Archive pour 'Analyse'

« Bouteflika n’a pas réussi à prendre le contrôle du DRS »

hache.jpgLe politologue Mohamed Hachemaoui à EL Watan: « Les prétoriens à l’origine de l’avortement du processus de démocratisation, que certains présentaient volontiers en 2004 comme des «républicains» opposés au «sultanat» de Bouteflika, étaient au premier rang des personnes qui soutenaient le troisième mandat du raïs ! Après le départ de Mohamed Lamari en 2004, la mise à l’écart du général Larbi Belkheir en août 2005 et la mort de Smaïn Lamari en août 2008, il ne reste plus que le général-major Mohamed Mediene dit «Toufik», indéboulonnable patron du DRS depuis 1990. Il faut dire que le coup de l’élection présidentielle d’avril 2004 ne pouvait pas se faire sans son appui. Le DRS est l’appareil le plus important du système, c’est la colonne vertébrale du régime. Bouteflika n’a pas réussi, au cours de ses deux premiers mandats, à prendre le contrôle de cet appareil. Chacun exerce une sorte de veto sur l’autre. Y parviendra-t-il lors du troisième mandat ? »

Le pouvoir algérien s’appuie sur le clientélisme

boutefl.jpgIntervenant hier au cours d’un séminaire organisé par l’institut des sciences politiques de l’université de Tizi-Ouzou, Dr Salah Ziani de l’université de Batna, mettra l’accent sur le cheminement du processus d’ouverture politique en Algérie faisant constater la stratégie du pouvoir en place qui prône «la marginalisation des élites émergentes et les courants non-officiels», que ce soit des partis politiques ou le mouvement associatif et, en revanche, il opte pour le clientélisme qui fait que «les partis n’ont plus l’ambition d’accéder au pouvoir mais juste de sceller des alliances avec le régime en place. Ceci fait que le pays a tendance à renouer avec l’unicité de l’époque du parti unique», avertit ce professeur. Source El Watan

Totalitarisme, blocages et corruption: l’Algérie au lendemain de la réélection d’Abdelaziz Bouteflika

bouteflik.bmpEntretien avec Mouhib El Haq, Algeria-Watch, 25 avril 2009

Pour d’évidentes raisons, Mouhib El Haq, cadre supérieur qui vient de quitter définitivement le pays ne tient pas à divulguer son nom. Familier des cercles dirigeants, cet expert de haut-niveau et connaisseur avisé du système politique algérien livre à Algeria-Watch son sentiment sur l’Algérie au lendemain des élections présidentielles. Le tableau est accablant.

1. Dans son allocution de prestation de serment, le président élu Bouteflika a notamment déclaré qu’il souhaitait mener un combat décidé contre la corruption et qu’il comptait sur la presse pour l’aider dans cette tâche. Que faut-il en penser ?

Il s’agit bien évidemment d’un engagement sur la comète qui est proclamé dans un pur souci de communication. Pendant toute la décennie écoulée- les deux mandats précédents – la corruption a été le mode de gestion principal de l’ensemble de la société. Tous les rapports internationaux, tous les classements relèguent l’Algérie parmi les pays les plus corrompus de la planète. L’Algérie officielle, l’Algérie du pouvoir, est dirigée par la corruption et uniquement par la corruption. Les exemples abondent, il ne s’agit que de rappeler la fameuse affaire Khalifa dont le dossier a été expurgé des noms de toutes les personnalités éclaboussées par le scandale.

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Mostefa Bouchachi: «Les Algériens ne croient plus à la démocratie»

haaa.jpgInvité à Genève par le FIFDH, Mustafa Bouchachi, président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, évoque son combat. Et ce, à la veille des élections présidentielles qui permettront à Abdelaziz Bouteflika d’entamer un 3e mandat.

«Les disparus ne sont pas dans ma poche. Vous me faites honte dans le monde comme des pleureuses avec vos photos. Le passé est mort, le passé est mort!» C’est par ces mots que le président Bouteflika répond en 1999 aux familles de disparus de la décennie sanglante (plus de 200 000 morts, 14 000 disparus et près de deux millions de réfugiés de l’intérieur) lors d’un meeting à Alger. «Nous continuerons à vous faire honte dans le monde entier», rétorque encore aujourd’hui Nasséra Dutour, porte-parole du Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA) au vieux président, deuxième fois candidat à sa propre succession aux élections présidentielles du 9 avril prochain.

Des propos tenus cette semaine à Genève à l’occasion d’une soirée consacrée à «l’Algérie bâillonnée», organisée par le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH). Egalement présent parmi les intervenants, Mostefa Bouchachi, président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme – une ONG créée en 1989, lors de l’éphémère printemps démocratique algérien – témoigne d’une Algérie à bout de souffle.

swissinfo: Le président Bouteflika, âgé et malade, se présente pour un troisième mandat. Est-ce le signe d’un régime à bout de souffle?

M.B.: La constitution de 1989 limite à deux mandats la présidence. Mais cinq mois avant les élections, le président et le parlement ont amendé la constitution afin de permettre au président de renouveler son mandat. Les Algériens se sentent floués. Ils savent qu’ils ne décident rien du tout. Ils ne croient plus à la démocratie, je pense qu’il y aura beaucoup d’abstentions. Si le régime algérien n’essaie pas rapidement de faire participer dans la transparence la population, nous nous acheminons vers une explosion douloureuse et qui peut menacer la stabilité de toute l’Afrique du Nord.

swissinfo: Les haraguas, ces jeunes Algériens qui débarquent sans papiers en Europe, défraient parfois la chronique, comme à Genève l’été dernier. Comment expliquez-vous cette attitude?

M.B.: Leur départ est provoqué aussi bien par le désespoir et la misère que par le manque de liberté et de démocratie en Algérie. Ces jeunes sont dégoûtés par le système et n’ont aucun débouché. Ils traversent la Méditerranée sur 400 km à bord de petites barques. C’est un suicide collectif. L’un d’eux m’a dit une fois préférer mourir un jour en fuyant que mourir chaque jour en restant en Algérie. Il n’y a pas que des jeunes délinquants qui fuient, mais aussi des cadres, des femmes. Ceux qui arrivent en Europe se retrouvent souvent sans travail ni logement. C’est une honte pour un pays aussi riche que l’Algérie. Tout ce que le régime a trouvé comme solution, c’est de criminaliser ces gens. S’ils sont interceptés par les gardes-côtes, ils sont arrêtés et jugés.

swissinfo: Le gouvernement et les groupes islamistes ont passé un accord dont les termes sont restés secrets et en 2005, il y a eu la promulgation d’une Charte pour la paix et la réconciliation qui interdit aux Algériens de revenir sur leur passé. Quelles en sont les conséquences aujourd’hui?

M.B.: Cette charte stipule que «nul en Algérie ou à l’étranger ne peut utiliser ou instrumentaliser les blessures de la tragédie nationale – comprenez les massacres des années 1990 – pour porter atteinte aux institutions, fragiliser l’Etat ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international.» Moi, en vous parlant de ces années noires, je suis passible d’une peine allant de 3 à 5 ans d’emprisonnement. L’article 45 stipule que personne ne peut être poursuivi pour des crimes ou des délits commis durant cette période. Donc, si vous avez un frère, un fils ou un mari qui a disparu, vous n’avez pas le droit de déposer plainte contre l’inspecteur de police qui s’est présenté pour l’arrêter et le faire disparaître. La justice n’a pas le droit d’ouvrir une enquête. Les islamistes qui ont tué sont rentrés chez eux, ils ont été amnistiés et indemnisés. Les familles des victimes ne peuvent rien faire contre eux. C’est l’impunité totale.

Beaucoup de pays qui sont passés par des expériences douloureuses – Maroc, Afrique du Sud, Amérique latine – ont bénéficié d’une justice de transition, avec des mécanismes leur permettant de revoir leur passé. Tandis que nos responsables, en imposant aux victimes de ne plus évoquer cette «tragédie», comme ils l’appellent, cherchent à effacer la mémoire collective des Algériens. La charte prévoit un dédommagement pour les familles des disparus. Mais, en contrepartie, elles doivent cesser leurs recherches ! Heureusement, de nombreuses associations, constituées surtout de femmes, continuent d’alerter l’opinion publique dans le pays et à l’étranger.

swissinfo: Quel genre de pressions subissez-vous en tant que militant des droits de l’homme?

M.B.: Nous ne pouvons pas nous réunir dans des lieux publics. Les avocats et les militants doivent faire face à une justice privatisée, au service du pouvoir algérien, comme d’ailleurs toutes les autres institutions du pays.

swissinfo: Que pensez-vous de l’attitude des pays occidentaux face à l’Algérie?

M.B.: Ils n’en font pas assez pour améliorer les droits de l’homme chez nous. L’Europe doit faire plus de pression diplomatique et économique. Mais il y a des contrats sur le gaz et le pétrole. Et lorsque les intérêts économiques sont en jeu, on laisse les droits de l’homme de côté.

Interview swissinfo, Frédéric Burnand et Carole Vann/Infosud

Rachid Tlemçani: « Depuis l’arrivée de Bouteflika, le DRS est le grand vainqueur »

tlem.jpgDans un long entretien accordé à El Watan, Rachid Tlemçani, enseignant-chercheur au département des sciences politiques de université d’Alger a réagi aux dernières déclarations du général à la retraite Rachid Tlemçani qui a affirmé que l’armée est exclue du pouvoir. Pour M. Tlemçani a indiqué que le contibution de M. Benyelles n’examine pas rigoureusement la relation de l’armée avec la politique. « Cette relation repose en réalité sur 4 variables essentielles évoluant dans une économie de bazar : la Présidence, l’état-major de l’armée, la police et le DRS.

Pour renforcer son pouvoir, le président de la République a su magistralement faire jouer ces appareils les uns contre les autres. Tout compte fait, l’état-major est apparemment le grand perdant de cette lutte. L’armée fut «éjectée» de la scène politique au profit de la professionnalisation de ses structures. Le grand vainqueur est le DRS qui est devenu, tout en se redéployant horizontalement et verticalement, une structure indépendante, comme l’Etat hégélien, au-dessus des sensibilités politiques et des groupes de pression. Sur la base de cette nouvelle configuration, des cercles de pouvoir tentent de pousser les islamistes à accaparer le pouvoir formel.

Selon des think-tanks, la stabilisation de la «rue arabe» passe inévitablement par une alliance stratégique entre le turban et le képi et entre la mosquée et le bazar. L’islamisme «modéré», quand il est bien guidé économiquement, par les institutions multilatérales, serait en mesure de produire de la croissance économique et de créer des emplois pour une jeunesse sans repères. Selon cette vue de l’esprit, l’islamisme modéré peut assurer à la fois la stabilité politique et le décollage économique. »

11 janvier 92 – 11 janvier 2009: Leçons et perspectives

Par Salah-Eddine Sidhoum, Algeria-Watch, 11 janvier 2009

A la mémoire de toutes les victimes du drame Algérien provoqué par l’inconscience des imposteurs.

Il y a 17 ans, le pouvoir illégitime d’Alger décidait de mettre fin aux balbutiements de la démocratie naissante en Algérie. Après avoir « octroyé » une pseudo-ouverture démocratique et organisé elle-même des élections législatives, l’oligarchie militaro-financière décida, un certain 11 janvier 92, par la force des armes, de renverser les urnes et de bafouer la volonté populaire qui venait de légitimer les trois fronts (FIS, FFS et FLN) et de leur remettre les destinées du pays pour une durée de 5 ans.

Par ce geste criminel et irresponsable, le pouvoir allait plonger le pays et la Nation dans les abysses d’une mer de sang et de larmes. Par ce geste scélérat, il fermait la porte à une ère nouvelle : celle de l’alternance au pouvoir et de l’auto-construction politique démocratique, avec toutes les insuffisances que pouvait comporter cette dernière.

Au message du peuple par les urnes, lui signifiant sa retraite, le pouvoir illégitime répondra par la violence politique et la répression sauvage. Pour sauvegarder ses énormes et illicites privilèges, il n’hésitera pas à déclencher une véritable guerre contre une partie du peuple, avec la complicité toute aussi criminelle d’une certaine classe boulitique, préfabriquée dans les officines, d’une certaine « élite » intellectuelle de la « société servile », issue des mêmes laboratoires – en lieu et place de la véritable société civile marginalisée et terrorisée – et d’une certaine presse obséquieuse et mercenaire qui n’était pas sans nous rappeler la Radio des Mille collines rwandaise.

Cette violence sauvage du pouvoir entrainera une contre-violence aveugle d’une jeunesse sans présent ni avenir à qui il donnait l’occasion de libérer, tel un torrent en furie, ses frustrations et sa haine à la fois contre le régime et sa propre société.

Des « analystes » politiques et autres « intellectuels » de service seront mobilisés après ces élections législatives avortées pour nous expliquer, chiffres et pourcentages farfelus à l’appui et par des calculs d’épicier, que seule une infime partie du peuple avait voté et que ceux qui avaient voté …….ne représentaient pas le peuple ( ?!!).

Une véritable tchektchouka politico-intellectuelle, dégoulinante de lâcheté et de larbinage. Nous n’entendrons pas ces pseudo-intellectuels et ces « analystes » lors des « élections » législatives de 1997 et de la fraude massive et criarde qui les entachèrent, « élections » qui porteront une monstruosité politique âgée d’à peine 3 mois au « pouvoir ». Tout comme nous n’entendrons pas cette même « élite » s’indigner des dernières « élections » législatives de mai 2007 où seulement 12% du corps électoral s’exprimait ! Personne n’avait fait appel alors aux blindés. La raison en était simple : ils ne répondent qu’à la VOIX DE LEURS MAITRES ! Et les intérêts illégitimes de leurs « maîtres » n’étaient pas en danger en 97 et 2007, comme ils l’étaient en décembre 91.

Ce qui se produira après l’acte irresponsable du 11 janvier 1992 dépassera tout entendement. Il est maintenant certain que durant la récréation pseudo-démocratique (88 – 91), l’oligarchie avait déjà concocté son plan de guerre contre ceux qui auraient l’impudence et l’imprudence de remettre en cause son illégitimité par la voie des urnes. C’est ce que les putschistes appelleront pompeusement et toute honte bue, le « plan d’action global ». Un plan de très «haut niveau », selon l’un des auteurs du pronunciamiento, qui coûtera très cher au peuple et au pays. Il est vrai que « comme toujours, à la veille des grands drames, l’INCONSCIENCE domine ».

Nous nous lasserons jamais de rappeler le bilan humain effroyable de cette guerre cachée : Plus de 200 000 morts, près d’un million de blessés (dont des milliers d’handicapés à vie), près de 10 000 disparitions forcées, 30 000 torturés, plus de 50 000 prisonniers, 15 000 citoyens déportés dans des camps de concentration de l’extrême Sud, des dizaines de milliers de veuves et d’orphelins, plus de 500 000 exilés. Une véritable hécatombe !

De véritables crimes contre l’Humanité, imprescriptibles, que n’absoudra aucune charte d’autoamnistie et de fausse réconciliation aujourd’hui et demain, malgré tous les artifices politico-juridiques des criminels et de leurs protecteurs.

Un coup d’Etat pour quels résultats ?

La démocratie a-t-elle été sauvée par les « janvièristes » ? Que non ! Pour la simple raison que cette démocratie n’avait jamais existé depuis 62 pour être défendue ou sauvée.

L’Algérie a-t-elle été sauvée de la « barbarie » dite islamiste ? Que non ! L’opposition armée aveugle, malgré la réduction de sa nuisance, persiste et continue d’être alimentée par la hogra institutionnalisée. Ses « kamikazes » continuent d’emporter des dizaines de victimes innocentes. Et notre Algérie entre dans sa 18e année de violences politiques.

Qui a souffert de cette barbarie programmée ?

Il est clair que c’est la population sans défense qui fut, toutes couches sociales confondues, la proie de cette violence inouïe de tous bords qui se déchaina sur le pays.

Ce sont les citoyens des quartiers populaires qui furent la cible de la vague de répression (arrestations arbitraires, déportations, disparitions forcées, tortures, exécutions sommaires).

Ce sont les citoyens des quartiers populaires qui seront les victimes des groupes armés se réclamant faussement de l’islam (policiers intègres, appelés du service militaire, fonctionnaires civils des services dits de sécurité, malheureux miliciens trompés par des seigneurs de guerre…..).

Ce sont les citoyen(ne)s des quartiers populaires qui seront la cible des diaboliques manipulations criminelles (massacres collectifs, campagnes de viols….). A-t-on un jour attaqué les nouveaux quartiers de la lumpenbourgeoisie qui s’est enrichie en déplumant les Algériens ? Jamais !

Et ce sont les humbles intellectuels et politiques, issus des quartiers populaires qui seront les victimes d’attentats plus que suspects (Sebti, Djaout, Boucebci, Fathallah, Mekbel, Yefsah, Mahiou, Hachani, Hambli, Benboulaïd…….). Et la liste est longue, très longue.

Ce sont aussi de valeureux, d’humbles et dignes officiers, enfants de l’Algérie profonde qui seront assassinés (lieutenant-colonel Redha Sari-Redouane, lieutenant-colonel Abdelillah Kara-Slimane, commandant Mourad, général Boutighane, colonel Meraou Djilali…….).

Les sinistres GIA ont-ils attenté à la vie des tortionnaires et autres criminels de Haouch Ch’nou, Châteauneuf, Antar, Magenta ou Bellevue ? Jamais !

Ce sont les modestes outils de travail des ouvriers (usines publiques en faillite et misérables coopératives) qui seront détruits par les bombes des criminels privant des milliers de familles d’un modeste revenu et favorisant les barons mafieux de l’Import. Les usines de prête-noms de l’oligarchie ont-elles subi le moindre dégât ? Jamais !

Qui a profité de cette décennie de sang et de larmes ?

Il est indéniable que l’oligarchie militaro-financière reste la grande bénéficiaire de cette guerre sans nom. Aucun de ses membres n’a été touché par la violence politique. Aucun de ses biens n’a été touché par les groupes armés. Bien au contraire, ses affaires commerciales ont grandement prospéré. Cette guerre qu’on a voulu cacher au monde, tout en appauvrissant une très grande majorité de la population, a créé des centaines de nouveaux milliardaires, ceux que le « ghachi » auquel nous appartenons appelle à juste titre les Beggarines.

En rappelant ces faits, il ne faudrait surtout pas que certains de nos compatriotes pensent que les aiguilles de notre montre se sont arrêtées à cette période sombre de notre Histoire. Il est toujours utile de relire cette dernière car « quand on oublie l’Histoire, on risque de la voir se répéter ». Tout comme l’Histoire « n’est pas seulement des faits, mais les leçons que l’on tire ».

Quelles leçons tirer de notre drame national et de près d’un demi-siècle d’indépendance inachevée et de néo-colonisation indigène ?

Le régime illégitime a montré ses limites après 46 ans de pouvoir sans partage. L’échec du système politique mis en place depuis 1962 est patent et sur tous les plans. Ce système a disposé de l’Algérie comme d’un butin de guerre. Ses multiples « politiques » menées sans la participation du peuple n’ont abouti qu’à d’amères et terribles désillusions. Malgré son état de déliquescence avancée, le pouvoir haï et coupé des réalités refuse obstinément de partir. Il est prêt à tout pour se maintenir. Il n’a pas hésité à faire couler le sang de ses propres concitoyens pour sauver ses privilèges.

Tout comme le coup d’Etat de janvier 92 a clairement montré qu’il n’était pas question pour le pouvoir en place de se plier à la volonté et à la souveraineté populaires, que même la démocratie sélective et conditionnelle octroyée en 1988 n’était que supercherie et qu’en réalité on ne pouvait toucher aux fondements du système militaro-financier et à son exercice du pouvoir réel. Beaucoup d’observateurs s’accordent maintenant à dire que la victoire du FIS ne fut qu’un alibi dans l’arrêt du processus d’autodétermination des algériens. La Constitution de 1989 était dotée de solides garde-fous que le président du pouvoir apparent de l’époque pouvait actionner pour empêcher tout dérapage du parti majoritaire. La conviction de beaucoup de citoyens est que tout autre courant politique légitimé par la volonté populaire à travers le suffrage universel aurait subi le même sort. L’assassinat ignoble de Mohamed Boudiaf qui voulait prendre ses distances vis-à-vis de l’oligarchie qui l’avait ramené, est un autre exemple de la nature funeste et des intentions crapuleuses de cette dernière.

Il serait malhonnête de dire que seule l’oligarchie militaro-financière est responsable de cette tragique situation. Honnie et vomie par une grande partie de la population, elle n’aurait jamais pu se maintenir au pouvoir après une telle faillite sanglante, sans la complicité d’une certaine classe boulitique et d’une certaine « élite » dite intellectuelle, celle de l’allégeance et de l’aplat-ventrisme.

La supercherie démocratique d’octobre 88 et le drame vécu après janvier 92 ont mis à nu, non seulement la nature réelle du régime et l’état de déliquescence de la société mais aussi l’absence d’une véritable classe politique et intellectuelle. Tout n’était qu’apparences, gesticulations, hurlements et duperies. Nous avons toujours dit et répété que l’Algérie n’était pas seulement malade de son régime mais aussi de ses élites.

Actuellement, les citoyens ne se reconnaissent plus dans les formations politiques préfabriquées, les institutions factices et les administrations corrompues. Tous les canaux de l’expression libre et pacifique ont été obstrués. La violence et l’émeute sont devenues les seuls moyens de se faire entendre par notre jeunesse.

A cela s’ajoute l’avilissement d’une société qui a perdu tous ses repères et le profond délitement des valeurs de la Nation, valeurs qui avaient fait la force de nos parents lors de la résistance à la colonisation.

Les tensions de plus en plus exacerbées entre le système obsolète et arrogant et la société déréglée et poussée au désespoir par des décennies d’injustice et de mépris risquent de provoquer, à Dieu Ne Plaise, à n’importe quelque moment un véritable Tsunami populaire qui emportera non seulement ce régime moribond mais tout le pays.

Je crois, à mon humble avis, que ce climat de soumission et de fatalisme que vit notre population dont une partie non négligeable baigne dans la misère, cette faillite d’une grande partie de nos élites et de la classe politique, le mépris de cette minorité de nouveaux riches au pouvoir se comportant en nouveaux colons, l’absence de représentativité réelle du peuple du fait du trucage des élections, n’est pas sans nous rappeler le climat qui régnait la veille du 1er novembre 54.

Doit-on rester impassibles devant la dramatique dégradation de la situation nationale et ces graves dérives qui mettent en jeu l’unité de la Nation ? Doit-on rester les bras croisés et attendre l’explosion ?

Est-il possible de remonter la pente, après pratiquement cinq décennies de gabegie, de corruption, d’absence d’Etat régulateur et avec une société en décomposition et plongée dans une politique d’automutilation?

Sommes-nous capables, de mettre de côté nos divergences artificiellement entretenues et nous entendre sur un ensemble de valeurs et de principes démocratiques, en vue de la construction de l’Etat de Droit dans une Algérie de toutes et de tous ?

Sommes-nous capables, de créer une véritable dynamique populaire en vue d’un changement du système politique, au vu des multiples écueils, de la démobilisation d’une société désabusée, démoralisée où l’individualisme et la « kfaza » sont érigés en vertus ?

Autant de questions que se posent légitimement beaucoup de nos compatriotes.

Il est temps que les volontés sincères intellectuelles et politiques assument leurs responsabilités. Le moment est venu d’engager le véritable combat politique pacifique ouvertement et courageusement. Et pour reprendre Vaclav Havel « les seuls combats qu’on risque de perdre sont ceux qu’on n’ose pas engager ». Il est plus que nécessaire de reconstruire une véritable opposition afin de mener le combat du changement.

La conférence de Genève de novembre 2008 a été un tout petit pas vers cette reconstruction. D’autres compatriotes œuvrent à l’intérieur, au rassemblement de toutes les volontés sincères autour de valeurs et de principes démocratiques acceptés et respectés par tous.

Je crois qu’il est impératif de stopper cette logique d’autodestruction dans laquelle le régime a claustré la société.

Il est tout aussi impératif de briser le cercle vicieux dans lequel est enfermée l’Algérie depuis 1962, à savoir celui d’un peuple sans souveraineté et d’un pouvoir sans légitimité. L’ère des tuteurs en col blanc ou en képi est révolue. Il est temps de mettre un terme à ce régime usurpateur et dégénéré qui perdure maintenant depuis plus de quarante ans et de rendre la parole aux citoyennes et citoyens pour qu’ils puissent choisir souverainement et librement les institutions qui reflètent leurs réalités socioculturelles.

Unissons nos efforts toutes et tous ensemble, sans exclusion aucune, pour aboutir à un compromis politique historique en vue d’un changement pacifique et radical du système politique et de la construction d’un Etat de Droit.

Si nos parents, hier, ont libéré la patrie (El Watan) du joug de la colonisation française, il est de notre devoir aujourd’hui de libérer le citoyen (El Mouwatine) de cette néo-colonisation indigène et d’achever la réalisation des objectifs de notre mouvement de libération que sont l’instauration d’un Etat de Droit, le respect des libertés fondamentales et la construction du Maghreb. Hier, nos aînés se sont regroupés, toutes tendances confondues, au sein du Front de libération (Djabhat Etahrir) pour chasser l’occupant colonial. Aujourd’hui, nous devons nous regrouper, sans exclusion aucune, au sein d’un Front du changement (Djabhat Etaghyir) pour instaurer un Etat de Droit.

Nous n’avons pas le droit, en tant qu’intellectuels et politiques, de fuir nos responsabilités. L’Histoire, implacable, nous jugera sévèrement demain !

«Les volontés précaires se traduisent par des discours, les volontés fortes par des actes.»

Les Touareg du Sahara, des nomades en quête de reconnaissance

targ.bmpLAGOS (AFP) — Autrefois « maîtres du désert », les Touareg, nomades sahariens d’origine berbère, sont aujourd’hui paupérisés par des sécheresses meurtrières et en quête perpétuelle de reconnaissance.

La disparition de l’envoyé spécial de l’ONU Robert Fowler dimanche au Niger est venue rappeler que, même s’ils affirment ne pas être responsables de l’enlèvement de ce diplomate canadien, les mouvements touareg demeurent une constante dans le paysage de ce pays sahélien riche en uranium.

Selon des sources non officielles, Robert Fowler suivait ce « dossier touareg » de près.

Estimés par les experts de un à un million et demi, les Touareg vivent sur un territoire de près de 2 millions de km2, réparti entre le Niger, le Mali, l’Algérie, la Libye et le Burkina Faso.

Les « Kel tamacheq », ceux qui parlent la langue touareg (tamacheq) comme ils se désignent eux-mêmes – Touareg étant un nom d’origine arabe – sont les plus nombreux au Niger (environ 700.000) et au Mali (près de 300.000).

Seul peuple africain avec les Ethiopiens à avoir sa propre écriture, les Touareg sont caractérisés par le port d’un voile teinté d’indigo qui déteint sur la peau, d’où leur surnom « d’hommes bleus ».

A la tête du commerce caravanier et d’immenses troupeaux dans la première partie du XXe siècle, hostiles à la pénétration coloniale, ils sont peu à peu devenus les plus déshérités de la région du Sahel et du Sahara.

Ils ont également refusé la scolarisation pendant la colonisation, ce qui a affaibli leur position au moment des indépendances.

Les famines de 1973-74 et de 1984-85 voient la disparition de leurs troupeaux et des milliers de jeunes Touareg ont alors migré vers les villes, l’Algérie ou la Libye, où le leader libyen Mouammar Kadhafi en incorpora plusieurs milliers dans sa Légion islamique.

Une décennie plus tard, face à la dégradation de l’économie libyenne et la chute des cours du pétrole, les jeunes exilés ont été contraints au retour parfois forcé dans leurs pays avant de grossir rapidement les rangs des mouvements réclamant autonomie et développement contre les pouvoirs centraux malien et nigérien.

Les Touareg, qui ont alors remplacé leurs sabres, poignards et vieux fusils par des Kalachnikov et leurs dromadaires par des 4X4, entrent en rébellion le 7 mai 1990 au Niger et un mois plus tard au Mali.

Cette « guérilla des sables » va durer au moins cinq ans dans les deux pays, faisant officiellement plusieurs centaines de victimes et entraînant le déplacement de milliers de personnes vers la Mauritanie, le Burkina Faso et l’Algérie.

Dans les deux cas, les accords de paix ont abouti à une décentralisation des régions touareg, assortie d’une large autonomie de gestion.

Ils ont également permis au Niger et au Mali le désarmement des combattants touareg et leur intégration au sein de l’armée, les corps para-militaires et la fonction publique.

Faute d’application de ces accords à la lettre, plusieurs ex-leaders de l’armée malienne ont mené ces dernières années des actions de désertion et des attaques armées.

Au Niger, naît officiellement en février 2007 le Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ), qui a revendiqué depuis de nombreuses attaques contre des cibles militaires.

Le Front des forces de redressement (FFR), autre groupe rebelle touareg au Niger, a annoncé en janvier dernier le lancement d’une « bataille de l’uranium », minerai dont le Niger est le troisième producteur mondial. Les Touareg réclament que cette manne bénéficie davantage aux populations locales.

Au Mali voisin, le 11 mai 2007 à Tinzaouatène, près des frontières algérienne et nigérienne, une attaque des rebelles touareg maliens contre un poste avancé de l’armée malienne fait 10 morts et marqué le début de nouvelles violences dans le Nord.

Algérie, la tragédie démocratique

bourt.jpgPar Antoine MALO, avec Kamel AMARA à Alger
Le Journal du Dimanche

C’est un président malade qui règne sur un pays qui l’est tout autant. Un président vieilli à qui l’on vient d’offrir la possibilité de régner jusqu’à sa mort. Un président usé qui s’est coupé depuis longtemps de sa population. Depuis jeudi et la modification de la Constitution votée par le Parlement algérien, Abdelaziz Bouteflika, 71 ans, est pourtant le maître de l’Algérie.
Députés et sénateurs lui ont offert la possibilité de briguer un troisième mandat au printemps prochain. Une vraie tragédie démocratique pour les rares opposants qui ont osé contester cette réforme et dénoncent l’immobilisme dans lequel est plongé le pays.
Alger, quartier de Bordj el Bahri, à 30 km du centre-ville. Un coin de misère comme il en existe tant autour de la capitale algérienne. Ici, on sait ce qu’immobilisme veut dire. En 2003, le quartier a été durement frappé par le séisme qui avait fait plus de 2000 morts à l’est de la ville. Aujourd’hui encore, des dizaines de familles vivent dans des immeubles où apparaissent de larges fissures. D’autres logent toujours dans des baraquements installés au lendemain de la catastrophe. Le provisoire est devenu permanence. Et la débrouille une règle de vie. Les routes ne sont pas goudronnées, le ramassage des déchets s’avère très aléatoire et, faute de transports en commun, le quartier est tous les jours bloqué par des embouteillages monstres.

Alors l’exaspération monte. « Ce qu’a fait Bouteflika est une honte pour l’Algérie. Notre pays ressemble désormais aux dictatures africaines et aux monarchies arabes« , déplore Farid, un jeune cadre habitant le quartier. Dans les cybercafés, nombreux à Alger, les jeunes se sont défoulés contre le pouvoir. Les articles sur la révision constitutionnelle publiés par le quotidien électronique Tout sur l’Algérie ont suscité des centaines des commentaires hostiles au président et aux députés. « Le président Bouteflika aurait pu trouver une solution plus subtile pour se maintenir au pouvoir. Il aurait pu suivre l’exemple de Vladimir Poutine qui a accepté de devenir Premier ministre pour ne pas toucher à la limitation des mandats présidentiels« , estime Samir Allam, rédacteur en chef de Tout sur l’Algérie.

Bouteflika avait soulevé beaucoup d’espoirs en 1999

Mais le régime ne s’encombre plus de subtilités. La liberté d’expression est réduite au strict minimum. Et la contestation sociale systématiquement réprimée. « Il y a régulièrement des jacqueries liées aux problèmes de chômage, de manque de logis ou de coupures d’eau. A chaque fois, les forces de l’ordre interviennent« , souligne Kader Abdelkarrim, chercheur à l’Iris. Résultat: « La majorité de la population est dans une totale désespérance« , explique Akram Belkaïd, journaliste à La Tribune et auteur de plusieurs ouvrages sur l’Algérie.

Abdelaziz Bouteflika avait pourtant soulevé beaucoup d’espoirs lors de son arrivée au pouvoir en 1999. D’autant qu’il est parvenu, lors de son premier mandat, à mettre fin à la violence terroriste qui avait ensanglanté le pays pendant dix ans. Mais, socialement et économiquement, son bilan se solde par un échec. « Le gouvernement ne sait même plus comment résoudre de simples conflits sociaux et est incapable de trouver des solutions efficaces et durables aux problèmes des Algériens, déplore ainsi le directeur d’une société de services algéroise. En fait, le pays a dû suivre les politiques dictées par le FMI et la Banque mondiale. Il est passé brutalement d’une économie socialiste à une économie de marché. » Conséquence : les produits de première nécessité, qui autrefois étaient subventionnés, sont désormais vendus au prix fort. Impossible pour l’immense majorité de la population d’y faire face.

Même les revenus du pétrole n’ont pas pu changer cette situation. Et pourtant, l’Algérie en tire d’immenses profits. Le pouvoir s’enorgueillit d’ailleurs d’avoir remboursé en avance une grande partie de sa dette extérieure. Il vante aussi les grands chantiers qu’il a lancés, comme la construction d’autoroutes ou de logements sociaux. Mais ces initiatives ne sont que des gouttes d’eau dans l’océan de précarité algérien. « En fait, pas plus de 5% de la population profite réellement de cet argent du pétrole, estime Kader Abdelkarrim. Le reste tente simplement de survivre. » Exemple éloquent de cette inégalité: il y a quelques semaines, les députés et les sénateurs ont vu leur salaire augmenter de 300%. Une décision jugée scandaleuse par bon nombre d’Algériens.

Une opposition en complète déshérence

Cette colère peine pourtant à trouver une traduction sur le terrain politique. « La politique n’intéresse absolument plus les Algériens. Elle est trop loin de leurs préoccupations« , explique Akram Belkaïd. Ils ne fondent plus aucun espoir sur le gouvernement, qui ne fait que mettre en musique une politique dictée par la présidence. Quant à l’opposition, elle est en complète déshérence. « Le pouvoir a cadenassé toute velléité de contestation. Aucune opposition crédible ne peut émerger« , estime Akram Belkaïd.

Un état de fait qui inquiète les spécialistes. « Il n’y a plus aucune interface pour porter la contestation, note Kader Abdelkarrim. Forcément, cela représente un danger. » Pour beaucoup, l’Algérie d’aujourd’hui ressemble fort à celle des années 1980, quand l’islamisme radical avait fait son lit de la crise sociale. Depuis un an et demi, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), un groupuscule lié à Al-Qaida, multiplie les attentats sur le territoire. Dans les quartiers défavorisés d’Alger, les « barbus » ne se cachent plus désormais pour recruter des candidats au combat. Le plus souvent des jeunes. Tous désespérés de vivre dans un pays où vient d’être instaurée de fait la présidence à vie.

FFS: An 45 ou l’empreinte d’un patriarche

Par Boubakeur Hamidechi Le Soir d’Algérie : hamidechiboubakeur@yahoo.fr

«La résistance du peuple algérien au coup de force constitutionnel a acculé le régime à découvrir son véritable visage. Les tenants du pouvoir ont recouru aux méthodes coloniales de corruption (…) afin de bâillonner et de truquer la volonté populaire» (fin de citation). Que le lecteur distrait ne se fasse pas du souci quant à sa dissipation ramadanesque. Quoique évocatrice des menaces qui pèsent actuellement sur le pays, la déclaration en question ne se trouve dans un aucun journal de la semaine et n’a pas pour auteur l’un, parmi les hommes politiques, qui de nos jours administrent notre avenir. Vieille de 45 années, cette déclaration est l’acte de naissance du FFS. Deux phrases liminaires d’un réquisitoire sans concession et qui, de nos jours, n’a pas pris une seule ride. Un certain 29 septembre 1963, Aït Ahmed décidait de le rendre public et d’entrer en résistance au nom de l’idéal démocratique. Lui, dont le militantisme, au sein du mouvement national, était incontestable auprès de ses pairs, renouera alors avec l’infamie des procès et de la prison. Arrêté le 17 octobre 1964, il sera condamné à mort par une certaine «cour criminelle révolutionnaire» le 17 avril 1965 vite commué en perpétuité le 12 avril.

Lui qui ne retrouva la liberté qu’en mai 1966 et l’exil qui est son lot, deviendra, au fil des avatars du régime, la cible de campagnes orchestrées. Il connaîtra alors la bassesse des attaques ad hominem et les insupportables soupçons de sectarisme. Epreuves inouïes pour le discréditer mais qui, finalement, fourniront aux réseaux clandestins de son parti et à lui-même les bons ressorts pour survivre et ne pas tomber dans l’oubli. Pionnier de l’opposition, telle que ce pays souhaite qu’elle se manifeste et agisse de nos jours, le FFS peut se prévaloir d’être le contemporain d’un Etat dans les limbes. La crise de l’été 62 qui torpilla la transition, alors incarnée par le GPRA en imposant le premier scénario du putschisme à l’algérienne, contraignit de nombreuses personnalités à se démarquer de la dérive autoritaire en marche. Face au travail de verrouillage de la première Assemblée délibérante, les Boudiaf, Ferhat Abbas et Aït Ahmed n’eurent d’autre choix que d’entrer en dissidence ou battre en retraite. Aït Ahmed, lui, choisira à la fois la tribune pour dénoncer et la démission pour être conséquent avec ses convictions. Et c’est à lui que l’on doit la plus vigoureuse des philippiques adressée à cette constituante hésitante et prête à la servilité. En ce mois de décembre 1962, Ben Bella n’était pas encore président de la République au moment où, par la menace et les promesses, il voulait se tailler une constituante à sa mesure et selon ses vagues credo idéologiques. Manœuvres sordides qui firent dire ceci à Aït Ahmed : « (…) Parions sur la démocratie, comme valeur et méthode à la fois, comme but doctrinal et moyen politique. Il ne faut pas entendre qu’il s’agit là d’une simple question d’orgueil national, d’un messianisme d’exhibition, d’une spéculation philosophique abstraite. Non ! C’est une option (…) de raison. En tant qu’expérience démocratique, notre révolution répond à nos valeurs collectives et de dignité individuelle, à notre passé et à nos traditions de lutte (…)» Etayant par un exemple concret son refus de l’unanimisme stérilisant, il fustigera dans le même discours le complot qui allait faire du Parti communiste la première victime. «(…) Un parti fort et organisé qui jouit de la confiance du peuple n’a nul besoin de dissoudre un autre parti comme le PCA. Il me semble au contraire, conclura-t-il, qu’il serait bon que ce parti puisse se maintenir car il jouerait le rôle de stimulant (…). Je pense enfin que la prééminence du parti FLN n’entraîne pas nécessairement l’unicité (…).» Irrigué par une telle somme de principes intangibles et que, ni le temps historique est parvenu à démentir, ni les péripéties politiques du pays à rouiller, le FFS a finalement traversé la période de glaciation dictatoriale sans grands dommages. Certains spécialistes écriront même qu’il s’est grandement bonifié grâce au sens de la communication de son leader. A l’inverse du PRS de feu Boudiaf qui s’est auto-dissous après la disparition de Boumediene, ce front a plutôt trouvé matière, à partir de sa clandestinité, pour actualiser (avec une grande justesse dans l’argument) son procès de l’arbitraire politique qui règne dans le pays. Décrivant la succession fermée, Aït Ahmed ironisa sur les conséquences en déclarant que «la disparition de Boumediene a, dans les faits, plus profité que nui au régime». Précisant au passage que «l’armée a tout naturellement désigné un des siens pour succéder à un des siens», avec simplement une petite nuance dans le «changement du centre de gravité du pouvoir» profitable alors au clan de l’est au détriment du clan d’Oujda, dont le postulant en 1979 était Bouteflika. Plus près de nous, le 5 octobre 88 n’a pas semblé prendre de court ses évaluations. Car à chaud, le FFS posa, dès le 24 octobre, la bonne question à propos du train des réformes annoncées par Chadli. – «S’agit-il d’un bluff démocratique destiné, en ravalant la façade, à donner au pouvoir un semblant de légitimité à l’image de la kermesse colossale organisée en 1976 autour de la Charte nationale ? Qui peut croire que des centaines de compatriotes ont été sacrifiés délibérément pour que le chef de l’Etat puisse procéder à son profit à un simple rééquilibrage des appareils, à un changement de personnes …»(1) Le voilà donc ce magistral scepticisme positif dont ce patriarche politique ne s’est jamais départi jusqu’à devenir exemplaire et référentiel auprès des analystes les plus pointus, même lorsqu’ils ne se revendiquent pas de son radicalisme «obtus», selon leur reproche. Parmi les «spin-doctors» qui n’ont pas hésite à mettre en perspective (prospective ?) le rôle de ce FFS, nous citerons le colonel Chafik Mesbah qui écrivait précisément ceci, il y a dix ans de cela : «Si je peux me prévaloir cependant de quelques capacités d’anticipation politique, ce serait pour faire part de la forte probabilité que le courant dit «démocratique» finira fatalement par être dominé par le FFS, parti dont je salue la qualité de l’ancrage social et la constance du programme, même si celui-ci m’inspire des réserves.» (2). Mais en 2008, comment se porte et se comporte encore ce parti hors normes, exclusivement modelé par un personnage également d’exception mais qui frappe aujourd’hui à la porte du grand âge ? De l’avoir porté à bout de bras 45 ans durant et de l’avoir protégé en toutes circonstances des déviations majeures, n’a-t-il pas fini par s’entourer de disciples sans originalité personnelle ? Et c’est un peu de cela qu’il s’agit dans les sphères de ce «front». Comment survivre à la nostalgie du zaïm sans avoir l’air de trahir son enseignement mais également sans l’imiter comme un perroquet ! Vaste problème que celui de vouloir prolonger un combat avec une culture politique rénovée et des valeurs «maison» anciennes.
B. H.

 

 

(1)- Toutes les citations citées dans cet article sont extraites de la documentation du FFS
(2)- La citation est extraite d’un droit de réponse de Mohamed Chafik Mesbah à la suite d’un article critique publiée par l’hebdomadaire Libre Algérie : numéro du 7au 20 décembre 1998.

Houari Addi: » Il y a deux partis d’opposition en Algérie: le FIS et le FFS »*

photoaddi.jpgDans un entretien accordé à El Khabar, Houari Addi,  professeur de Sociologie à l’Université de Lyon, a affirmé qu’il n’y a pas de pluralisme politique en Algérie. « Ce qui s’est passé après les événements d’Octobre 1988 c’est les reformes qui devaient induire le pluralisme dans la société, mais les changements survenus à ce moment là étaient superficiels car l’armée refuse le passage vers un système dirigé par l’alternance par voix électorale », a indiqué M. Addi et d’ajouter que l’Armée n’accepte que les partis qui reconnaissent que c’est elle l’unique source de pouvoir ».  Selon lui, c’est pour cette raison que le Contrat national signé à Rome en 1995 par des partis a été refusé. « A l’analyse des partis existant en Algérie, on peut affirmer ce qui suit: il y a trois partis de l’administration (FLN, RND et MSP). Ces partis subissent l’ingérence de l’administration dans leurs affaires et s’accaparent l’APN après une fraude électorale. Il existe deux partis d’opposion : le FIS et le FFS. Le premer a opté pour l’usage de la vilonece après sa victoire électorale, ce qui a conduit à sa disslouion. Le second est marginalisé et interdit des médias. »

*Ce passage vous ne pouvez pas le lire dans la version française d’El Khabar

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