Affaire de la CNAN: Un verdict se transforme en une semonce de la haine

El Erg Echergui pour « Algérie Politique »

Admettant que le verdict (affaires des cadres de la CNAN) est juste, il n’en reste pas moins qu’il n’y a eu aucune retenue et aucune culture de la dignité et de la Justice. Un verdict de justice se transforme en une semonce de la haine, encore et toujours. Ce qui devait être un dénouement heureux devient une source de haine et de mépris. La division sert de nourriture à la bête immonde qui fait en sorte que le pays n’en soit pas un et qu’il soit incapable de prendre son envol.

Des accusés emprisonnés depuis 6 ans pour qu’en fin de compte la justice s’aperçoive qu’ils étaient innocents. Qui va leur rendre six années de leur vie, privés de leur liberté et de leurs familles. Leurs proches, après avoir souffert, crient leur joie devant les familles des victimes qui étaient les collègues et compagnons pendant de longues années.

Les familles déboutées, qui cherchent les vrais coupables sans qu’ils soient responsables de la longueur de la détention, perçoivent ces cris de joie comme une insolence; ils font germer en eux le sentiment de la haine. L’inculture bête et stupide et l’incivisme battent leur plein au grand dam de l’unité sacrée de la nation. Une mère de famille peut-elle célébrer le mariage de son fils le jour où sa voisine fait le deuil de son fils ? Inimaginable. Tout ceci indique que les coeurs des Algériens sont loin de connaître l’amour du prochain et le respect de sa dignité humaine.

L’Etat, occupé par ses soucis de domination et de pérennité, n’a plus la légitimité ni la volonté de lancer une politique stratégique d’union du peuple avec lui-même. L’Algérie se déchire chaque jour sous l’œil méprisant, voire approbateur, des tenanciers du régime. Il est de tradition chez les grandes nations de saisir l’occasion d’un drame ou tragédie qui affecte une famille ordinaire pour compatir collectivement à leur malheur et exploiter l’évènement pour souder et ressouder l’union de leur pays autour de leurs fondamentaux et de leurs idéaux.

C’est ainsi qu’ils sont réduits drastiquement les problèmes de la pédophilie, de la violence contre les femmes, des disparitions, etc. C’est toute une culture qu’il faut inventer et mettre sur pied pour ne pas vivre de telles scènes de liesse insolente qui bafouent la dignité des victimes et méprisent la douleur de leurs familles. Car personne n’est à l’abri des coups durs de la vie.

Commentaires

  1. omar dit :

    j’avoues que je n’ai pas compris.
    Les familles des condamnés affranchis ne devaient ps exprimer leur joie ?

  2. El Erg Echergui dit :

    @Omar

    J’essaierai de vous expliquer avec une petite anecdote personnelle comme introduction.

    Quand j’ai passé le bac, j’avais deux voisins et amis d’enfance qui ont passé la même année cette épreuve fatidique. Un quatrième voisin, notre cadet, était lycéen en 2e année; il devait passer son bac l’année suivante. Nous étions inséparables comme des doigts de la main; nos mères, malgré leurs rares chamailleries, étaient elles aussi liées par des liens de bon voisinage s’entraidant dans le pire et le meilleur. Nous avions partagé les joies de l’enfance insouciante et avions vécu ensemble les folies et les aventures d’une jeunesse tendre et tumultueuse. L’année du Bac allait tout changer. Le sort avait décidé que l’un de mes amis n’obtienne pas son bac. Il fut terriblement affecté par son échec, d’autant plus qu’il prenait son échec comme un grand malheur qui allait ruiner son avenir.

    En plus du « déshonneur » dû à l’échec au bac, il ressentait une douloureuse séparation « scolaire » avec ses amis intimes. Submergé par une mélancolie sombre, il vivait une terrible solitude. Il s’imaginait abandonné par le destin. Il se voyait seul sur un quai d’un port, regardant au loin un bateau qui prenait le large avec ses amis intimes à bord. Il s’était enfermé dans sa chambre et ne voulut pas sortir. C’était des jours tristes malgré la joie indicible et la confiance qui me submergeait intérieurement quant aux portes qui se sont ouvertes devant moi. Le troisième ami et moi étions indécis à aller le voir pour le consoler, mais nous avions décidé de commun accord de ne pas fêter notre réussite à cause de l’affliction de notre malheureux ami qui n’a pas eu la force de nous féliciter. Ce n’est qu’à l’invitation de sa mère, qui commençait à craindre pour sa santé, que nous sommes allés le voir et avons tenté avec un relatif succès de le sortir de sa réclusion.

    Les mois suivants, les relations se sont refroidis entre nous et l’infortuné qui recommençait son année de bac, m’évitait de plus en plus. L’autre bachelier avait quitté le pays avec sa famille. Il ne reviendra jamais. C’était un autre réveil de la conscience au contact de la dureté du monde réel.

    Seule ma relation avec le quatrième ami (le cadet) qui préparait lui aussi son bac, était restée intacte. Malheureusement, cette année aussi le mauvais sort avait encore frappé. Le cadet avait échoué au bac et celui qui a redoublé l’a finalement obtenu. Au lieu de compatir à l’échec de notre ami, la mère du nouveau lauréat lançait des youyous stridents que tous les voisins entendaient, y compris le candidat malheureux et sa mère. Quelques jours après, elle organisa une fête pour son fils et invita les voisins. Indignés par ce comportement, celui qui a perdu au bac et sa famille ont refusé de participer à la fête… Après, le groupe d’ami a éclaté et chacun a suivi son chemin.

    Cette anecdote est une illustration d’une situation où l’individu ou la famille ne doit pas montrer sa joie de façon outrancière. Dans cette petite histoire, il n’est question ni de prison et ni de morts d’homme. Je pense qu’une réjouissance sobre et discrète aurait pour vertu de panser des blessures profondes et adoucir des douleurs vives. Le cas des accusés dans l’affaire de la CNAN relève d’une complexité dramatique qui laisse peu de place à des youyous stridents, à une liesse ou une joie ostensible. La partie civile représentant les familles des victimes du naufrage du bateau ne serait pas convaincue de l’innocence des accusés puisqu’il y a une poursuite au tribunal malgré des années après le drame. Ceci signifie une chose, ils soupçonnent à tort ou à raison les accusés d’être derrière la disparition de leurs proches. La moindre des choses aurait été de respecter leur douleur au-delà de sa propre souffrance. Car la détention d’un être cher, même longue de six années, n’est pas comparable à celle de sa perte.

    J’espère avoir été plus convaincant avec cette explication. Le sujet plus général du respect de la dignité humaine quand une famille est touchée par un malheur est quant à lui explicite et il est inutile, je pense de l’expliquer de nouveau.

  3. omar dit :

    @ EL ERG ECHERGUI
    Merci pour votre disponibilité. La douleur compréhensible et legitime des parents des malheureux disparus ne s’atteuera pas avec la comd

  4. omar dit :

    lire

    avec la condamnation de faux coupables.En se constituant partie civile les parents des naufragés voulaient certainement voir payer les vrais responsables du naufrage et non pas des collegues de leur parents qui auraientde toute evidence pu eux aussi etre à bord ce jour fatidique .
    charger les pauvres condamnés qui ont purgé quand meme 6 longues années c’est absoudre les vrais criminels.
    ça aussi il faut le souligner .

  5. Haich-Maich dit :

    Il faut apprendre à respecter les décisins de justice.

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