MJIC: Les réformes annoncées par Bouteflika: « De la poudre aux yeux »

mjic.jpgAprès un silence de plus d’une année, le chef de l’Etat a enfin daigné s’adresser aux Algériens. Et de quelle manière. Le discours de Bouteflika a timoré tout le monde: ce n’est pas lui qui parle. Tout le monde s’est rendu à cette évidence: ce n’est pas lui qui décide.


Au-delà de toutes les lectures qu’on puisse faire des annonces que contient ce discours, une question se pose. Quel crédit peut-on accorder aux réformes annoncées par le système par le
biais du chef de l’Etat lors de son discours à la nation le vendredi 15 avril ? D’abord, l’avant goût de ces réformes, qui n’ont d’ailleurs rien
d’important, a été donné par les partis de l’alliance présidentielle, transformés durant plus de dix ans en comité de soutien à un programme présidentiel dénué de tout projet de société digne de ce nom.

La révision de la constitution, de la loi électorale, de la loi sur les partis politiques, la création de chaînes de télévision thématiques qui seront toujours contrôlées par le système, tout cela a été revendiqué par son propre parti: le FLN. Les annonces n’ont fait donc que répondre aux revendication de ce même FLN dont le bon sens aurait voulu qu’il soit placé au musée de l’histoire depuis 1962. Quant à l’opposition démocratique et aux meneurs des mouvements sociaux en cours, ils sont brutalement ignorés.

 

Le discours préparé dans les laboratoires du système n’a répondu à aucune demande des forces vives de la nation, se contentant de simples annonces de réformettes. Il n’a convaincu personne. Et pour cause ; aucun mot sur les immolations; les harraga; la jeunesse qui se consumme et les catégories qui souffrent de la société. Ni Assemblée constituante, ni Conseil national de transition, ni dissolution de l’APN, ni élections anticipées, ni levée de l’état de siège à Alger, ni mesures économiques et sociales à meme de répondre efficacement aux revendications des couches combattantes de la société; le discours du système lu par Bouteflika est vide de sens à plus d’un égard.

 

S’il était prononcé il y a de cela plusieurs années, il aurait peut-être été une révolution dans la vie institutionnelle nationale. Mais que cela intervienne aujourd’hui, ça n’a rien de révolutionnaire comme veulent le faire croire certains zélés du système.

Mais qu’on appelle le parlement, le même qui a violé la Constitution, qui est devenu, à force d’être docile, une chambre d’enregistrement, de repos et de mépris, pour légiférer et revenir sur des texte que lui même avait voté, cela s’appelle du non sens.
Quand à combattre la corruption dans les conditions actuelles, ça relève
tout simplement de l’imagination. N’est-ce pas ce même système qui a encouragé, depuis notamment l’installation de Bouteflika à la tête de l’Etat, la corruption en la généralisant à travers les comités de soutien tout en lui créant un environnement favorable : la bureaucratie, le clientélisme, le favoritisme, le népotisme…etc.

Ça ne peut donc être catalogué que dans le registre des manœuvres du système pour gagner du temps et espérer survivre au vent de libération des peuples des systèmes post-coloniaux.

En fait, gagner du temps, c’est ce que fait le système depuis l’indépendance en reconduisant à chaque fois des politiques qui mènent droit à l’échec ; d’où la nécessité d’un changement radical du système. Car, toute tentative de réformes menée par le système, pour le système et à l’intérieur du système avec les mêmes réflexes ne servira qu’à régénérer ce même système, prolonger l’échec et tenir encore le peuple en otage.

 

Ayant donc prouvé ses limites et ses échecs, il ne lui reste qu’une seule option: Dégager.

 

Un discours d’Adieu insultant

Cela d’une part. D’autre part, le discours prononcé par Bouteflika est une
insulte au peuple algérien. L’enregistrement du message est une autre preuve de ce mépris que les décideurs vouent à ce peuple.
C’est une première dans l’histoire des discours présidentiels qui rappelle
l’époque de la clandestinité où, pour passer un message à leurs concitoyens, les leaders des mouvements sociaux passent par la voix des messages enregistrés.

Mais là la tromperie du système est claire. En procédant a la diffusion en direct du discours, il a peur que Bouteflika, gravement malade, ne tient pas.

Quoi de plus insultant donc que de présenter un homme éteint, agonisant, mourant et n’ayant même pas la force de déplacer une feuille pour s’adresser à un peuple qui attendait ce discours depuis longtemps ?

C’est comme si on demandait justement à ce peuple méprisé : voilà votre président, l’acceptez-vous ?
Les Algériens ont, en effet, découvert l’espace de 20 minutes un homme
affaibli, éteint et n’ayant plus la force d’élever sa voie. Ils ont découvert la véritable nature de Bouteflika: une marionnette entre les mains des tenants du système.

 

Mais cette manière de faire, de livrer Bouteflika à une épreuve physique, à  une corvée dans tous les sens du terme, a au moins un mérite : celui de donner la preuve par l’image et le son au peuple que ce n’est pas Bouteflika ou plutôt ce qui en reste de lui, qui décide.

Pris de ce côté-là, on peut conclure que le discours prononcé par Bouteflika est le discours d’adieu et de fin de règne d’un homme qui a remis en cause tous les acquis politiques, arrachés de hautes luttes, par les Algériens.

 

Les encombrements de chaque mardi du côté de Boufarik, au niveau de la route menant à l’aéroport militaire, expriment quelques choses de cette fin de règne qui n’est plus qu’à quelques manœuvres.

Sa visite dans la wilaya de Tlemcen, au lendemain de son message insultant, est, elle aussi, sa visite d’adieu à sa wilaya originale de sa famille. De ce fait, toute polémique sur son avenir à la tête de l’Etat serait une diversion de plus, visant à faire gagner plus de temps au système pour assoire sa pérennité.

Analysé de ce côté-là, le discours de Bouteflika aurait un sens s’il a annoncé sa démission ou une période transitoire pour assurer la succession et, par ricochet, plus de chance pour que le changement radical du système passe pacifiquement.

Commentaires

  1. NETIZEN dit :

    Je pense qu’il n’y aura pas de changement en l’absence du changement du système.
    BOUTEFLIKA n’a ici juste pour calmer les esprits des Algériens.
    On l’avait dit depuis un demi siècle que le vrais changement ne se fait q’à partir d’une assemblée constituante qui peut produire la légitimité pour un pouvoir bien fondé et réel.
    On ne peut pas construire même un grade ciel sans fondation solide. (C’est du bricolage).

  2. slam dit :

    Les chaines de Télévision algériennes font de la propagande au discours prononcé par le président de la république!Même à la Télé, on ne ramène que les Baltagias pour débattre positivement du discours du président de la république.Que les hommes du sérail au service du pouvoir ! Racham H’Mida La3ab H’Mida!
    Personnellement j’aurais tant aimé débattre de ce discours avec celui qui l’ a rédigé ou prononcé!Très facile à démontrer qu’il est complétement en contradiction avec la réalité du terrain! Nous les citoyens savons ce que coute le kilogramme de pomme de terre dans nos marchés ce qui n’est pas le cas de ces personnes que l’on ramène à la télé!Je dirais que le régime nous malméne tous les jours et il nous humilie la nuit et le jour!

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