Mohammed Harbi: « Il faudra beaucoup de temps pour qu’on avance »

harbi.jpgJeune Afrique : Comment expliquer qu’il soit si difficile de solder le passé entre la France et l’Algérie ?

Mohammed Harbi : Cela vient de loin. Après l’indépendance, les Algériens ont considéré les accords d’Évian comme caducs sur certains points. Ils les ont révisés petit à petit de facto. Mais ces accords n’ont jamais été réexaminés de concert et globalement par les deux pays une fois la décolonisation devenue réalité. Et on ne s’est pas interrogé sur la nécessité de définir une politique mémorielle. On ne pouvait donc que se diriger vers un conflit permanent. Les Algériens ont adopté une position victimaire. Et les Français, notamment en raison de l’activisme des groupes de pression pieds-noirs, ont voulu qu’on continue à considérer le passé comme si rien n’avait changé. Beaucoup de pieds-noirs, d’ailleurs, semblent toujours ne pas être sortis de la guerre.

Il y a cependant eu des discussions autour d’un traité d’amitié pendant plusieurs années jusqu’en 2005. Il serait intéressant de savoir de quoi on a débattu et sur quoi on a achoppé alors — avant que la fameuse loi sur les bienfaits de la colonisation ne précipite la crise. Le point crucial était-il celui de la double nationalité, comme l’ont laissé entendre certains ?

Les demandes de l’Algérie – repentance, reconnaissance de crimes de guerre – sont-elles légitimes ?

Cette histoire de repentance a d’abord été mise en avant ici et là à propos de la Shoah. L’Algérie a décidé de reprendre ce thème à son compte. Mais la vraie question n’est pas celle-là. L’essentiel, c’est la responsabilité historique de l’État français par rapport à la colonisation. Et les Français se montrent très rigides à ce sujet. Ils se sont par exemple excusés pour la terrible répression à Madagascar, par la voix de Jacques Chirac. Mais jamais pour les souffrances des Algériens. Il y aurait certainement moins de crispation entre les deux pays si la France reconnaissait simplement cette responsabilité historique. La réconciliation est à ce prix.

Que faire pour en finir avec cette situation entre les deux pays ?

Il faut faire une distinction entre ce qui a trait aux États et ce qui concerne les sociétés civiles. Du côté des États, il faudra beaucoup de temps pour qu’on avance. La situation, manifestement, n’est pas encore mûre. Du côté de la société civile, en revanche, beaucoup a déjà été fait et cela devrait continuer, ce qui aidera petit à petit à dépasser le contentieux né de la guerre. Quand Mme de Bollardière, la veuve du général, anime une association d’anciens appelés français qui consacrent leur retraite de combattant à financer des projets en Algérie, c’est remarquable et remarqué. Et il y a eu bien d’autres exemples, notamment des livres et des colloques regroupant des historiens des deux pays. Même si, hélas, certains historiens algériens hésitent encore parfois à officialiser ces initiatives en «oubliant» de livrer le texte de leurs interventions pour publication.

Commentaires

  1. Taous dit :

    Félicitations, cher El Mouhtarem, de nous donner l’occasion de lire et de nous imprégner de l’interview de Mohamed Harbi, sommité s’il en est !

    Intellectuel de haut niveau, cet historien s’exprime clairement et de façon sereine sur l’un des pans les plus douloureux de notre histoire.

    Je souhaite réagir à quelques points: la situation actuelle remonte en effet à loin, mais, à mon sens, la limiter aux seules incompréhensions sur les accords d’Evian me semble assez réducteur. Rien n’a encore été soldé avec la France et nos malheurs remontent à 1830. Je ne vais pas donner,ici, un cours d’histoire mais tout le monde aura compris que j’entends me référer aux exactions de triste mémoire qui ont endeuillé notre pays depuis cette date funeste jusqu’en 1962. 132 ans de colonisation c’est beaucoup et si on compare cette période avec ce qu’on vécu les juifs et autres populations persécutées pendant la deuxième guerre mondiale, point n’est besoin de s’épancher plus.

    La France, qui a reconnu, certes du bout des lèvres, certaines de ses responsabilités coloniales, semble réfractaire à le faire dès qu’il s’agit de l’Algérie. Cela est du à plusieurs facteurs: la perte du paradis perdu, d’abord. Cela est encore cuisant et certains nostalgiques irréductibles n’ont toujours pas renonce, tout simplement. Ensuite , les problématiques de race et de religion sont toujours prégnantes.

    Pour en revenir à la repentance, pourquoi la France ne ferait pas son mea culpa ?

  2. Taous dit :

    Elle devra y venir, un jour ou l’autre et c’est à l’État algérien qu’incombe cette responsabilité. la société civile joue son rôle, des deux cotes de la méditerranée, mais elle ne saurait avoir la légitimité étatique. Comme le dit Mohamed Harbi, la réconciliation est à ce prix.

    les souffrances des peuples ne sauraient être tributaires de leur race ou couleur de peau et rien ne pourra exonérer la France de ses exactions passées.

    C’est l’honneur de nombre d’intellectuels, d’historiens et de personnalités français d’apporter leur soutien à notre pays, en disant simplement la vérité et en livrant l’histoire telle qu’elle s’est passée.

  3. djamel dit :

    Mohamed Harbi reste un grand historien et il a une grande légitimité. C’est par exemple l’un des seuls « grands » à avoir pris position sur un sujet sensible comme celui des harkis. Il l’a fait de manière mesurée (voir par exemple http://www.harki.net/article.php?id=5)

  4. AMOKRANE dit :

    UN POINT DE VUE SI CELA PEUT INTERESSER QUELQU’Un .DE LA COLONISATION EN GENERAL DE L’ALGERIE EN PARTICULIER…Le vin est tiré, il faut le boire.
    La loi du 23 février 2005 glorifiant le colonialisme a fait couler beaucoup d’encre en France et en ALGERIE. J’en ai parlé à ma façon avec un ami franco-suisse, CONSTITUANT (il y a quelques années) en SUISSE par courrier électronique.
    _Le Tiers-mondisme culpabilisant, qu’en penses-tu ?
    _Je crois que l’idée est valable, qu’elle mériterait d’être développée. Elle rejoint celle de l’abus d’autorité fondée sur le TIERS-PAUVRE en général où qu’il se trouve dans le réel ou dans l’imaginaire.
    _Qu’entends-tu par TIERS-PAUVRE ?
    Le TIERS-PAUVRE est un terme générique qui englobe tout ce qui souffre d’un manque injustifié, cela sous toutes les latitudes et dans toutes les consciences.
    Le problème est que trop souvent les esprits forts invoquent le NOM- DES- PAUVRES pour justifier d’actions conquérantes manipulatrices et prédatrices. ET le ressort psychologique principal de ce phénomène est bel et bien comme tu l’as vu la culpabilité inhérente à notre condition humaine impuissante et angoissée et abandonnée définitivement de DIEU et du reste du monde.
    –Tu parles de TIERS- PAUVRE de manques injustifiés. Crois-tu que c’est injustifié tous ces manques de LIBERTE, DE SAVOIR, de PAIN, de DIGNITE, de FRIC et cetera ? Les hommes ne se livrent-ils pas des guerres atroces pour cela ?
    –Sur le TIERS-PAUVRE, je n’ai pas de développement particulier à faire. C’est un concept utile pour signifier que, partout, il y a toujours même au cœur de la richesse, une dimension d’une extrême pauvreté. On en déduit logiquement qu’à l’inverse, il doit y avoir, un TIERS-RICHE, partout dans le monde, y compris chez les plus démunis. Cela ne doit pas être compris d’un point de vue bêtement moral, mais bien plutôt comme une observation de fait à partir de laquelle on peut commencer à réfléchir et agir sur soi-même et sur son entourage immédiat où que l’on se trouve dans le monde en s’appuyant sur cette part de richesse qu’elle soit matérielle ou spirituelle, pour entretenir la vie
    — LE TIERS- RICHE dans les pays pauvres est redoutable car manque de DEMOCRATIE pour régler tout cela.
    — Je pense comme toi que le déficit démocratique pour les pays en voie de développement demeure un enjeu prioritaire. Sous jacent à cela on trouve encore la question du statut de la femme, question qui renvoie à des défis non seulement institutionnels et politiques mais encore beaucoup plus profondément, psychologiques, culturels, et traditionnels. Même ici en suisse, le travail demeure énorme à ce propos. Mon ami vient d’ailleurs de publier LA GUERRE SEXUELLE, qui illustre bien les difficultés actuelles de construire et d’assumer une identité masculine laquelle si elle veut rester en adéquation des nouvelles valeurs de la société, puisse être autre chose que l’expression d’une forme d’impuissance, autrement dit d’une couille molle. En écho à cela, d’une manière qui se veut un brin humoristique, mais dont le désespoir n’est cependant pas totalement absent, j’ai composé pour tous les monothéistes de ce monde, un petit poème qui, peut être te fera sourire, et que je distribue ces temps discrètement autour de moi. GARDES le bien confidentiel et si certains mots t’échappent, n’hésite pas à m’en demander la signification.
    –Cette sagesse, cette plénitude, cette philosophie sont- elles le fruit d’un demi siècle bien rempli ? D’un cycle d’études achevé il y a bien longtemps ? D’une vie professionnelle pas tout à fait irréprochable ? D’un nouveau mode de vie sans excès ? Est- elle le fruit d’un renoncement ou l’acceptation du monde tel qu’il est ? Quant à moi, je m’étais agité tel DON QUICHOTTE face aux moulins à vent et nul ne pouvait m’aider dans ma folie, ma maladie. Il paraît que la colonisation ne nous avait pas armé face à la MODERNITE. Il urge en ALGERIE qu’on fasse aimer la DEMOCRATIE et penser à la fonder.
    — Très cher cette sagesse dont tu me renvoies un si gentil et lucide écho, est tu le sais infiniment mieux que moi, essentiellement souffrante. L’énergie désespérée que l’on met la plupart du temps inconsciemment à essayer d’oublier cette vérité fondamentale, se retourne toujours contre nous. A ma façon, j’ai dû l’apprendre aussi, d’abord durant la période de mes études, lorsque nous nous fréquentions assidûment, puis au travail et, d’une autre manière encore maintenant que je vis une période de transition où je dois me définir socialement et existentiellement.
    — Toute cette énergie dissipée te servira tout de même à une bonne retraite en francs suisses. Encore une question pour rester dans ce sujet global : ton avis sur la haine des Arabes en occident ?
    — La peur du nombre, une certaine incompréhension culturelle et la sourde crainte, par un retournement subit de l’histoire après le colonialisme sous toutes ses formes d’une vengeance du serpent à plumes.
    –Les Arabes avaient été donc colonialistes. Sous leur influence, l’Islam s’était propagé dans le monde entier jusqu’en CHINE. Quant au nombre les arabes ne représentent que six pour cent de l’humanité. Un six pour cent qui a islamisé une bonne partie de la planète. Ils ont les pétrodollars et une infime partie d’eux vivent dans le grand luxe et la luxure. Aujourd’hui pétrodollars riment avec BUSH.

  5. Omar dit :

    Merci l’equipe du site d’avoir mis ce texte de Mr Mohamed harbi.
    Merci pour Mohamed harbi. Ce sont des gens de cette envergure dont a besoin l’Algerie pour avancer, fleurir!
    Mais le pouvoir en place, orchestre par le FLN, a musele toute vue d’ouverture pour que le peuple progresse.
    Merci a tous les intellectuels algeriens, et aux hommes et femmes courageux et de bonne foi.

  6. OUHRISH dit :

    Arrettez de raconter des mensonges en disant que c’est grace a la transmition de l’intelligence musulmane et leur connaissance que les occidentaux ont acquis tous leurs savoir.C’est faut archi faut,pourquoi pas dire que les arabes sont les piromanes du savoir.les arabos-musulmans on de tout temps tendance a dire tout et n’importe quoi et c’est pour cela qu’ils sont les derniers dans tous les domaines.FAKNA-BIKOUM personne ne croit en vous.

  7. Constantine dit :

    Pourquoi les pays arabo-musulmans, presque 1 milliard d’individus sur la planete, n’ont pas su engendre un Galilee?
    Pourquoi n’ont-ils meme une Universite classee dans le top dans le Classement mondial, alors qu’israel (avec 4 millions), elle est classe 3 eme?
    Pourquoi ces arabo-musulmans doivent-ils toujours nier les faits, la realite qui leur crache sur le visage? C’est fini la nostalgie du grand ottoman? On est a l’air de l’iphone, du bib-bang?
    L’historien sociologue Ibn-Khaldoun l’a bien dit: » Idha Gouribate, khouribate. Oi idha khouribate, Ghouribate. Oi lame toubna!! ». Il est d’application de nos jours.

  8. Guendouz dit :

    @ Aures,

    On te remercie Aures pour ta petite contribution. On aimerait que le Webmaster publie ce texte aussi dans ces colonnes, comme les autres. Comme cela, beaucoup pourront le lire et soumettre leurs critiques au debut qui enflamme notre cher pays

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