Affaire Hasseni: Capitaine Hichem et Mystère Aboud

aboud.jpgEl Erg Echergui pour « Algérie Politique » 

A Mohis,

Votre défense de Hassani est assez bien présentée mis à part quelques dérapages déplorables. Je voudrais vous poser une question capitale si vous êtes, vous aussi, capable d’honnêteté…

Une question capitale

Selon vous, pourquoi le colonel Samraoui veut-il du mal au diplomate Hassani ? Quel serait son intérêt et quel objectif poursuit-il en accusant un innocent et en créant un drame au détriment d’un autre ? S’amuse-t-il, par oisiveté, à s’attirer la condamnation publique et à multiplier ses ennemis et ses détartreurs ? Ou bien veut-il se décrédibiliser devant l’opinion publique et par voie de conséquence frapper de nullité son témoignage à propos de la décennie rouge ? Joue-t-il au hara-kiri ? Vous l’avez traité de « félon », de « renégat », etc., mais honnêtement oseriez-vous le traiter de fou et de cynique ? Il n’y a que la haine aveugle qui puisse l’affirmer. Si vous n’arrivez pas à donner une seule raison valable autre que cette fadaise grotesque, alors il convient à traiter le problème sous un autre angle que la haine. La question vaut donc son pesant d’or et qu’il serait important pour n’importe quel juge d’en tenir compte, car elle démontre définitivement que son témoignage, à défaut d’être très précis, est de bonne foi. La subite rétractation de Samraoui au début de l’affaire, à mon avis, ne va pas changer beaucoup de choses.

Capitaine Hichem et Mystère Aboud

Concernant Aboud, puisque vous l’avez évoqué, le rôle qu’il a joué dans cette affaire n’est pas très clair pour moi. C’est en effet lui qui le premier a soulevé le dossier de l’assassinat de maître Mecili, et apparemment lui qui a encouragé Samraoui à livrer son témoignage. Une fois que ce dernier s’est trouvé sous les feux de la rampe, monsieur Aboud se retourne contre lui et le prend comme cible et le traite de tous les noms d’oiseaux et, cerise sur le gâteau, il l’accuse publiquement de complicité d’assassinat.

Le scénario à tout l’air d’un piège diabolique tendu par Aboud à Samraoui. Je dis bien que c’est une vraisemblance et non un fait prouvé. Un observateur averti se doit d’examiner toutes les hypothèses à la loupe et suivre toutes les pistes plausibles. Il n’est pas normal que le capitaine Aboud soit choqué par le témoignage du colonel Samraoui et qu’il ait été totalement indifférent auparavant par le témoignage sur la même affaire de son supposé cousin Hassani. Aussi il est très curieux qu’Aboud ait donné beaucoup moins de précisions sur son cousin et les témoins qui peuvent l’identifier de sorte que la localisation du commanditaire du meurtre relève d’une mission impossible : bizarrement après les aveux de son cousin, il perd ses traces…, un cousin à lui !

Dans ses accusations, il est resté dans le vague en incriminant seulement les généraux comme Belkheir, Betchine, sans aucune preuve vérifiable. Le plus aberrant et le plus intrigant dans « mystère Aboud », c’est qu’à la suite de la mort du général Belkheir, dans un des épisodes les plus kafkaïens de l’affaire Mecili, il s’est lancé dans une longue oraison funèbre émouvante (dans Echourouk du 13 février 2010) à la mémoire de son général. Dans ce vibrant hommage posthume, il salua la haute stature du général, témoigna de sa perspicacité et fit sa gloire tout en déplorant que Belkheir fût mal jugé par les citoyens…

Après avoir soutenu pendant longtemps qu’il était le commanditaire direct de l’assassinat de Mecili et voué aux gémonies dans son livre « La mafia des généraux », il verse des larmes sur sa dépuoille. Pour un coup de théâtre, c’en fut un. Comment peut-on le croire encore ? Dès lors, tous les témoignages d’Aboud notamment l’identification de Hassani chez le juge seraient sujets à caution. La question devient ipso facto « qui accuse qui ? »

Une autre duplicité caractérise l’attitude d’Aboud. Le 14 juin 2001, au « Nouvel Observateur » (article facilement consultable sur Internet) et dans l’une de ses premières révélations, il affirma sans la moindre hésitation, que l’action de Hassani — le commanditaire qu’il désigna par « un ami pratiquement de la même tribu » avant de changer de version en disant, plus tard, qu’il était son « cousin », donc de la même tribu —, était dictée par le sentiment de vengeance et que s’il n’y avait pas ce sentiment, il n’aurait pas accepté la sale besogne à l’instar de tous les autres officiers du renseignement qui, précise-t-il, avait un code d’honneur et n’acceptaient pas les assassinats. Pour son cousin, il sut trouver une « mobile », mais pour Samraoui qui fait l’université contrairement à Hassani, il ne donnera aucune explication. Et comme le hasard fait bien les choses, ce même officier criminel entre en dissidence contre sa hiérarchie pour ses pratiques violentes… Trouvez, l’anomalie !

Dans le même article, on s’aperçoit rapidement que le capitaine Aboud connaissait beaucoup de choses sur le meurtre, avant même que Samraoui fût chargé d’organiser et de protéger la rencontre entre Hassani et Amellou. Le problème est de savoir quand il a été mis au courant du plan de son cousin. Est-ce avant ou après le crime ? La réponse serait qu’il fut au courant bien l’assassinat de Mecili, puisqu’en parlant des aveux de son cousin il ne fait aucune référence à Amellou ou à Samraoui. Si c’est le cas, sa responsabilité est très grande, puisque d’une part, il n’a pas tenté de dissuader son cousin d’abattre un innocent et il n’a pas averti la victime du danger imminent qu’il la guettait.

Hormis, le vrai quiproquo dans lequel Samraoui serait tombé la première fois, il a toujours gardé la même ligne de conduite. Malheureusement, on n’a pas lu dans les journaux ou dans les forums une explication claire de sa part sur cet épisode. Etait-ce un coup tordu ? Est-ce une erreur humaine liée à une précipitation ? C’est une question qui reste toujours posée ; Peut-être qu’un jour l’histoire fournira la réponse.

Insuffisance de preuve.

Lorsqu’on soupçonne qu’une arme de crime est cachée dans une maison. Il y a lieu de fouiller la maison de fond en comble. Il ne suffit pas de regarder seulement dans le salon, dans la cuisine ou la chambre à coucher. Il faut passer au peigne fin tout l’immobilier, examiner tous les coins et les recoins et enfin interroger toutes les personnes qui vivent dans cette maison. A ce prix seulement, on peut avoir la conscience tranquille et dire que le travail a été fait de façon professionnelle.

La seule preuve matérielle qui pouvait innocenter de façon formelle le faux Hassani est le vrai Hassani lui-même. A supposer qu’il y a une homonymie, comme ce dernier un lâche criminel, il ne va pas se débusquer pour les beaux yeux du diplomate.

Donc ils restent seulement des indices et des témoignages à recueillir dans cette enquête difficile. Jusque-là, tous les indices ont été négatifs, c’est tant mieux pour le diplomate s’il est innocent, mais pour son propre intérêt, l’Etat algérien et ses sbires ne doivent pas intervenir pour infléchir le jugement. Il gagnerait en probité en se livrant au test de reconnaissance que le colonel Samraoui a proposé au juge.

Pourquoi la liste des témoins potentiels fournie par Samraoui ne peut-elle pas être rendue publique comme l’a été l’intégralité de l’écoute téléphonique ? Et pourquoi le diplomate Hassani n’accepte-t-il pas de faire des apparitions et même des déclarations en public ? Pourquoi cette cachotterie ? Les personnes dont les noms se trouvent sur la liste peuvent apporter publiquement leur témoignage ? C’est aussi simple que ça lorsqu’on n’a pas des choses à cacher. Vu l’issue de cette affaire au goût amer, les témoins de la liste revêtent sans la moindre équivoque une importance considérable pour la famille de Mecili qui craint une fermeture définitive de ce dossier et la consécration de l’impunité. La dernière déclaration de maître Antoine montre bien le désarroi de la famille Mecili suite au non-lieu de Hassani. Leur souhait est de continuer les investigations. Sauf si on veut leur prêter une intention malsaine, cela prouve qu’il n’y a pas eu de preuve d’homonymie qui comble leur soif de la vérité. Il y a eu seulement insuffisance de preuves sur l’authenticité de Hassani qui a commandité et planifié le crime. Ce sont deux choses complètement différentes.

Vous parlez de deux ans d’enquêtes, comme si pendant toute cette période, il y eut des investigations de façon ininterrompue. La vérité est qu’il eut l’examen d’un petit nombre d’indices. La longueur de la durée dont aurait pâti le diplomate a d’autres causes. Parmi celles-ci, il y a lieu de citer le statut de réfugié de Samraoui, le mandat d’arrêt international qui l’empêchait à juste titre de faire le voyage à Paris (un accident est vite arrivé en France et ce n’est pas Mohis ou Taous qui vont verser des larmes sur lui…), les premières tergiversations de Hassani, le changement de juge, etc.

Le lien de Samraoui avec l’affaire Mecili

Vous avez posé une question pertinente sur le rôle joué par Samraoui, dans cette affaire. Etant un simple observateur (irrégulier) de cette affaire, j’ai lu que le colonel fut chargé d’encadrer Amellou pendant son séjour à Skikda, une ville qui faisait partie, en ce temps-là, du territoire opérationnel de Samraoui. Ce dernier avoua être un témoin oculaire de la remise, par Hassani au proxénète, d’une mallette contenant (8000 FF si ma mémoire est bonne). Après ce lourd aveu, une question saute aux yeux. Croyez-vous, Mohis, que si le colonel Samraoui était au parfum dès le début du crime et donc s’il était un vrai complice du meurtre, il oserait témoigner contre son « complice » Hassani en France et faire tout son possible pour l’arrêter ? Il faut être un fou pour le faire, car dès que le vrai Hassani eut été formellement identifié et mis sous les verrous, la première chose qu’il va faire, c’est de dénoncer Samraoui en tant que complice ? En somme, il fit tout pour tomber lui aussi dans les filets de la justice française. Nous voilà devant un autre hara-kiri de Samraoui alors qu’il subit toujours la pression du DRS et du pouvoir algérien.

Il est légitime de penser que le colonel a relativement la conscience tranquille de ce côté-là tant et si bien, qu’il a pris le risque d’aider la famille de Mecili à arrêter commanditaire du meurtre. Je pense que le fait que ce dernier fut témoin de l’argent et même s’il fut informé après coup, il n’est pas responsable du meurtre de maître Hassani. Il n’a participé à la décision ni à la planification, ni à l’ordre mission de ce crime crapuleux. Sa conscience n’est pas plus entachée que celle d’Aboud qui fut informé de la décision d’abattre l’avocat Mecili et n’a rien fait pour avertir la victime. Dans ce cas, lequel mérite le plus d’être accusé de complicité de crime ? Dans le cas où Aboud fut informé après coup du meurtre de Mecili, il était trop tard pour faire quoi que ce soit et il se retrouverait dans la même situation que Samraoui.

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