoir. Le Front des forces socialistes n’a pas été épargné (6) : M’barek Mahiou, un de ses dirigeants, fut assassiné le 4 novembre 1994 ; Ali Azraraq, responsable fédéral et vice-président de la municipalité d’Omar Bouira, fut abattu fin mai 2005 ; tandis que Rabah Aïssat, président élu de l’assemblée de willaya de Tizi-Ouzou, l’était à son tour en octobre 2006.

    Tous ces meurtres ont une finalité – détruire ce qui échappe, ou risque d’échapper, au contrôle du système – et un dénominateur commun : la certitude d’une totale impunité.

    L’effacement d’un crime d’État
    En ce sens, l’exécution de Ali Mécili est exemplaire d’une gestion de la société qui a conduit non seulement au terrible échec de la décolonisation, mais aussi aux violences qui ont ensanglanté l’Algérie à partir de 1992. Elle est tout aussi édifiante des rapports malsains qui semblent devoir lier, toujours pour le pire, le régime algérien à l’ancienne puissance coloniale. La complicité de l’État français, qui a tout fait pour étouffer ce crime, est un terrible précédent. Elle a consacré une impunité qui, depuis, ne s’est jamais démentie et a permis au régime de continuer, quarante ans après l’indépendance, de gérer aussi par la brutalité et la manipulation. Cette double composante – interne avec la volonté de priver les Algériens de leur histoire et de ceux qui ont contribué à la faire, externe avec un pouvoir assuré de l’impunité au plan international – rend le meurtre de Ali Mécili emblématique.

    Le 7 avril 1987, les services spéciaux d’Alger n’ont pas seulement enlevé un homme à sa famille et à ses amis. Ils ont d’abord paré au plus pressé en abattant celui qui avait fondé le journal Libre Algérie pour doter l’opposition non seulement d’un organe d’expression autonome, mais d’un pôle autour duquel se rassembler et s’organiser. C’était là un danger potentiel réel, car Ali était au carrefour de diverses dynamiques émergentes à Paris, le mouvement de jeunes culturalistes, le FFS, les jeunes réunis autour du MDA de Ahmed Ben Bella…

    Mais la Sécurité militaire avait aussi un objectif stratégique : anticiper sur l’avenir. Il fallait en effet priver le Front des forces socialistes, mais aussi l’Algérie tout entière, d’un cadre politique hors pair ancré dans la modernité et capable d’assumer une relève des générations dans ce pays où ce passage de témoin est crucial. Cet objectif était d’autant plus crucial que la police politique savait qu’elle ne parviendrait pas à « retourner » Mécili, comme tant d’autres avant et après lui. Pour avoir commencé sa carrière politique dans le MALG, les « services » de renseignements de la révolution, Ali connaissait trop bien la musique et le cœur du système. D’où l’hostilité toute particulière de la SM à son égard. Car comment pardonner à cet homme d’avoir en quelque sorte « trahi » en s’engageant dans le combat politique public en faveur de la démocratie ? En quarante-cinq ans de règne de la SM, qui a recruté des dizaines de milliers d’agents, les dissidents qui ont osé, comme lui, quitter ses rangs en dénonçant ses agissements se comptent à ce jour à peine sur les doigts d’une main…

    Il ne manquait plus qu’à faire en sorte, grâce à la complicité des dirigeants français, que ce meurtre n’existe pas, qu’il soit totalement rayé des mémoires et ne figure dans aucune chronologie des événements qui ont marqué notre pays. Vingt ans après, ne pas oublier Ali Mécili et combattre l’ omerta qui, à Alger comme à Paris, s’acharne depuis vingt ans à effacer jusqu’à son existence, c’est donc évidemment un devoir de mémoire. C’est une fidélité à un homme qui fut un ami très cher, irremplaçable, à un militant et à un cadre politique d’exception. Mais c’est aussi remonter aux origines de l’impunité dont la police politique algérienne se sent investie depuis cette année 1987 et qu’elle a interprétée depuis comme il se devait : la possibilité de tout se permettre, partout et en toutes circonstances.

    L’ omerta sur la « sale guerre » des années 1990
    La nouvelle conjoncture internationale née des attentats du 11 septembre 2001 va permettre à Alger d’aller plus loin encore, en faisant croire au monde entier que les émules d’Oussama Ben Laden auraient fait leurs premières armes en Algérie au cours des années 1990. C’était la meilleure manière de faire oublier les décennies d’incurie, d’injustices, d’arbitraire et de non-droit qui ont conduit l’Algérie à la catastrophe. Et d’effacer jusqu’à l’existence d’une sale guerre qui a infligé tant d’années de souffrances aux Algériens.

    Comme si 200 000 morts, plus de 10 000 disparus imputables aux forces de sécurité ou à d’autres groupes paramilitaires et un million et demi de déplacés étaient finalement peu de chose. Une sorte de comptabilité macabre et désincarnée derrière laquelle il n’y aurait ni drames individuels ni vies fracassées, ni familles endeuillées ni centaines de milliers d’orphelins. Comme si la transformation de notre pays en champ de ruines et la dislocation planifiée de notre société, où l’argent fait désormais office de seule valeur refuge après que tout a été fait pour assassiner le politique, n’étaient que bavures et dégâts collatéraux. Or tous les récits des Algériens montrent que traumatismes individuels et collectifs hantent un pays empêché à la fois de comprendre ce qui lui est arrivé et d’en faire le deuil.

    Au sortir de cette sale guerre, désormais officiellement qualifiée du vocable de « tragédie nationale », sans responsables ni coupables, le régime a imposé sans le moindre débat ce qu’il présente comme une « réconciliation nationale » et qui est avant tout une autoamnistie. Ainsi le pouvoir ne se contente plus d’avoir confisqué aux Algériens leur droit à l’autodétermination. Il leur impose une lecture de l’histoire fabriquée de bout en bout, qui transforme une guerre civile en « premier affrontement d’envergure contre le terrorisme international ». À charge pour une loi (celle de février 2006 portant sur la réconciliation nationale) d’interdire formellement toute analyse, toute compréhension, tout débat, bref tout travail de mémoire sur ces « années de sang ». Autant que la violence inouïe subie durant une décennie, cet empêchement du « comprendre » et du deuil par l’affichage d’une mascarade de normalité obère les chances de guérison du corps social. Comment expliquer ce qui est arrivé ? Comment, sinon en guérir, en faire le deuil pour espérer se reconstruire ? Pour tenter d’échapper à un désespoir de masse qui est le meilleur sergent recruteur de tous les terrorismes.

    C’est au demeurant une contradiction absolue avec l’exigence adressée au même moment à la France d’un travail de mémoire sur les méfaits de la colonisation. Mais le régime n’en a cure, préoccupé avant tout par sa volonté de tourner la page de cette guerre contre les civils, afin d’obtenir l’impunité pour l’éternité. Avant lui, d’autres dictatures ont adopté dans le même but des lois d’autoamnistie étrangement similaires dans leur formulation, comme le Chili en 1978 ou l’Argentine en 1983. Tentatives vouées à l’échec : bien des années plus tard, la mobilisation continue des familles de victimes a permis l’abrogation de ces lois, et les généraux criminels ont commencé à être traînés devant les tribunaux.

    L’Algérie ne fera pas exception. En cette année 2007, nos compatriotes , nous dit-on, sont épuisés. Ils aspirent légitimement à la tranquillité, nous répète-t-on. Ils s’échinent à nourrir leur famille et ont tourné la page du politique. C’est peut-être vrai ponctuellement au sortir de tant de violences. Même si l’indiscutable amélioration de la situation sécuritaire relève autant de l’« éradication » des groupes armés que de la nécessité pour les autorités de baisser le niveau de la violence d’État, afin d’éviter de signer l’échec de leur « option militaire » et surtout de relancer ce qu’elles redoutent plus que tout : les demandes d’enquête internationale . Mais le combat obstiné des mères de disparus ou les résistances citoyennes et syndicales qu’on essaye d’étouffer quotidiennement dans le pays montrent s’il en était besoin que, même en Algérie, l’oubli et le renoncement ne sont pas absolus et le crime jamais parfait. La présence entêtée sur la tombe d’Ali Mécili, chaque 7 avril à Paris, de ceux qui ont fait un long parcours avec lui comme de ceux qui ne l’ont pas connu, ne fait que le confirmer.

    Les Algériens sacrifiés sur l’autel des hydrocarbures
    Si la communauté internationale s’obstine à faire de l’Algérie un pays à part, les Algériens ne sont pas des êtres à part voués à être sacrifiés sur l’autel des hydrocarbures. Derrière les incantations démagogiques du pouvoir sur la souveraineté et la fierté nationales assénées à longueur de discours, jamais en effet l’action de gouverner n’a autant ressemblé à une opération « intérêts économiques bien compris contre impunité politique ». Trente ans après sa tyrannie sanglante, Pinochet n’a échappé que par la mort à la justice qui le serrait de plus en plus près. À Buenos Aires, les tribunaux rattrapent les officiers de l’ex-junte argentine. En Algérie, rien de tel encore. Mais on aurait tort de croire que cette impunité serait définitive.

    Le premier dans l’institution militaire, l’ex-lieutenant des forces spéciales Habib Souaïdia a dénoncé en 2001 les exactions commises par les services spéciaux pendant la « sale guerre » (7). D’autres officiers algériens ont suivi. Leurs témoignages, toujours à visage découvert, ont été accueillis au mieux dans l’indifférence totale, au pire avec une hostilité attestant d’une volonté de les priver de toute légitimité. Curieusement, ce n’est pas, loin de là, l’accueil réservé en son temps aux dissidents de l’ex-Union soviétique. L’empathie à leur égard était telle qu’on les croyait sur parole et leurs écrits ont largement contribué à ouvrir les yeux sur la terrible réalité du goulag. Comment aurait-on pu par ailleurs comprendre et pénétrer les méandres de la mafia et de la camorra italiennes, systèmes aussi opaques que le régime algérien, sans les témoignages de leurs « repentis » ?

    C’est pourtant tout le contraire qui se passe aujourd’hui avec l’Algérie. Cette omerta , ces yeux fermés sur les manipulations, y compris les plus grossières, du régime – que les responsables occidentaux ne se privent toutefois pas d’admettre en privé – ont conduit Alger à tout se permettre. En 2007, les « décideurs » s’estiment toujours et avant tout propriétaires de l’État algérien. Ils ne se soumettent ni à la loi, puisqu’ils sont eux-mêmes la loi, ni à un quelconque devoir et ils ont un souci majeur : transmettre les titres de propriété sur les richesses du pays et les circuits de corruption à leurs « ayants droit ». Ce n’est pas un hasard si chaque haut responsable a veillé à ce que l’un de ses fils au moins appartienne au DRS.

    Mais le choix du conservatisme social et l’entretien d’un fondamentalisme religieux institutionnel ne constituent ni un projet ni une garantie pour l’avenir. Surtout quand la corruption, le régionalisme, le règlement de compte, le clientélisme et la remise au goût du jour de tous les archaïsmes font office de culture d’État. Par le meurtre, la terreur sous toutes ses formes, la non-utilisation des compétences et le népotisme, la société algérienne a été vidée d’une part essentielle de sa substance : l’exil ou l’abdication face à la loi du plus fort sont depuis longtemps les seules portes de sortie. Sans avenir et avec une jeunesse ayant pour tout passé l’effroyable décennie 1990 – sur laquelle elle est sommée de tirer un trait –, c’est une véritable bombe sociale que des généraux corrompus et ne reculant pas devant le crime ont amorcée.

    Quand l’assassinat d’un opposant algérien à Paris, avocat français de surcroît, est passé à la trappe et que personne ne s’offusque du renvoi à Alger de son meurtrier, pourquoi s’étonner que les exactions commises par les services de sécurité au cours de la sale guerre n’aient rien à envier à celles des groupes armés qu’ils étaient censés combattre et qu’ils n’ont jamais cessé de manipuler ? Pourquoi déplorer l’« absence d’alternative politique » en Algérie et s’extasier sur les manifestations de prise de pouvoir pacifiques en Ukraine, à Belgrade ou ailleurs, en faisant mine d’oublier ce qui les a rendues possible : la garantie apportée de facto par la communauté internationale que les forces de l’ordre ne tireraient pas sur la foule.
    Briser l’ omerta
    Rétablir la vérité sur les événements majeurs qui ont marqué l’Algérie indépendante est plus qu’un devoir politique. Le passé est indispensable pour décrypter le présent et prévenir l’anéantissement de l’avenir. Il ne s’agit pas de s’y réfugier d’une manière nostalgique, négative ou revancharde. Mais opacité, fictions politiques et institutionnelles ont édifié un théâtre d’ombre derrière lequel le pouvoir algérien s’est toujours abrité. Démystifier, briser l’ omerta , devient dès lors un enjeu prioritaire pour comprendre la nature de ce système et, partant, l’origine même de la crise. Faute de quoi, le sens du problème – et donc sa solution – restera insaisissable. Et les crimes du passé, comme ceux de cette deuxième guerre, continueront, de faux répit en fausse solution, à dévorer les enfants de l’Algérie. Sans remords, on pourra alors continuer à considérer « incompréhensible » la violence qui a déstructuré notre société.

    C’est pourtant ce déni de sens qui rend incompréhensible la crise algérienne, tout comme l’assassinat d’Ali Mécili, ainsi que ceux qui l’ont précédé ou suivi. Le cauchemar sanglant dans lequel l’Algérie s’est débattue depuis 1992, l’impossibilité de jeter les bases démocratiques d’une véritable stratégie de réconciliation nationale portée par la société ne sont que la conséquence de l’inaboutissement du rêve de liberté qui a poussé les Algériens à combattre la colonisation.

    D’innombrables raisons peuvent être invoquées pour expliquer cette faillite. De même, bien des choses ont été dites sur le FIS, cette nébuleuse qui présentait une double caractéristique : avoir un véritable écho dans la société et vouloir s’emparer des leviers du pouvoir, tout en étant, dans le même temps, la formation la plus infiltrée par les services secrets. Je reste convaincu quant à moi que deux données majeures sont à l’origine du désastre des années 1990 : d’une part, la confiscation du droit à l’autodétermination du peuple algérien et la mainmise de la police politique sur les affaires du pays ; d’autre part, la manipulation du mouvement islamiste – qui précéda celle des groupes armés se revendiquant de l’islamisme – pour stopper l’élan de liberté et le changement qui se dessinaient dans la société.

    Au sortir de la sale guerre, les « décideurs » du pouvoir militaire et les dirigeants civils qu’ils ont cooptés disposent toujours de la rente générée par les hydrocarbures et de l’assistance financière internationale. Tout indique dès lors que la gestion et le contrôle du pays se perpétueront à l’identique, avec toutefois des formes vaguement modernisées dans l’économie et aussi archaïques concernant l’instrumentalisation de la violence.

    C’est la raison pour laquelle le devoir de tous les Algériens attachés à leur patrie est de déterminer les responsabilités des crimes et les violences de la « sale guerre » des années 1990, celles des généraux comme celles des groupes qui affirmaient se battre « au nom de l’islam ». Car c’est précisément la politique menée par le pouvoir qui a entretenu le terreau du fondamentalisme obscurantiste.

    C’est aussi la raison pour laquelle l’assassinat d’un opposant algérien à Paris est plus que jamais d’actualité. Vingt ans après, il fallait rendre Ali Mécili à son histoire. Et aux Algériens.

    Hocine Aït-Ahmed, 10 février 2007.

    Notes

    1- Le capitaine Rachid Hassani a joué un rôle central dans la préparation de l’assassinat de Mécili. Il a notamment signé un document compromettant trouvé sur le truand : un « ordre de mission » de la SM en bonne et due forme, délivré le 10 mai 1987 par le directeur central de la Sécurité militaire et autorisant « Amellou Malek et son épouse » à circuler dans des zones militaires et à utiliser un véhicule de service. Les quatre numéros de téléphone de Hassani – bureau, direct, standard et privé – figuraient sur le carnet d’Abdelmalek Amellou.

    2- Après un diplôme d’ingénieur en biochimie (en 1977) et une formation d’officier, Mohammed Samraoui a été instructeur à l’école de la Sécurité militaire de Béni-Messous. Formé par le KGB près de Moscou de janvier à juillet 1988, il a occupé différents postes, toujours au sein de la SM, à Constantine, Guelma et Tipasa. De mars 1990 à juillet 1992, il est responsable du service de recherche et d’analyse à la direction du contre-espionnage. Parallèlement, il est membre de l’administration de l’état de siège en 1991, puis de l’état d’urgence à partir de 1992. Au cours de l’été 1992, en désaccord avec la façon dont était conduite la lutte antiterroriste, il demande à être relevé de ses fonctions, avant d’être muté à l’ambassade d’Algérie en Allemagne, où il est attaché militaire et conseiller (responsable de l’antenne locale de la SM) de septembre 1992 à janvier 1996, avant d’entrer en dissidence. « Je n’étais plus disposé à accepter les attentats et les exécutions commandités par les services de sécurité de l’armée », affirme-t-il dans son livre Chronique des années de sang. Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes (Denoël, Paris, 2003).

    3- En 1987, le régime s’est doté d’un instrument essentiel pour adapter le concept de sécurité aux grands changements géostratégiques : l’Institut national d’études et de stratégie globale (INESG). Ce think tank se voulait un lieu d’échanges internationaux de haut niveau visant à moderniser les thèses traditionnelles élaborées dans les « laboratoires » du DRS. Il visait aussi à développer lobbying et collaboration avec des acteurs internationaux importants du monde politique, des médias et du renseignement haut de gamme. Il a accueilli des intellectuels brillants, dont certains, sans jugés trop indociles, ont été assassinés au début de la guerre civile. Trois de ses directeurs ont été ainsi successivement abattus en 1993, officiellement par les groupes islamistes armés. Djillali Lyabès, le 16 mars, alors qu’il venait de rendre public un rapport constituant une véritable sonnette d’alarme : affirmant que les blocages de l’économie algérienne risquaient à terme de menacer l’avenir du pays et la vie de ses ressortissants, cette étude préconisait des mesures radicales, à commencer par la plus fondamentale et la plus urgente, régler le problème de légitimité des institutions. Ses deux successeurs subiront le même sort. Économiste et sociologue renommé, M’hamed Boukhobza sera égorgé à son domicile devant sa fille, le 22 juin ; il s’était engagé dans la lutte contre la corruptio du pouvoir. Deux semaines plus tard, le 4 juillet, ce sera le tour de Redouane Réda Sari, docteur en physique nucléaire et en informatique et colonel de l’ANP. Rappelé d’urgence de Suisse où il faisait un stage à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), il apprendra à son arrivée à Alger sa nomination d’office à la direction de l’ISG. Seuls sa famille et un cercle très restreint d’amis en étaient informés et cela rend hautement improbable l’action des groupes armés contre le « nouveau directeur » de l’ISG.

    4- Trois jours après son enterrement à Sedrata, son exhumation par ses meilleurs amis, eux-mêmes officiers, montra qu’il s’était « suicidé » de trois balles dans le dos…

    5- Claude Julien, qui dirigea Le Monde diplomatique entre 1973 et 1990, était alors en contact étroit avec Mohamed Medeghri et devait se rendre en Algérie sur son invitation. Il m’a confié qu’une semaine avant ce voyage, Medeghri l’appela au téléphone pour annuler, précisant qu’il se sentait « vraiment menacé ». Claude Julien m’a aussi confirmé que Medeghri était opposé à la première Charte nationale des années 1970 et préconisait l’élaboration démocratique d’une Constitution.

    6- Peu après la création du FFS en 1963, plusieurs de ses militants avaient déjà été tués au cours d’affrontements avec les forces de sécurité, ou arrêtés et torturés, et deux cadres du FFS ont alors été tués de sang-froid par les forces de l’ANP. Arrêté au cours d’une opération de ratissage de l’armée, Belaïd Aït-Medri, mon ami et compagnon de toujours – nous avions quitté nos études pour rejoindre le maquis en mai 1945 – sera exécuté en novembre 1964. Tahar Timzit, un ancien responsable de la Fédération de France du FLN, fut lui aussi abattu au cours d’une embuscade de l’ANP.

    7- Habib Souaïdia , La Sale Guerre , La Découverte, Paris, 2001.

    Au bon entendeur

  3. DAI- EL-KHEIR dit :

    Rare de trouver des hommes comme vous qui ont déja servi sous les drapeaux et qui disent la vérité,vous qui étiez off/sup et non écrivain , autrement dit vous devriez coordonner vos actions contre la mafia avec Mr ou MM ? yasmina.k

  4. kelam dit :

    peut être que je suis nahif,mais je veut cette reconcialtion entre les grands hommes de mon pays qui mes chers:l’algerie:comment en entreprenant la voie et la voix de mecili:qui est arrive a faire discuter les deux grand ait ahmed et benbella ,cela montre une chose c’est fesable et pourquoi pas on fesant une journée en la dediant au rifain(bouchaib) une bonne action.ET FAIRE RENCONTRER les hommes de bonne volontée ,je me rappel que boutef avait dit que sanegedio était une bonne chose pourqoi le dire de la part d’un diplomate sinon une perche envers vous messieurs je souhaiterai être une bonne couroie. MERCI DE ME LIRE ET EN PREMIER AIT AHMED pour une reponse,;je n’ai aucun pouvoir seulement la bonne volonté comme mecili.LA BONNE 2TOILE pour 2010.

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