Algérie: De l’autonomie

 

makabyliebg000.pngPar Arezki Derguini 

 

Dans un entretien au quotidien El Watan (du 30 avril 2008) intitulé: «Le culturalisme à lui seul ne suffit plus à sauvegarder l’identité et la culture», le Professeur et linguiste berbère à la Sorbonne (France), Salem Chaker affirmait: «Je suis convaincu qu’il n’y aura pas d’autres perspectives pour les Kabyles en dehors d’une entité politique autonome. Il faut qu’ils se donnent les moyens pour continuer à exister dans la durée. L’autonomie est une force politico-juridique à laquelle on peut penser. L’exemple de la Catalogne est très édifiant. Il a réussi parce qu’il a fait l’association du culturel, du linguistique et du politique. Je suis convaincu que si les Berbères ne vivaient pas dans un cadre politique autonome, ils seront voués à la disparition. Tout travaille contre eux : langue minoritaire, mondialisation, marginalisation, islamisme, état oligarque…»

Ce qui est proposée comme une solution, un moyen (construire un «cadre politique autonome»), apparaît davantage comme un obstacle dont il faut se libérer. Je partage le souci qui occupe Salem Chaker, la menace de disparition d’identités, de mémoires collectives. Je pourrai contester le projet plus global dans lequel ce souci pourrait trouver apaisement. En effet je soutiendrai ici que l’autonomie politique est plus un obstacle à l’autonomie réelle qu’un moyen y conduisant. Et ceci pour deux raisons fondamentales.

 

Prendre la fin pour le commencement.

 

Premièrement, parce que l’autonomie politique, dans notre cas, ne pourra être que le résultat (une association de facteurs dit Chaker) d’un ensemble de processus complexes, dont aucun n’est pratiquement donné contrairement à la Catalogne, que le volontarisme politique ne sera pas en mesure de suppléer. Pour être très clair, les choses étant ce qu’elles sont, je peux dire que l’autonomie n’est pas du tout l’affaire des politiques mais des diverses élites qui ont en ce moment plus de soucis avec elles-mêmes, leur existence propre, qu’avec ce qui pourrait être leur projet collectif.

 

 

Première confusion donc à lever: l’élite politique est stérile si elle n’est pas nourrie par les diverses élites sociales. C’est là une leçon qu’il faut tirer de nos expériences de constructions sociales et étatiques. En commençant par le politique, nous allons reproduire les échecs de nos constructions antérieures. LA PROJECTION POLITIQUE DOIT ETRE UNE PROJECTION SOCIALE POUR QUE LA SOCIETE NE SOIT PAS SYNONYME DE DÉSINTÉGRATION, POUR QUE L’ELITE SOIT UNE ELITE SOCIALEMENT ET DONC CULTURELLEMENT DÉTERMINÉE. Que nos politiques aient été divisés dans le passé quant à ces questions ne signifie pas qu’ils aient pu être en mesure de les traiter convenablement. Ils n’avaient pas les moyens, comme nous ne les avons pas encore aujourd’hui : les élites adéquates.

Par ailleurs, avec tout ce qui travaille contre un tel projet comme le relève Salem Chaker, commencer par la fin risque de coûter excessivement cher. Parce que cela consistera à se poser en s’opposant plutôt qu’en se construisant. Avec ce que ce soi peut comporter de complexe.

 

La construction régionale comme nouvelle dimension du « monde mondialisé ».

 

Deuxièmement, la conclusion de ce qui précède nous donnant la transition, parce que la construction autonome telle que projetée par S. Chaker, ne se suppose pas comme une construction dans des constructions. Elle est vouée à l’impasse parce qu’abstraite.

 

L’AUTONOMIE REGIONALE EST UNE CONDITION DE L’EXISTENCE DANS LE CADRE DE LA MONDIALISATION ACTUELLE. Aussi la revendication culturaliste est-elle juste en elle-même mais ne contient plus du tout les conditions de sa réalisation. Elle ne s’oppose plus, en tous les cas, aux constructions nationale et mondiale, elle leur est nécessaire. Elle est devenue une dimension nécessaire de toute construction sociale, tout comme celle nationale et mondiale. Cela n’est donc pas seulement valable pour la région de la grande Kabylie, qui constitue une région au plein sens du mot, mais pour tout le monde.

 

 

De nouvelles régions doivent probablement aussi apparaître, pour sauver un passé et se donner un avenir. Même ainsi vue, l’autonomie n’est pas d’abord politique, affaire de politiques, elle est affaire d’acteurs concrets, de solidarités et de compétitions concrètes, d’élites concrètes socialement et donc culturellement déterminées. Cela signifiant, déterminées dans les diverses dimensions de l’existence et non plus seulement localement, géographiquement. La loi, le droit qui devient de plus en plus international, ne protègent que dans la mesure où ils protègent le monde. Comment protéger son accumulation à l’ère de l’information ? La protection parle un langage universel et s’appelle droits de propriété, droits de l’homme, droits de circulation, libertés d’échange etc…

 

 

Pour exister aujourd’hui, les individus et les groupes doivent se constituer dans des cadres viables. L’autonomie régionale aujourd’hui a des chances dont elle ne disposait pas il y a peu. Mais elle ne peut s’envisager aujourd’hui en opposition à la nation ou au monde. Même si les forces dominantes et dominées ont des difficultés à admettre la pluralité du monde, elles auront de plus en plus de mal à le configurer comme elles avaient pris l’habitude de le faire. Le monde qui se met en place et dont on a du mal à se figurer, maltraite les anciennes puissances qui ne veulent pas faire de place aux nouvelles.

 

 

On voit aujourd’hui ce qui soutient la cohésion nationale : le pétrole, l’équipe nationale, quoi encore ? Peut-on vraiment compter indéfiniment sur ces soutiens ? Cela me paraît illusoire. Nous avons besoin de nouvelles solidarités, de nouvelles coopérations et de nouvelles compétitions.

 

Sauter au dessus des difficultés
L’autonomie régionale doit donc être saisie comme un processus par lequel un être collectif émerge au monde, comme une nouvelle dimension de la construction sociétale et non pas comme un fantasme politique. Fantasme qui permettrait d’avoir bonne conscience politique en détournant le regard des difficultés réelles.

 

 

En effet comment parler d’autonomie régionale au moment précis où les collections d’individus n’arrivent pas à se constituer en collectifs, en sociétés ? Au moment où les individus souffrent des plus grands traumatismes, des plus grands déchirements ? Nous n’avons jamais en effet connu d’état aussi anomique de la société. NOUS N’AVONS JAMAIS AUTANT SUBI LE MONDE, MEME LORS DE LA PERIODE COLONIALE, PARCE QU’IL N’ETAIT JAMAIS ENTR2 AUSSI PROFONDEMENT EN NOUS. L’atomisation, l’individualisme négatif règnent en maîtres. Construire une région autonome signifie la construction d’un sujet collectif, or c’est bien là le problème, la souffrance. Oui, nous avons de la peine à exister, nos survies régionales, nationales, dépendent de nos capacités à construire de tels sujets qui seraient en mesure de régler les problèmes de leurs membres à moindre coût. Et c’est un problème qui ne nous est pas propre, mais qui fait que ses conditions de résolution peuvent permettre l’émergence de sujets divers. Car nous ne sommes pas tous également armés pour lui faire face et c’est cela qui fait la singularité des sujets émergents, d’une Kabylie par rapport à d’autres régions.

 

Permettez-moi donc de conclure de la manière suivante: LA CONSTRUCTION DES SUJETS COLLECTIFS EST LA QUESTION POLITIQUE PAR EXCELLENCE !

Commentaires

  1. oussama 10 dit :

    azoul j’ai une simple question a qui ni ferhat ni n’importe militant du mak n’as pu me repondre .comment pouvez vous convinqre les autre algerien de votre idee alors que nous les concernee nous sommes pas convincu et on le sera jamais.chers cammarades ya tout un combat a menee C’EST LA DEMOCRATISATION DE LA SOCIETE ALGERIENNE et dire que cette idee est archaieque NON c’est NOBLE de notre part tant que nous sommes conciants avec les vrais enjeux sur terrain

  2. tahar dit :

    Même ainsi vue, l’autonomie n’est pas d’abord politique, affaire de politiques, elle est affaire d’acteurs concrets, …d’élites concrètes socialement
    camarade derguini, Qu’est ce que vous entendez par « élites concrètes socialement »

  3. Dr. amina&amin dit :

    á lire et voir les commentaires

    Arezki Aït-Larbi à Abdelkader Dehbi : En finir avec l’imposture !

    http://www.lematindz.net/news/2898-arezki-ait-larbi-a-abdelkader-dehbi-en-finir-avec-limposture-.html

    ps: a notre humble opinion c’est le style de Said Bouhef … ce Dehbi …
    Tendrement.

  4. Tag dit :

    On va essayer cette autonomie de la Kabylie. Si ça marche tant mieux pour nous, dans le cas contraire nous n’avons de rien perdu puisque l’Algérie est devenue un champ d’expérimentation. A nous les Kabyles de faire des tests pour le reste de l’Algérie. A peu près comme le vaccin H1N1 testé sur les humains avant les animaux.

  5. AFULMAN dit :

    J’avoue que je n’ai pas très bien saisi la pensée de M.DERGUINI.Autant les propos de M.Salem CHAKER sont clairs,concis,limpides et précis autant l’écrit de M.Derguini est flou ,confus et icompréhensible pour moi.J’estime pour ma part que les kabyles constituent, qu’on le veuille ou non,une minorité ethnique,culturelle et linguistique et que ce n’est qu’à ce titre que le problème de la Kabylie doit ètre posé.La Kabylie doit ètre auttonome mème dans le cadre d’une Algérie démocrattique,ce qui est une chimère pour l’instant.Il est vrai que l’option autonomistte dépend de l’adhésion en particulier des élites kabyles et du peuple kabyle en général.C’est pour cela qu’il faut renfocer la conscience nationale kabyle.Pour ètre honnète il faut dire que nous n’avons pas d’avenir en dehors de l’autonomie ou l’indépendance.La Kabylie subit comme le reste du pays le joug du déspotisme arabo-intégriste du régime,en plus de la dépersonnalisation et de l’aliénation notre identité kabyle par le biais de l’école qui arabètise et « intégrise » nos enfants.Pour moi ceux qui sont contre l’autonomie,sont contre la libération du peuple kabyle.Le statu quo est suicidaire!

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