Et maintenant la «la bleuite»

medienemohamed.jpgSaid Radjef pour « Algérie politique »                                               
 
Ce qui devait arriver est arrivé fatalement. Plus de vingt ans après les événements douloureux des trois glorieuses d’octobre 1988 et de la loi du 23 février autorisant le multipartisme en Algérie, l’opposition est presque totalement décimée, anéantie. Pourtant, au début, lorsque les partis sont sortis de leur clandestinité pour entrer dans la légalité, personne ne pouvait imaginer une telle issue désastreuse. Bien rapidement après l’ouverture du champ politique, l’opposition est vidée de sa substance grise. Amoindrie, affaiblie par des rivalités internes et poussée  jusqu’à ses derniers retranchements, celle-ci s’est montrée incapable de capter l’intérêt  de la foule ou de canaliser les mouvements de protestation qui ont secoué violemment le pays au cours de ces vingt dernières années.  Désormais, l’Algérie est sur un volcan, l’opposition assiste en témoin désabusé. Que s’est-il donc passé pour que l’opposition atteigne ainsi le creux de la vague ?
 
Avec l’arrêt du processus électoral en 1991 et le coup d’état qui l’a suivi, les généraux algériens entendent ne rien céder du pouvoir qu’ils détiennent totalement et qu’ils exercent sans partage depuis prés d’un demi siècle. Les islamistes qui remportent une large victoire au premier tour des élections générales et locales en 1990, s’exaltent. Les généraux du DRS se frottent les mains. Le plan a marché comme convenu, à merveille. Il ne reste qu’a passer à la seconde étape du complot : l’arrêt du processus électoral. Ces zouaves qui ont été scrupuleusement triés sur le volet en 1958 par de Gaulle à Baden-Baden pour remplacer la colonisation en Algérie, ont de la suite dans les idées. En tous les cas, ils ne manquent ni d’imagination ni de culot politique. Pour le moment, ils n’ont rien à craindre.

Les grands disciples de la colonisation, Mitterrand et Chirac, sont de retour au pouvoir en France. Loin de se douter des manipulations hautement scientifiques dont ils font l’objet, les dirigeants du FIS appellent à l’insurrection armée. Le compte à rebours commence. C’est le terrorisme pédagogique -officiellement pour sauver la république et la démocratie- avec toutes ses horreurs qui s’empare de ses crocs, tel un monstre, du pays. Des horreurs qui dépassent de loin celles du Rwanda,  du Burundi et des Balkans ou les épurations ethniques ont fait des carnages sans nom. Le sang des algériennes et des algériens coule à flots. La vie d’une femme, d’un homme, d’un jeune ou d’un vieux n’a plus aucune importance. En l’espace de quelques mois seulement, l’Algérie perd un butin culturel, intellectuel et civilisationnel qu’elle a conquis après plusieurs siècles de sacrifices, de larmes et de sang. 
 
Plus qu’un avertissement aux élites du pays, l’assassinat de Liabes, Boucebsi, Djaout,  Flici, Mahiou, Merbah, Belkaid, Alloula, Bouslimani, Hachani et Boudiaf, a été une véritable catastrophe qui a entraîné outre la fuite des cerveaux, des démissions en cascades de cadres d’un haut niveau de leurs partis respectifs. Le silence, la résignation et la démission contre la vie sauve. Quelle litanie ! Quel chantage crapuleux !
 
A présent les généraux sont sûrs qu’il n’y aura plus personne pour leur disputer le pouvoir qu’ils détiennent depuis prés d’un demi siècle. Ils viennent de monter toute leur férocité ; ils viennent de commettre au nom de la démocratie et de la République , les crimes les plus abominables de l’histoire de l’humanité…
 
Le cycle infernal n’est pas pour autant terminé. Avec un art aussi raffiné que celui des Saint-cyriens qui ont mis au point la «bleuite» durant la guerre de libération, les généraux algériens organisent la destruction politique des «cibles» qui auraient échappé au rouleau compresseur du terrorisme pédagogique en faisant avaler à l’opposition un nouveau poison: la suspicion. Connaissant parfaitement la fâcheuse tradition d’autodestruction du mouvement nationaliste, Larbi Belkheir et ses amis lâchent des suggestions qu’ils font confirmer par des cadres oppositionnistes  «retournés» en prison durant les années 80. Le poison se propage vite et gagne tous les état- majors politiques. La terrible accusation «il est du DRS» commence ses ravages autrement plus dévastateurs que le terrorisme politique. Les repris de justice, les spéculateurs, les faux islamistes, les plumitifs en quête de gloire intellectuelle, les dealers, les prostituées, les apologistes et autres propagandistes à la solde du pouvoir se chargent du téléphone arabe.

Des lettres et des coups de téléphone anonymes envahissent les sièges de l’opposition. La suspicion et le dégoût atteignent leur paroxysme. C’est la paranoïa collective. Chacun suspecte l’autre. On voit partout des kapos et des indicateurs. La chasse aux sorcières est lancée à la grande joie des dirigeants opportunistes  et ambitieux à qui le pouvoir a donné des illusions d’être des entités politiques incontournables. Des militants d’une rare honnêteté intellectuelle, pour la plupart des universitaires et des étudiants, ont été envoyés à la guillotine politique pour des appartenances supposées avec le DRS. «Il a une intelligence hors du commun, il a du talent, il ne peut être qu’un élément du DRS » Quel est donc ce pays au monde ou l’on accuse les gens pour leur intelligence exceptionnelle et leur talent ? Une autre tragédie à qui on n’ose pas donner son véritable   nom de terrorisme politique, a sa longue liste de victimes. Des victimes qui portent des traumatismes et des blessures que le temps ne saura  guérir. 

Commentaires

  1. Ammisaid dit :

    Clair et sans bavure
    Merci cher Saïd
    Fraternellement et respectuesement à toi

  2. Ammisaid dit :

    Les tyrans qui s’ignorent !

    L’argent a endurci leurs cœurs
    Leur violence augmente nos peurs
    L’assassinat de nos hommes intelligents et sincères
    Nous a rendu des orphelins délaissés et sans repères

    C’est dans le laboratoire de Lucifer
    Où est programmé chaque soir
    L’outil qui provoque la terreur et le désespoir
    Même dans l’esprit des êtres intègres et forts

    La jalousie ronge leurs cœurs
    Elle rend ennemi à abattre
    Les plus honnêtes et les plus téméraires
    De nos vrais artistes et nos vrais penseurs

    Il faut bien savoir mes frères
    Qu’ils ont remplacé le colonisateur
    Quand il avait décidé de partir
    Afin de cesser le massacre de ses fils adorés et chers

    L’orgueil gouverne leurs cœurs
    Il rend le mal qu’ils nous font nécessaire
    Il transforme leurs actes barbares
    En une œuvre d’une beauté très rare

    Plus ils sont riches, plus ils sont avares
    Plus ils détruisent, plus ils sont convaincus d’être des bâtisseurs
    Plus nous souffrons, plus ils nous torturent
    Plus nous désirons vivre, plus ils nous souhaitent la mort

    La ruse est l’arme absolue de leurs discours
    Ils nous des promesses grandioses et imaginaires
    Pour les élire et les réélire encore et encore
    Eux qui pensent qu’à satisfaire leurs ventres de misère

    Ils ont atteints la cime de la richesse et du bonheur
    Nous avons touché les profondeurs de la pauvreté et du malheur
    Nous cherchons inlassablement la paix d’un jour ou d’une heure
    Ils nous offrent une éternité de souffrances et de douleurs

    Ils ont totalement oublié leurs échecs et leurs erreurs
    Ils traitent les fils d’un peuple digne et fier
    Comme des hommes minables, impuissants et sans honneur
    Et, comme des soumis, des courtisans et des serviteurs

    Il ne sert à rien de leur parler, ils sont sourds
    Il ne sert à rien de les écouter, ils ne savent que mentir
    Il ne sert à rien de voter, ils aiment le pouvoir comme une bébé aime sa mère
    Il ne sert à rien de les détester, ils sont beaux quand ils se voient dans un miroir

    *

  3. Mohand Tahar dit :

    Voila le FOND du FOND de la vérité politique Algérienne, une armée qui doit être un centre d’une vraie éducation militaire et civile est devenu un outil de dressage contre son peuple, car comment arrêter les élections alors que son premier rôle est de protéger justement la souveraineté nationale, comment voulez vous avoir confiance en cette institution alors qu’il est exploiter politiquement en permanence à des intérêts de groupe ou personnels, comment une institution censé veillé au respect de la CONSTITUTION ose se soumettre à une personne d’un autre âge qui a changé de constitution sans le peuple puis l’exploite politiquement pour pérenniser un pouvoir personnel et clanique, comment , comment …, et enfin être ou ne pas être ou est le problème? Moi je pense qu’il faudrait étudier un autre moyen pour défendre notre sécurité et notre nation de toute menace.

  4. justice&verite dit :

    C en effet un diagnos juste mais on doit aussi ajouter que Boutef est produit par Degaulle et Soustelle (sa fameuse promotion qui detient les commandes en algerie et ce depuis 1962 á nos jours) et etait preparé pour tenter de devenir le futur roitelet de l’algerie.
    Au bon entendeur.

  5. amghar azzamni dit :

    Le climat politique régnant en Algérie depuis la mise sous verrous bien cadenassés des seules élections législatives de 1992,est des plus complexes en égard à la suspicion généralisée du peuple algérien.En effet,personne n’a plus confiance en l’autre tant les foules sont divisées.
    Chacun traite l’autre soit de terroriste ou d’agent du DRS!L’amalgame s’est vite installé dans les esprits des algériens les plus avertis.La réaction légitime est tout à fait recalée et si bloquée que d’aucun n’ose espérer participer à un changement:c’est le statu quo politique général. Personne n’ose bouger et crier le ras-le-bol aux aventures de politiciens caciques qui ont décidé de s’approprier tous les pouvoirs.Tout le monde sait ce qu’a couté la decennie »noire » à cette Algérie pour laquelle un Million et demi de martyrs ont donné de leur vie pour l’arracher des griffes d’un colonialisme féroce décidé à perdurer et à sucer toutes nos richesses.
    Serait-ce le pouvoir maléfique qui nous a frappé au point de nous plonger encore une fois dans une lutte fraticide d’un néocolonialisme politique?
    L’Algérie n’a pas encore fini de subir la torture politique des siens . Les consciences sont bloquées , les imaginations aussi!

  6. amghar azzamni dit :

    C’est à croire que le systéme est une machine à produire un peuple assujetti qui se conforme strictement à sa loi sans ressentiment aucun!

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