DEPUTE . . . TURBIN DE RÊVE !

Poème de Merzak OUABED

Comme il n’est point de sot métier
Tout travailleur a l’air altier
De l’éboueur, au bijoutier
Et du toubib, jusqu’au laitier

Partant de là, un beau matin
Sans crier gare! et, l’air hautain
Le prof lança, sans baratin:
C’est l’interro, mes p’tits crétins!

Prenez une feuille, et écrivez
Chacun pour soi, et en privé
Dîtes moi, tout ce dont vous rêvez
A part l’idée de vous sauver

Là, j’ai pensé à mes parents
Qui ont trimé la vie durant
Se demandant, quand çà les prend
Que pourrais-je faire moi, une fois grand ?

Or, comme l’avenir est incertain
Malgré les speeches et baratin
L’on sait même pas si le destin
Fasse qu’on soit là, au p’tit matin

Certes! De nos jours, qui peut prétendre
Prévoir ce qui peut nous attendre
S’il faut acheter, ou s’il faut vendre
S’il faut partir, ou bien attendre ?

Mais … optimiste, en vérité
N’aimant pas la médiocrité
Ni le smic de la charité
Je vise en somme… la sommité

J’avoue vouloir être “quelqu’un”
Sachant parler tel un bouquin,
Démocrate ou républicain
Ou même l’inverse, juste un coquin

Puis, comme toute cime est accessible
A cœur vaillant rien d’impossible!
Et c’est pourquoi, je brigue et cible
Un chic turbin, haut et sensible

D’ailleurs, pour fuir à cet enfer
Moi, je ne vois qu’un truc à faire
Politicien, chargé d’affaires
Et de fortune, qu’il faut parfaire

Bref! Je veux être un député
Un élu, pas catapulté
Fort applaudi, pas chahuté
Partout connu, car réputé

Lors des tournées, douga-douga
Je serai chic en alpaga
Et montre en or, marque oméga
Offrant bonbons, et des nougats

Ou très sympa dans mes discours
De socialiste, au long parcours
Et démocrate, jouant des tours
Parlant de paix, et même d’amour

Menant campagne électorale
A l’intérieur, en zones rurales
De mon clapet, je crie, je râle
Promettant tout, pour le moral

Vous me verrez à la télé
En direct, et en pleine mêlée
Vociférant, gesticuler
Sans retenue, ni reculée

Je représente les opprimés
Par ceux qui sont là, périmés
Les exclus et déprimés
Qui font des rêves aux comprimés

Et puis encore, les orphelins
Ces oubliés de mon patelin
Qui ne connaissent rien d’un poclain
Ni d’autres engins, sauf un moulin

Après le vote, je prête serment
Et siège ainsi, au parlement
J’écoute, je baille, ou parle et mens
En calculant intimement

Comme le croyant se sert d’abord
Puis, sert les autres… s’il y a encore
Alors, je pense au coffre-fort
A ma bedaine, et mon confort

Je vous fais une proposition
D’une coquette rétribution
Que l’on adopte par ovation
Et sans la moindre opposition

Au nom du peuple, si admiré
Qui a voté, ceinture serrée
Qui m’a élu, et préféré
Que je suis fort rémunéré

Mais à l’annonce de mon salaire
Fixé, pour quitter la galère
Mes électeurs très en colère
Tombent les quatre fers en l’air

En plein débat et . . . brusquement
Sans voir l’argent de mon virement
J’ai dû quitter le parlement
Quand . . . le réveil sonna rudement !

Alger, octobre 1998

Pas encore de commentaires.

Laisser un commentaire

FRONT NATIONAL - Bouches-du... |
Mouvement des Jeunes Social... |
15ème circonscription du No... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Sagvar, le Roman Noir de la...
| Sarkophage
| UES - Claude WEBER