Le premier Novembre autrement.

algerie.jpgSaid Radjef pour « Algérie Politique »
  
Nous allons célébrer dans quelques jours la date du 1er Novembre, symbole de la révolution algérienne. Plus d’un demi siècle après son avènement, que connaissons-nous réellement de cette date ? Le premier novembre a t-il été une décision souveraine ou bien a-t-il été une action inspirée d’ailleurs ? Mohammed Boudiaf considéré à tort ou à raison comme le père du CRUA, a-t-il rejoint de son propre chef le 28 octobre le Caire ou bien lui a-t-on ordonné de le faire ? Dans ce cas qui lui a ordonné de le faire ? Que fut véritablement ce premier novembre au nom duquel des minorités archaïques, auréolées de la légitimité révolutionnaire, ont provoqué le désarroi en 1962 en expropriant, en excommuniant et en assassinant des centaines de milliers d’Algériennes et d’Algériens ?  
 
A la veille de l’insurrection, hormis Hocine Aït-Ahmed et Ahmed Benbella  qui étaient connus pour avoir assurer de hautes responsabilités au sein du mouvement nationaliste, les autres membres du CRUA ainsi que les six chargés de rédiger la déclaration de guerre, étaient tous ou presque tous d’illustres inconnus.
 
Lorsque à travers son appel du 27 décembre 1953-qui deviendra historique par la force des choses- à la base militante du MTLD contre son comité central auquel il retira sa confiance, Messali était certain de neutraliser ses adversaires qui lui contestaient le leadership, mais il était loin de se douter que son appel allait modifier l’ordre des choses et entraîner de nouveaux rapports de force. En effet, il venait, sans le savoir, d’enclencher un processus qui allait embraser  l’Algérie durant huit années consécutives et, par-delà les frontières de ce pays, sonner le glas de l’ère de la colonisation directe et influer du coup sur le destin de centaines de millions de femmes et d’hommes.


 
Par la Proclamation du 1er Novembre rédigée à Raïs Hamidou et tirée à Ighil Imoula, le groupe des «22» appelait les Algériennes et les Algériens  à la lutte armée contre la colonisation. Mais par cette action, la colonisation n’était pas la seule visée. La décision d’engager la lutte armée dans les conditions connues de tous, était également dirigée contre l’ensemble des partis et des factions du pays tels que l’UDMA, les Oulémas, le CC du MTLD, le PCA et en particulier Messali. En somme toutes les élites du pays. De ce fait, peut-on dire que les combattants du 1er Novembre avaient la certitude de la victoire malgré l’allure titanesque du combat qu’ils décidèrent d’entreprendre ? Etaient-ils mus par une foi sans commune mesure avec le destin de leur action et le devenir de leur peuple et de leur pays ? Ou bien alors convaincus de la dislocation (la lutte qui opposait Messali à son comité central) irrémédiable du MTLD, avaient-ils consciemment et délibérément opté pour cette espèce de fuite en avant qui déboucha miraculeusement sur la destruction de vastes empires coloniaux ? Ou bien alors y avait-il tout cela à la fois dans le conscient et le subconscient des hommes du CRUA ?
 
Il faut dire que la façon dont les architectes du premier novembre ont procédé au déclenchement de l’insurrection cachait bien des choses. En effet, aux visées révolutionnaires du PPA-MTLD, conduites par Messali en sa qualité d’homme politique lucide  représentant   l’Algérie au Panafricain Congres aux côtés de N’Krumah- cette organisation qui prônait l’indépendance de tous les pays africains et dont F Fanon nous parlera quelques années plus tard-, le groupe des « 22 » avait vite substitué l’objectif franchement réduit et étroit qu’est l’indépendance du pays. Comme si il suffisait que le pays soit indépendant   pour que la prospérité, la justice et le développement touchent tous les secteurs et qu’enfin une conscience nationale algérienne raisonnée naisse. Les déclencheurs de la lutte armée ne savaient-ils donc pas ce que le mot révolution veut dire ?  Si « Que Faire ? » de Lénine était la formule magique des Bolcheviks, quelle était celle des révolutionnaires algériens en 1954 ?  Qui leur appris l’alphabet de la révolution ? Comment se fait-il que Boudiaf et ses amis aient osé « jeter la révolution à la rue » qui était peuplée par des paysans majoritairement analphabètes et écarter tous les dirigeants du mouvement national qui leur ont appris l’alphabet non plus, cette fois-ci révolutionnaire, mais disons- le, politique. N’est-il pas absurde le fait de prétendre mener une révolution à caractère nationaliste tout en écartant (en le trompant volontairement sur la date du déclenchement) le père du nationalisme algérien qui a rédigé avec ses propres mains l’Appel aux militants le 27 décembre  1953 , lu au Congrès de Hornu , que ses adversaires ont lancé au peuple algérien le 1er novembre 1954 au nom du CRUA ?
 
A la lumière de toutes les vérités à effet de bombe que certains essaient par complaisance et par lâcheté de dissimuler à tout prix, n’est-il pas du devoir des intellectuels et des universitaires de la nouvelle génération d’interroger les conditions occultes dans lesquelles le premier novembre semble être né ?     

Commentaires

  1. Mohand Tahar dit :

    L’esprit aventurier a primer sur la raison, avec le recul Il est certain que la « révolution » algérienne s’il est a refaire il ya beaucoup de chose a vérifier avant de se lancer dans cette aventure pour ne pas se laisser guider par le hasard ou sinon on connait tous le sort qui nous est réservé ces aventuriers après « l’indépendance » qui n’est pas ecore achevé.

  2. Mohamed dit :

    … la conviction des hommes peut ressusciter l’espoir, entraîner l’enthousiasme et réveiller la générosité. L’après foot de liesse des dernières victoires, même largement méritées, en est le plus mauvais exemple. Méditons à présent un idéal des plus emblématiques de l’Histoire contemporaine. En requérant à la lutte armée, les initiateurs du glorieux Novembre 54, résultante de toutes les formes de luttes depuis celles du grand Emir, ont su, au moment opportun, par leur action déterminée se départir de leurs aînés du mouvement national. Ce n’est pas l’intellectuel qui détermine l’action mais l’action qui détermine l’intellectuel au sens qu’elle lui confère toute sa détermination et le prédestine, dans une acception noblement religieuse de salut ou damnation, au service de la Patrie et de l’Humanité.

  3. amghar dit :

    Nous allons effectivement célebrer le 1er Novembre,date du déclenchement de la glorieuse révolution algérienne!
    Un Révolution,déclenchée par des hommes et des femmes aux convictions avérées,qui nous permet aujourd’hui de parler d’Etat algérien mais malheureusement pas de Nation algérienne au sens propre du terme!
    Car la Nation est un ensemble de cellules familiales d’un meme pays qui respectent une éthique sociale,politique,culturelle et économique!Or,aujourd’hui,on assiste dans notre pays à une déconfiture radicale et exagérée de la cellule familliale.Aucun respect de lois qui nous unissent et nous guuident pour le bien etre de la toute une nation!Les lois sont largement bafouées sans vergogne par ceux-la meme qui les ont votées et par ceux qui sont chargés de les faire respecter dans leur intégralité!
    La notion de Nation a totalement disparu de chez nous!Il en est meme qui trainent dans la boue les nopms de nos martyrs et qui ne désirent que quitter le pays pour d’autres cieux voire rejoindre nos anciens colonisateurs!
    La situation est trés grave lorsqu’un jeune vous accoste et injurie le martyre qui a donné de sa vie pour liberer l’Algérie!
    Maintenant,il s’agit de savoir à qui incombe la faute de ce reniement subit de la nation algérienne!

  4. radjef said dit :

    Bonsoir tout le monde. La revolution française à été l’oeuvre de Mirabeau, Robespiere,Danton…ou bien celle des paysans? Qui a determiné l’autre? De même la revolution communiste à été l’oeuvre de K Marx, Engels, Lenine ou celle des moujiks?

  5. Mohamed dit :

    Les acteurs de la vie politique nationale n’ont plus aucun impact sur la société et en particulier sur cette frange intellectuelle qui, elle-même, désarçonnée ne se reconnaît plus en aucune force présumée démocratique. Attendre de ces formations politiciennes, sans parfaites assises sociales ni savoir-devenir politique, qui n’arrivent pas à survivre, au double sens, à leurs membres fondateurs. Tellement ils leurrent que c’est surtout leur léthargie qui a permis au système en lieux et places de perdurer, d’inaugurer le viol légalisé de la loi fondamentale et d’en savourer la reconduction entichée et même entachée qui s’en suivit

  6. Mohamed dit :

    Bonsoir, cela incombe à nous. Les acteurs de la vie politique nationale n’ont plus aucun impact sur la société et en particulier sur cette frange intellectuelle qui, elle-même, désarçonnée ne se reconnaît plus en aucune force présumée démocratique. Attendre de ces formations politiciennes, sans parfaites assises sociales ni savoir-devenir politique, qui n’arrivent pas à survivre, au double sens, à leurs membres fondateurs. Tellement ils leurrent que c’est surtout leur léthargie qui a permis au système en lieux et places de perdurer, d’inaugurer le viol légalisé de la loi fondamentale et d’en savourer la reconduction entichée et même entachée qui s’en suivit

  7. Anonyme dit :

    « A la veille de l’insurrection, hormis Hocine Aït-Ahmed et Ahmed Benbella qui étaient connus pour avoir assurer de hautes responsabilités au sein du mouvement nationaliste, les autres membres du CRUA ainsi que les six chargés de rédiger la déclaration de guerre, étaient tous ou presque tous d’illustres inconnus.?? Pour qui ? Quoiqu’il en soit, l’O.S était comme les voies du Seigneur: Impénétrable. Cela s’est accentué aprés 50. Plus tard, même à ce jour, rare sont les algériens qui connaissent un peu soit il l’origine et les hommes qui ont amené le 1er Novembre puis leur devenir.

  8. Mohamed dit :

    Le passé est ce qu’il est. L’avenir appartient, désormais, aux intellectuels, Zaïm s’abstenir, qui sauront se démarquer comme force publique. Toute protesta tourne à l’émeute à défaut de présence d’intellectuels dévolus à encadrer tout mouvement protestataire. Le vrai intellectuel Algérien dont l’Algérie a incessamment besoin n’est ni l’invétéré cultivé resté fidèle de ses lectures devenues par la force du temps prolifiques ni le consterné lettré tout dévoué qu’il soit à sa bureaucratie quotidienne conjugale et/ou de bureau. Il n’est pas non plus, le pseudo cultivé qui n’a lu, même à l’université ou après, que très rarement. Nous comptons parmi les pays les plus avancés en matière de démocratisation de l’enseignement. Un enseignement qui produit des analphabètes parfois polyglottes. Il est encore moins un prophète ou un maître à penser.
    Humble et modeste, toujours probe parfois même érudit, sachant le discernement : « Œuvrez ou encore agissez, Dieu verra et son prophète votre œuvre ou action ainsi que les croyants » et non pas « travaillez … » comme ont tendance à l’interpréter beaucoup de gens ; la parole de Dieu étant à l’adresse de tous. L’intellectuel algérien doit s’inventer un rôle nouveau qui est très difficile. Il doit écouter, il doit chercher et inventer, il doit essayer d’aider les organismes qui se donnent pour mission, y compris les syndicats, de résister, sans le dénigrer, au système politique actuel. Il doit se donner comme tâche de nous assister en particulier contre l’effet d’une anomie sympto-diabolique qui exerce sur nous les démissions les plus intimes, l’exil interne ou externe, légal ou harag. Le tout augmenté d’une asthénie chronique. Il faut, pour être un vrai intellectuel engagé, légitimement engagé, engager un sacrifice. Et ce sacrifice ne s’acquiert que par le travail sacré au service de la communauté, soumis aux règles de la communauté savante. Si j’ose, ainsi, paraphraser Bourdieu.

  9. El Watani dit :

    Cher Si Radjef je te serais reconnaissant de bien vouloir publier dans ces commentaires la lettre du père Messali de décembre 1953 : en ce qui me concerne, ainsi que beaucoup de militants et de citoyens, j’ai deux reproches fondamentaux à faire au messalisme MNA : 1) le congrès d’HORNU est fractionnel ; les membres du Comité Central auraient dû être invités, ils sont membres de droit. 2)L’Homme qui a dit « que cette terre n’est pas à vendre » à la face des assimilationnistes au stade municipal d’Alger en 1936, n’aurait jamais dû accepter la résolution du congrès d’Hornu qui l’a consacré « Président à vie » du Parti, c’est une notion qui est abhorrée par les algériens qui sont anti-royalistes dans le sang.

  10. Mohamed dit :

    Bonsoir, en requérant à la lutte armée, les initiateurs du glorieux Novembre 54, résultante de toutes les formes de luttes depuis celles du grand Emir, ont su, au moment opportun, par leur action déterminée se départir de leurs aînés du mouvement national.Je vous prie de prendre le temps de suivre le lien et lire: LA PREPARATION DU 1er NOVEMBRE 54 http://www.lequotidienalgerie.com/index.php/7613/la-preparation-du-1er-novembre-54/

  11. tkvcsadudt dit :

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