L’Express: La guerre des clans en Algérie

bouteflikaalgerie235.jpgL’Express, 19 mars 2010

Dans une atmosphère de fin de règne, les luttes d’influence au sommet de l’Etat reprennent de plus belle. Sous couvert de lutte anticorruption.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Il y a moins d’un an, le 9 avril 2009, Abdelaziz Bouteflika était triomphalement réélu à la présidence de la République algérienne avec un score de plus de 90 %. Non sans avoir été auparavant adoubé par le tout-puissant patron du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) – les services secrets – le général Mohamed Médiène, dit « Toufik ».

Mais, depuis quelques semaines, le chef de l’Etat a quasiment disparu des écrans radar. Le 24 février dernier, il a manqué la traditionnelle cérémonie marquant l’anniversaire de la nationalisation (en 1971) des hydrocarbures. Il était aussi absent, deux jours plus tard, lors des funérailles d’Etat du colonel Ali Tounsi, directeur général de la police nationale, assassiné par son plus proche collaborateur dans des circonstances non élucidées.

Quant aux Conseils des ministres, ils se font de plus en plus rares… Une courte séquence télévisée a montré le président, le 3 mars, entouré de ses frères, en compagnie du footballeur français Zinédine Zidane. Des images destinées, de toute évidence, à couper court aux rumeurs qui ont relancé les critiques sur la dérive monarchique du régime.

Le compromis n’aura tenu que quelques mois

Dans cette atmosphère de fin de règne, les luttes d’influence au sommet de l’Etat sont reparties de plus belle. Le compromis entre l’ »armée des costumes » – le sobriquet du DRS – et le clan présidentiel, qui avait permis la réélection de Bouteflika, n’aura tenu que quelques mois. Dès la mi-décembre 2009, les hostilités ont repris, sous couvert de lutte contre la corruption. Officiellement, cette vaste opération « mains propres » résulterait d’une « inspiration présidentielle ». Mais personne n’est dupe. Diligentée par les services de Toufik, elle ne vise que les hommes du président. « C’est du bluff, affirme ainsi Hocine Malti, un ancien dirigeant de la Sonatrach devenu consultant international. Il n’y a pas de lutte contre la corruption, ce ne sont que des règlements de comptes. »

C’est à la fin de l’an dernier qu’éclate la première affaire. Elle concerne le « chantier du siècle », un projet d’autoroute qui doit traverser le pays, de la frontière marocaine à celle de la Tunisie. Les révélations portent sur de très généreuses commissions – au moins 200 millions d’euros – versées par des entreprises chinoises à des intermédiaires.

Des têtes tombent: celle du directeur du cabinet du ministre des Travaux publics, du secrétaire général du ministère et de plusieurs hauts fonctionnaires, dont certains sont proches d’un frère du chef de l’Etat, Saïd Bouteflika. S’il ne perd pas son poste, le ministre, Amar Ghoul, un islamo-conservateur qui a le soutien du président, est éclaboussé par le scandale.

Puis, le 12 janvier de cette année, c’est au tour de la Sonatrach de faire la Une des journaux. Cette société, qui produit et exporte le pétrole et le gaz algérien, fournit au pays 98% de ses devises et à l’Etat 60% de ses recettes. En clair, elle est le coffre-fort de l’Algérie. En quelques jours, elle est décapitée. Son PDG, Mohamed Meziane, est placé sous contrôle judiciaire, deux de ses enfants sont sous les verrous, tout comme deux des vice-présidents de la compagnie, ainsi qu’un ancien patron du Crédit populaire d’Algérie, Hachemi Meghaoui, et son fils. Dans la ligne de mire des enquêteurs du DRS: le ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, l’une des figures du clan présidentiel.

Reste à savoir pourquoi le patron des services a décidé de déterrer la hache de guerre. Depuis sa première élection à la tête du pays, en 1999, Bouteflika n’a eu de cesse d’élargir la marge de manoeuvre de la présidence. La disparition de plusieurs hauts gradés appartenant, dans les années 1990, au club des « décideurs » – une poignée de militaires qui faisaient et défaisaient les présidents – l’ont aidé à y parvenir. Mais il n’a pas, jusqu’ici, réussi à entamer l’influence des services secrets et de leur puissant patron.

A-t-il tenté, après sa réélection, en avril 2009, de faire passer le DRS sous l’autorité du ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, l’un de ses hommes de confiance ? Toufik a-t-il jugé que l’immobilisme du chef de l’Etat était dangereux pour le pays? L’un des deux a-t-il rouvert la guerre de succession mise entre parenthèses lors de la présidentielle de l’année dernière ? Bouteflika rêve toujours de voir son frère Saïd lui succéder, mais les militaires n’en veulent à aucun prix… La campagne actuelle sonne en tout cas comme un rappel à l’ordre: le président ne doit pas oublier qui l’a fait roi. Ni où se situe le vrai pouvoir.

Comment ripostera le chef de l’Etat?

Il est possible aussi – c’est la thèse que défend Hocine Malti, l’ex-dirigeant de la Sonatrach – que le DRS se soit inquiété de la réserve manifestée par les Etats-Unis à l’égard de la présidence algérienne depuis l’arrivée de Barack Obama. L’armée, qui s’enorgueillit d’être devenue l’une des pièces maîtresses du dispositif antiterroriste de Washington dans la zone saharo-sahélienne, est très attachée à cette relation avec la première puissance mondiale: elle lui permet de redorer son blason et de faire oublier la « sale guerre » des années 1980.

Or Chakib Khelil, le ministre de l’Energie et des Mines, vrai patron de la Sonatrach, ne dispose plus à Washington des mêmes réseaux que du temps de George W. Bush. Très proche des pétroliers qui gravitaient dans l’entourage de l’ancien président américain, cet allié de Bouteflika était, jusqu’à l’élection d’Obama, également très utile, par son entregent, au « clan Toufik », ce qui le rendait intouchable. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pourquoi, dans ces conditions, laisser les clefs du « coffre-fort » au chef de l’Etat ? Pour la petite histoire, Chakil Khelil est le seul homme politique algérien à avoir indirectement reconnu l’existence d’une guerre au sommet de l’Etat en affirmant que ni lui « ni le clan présidentiel » ne se sentaient visés par les scandales…

Quel sera le prochain épisode ? Déjà, Alger bruisse de rumeurs sur ce que pourrait être la riposte du chef de l’Etat. Certains lui prêtent l’intention de rouvrir l’enquête sur l’assassinat du président Mohamed Boudiaf, abattu en juin 1992, six mois après sa prise de fonction, par un sous-lieutenant des forces spéciales. Le Quotidien d’Oran évoquait aussi récemment la mise en place d’une commission chargée d’examiner les circonstances dans lesquelles l’un des dirigeants de la sécurité militaire, le général Fodil Saidi, a trouvé la mort sur une route déserte aux confins du Sahara en 1996. Le chef de l’Etat de l’époque, Liamine Zeroual, envisageait de le nommer à la tête des services secrets.

Commentaires

  1. Bastos El Bombardi dit :

    Des infos sur les coulisses du pouvoir algérien dans un journal français?
    S’agissant de l’Algérie, la classe française bien pensante et ses canards sont en majorité encore plus à plat ventristes que le sont leurs confrères algériens.
    Au moins ces derniers ne trainent pas une obsession de défenseurs universalistes des libertés et droits de l’homme.
    Un article dans un journal français n’inaugure rien de bon ou avis aux amateurs ?
    Ya latif

  2. Abdelkader el harki dit :

    L’Algérie n’est toujours pas indépendante et tout se décide toujours en France. Bouteflika a choisi son camp bien avant 1962 et dites vous bien qu’il n’y a pas de hasard en politique.

  3. algerien d'en bas dit :

    pas besoin d’articles de la presse étrangère pour savoir ce qui ce passe dans les coulisse des hautes sphères décisionnelle en Algérie , mais bon ces analyses sont les bien venues et c’est aux lecteurs d’analyser a leur tour tout ce qu’ils lisent ,certains articles de la presse étrangères nous aident a savoir ce qui se passe chez nous , nous permettant ainsi de phagocyter sans grande indigestion des évènements difficiles que nous vivons ou que nous subissons , d’autres par contre reflètent les relations conflictuelles que nous entretenons avec l’étranger ainsi des intérêts convergents parfois et divergents dans d’autres , cette presse étrangères avec ses analyses et articles sur l’Algérie sont toujours les bien venues chez nous et pour nous .

  4. Antar dit :

    Si on fait une analyse de l’Algérie pour voir ses points forts et ses points faibles, et essayer de comprendre les raisons et les causes profondes qui ont fait que l’Algérie est une nation bloquée, car depuis 1962, le pays, au lieu de devenir un pays développé, moderne, s’est enlisé et voire l’existence de la paupérisation d’une certaine couche sociale, mais enrichissement d’une autre couche. De simples fonctionnaires sont devenus , au cours de quelques décennies, des milliardaires. Ils ont bafoué complètement les lois élémentaires de la richesse et du travail, et cela, au détriment de la majorité de la population. En regardant, quelques données sur l’Algérie (Source CIA), voir ci-dessous, l’Algérie est un pays riche et avec un grand potentiel. Théoriquement, l’Algérie aurait dû être le Japon ou la Corée du Sud du Bassin de la Méditerranée, plus développée que ses voisins (Maroc, Tunisie, Portugal, Espagne et Italie). Mais malheureusement, elle a un retard de développement de 30 à 60 ans sur ces pays. Comment nos hauts responsables puissent y apporter une explication à cela. Si certains ne sont pas convaincus, il y a des bases de données statistiques, et qu’ils fassent une étude comparative. Et les conclusion seront effrayantes.
    La richesse du pays est détenue par 2% de la population.
    1) Histoire : After more than a century of rule by France, Algerians fought through much of the 1950s to achieve independence in 1962. Algeria’s primary political party, the National Liberation Front (FLN), has dominated politics ever since. Many Algerians in the subsequent generation were not satisfied, however, and moved to counter the FLN’s centrality in Algerian politics. The surprising first round success of the Islamic Salvation Front (FIS) in the December 1991 balloting spurred the Algerian army to intervene and postpone the second round of elections to prevent what the secular elite feared would be an extremist-led government from assuming power. The army began a crackdown on the FIS that spurred FIS supporters to begin attacking government targets. The government later allowed elections featuring pro-government and moderate religious-based parties, but this did not appease the activists who progressively widened their attacks. The fighting escalated into an insurgency, which saw intense fighting between 1992-98 resulting in over 100,000 deaths – many attributed to indiscriminate massacres of villagers by extremists. The government gained the upper hand by the late-1990s and FIS’s armed wing, the Islamic Salvation Army, disbanded in January 2000. Abdelaziz BOUTEFLIKA, with the backing of the military, won the presidency in 1999 in an election widely viewed as fraudulent and was reelected in a landslide victory in 2004. BOUTEFLIKA was overwhelmingly reelected to a third term in 2009 after the government amended the constitution in 2008 to remove presidential term limits. Longstanding problems continue to face BOUTEFLIKA, including large-scale unemployment, a shortage of housing, unreliable electrical and water supplies, government inefficiencies and corruption, and the continuing activities of extremist militants. The Salafist Group for Preaching and Combat (GSPC) in 2006 merged with al-Qaida to form al-Qaida in the Lands of the Islamic Maghreb, which has launched an ongoing series of kidnappings and bombings – including high-profile, mass-casualty suicide attacks targeting the Algerian Government and Western interests.
    2) Ressources naturelles: petroleum, natural gas, iron ore, phosphates, uranium, lead, zinc, etc……
    3) Population : 34,178,188 (July 2009 est.)
    4) Age de la population
    0-14 ears: 25.4% (male 4,436,591/female 4,259,729)
    15-64 years: 69.5% (male 11,976,965/female 11,777,618)
    65 years and over: 5.1% (male 798,576/female 928,709) (2009 est)
    5) Groupes éthniques: Arab-Berber 99%, European less than 1%
    note: almost all Algerians are Berber in origin, not Arab; the minority who identify themselves as Berber live mostly in the mountainous region of Kabylie east of Algiers; the Berbers are also Muslim but identify with their Berber rather than Arab cultural heritage; Berbers have long agitated, sometimes violently, for autonomy; the government is unlikely to grant autonomy but has offered to begin sponsoring teaching Berber language in schools
    6) Partis politiques et les leaders: Ahd 54 [Ali Fauzi REBAINE]; Algerian National Front or FNA [Moussa TOUATI]; National Democratic Rally (Rassemblement National Democratique) or RND [Ahmed OUYAHIA]; National Liberation Front or FLN [Abdelaziz BELKHADEM, secretary general]; National Reform Movement or Islah (formerly MRN) [Ahmed ABDESLAM]; Rally for Culture and Democracy or RCD [Said SADI]; Renaissance Movement or EnNahda Movement [Fatah RABEI]; Socialist Forces Front or FFS [Hocine Ait AHMED]; Society of Peace Movement or MSP [Boudjerra SOLTANI]; Workers Party or PT [Louisa HANOUNE]
    7) Economie: The state dominates most areas of the Algerian economy. Gradual liberalization since the mid-1990′s has opened up more of the economy to private domestic and foreign participation, but recent government actions impose stricter controls on foreign investment. Hydrocarbons are the backbone of the economy, accounting for roughly 60% of budget revenues, 30% of GDP, and over 95% of export earnings. Algeria has the eighth-largest reserves of natural gas in the world and is the fourth-largest gas exporter; it ranks 15th in oil reserves. Weak global hydrocarbon prices during 2009 contributed to a 40% drop in government revenue, although the government continues to enjoy a financial cushion
    debt is only about 1% of GDP. The government’s efforts to diversify the economy by attracting foreign and domestic investment outside the energy sector, however, has had little success in reducing high unemployment and improving living standards. A Complementary Finance Law, enacted in July, imposed tight restrictions on imports and required that new foreign investment must be in the form of joint ventures with at least 51% share of ownership by Algerian partners. That law and a January, 2009 ban on importing pharmaceutical products that are also locally produced have contributed to some domestic goods shortages and prompted foreign investors and businesses to reconsider activities in Algeria. Development of the banking sector, the construction of infrastructure, and other structural reforms are hampered by corruption and bureaucratic resistance
    8) GDP: $244.3 billion (2009 est.)
    9) GDP per capita: $7,100 (2009 est.)
    10) Réserves en devises et Or: $149.2 billion (31 December 2009 est.)
    11) Trafic des personnes :
    current situation: Algeria is a transit country for men and women trafficked from sub-Saharan Africa to Europe for the purposes of commercial sexual exploitation and involuntary servitude; Algerian children are trafficked internally for the purpose of domestic servitude or street vending
    tier rating: Tier 3 – Algeria did not report any serious law enforcement actions to punish traffickers who force women into
    commercial sexual exploitation or men into involuntary servitude in 2007; the government again reported no investigations
    of trafficking of children for domestic servitude or improvements in protection services available to victims of trafficking; Algeria still lacks victim protection services, and its failure to distinguish between trafficking and illegal migration may result in the punishment of victims of trafficking (2008)

    Pour plus d’informations sur l’Algérie, consultez le site suivant fait une agence de la CIA (USA):
    Ils sont très bien renseignés.

    https://www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/geos/ag.html

  5. samise dit :

    mes respesct; la cia est un acteur aussi est ausssi la presse etrangere. la solution est pacifique ils disent juste mais nous devons s’organiser et faire justice nous memes et massacrer les harki, espions et rentiers opportunistes du pouvoir c’est leur guere et c’est mon pacifisme et le votre car les ecouter c’est m’endicaper ainsi que vous faisons ceci et creons notre drs et nous leur ferons peur et compris usa france.
    sans pour autant ebranler le peuple ou le blesser. autre chose presse etrangerre ou cia ou ong c’est qu’onest traitre lache lache toute la vie. pret a etre un deusieme ben boulaid amirouche et didouche et pret a mourir a ceci et creuser l’aures a la main ce n’ est qu’ une vie et ma gloire c’est dire a mes trent ans que je suis un nom et si je mangeais et reposais tel vous j’aurai fais des discours mieux que vous et plus puissant sans provoquer la colere du dieu je mourai pour ca merci je vous virai plus j’ ai mon groupe

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