La recherche de la vérité n’est impossible que pour ceux qui la craignent

disparus2008.jpgJeudi 18 mars 2010, lors d’une rencontre-débat organisée par le centre de presse El Moudjahid, le président de la CNCPPDH, M. Farouk Ksentini, persiste à affirmer que la demande de Vérité des familles est irréalisable en pratique.

Selon lui, il serait impossible d’identifier les responsables de la disparition durant la tragédie nationale déclarant “qu’il n’y a ni archive ni témoignage” et que l’Etat ne peut “[...] se lancer dans des procès sans la moindre preuve ni dossier substantiel”. Le Président de la Commission nationale des droits de l’Homme lui-même ose conseiller aux familles de disparus de tourner la page, se faisant ainsi le porte-parole du gouvernement.

Les archives existent dans les brigades de gendarmerie, les commissariats, les tribunaux, les ministères. D’ailleurs, le rapport de la CNCPPDH de 2007 indique que “le chiffre de 7200 disparus, fourni par la gendarmerie nationale est le plus fiable” ce qui prouve bien que l’Etat détient des informations sur les disparus.

 

Sos disparus dispose de plusieurs milliers de témoignages décrivant les circonstances et de noms des responsables de l’arrestation, de noms de témoins, de lieux de détention, de moyens de procéder et de faire disparaître. En 2004, Sos Disparus a remis à la CNCPPDH une série de dossiers extrêmement circonstanciés, citant des témoins, reprenant le nom d’agents ayant procédé aux arrestations et toutes les démarches effectuées devant la justice.

La question est de savoir si l’Etat met effectivement en œuvre tous les moyens légaux qui sont à sa disposition pour localiser les personnes disparus, comme il est censé le faire en vertu de l’ordonnance portant application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Dans le cadre de cette loi, le constat de disparition doit être délivré à l’issue des recherches demeurées infructueuses. Les présumés responsables ont-ils été convoqués, les témoins de l’arrestation et les co-détenus auditionnés ? Les registres des prisons et tout autre lieu de détention ont-ils été étudiés ? L’Etat algérien a délivré des milliers de constat de disparition sans que la famille n‘ait été associée aux supposées recherches et sans qu’un seul disparu n’ait été retrouvé, ce qui amène à dire que les investigations les plus élémentaires n’ont pas eu lieu.

Et lorsque monsieur Ksentini déclare qu’« aucun pays n’a réussi à identifier ni à juger des auteurs de disparitions même s’il y a eu des semblants de procès, presque anecdotiques», nous lui rétorquons que l’exemple de l’Argentine est tout sauf insignifiant. Que les Commissions Vérité mises en place, dans ce pays et de nombreux autres, ont permis de mettre fin au silence, à l’état d’impunité et ont conduit, même des années plus tard, au jugement des responsables.

Alger, le 23/03/2010,

Fatma Zohra Boucherf

Vice-présidente de Sos Disparus

 

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