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La deuxième Fatiha: L’islam et la pensée des droits de l’homme

fatiha.jpgA.By pour « Algérie Politique »

C’est le titre du dernier essai du professeur Yadh Ben Achour*. Cet érudit maghrébin, malgré la tâche historique* que lui incombèrent hasardement les évènements du printemps de jasmin, poussa l’audace de l’intelligentsia musulmane – au-delà des limites rabâchées et déjà connues- en se posant la question suivante pour une énième fois : Existe-t-il en islam une conception moderne des droits de l’homme ?

C’est une des immenses questions de cette année… et sans doute du siècle : l’Islam, la démocratie, les droits de l’Homme et le changement dans le  monde arabe. D’après ses recherches par sa lecture personnelle, juridique et lumineuse du Coran, il nous fait découvrir que cela pourrait être possible et réalisable pour un musulman, s’il intègrerait d’une manière universelle les prescriptions révélées dans les quelques versets de la sourate Al-’isrâ. D’ailleurs, il explique ce qui avait motivé initialement l’écriture de son ouvrage et le message qu’il veut véhiculer pendant cette naissance du printemps arabe. Voila ce qui ressort du fond de sa pensée :

 «Les versets 23 à 37 de la sourate Al-’isrâ (sourate des Fils d’Israël) ont la force de ceux de la première sourate du Coran intitulée Fâtiha, ouverture obligatoire de toutes les prières musulmanes. En raison de leur importance, je me permets de les regrouper sous le nom de « Deuxième Fâtiha » : Par la Majesté de Son inspiration, cette section du Livre sacré a en effet le privilège de guider croyants et non-croyants vers une éthique universellement acceptable, potentiellement inspiratrice d’un droit moderne.

Nos fatwas pakistanaises, saoudiennes, égyptiennes ou européennes ne font que susciter la moquerie du monde et le mépris des nations non musulmanes. Leur inspiration est trahison, parce qu’elles condamnent l’islam à n’être plus qu’une religion de parade et d’accoutrements, dans laquelle le Signe tient lieu de foi. On ne peut aimer l’islam et accepter un tel abrutissement. Il faut relire les quatorze commandements de cette sourate entrante du Coran pour diriger la pensée musulmane vers un renouveau radical, vers la démocratie, la liberté et l’État de droit. ».

D’après son raisonnement, le socle fondamental de l’asservissement provient de la confusion entre le religieux et le politique. Ce dernier rapport déterminera en fait la configuration de ce que sera la future démocratie dans les pays musulmans, puisque la pierre angulaire de celle-ci est la volonté de l’homme lui-même, et non pas la volonté transcendante.

Son cran ne se distingue point seulement de ce qui est écrit dans son ouvrage, mais aussi par ses réflexions à chaud durant les conférences de presse ou les réunions publiques ou à huit clos. Comme par exemple, sa dernière « boutade », un vrai pavé dans la marre, en réponse aux fondamentalistes qui exigent que la religion islamique doive être reconnue comme étant une religion civile dans la nouvelle constitution tunisienne, il dira à ce sujet : « un Dieu authentique ne peut être fait que pour un véritable croyant, saches le droit et tu connaitras ses hommes ».

Depuis toujours, les pays arabo-musulmans ont certes connu des périodes où régnait une certaine abstraction de l’État, avec des dispositifs de lois communes pouvant servir de référent supérieur, mais dans leur globalité, de tout temps, les régimes qui gouvernèrent la nation arabe étaient soit des monarchies à généalogie religieuse, soit des systèmes despotiques à caractère militaro-gérontocratique. C’est un « mixte » des deux systèmes qui se distingua le plus, tant par la durée de son fonctionnement (pratiquement du VII au XX siècle), que par son incidence sur l’imaginaire collectif.

La pauvreté matérielle, le manque d’éducation  civique des masses populaires, l’absence quasi complète de conscientisation et l’ignorance tout court expliquent que le despotisme en terre arabe reste constitutif des structures mentales qui gouvernent l’interprétation et l’application de la chari’â islamique. Il est clair cependant que celle-ci ne peut être tenue pour la seule source du despotisme arabe, car, originellement – et probablement mythiquement – elle avait pour fonction de rééquilibrer au profit de Dieu l’observance par les hommes d’un comportement humble, tolérant et juste. Mais son dévoiement dès le califat primitif lui avait en quelque sorte « tordu le cou, sans la tuer complètement ».

Pour conclure, c’est un essai essentiel révélateur pour comprendre l’esprit des révolutions démocratiques arabes par l’un des tout premiers juristes du Maghreb, acteur de la reconstruction politique tunisienne.

*Yadh Ben Achour est professeur en droit public et philosophie du droit, spécialiste des idées politiques de l’islam, membre de l’Institut de droit international. Il est l’auteur de nombreux ouvrages .Au lendemain de la Révolution du jasmin, il a été nommé président de la Commission de réforme politique de la Tunisie.

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