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Mohamed Kacimi Romancier, dramaturge et essayiste: «Il faut qu’on sorte de la mythologie d’Octobre 1988»

kacimi.jpgPourquoi les écrivains, artistes et intellectuels arabes, algériens surtout, ne disent rien sur les crimes abominables des régimes syrien et yéménite, à part quelque rares exceptions ? 

Je viens de passer un mois en Tunisie. Et j’ai travaillé pendant des années sur le Yémen. J’ai été étonné par l’absence de réaction et de curiosité en Algérie par rapport à ce qui s’est passé en Tunisie. Il est curieux que des intellectuels algériens n’aient pas fait le déplacement en Tunisie pour témoigner et assister aux changements exceptionnels dans ce pays voisin. On se sent honteux d’avoir été dépassé par quelque chose. Il y a un sentiment de fierté, presque de schizophrénie d’Algériens disant : «Nous étions aux origines de tout cela !» Nous sommes dans une espèce de repli honteux sur nous-mêmes comme si les autres avaient réalisé notre rêve à notre place, surtout par rapport à
la Tunisie.

 

-Idem pour l’Egypte…

Oui ! Comment avec ce sentiment de supériorité, complètement incroyable par rapport à un pays aussi décadent comme l’Algérie et qui se croit toujours au-dessus des autres, peut-on voir ce qui se réalise ? Je crois que pour une large part, ce comportement est lié à cet état d’esprit. Il faut qu’on sorte de la mythologie d’Octobre 1988 ! Nous ne faisons que cela : la mythologie 1954, la mythologie 1962, la mythologie 1965, la mythologie 1982… Comme si notre histoire était derrière nous ! C’est quand même dramatique. Le monde bouge. Le Yémen, qui n’est pas un pays attardé, a connu un certain processus démocratique. Les révolutions qui se réalisent dans d’autres pays doivent amener les Algériens à se poser des questions sur les positions de frilosité et de honte qu’ils ont adoptées.

-Et d’où vient cette fierté ? 

Je crois qu’elle est liée au fait que nous n’ayons pas eu d’histoire et que cette sorte de virilité et de redjla nous sert d’identité nationale. Face à un peuple qui n’a pas construit son histoire et qui n’a pas élucidé tout son passé depuis les origines et jusqu’à aujourd’hui, il y a un fantasme collectif qui fait l’Algérien et qui fait l’Algérie. Il s’agit de quoi ? «L’Algérie, plus grand pays d’Afrique, plus de 2 381 741 km2 de superficie, le plus beau, le plus vaste….» Après cela, qu’existe-t-il en réalité ? Un pays en crise où la démocratie n’existe pas, le chômage, pas de projet, pas d’avenir…

-Est-il vrai que les émeutes d’Octobre 1988 étaient «une révolution démocratique», comme cela est souvent évoqué dans les cercles officiels d’Alger ? 

Ce n’est pas vrai ! Nous avons tous été témoins. C’était une jacquerie. A l’époque, j’avais écrit des articles violents contre Ali Ammar qui avait qualifié les événements d’Octobre 1988 de «chahuts de gamins». Pour moi, l’émeute de 1988 a été canalisée par les islamistes. Nous n’avons pas suivi de processus démocratique avec la démocratie comme exigence tel que cela existe actuellement en Tunisie. En 1988, la démocratie nous est tombée sur la tête alors que personne ne l’avait demandée. Cette «démocratie» a été jetée en pâture à une foule qui n’en voulait pas. Actuellement, le peuple tunisien dit : «Je veux un processus démocratique», «Je veux une Assemblée constituante»… Donc, on ne peut pas parler de «révolution démocratique» en 1988. Nous avons vu que les choses n’étaient pas préparées, planifiées ou pensées. Octobre 1988 a engendré le FIS et les islamistes…

-Une révolution est-elle possible en Algérie ? 

Je ne sais pas si une révolution est possible en Algérie. Des analyses ont fait ressortir l’idée d’une société algérienne frileuse, convalescente, qui sort d’une décennie noire et qui ne veut pas s’engager dans d’autres processus d’instabilité comme c’est le cas de
la Syrie ou de l’Egypte. Mais tant qu’on aura cette rentre pétrolière, il y a cet Etat qui est en mesure de corrompre d’une manière collective. D’autres Etats achètent les voix lors des élections, chez nous, l’Etat achète le silence de tout un peuple !

-Où est l’élite algérienne ? Elle n’est pas la locomotive de la société, effacée… 

Avons-nous des élites ? La société algérienne a été tellement déstabilisée. Elle a été démantibulée par la présence coloniale. Pendant plus de dix ans, une guerre interne a disloqué la société civile et décimé l’intelligentsia. Il est difficile de parler d’élites aujourd’hui malgré l’existence de voix éparses et isolées qui s’expriment ça et là. On ne peut pas parler d’élite comme celle qui existe en Tunisie ou en Egypte. Dans ces pays, la charpente de la société est plus solide sur les plans culturel, social et économique.

-Faut-il s’inspirer des exemples tunisien et égyptien pour construire une nouvelle élite ? 

S’inspirer, non. Les journalistes et les intellectuels doivent suivre de près ce qui se passe dans ces pays. En Tunisie, j’ai suivi des débats, des manifestations revendiquant la laïcité… J’ai bien connu
la Tunisie bien avant la révolution, et je suis émerveillé, même si les choses ne sont pas encore tranchées. Je ne suis pas naïf, mais j’avoue mon émerveillement pour la capacité d’imagination et de revendication de la société tunisienne qui a réussi, petit à petit, à créer un véritable espace de débat public et politique. Il y a des avancées. La loi sur la parité est exceptionnelle. Les Algériens sont, eux, toujours en retard. 

Le problème de l’Algérie ressemble à celui qui a tous les atouts, qui joue à la belote et qui est toujours dedans. Tant qu’on n’a pas fait un bilan de notre réalité et qu’on ne s’arrête pas de nous voir plus grand que nous sommes, on ne sortira pas de la crise. Il faut mettre les choses à plat et dire que nous sommes un pays inculte, un pays où il n’y a pas d’intelligentsia, où il n’y a plus de libraires, où les gens ne lisent plus, ne pensent plus, ne discutent plus… Il faut rompre avec ce complexe de supériorité pour pouvoir avancer. El Watan

Commentaires

  1. Rabah dit :

    Quand j’entends Bouteflika, Belkhadem, Medelci, Ould Abbés et d’autres barons du clan présidentiel répéter à faire vomir que  » Nous, notre révolution nous l’avions faite en 1988″, j’ai vraiment envie, comme M.Kacimi, de crier haut et fort « Taisez vous escrocs de l’Histoire, le peuple algérien sait qui vous êtes et d’où vous venez ».

    Vous n’avez absolument rien fait car vous étiez planqués à l’étranger, avant 1962 et avant 1999 et vous allez bientot y retourner.

    Vous avez confisqué de la Révolution du 1er Novembre 1954, alors que tout le monde sait que ni vous, ni vos chefs n’aviez joué le moindre role dans cette glorieuse Révolution, dont vous continuez à bafouer aujourd’hui encore les nobles principes et les idéaux sacrés.

    Vous rééditez votre exploit en bradant le capital-estime qu’a rapporté, après les attentats du 11 septembre 2001, au brave peuple algérien sa résistance héroique contre le terrorisme, pour vous rapprocher de Washington et d’autres capitales occidentales.

    Le décalage voire le fossé entre le peuple algérien et les dirigeants autoproclamés de notre pays a toujours existé.

    Il s’est largement vérifié à l’occasion des révolutions qui ont bouleversé plusieurs pays arabes et qui ont été clairement supportées par le peuple algérien, contrairement à ces dirigeants archaiques, qui ont été du coté des dictateurs déchus ou qui vont bientot l’etre, comme Benali, Moubarek, Guedafi, Al Assad, El Bachir ou Ali Abdallah Saleh.

    Allez vous en IMPOSTEURS !

  2. El hadi dit :

    Les jeunes de 1988 se sont soulevés contre le parti unique et les parasites qui le composait dont le Belkhadem et compagnie et pour contrer la dernière cuvée de jeunes cultivés, patriotes , avides de liberté et ayant des idéaux universels, les opportunistes ont favorisé l’émergence des faux dévots et les « illuminés » qui ont ramené l’Algérie des décennies en arrière . Ceci ne justifie pas la béatitudes de certains devant de supposées » révolutions » ou le printemps arabe comme le surnomme les commanditaires de ces révoltes « soupapes  » pour sauvegarder des interets inavoués et des zônes d’influence. L’Algérie usée par la corruption, l’opportunisme qui a touché toutes les couches sociales a besoin de leaders crédibles , de nouvelles têtes aux commandes , d’une école et d’une université à la hauteur de l’ambition des jeunes avides de connaissances et de projets pour l’avenir. L’anarchie ne fera que perpétuer les voraces actuels dans leurs postes, aggravera le fossé entre les engraissés du système et une classe moyenne clochardisée et mettra en danger la survie du pays.

  3. Rabah dit :

    J’adhere a ton analyse, El Hadi.
    Il n’y a pas comme la sagesse pour bien regler les problemes.

  4. merigue dit :

    Sommes-nous en train de trébucher et de perdre pied face aux faussaires de l’Algérie et à l’émergence de plus en plus apparente des idées rétrogrades qui inondent beaucoup de forum de discussion qui prennent le relais d’une presse aux ordres .
    Les interventions de Rabah et El Hadi constituent un baume au coeur par le justesse et leur universalité.Vivement le retour aux débats enrichissants et aux interventions de qualité auxquelles nous sommes habitués sur ce site

  5. Amesfulman dit :

    Depuis l’indépendance du pays,après une période pseudo révolutionnaie,sans libertés,sous Boumediène, où Alger était la Mecque des « révolutionnaires », nous sommes aujourd’hui plongés dans une profonde régression et Alger est devenue la Mecque des contre-révolutionnaires.Ce sentiment de supériorité infondée et injustifié,encouragé sous le règne de Boumediène,permet à ceux qui s’en vantent d’oublier leur état de soumission à un odre despotique,bète et méchant.Je suis autonomiste kabyle et je suis solidaire des peuples tunisiens,libyens,égyptien,syrien,
    yéménite… dans leur lutte contre les dictatures en place.Bien entendu,le passage à un système démocratique,ne se fera pas en un jour.Mais j’espère de tout coeur que les peuples qui ont déjà renversé leur despote,basculent définitivement dans la démocratie.L’Algérie d’aujourd’hui fait figure d’une dictature…résiduelle au Maghreb.

  6. mourad dit :

    Il n’y a pas de médicament contre la lâcheté.
    Le peuple algerien dort, a peur, est désuni.
    Il ne pense qu’a son ventre….
    Les partis sont égocentriques et ne pensent pas du tout a s’unir.
    On justifie la peur par les années 90.
    En ratant le train de la révolution, on va des années en arrière.

  7. El hadi dit :

    @Amesfulman
    Dans mes précédents commentaires, j’avais évoqué la période où l’Algérie du temps de Boumediene, était le lieu de pèlerinage de tous les assoiffés de liberté , tous les mouvements de libération du monde entier avaient des bureaux à Alger, j’avais évoqué, aussi la solitude de l’Algérie pendant les années sombre du terrorisme, même ceux qui ont « grandi » et grossi grâce aux sacrifices des algériens ont tourné le dos et paradaient devants des caméras de télévision de leurs maitres à penser pour dire que l’Algérie est un cas ( au sens péjoratif du terme) et que le leurs pays sont aptes à recevoir les
    investisseurs qui quittent ce pays « sauvage  » qui est l’ALGRIE, même
    des hommes influents du système se sont rallier à ses charognards
    pour investir de l’argent public détourné en Tunisie ou au Maroc

    La lâcheté ne réside pas dans le fait de relater des faits historiques et dénoncer l’escroquerie intellectuelle mais elle réside dans l’outrage envers des gens désintéressés

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