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Pourquoi recourir aux moyens «suicidaires» ?

Par Chafaa Bouaiche, La Tribune du 2 août 2008

La grève de la faim est un moyen de lutte auquel recourent généralement les détenus politiques pour protester contre leur isolement. L’objectif est d’attirer l’attention des autorités et celle de l’opinion publique sur les conditions de leur détention. En Algérie, ce sont plutôt les travailleurs et les enseignants qui usent de cet instrument de combat. Si les enseignants contractuels ont décidé, il y a vingt jours, d’observer une grève de la faim, c’est surtout en raison de la fermeture, par le ministère de l’Education, de toutes les portes du dialogue. Le recours à une action aussi radicale est dicté, entre autres, par le mépris affiché par le département de Benbouzid à l’égard de près de 40 000 éducateurs et éducatrices.
Visant à attirer l’attention des plus hautes autorités du pays sur des revendications vieilles de quinze ans, les enseignants protestataires n’ont finalement récolté que mépris et répression. En effet, face au silence du doyen des ministres, qui est resté insensible à leur cri de détresse, les grévistes de la faim ont décidé de porter leurs revendications dans la rue en organisant mercredi dernier un rassemblement devant le ministère de l’Education nationale. Le sit-in auquel ont pris part des représentants de partis politiques et ceux de la société civile a été empêché d’une manière musclée par les policiers déployés à l’occasion. Ainsi, des enseignants, des journalistes et des représentants de la société civile ont été violemment réprimés.
Au lieu d’ouvrir les portes du ministère et discuter d’une façon civilisée avec les enseignants, déjà très affaiblis par la grève, les autorités ont préféré le recours à la matraque. De nombreux citoyens ont été témoins d’une scène qui n’honore guère le pays: on traque des enseignants comme de vulgaires délinquants. Ils ont eu droit à un accueil des plus «chaleureux», diront certains. Les autorités ont-elles usé de la répression policière dans le but d’étouffer un mouvement de protestation qui risque de prendre d’autres proportions ? C’est plutôt l’effet inverse qui pourrait se produire puisque les enseignants ont affiché leur détermination à faire aboutir leurs doléances quel que soit le prix à payer. Mais les autorités ne semblent pas mesurer les conséquences de l’attitude de sourd qu’elles ont adoptée jusque-là. Une attitude qui fera naître au sein de la famille de l’éducation un sentiment de hogra, lequel ne fera, en réalité, que renforcer leur détermination à arracher leur droit à la titularisation. Sur ce point précis, ministre et enseignants échangent les accusations. Le premier déclare que les enseignants refusent de passer le concours de recrutement, les seconds, quant à eux, réclament une titularisation sans passer le concours pour la simple raison que la tutelle s’arrange pour que le résultat soit négatif. N’est-il pas temps de discuter autour d’une table pour trouver une solution à un problème posé plutôt que de recourir à des moyens suicidaires : grève de la faim et répression ? 

Privatisation du CPA: Le projet serait compromis

cpa.jpgDepuis quelques semaines*, des spécialistes de la question soulèvent la thèse d’un très probable échec du projet de privatisation du CPA. Les dernières interventions publiques de Mme MENTOURI, ministre déléguée à la réforme financière, et de Karim DJOUDI, son ministre de tutelle, en faveur de l’éventualité d’une relance prochaine du processus de privatisation de la banque, sont alors lus comme des réactions de nature « défensive » à des questions importantes, bien précises, qui viennent d’être soulevées. Ces dernières questions, d’ordre purement financier, militent en faveur de l’échec du projet, qui serait de ce point de vue, au moins, inéluctable.    

L’on site deux raisons directes, en relation avec la crise des subprimes et la turbulence actuelle des marchés financiers, qui pour comprendre leur poids dans la thèse défendue (Echec du projet de privatisation), il faudrait rappeler que parmi les six banques pré-qualifiées à l’acquisition de la banque algérienne, les offres du Crédit Agricole et de
la Citibank étaient les plus attendues. En effet, d’une part, ces deux banques sont les plus intéressées par l’entré dans le marché algérien : Société Générale, BNP PARIBAS et NATIXIS ont déjà investi considérablement en Algérie, Banco Santander – l’espagnole – s’est retiré de la course.  D’autre part, les deux banques (CA et Citibank) comptent parmi les premiers groupe mondiaux (Le Groupe Citibank était largement et longtemps en première place mondiale avant la survenance de la crise des subprimes).  

Ainsi, la première cause directe de l’échec annoncé de la privatisation a trait au retrait, non officiel mais quasi certain, de la course au rachat du CPA, du Crédit Agricole. Ainsi suite à la crise financière actuelle, « le groupe français Crédit Agricole a annoncé qu’il n’envisageait plus d’acquisitions « significatives », a rapporté l’AFP qui cite le directeur général de cette banque, Georges Pauget » (El Watan du 6 mars 2008). 

En deuxième lieu, le maintien à la course de Citibank devient, au fil du temps de moins en moins probable : à mesure que l’instabilité dans les places financières, la « visibilité » attendue sur les comptes des grandes banques impliquées s’échappe, quant elle ne prédit pas plus de pertes à enregistrer (chute des principales bourses mondiales) dans les comptes de Citibank.  

Les dernières turbulences qu’ont connues les marchés financiers suite à la crise des crédits hypothécaires, confirme donc que l’instabilité sur les places financières mondiales persiste. A commencer par la place New-Yorkaise, marquée par l’intervention de
la FED, haute autorité monétaire américaine, pour le sauvetage de la banque d’affaires Bear Stearns. Le comportement des dirigeants de Société Générale, qui se sont pressées pour liquider les positions prises par Jéromes Kerviel, concrétisant ainsi une perte de 4.9 milliards de dollars US pour la banque, témoigne de la fièvre qui caractérisent les marchés. 

Selon la ministre de l’Economie et des Finances française, Christine Lagarde, «  Les turbulences sur les marchés financiers se sont aggravées au début mars (Reuters, 26 mars 2008) ».  

En réaction, la France et la Grande-Bretagne ont réclamé jeudi une plus grande transparence des marchés financiers, appelant les banques à révéler « rapidement et totalement l’ampleur de leurs pertes », dans un communiqué diffusé à l’issue du sommet franco-britannique à Londres. 
Toutefois,  les deux raisons directes qui viennent d’être illustrées ne démentent pas le fait que « les groupes internationaux continuent de montrer leur intérêt pour entrer sur le marché (algérien) » (Financial Times, 31 janvier 2008). Et ce, compte tenu du fait que ce dernier enregistre un déficit de 900 agences bancaires environ (il y a, à ce jour, une agence pour 26 000 personnes) et que les  moyens de paiement modernes sont à leur début. Sans parler des opportunités de financement, dans une économie (hors hydrocarbures) où tout est à construire.   

En même temps que les conséquences négatives, sur le processus de privatisation, du contexte financier international, un autre fait négatif propre à la banque (état de son portefeuille de créances) est « très mal tombé ». De sorte que la valeur de la banque s‘est trouvée dévaluée sur le marché pour une raison intrinsèque (optique demande), au même moment où les acquéreurs potentiels n’étaient pas en position de faire de belles offres (contexte international). La loi de l’offre et de la demande a donc joué farouchement. 

Autrement dit, l’état du portefeuille de la banque, n’a rien avoir avec l’environnement financier international mais il a influencé les offres de rachat (à la baisse). Ce qui témoigne de la dévaluation du CPA sur le marché. Cela s’est passé entre la phase de pré-qualification des banques acquérantes et la période de la survenance des méfaits de la crise des subprimes.   

Problématique du portefeuille de la banque publique :  

Au delà du problème technique ou comptable que pose le « taux d’irrécouvrabilité » dans le portefeuille de créances (Engagements) que détient le CPA sur ses clients, d’autres questions sont appelées.

Car il s’agit de créances qui ont été mal provisionnées (i.e pas assez provisionnées) depuis des années, conformément aux stipulations de la loi bancaire algérienne, dont
la Banque Centrale est la garante. Dans cet ordre d’idées, il convient de noter que les bénéfices répétitifs annoncés, au moins depuis ces dernières années, sont considérés comme des « bénéfices fictifs », dans une optique de recherche de la valeur réelle de la banque. 

Ainsi ce « portefeuille » pose une question plus globale, plus cruciale, d’une gestion désastreuse de la banque : choix des projets à financer, faible capacité de recouvrement et non-conformité aux normes édictées par la réglementation.    

Quoiqu’il en soit, cette dévaluation de la banque a été significative. Le « portefeuille » à balancer dans la passif de la banque est d’une valeur de 800 à 900 millions de dollars US. Rappelons qu’à la fin de la période accordée à la banque d’affaires Rothschild pour l’élaboration d’une offre préliminaire en vue de la pré-qualification des acquéreurs potentiels, il a été repris très souvent, au sein des cercles financiers, que le Crédit Populaire d’Algérie valait 2 milliards de Dollars. Par conséquent, le gouvernement algérien ne peut plus espérer récolter plus de 200 à 300 millions de dollars US. D’ailleurs, il a été rapporté et expliqué sur les colonnes d’un confrère (Dépêche de Kabylie du 27 janvier 2008) que la meilleure offre reçue par le gouvernement, à la veille de la décision de la suspension de la privatisation, ne dépassait pas le tiers (1/3) du prix attendu (relatif au 51% du capital à acquérir). Or, le gouvernement « voulait saisir l’opportunité de la privatisation » pour des fins purement politiques en prenant pour option de céder le CPA à un prix « trop » élevé, c’est-à-dire au delà même des 1,1 milliard de dollars US que valait le capital mis sur le marché. Cette affirmation et tous ces chiffres ont été appuyés par le Financial Times, dans sa livraison du 31 janvier 2008, et ce, en affirmant qu’il « a été attendu de lever environ 1.5 Milliards de dollars US (1 milliard d’EUR),.., selon les dire d’officiels du gouvernement algérien », par la cession du capital du CPA au privé. Le prestigieux journal parle alors de la « ruine » de l’opération de vente, en conséquence à la crise des subprimes.   

Ce qui est important de savoir est si, dans le contexte précis, régnant à la veille de l’ouverture officielle des plis, le gouvernement algérien a pris la bonne option en décidant de la suspension du processus de privatisation.   

Pour répondre à  cette question, il convient de rappeler que, officiellement, l’objectif stratégique et incontesté du projet de privatisation de « la plus performante » des banques publiques algériennes était bel et bien « la mise à niveau de la pratique bancaire » en Algérie. 

Deux autres objectifs stratégiques aussi cruciaux, mais pas (ou pas assez) illustrés par le gouvernement, ont été soulevés (au niveau du pays) :

- l’amorce d’une gestion concrète du risque systémique dans le secteur bancaire algérien.

- la réduction des fuites qui règnent, directement, au sein des structures d’exploitation de la banque et, indirectement, dans les milieux de l’import. Il est important de rappeler que ce dernier élément est déterminant en matière de calcul du Risque Pays et, par voix de conséquence, très influant sur l’attrait ou non du pays pour les Investissement Directs Etrangers. 

Cela étant admis et compte tenu de la très bonne situation financière du pays (réserves de change supérieures à 100 milliards de dollars US), il est difficilement concevable, pour les autorités, de renoncer ou d’échouer dans le Projet de privatisation pour des raisons autres que stratégiques ou par manque de savoir faire. Car la décision de suspension de la privatisation de la banque est tombée, certes, à un moment marqué par beaucoup d’incertitudes (contexte international), mais aussi au moment où tous les spécialistes sont conscients de tous ces enjeux. Au moment où la classe politique nationale (sauf cas exceptionnel !) n’a pas montré de résistances significatives au projet, et ce, compte tenu du fait que le problème des licenciements « auxiliaires » à toute privatisation, semble être bien pris en charge, depuis assez longtemps, par la filialisation de quelques activités de la banque notamment (à l’exemple de l’imprimerie). 

Mais aussi, d’autres éléments, méritent d’être relevés. D’abord, les autorités ont tenté il y a six ans de privatiser le CPA par une procédure de gré à gré avec Société Générale. Procédure qui a échoué, alors même que l’Algérie était prête à céder la banque « même au dinars symbolique ».

Ensuite, c’est quasi certain que la meilleure des offres reçues à la veille de la suspension, provient de BNP Paribas (200 à 300 millions de dollars US). Ce qui est plus que probable du fait de : l’intérêt exprimé par ses dirigeants pour l’acquisition du CPA, le degré de pénétration du marché algérien, relativement élevé, par Société Générale, le faible intérêt connu de NATIXIS pour l’opération.

Ajouté à cela, il est connu que les choix d’extension de BNP Paribas et de Société Générale, partout à travers le monde, sont très liés. De sorte que l’une suit toujours, avec la même proportion d’investissement, la première d’entre elle à entrer dans un nouveau marché.

Ce qui nous permet de conclure que la non suspension, dans toutes ces conditions, de la privatisation du CPA, aurait certainement permis de réaliser les objectifs stratégiques attendus. 

Par A. M. Lounis, cadre sortant de l’IFID, Tunis

* Texte écrit le 29 mars 2008

Entre redistribution et reconnaissance ou entre materiel et symbolique

socialisme01.jpgNombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’inertie et les divisions des socialistes, mais à observer les tiraillements et la guerre des personnes cela n’aidera en rien en la compréhension de la complexité de cette entreprise. 

L’Internationale socialiste tiendra en ce moment son congrès. Il propose des thématiques qui pourraient accrocher les citoyens, mais à ce titre est-ce que les socialistes ne traversent pas une crise plus profonde aux réalités et aux facettes multiples

Prétendre une réponse à cette interrogation c’est peut-être avoir la clef, la solution, ou le sursaut à cette crise

La crise du « socialisme » est comparable dans certains aspects à celle du libéralisme. Ce dernier a traversé des crises au milieu du siècle dernier, mais il a vite opéré sa révolution sémantique, en s’assumant en tant que tel

La place de l’individu a gagné énormément au cours des dernières années, posant de nouveaux défis ainsi le « libéralisme culturel » avait pris toute sa place dans les mœurs de l’Etat social protecteur

Les droites européennes avaient connu et connaissent en ce moment des trajectoires, des moments d’apogées, mais ça serait peut-être un cycle vertueux ou une faiblesse du camp de la gauche socialiste et social-démocrate

Si des formes nouvelles de l’action collective ont vu le jour au milieu des années 1990 imposant aux politiques une redéfinition des problématiques liées aux mouvements sociaux et de leur rapport aux partis. Les conquêtes qui ont marqué les siècles précédents sont celles des droits civiques, puis suivra les droits politiques qui consacrèrent des régimes démocratiques dans les pays occidentaux et un fort
mouvement de décolonisation c’est en ce moment que la gauche progressiste avait connu des conquêtes. 

Les sociétés occidentales ont consacré des droits sociaux au milieu du siècle passé, qui sont principalement défendus par un mouvement ouvrier, ce sont des mouvements tournés essentiellement sur la redistribution des fruits de la production et du capital. 

Mais une question reste entièrement posée: quelle est l’articulation entre les luttes de classes qui revendiquent une redistribution et les mouvements de lutte pour la reconnaissance des différences

Nancy Fraser dans son ouvrage de dialogue avec Axel Hannoth, consacré à la nouvelle redéfinition des concepts de justice sociale, redistribution, reconnaissance… pose les clés de cette problématique, mais sans apporter une réponse à notre problématique

Après la société post industrielle, post capitaliste c’est dans l’optique d’une critique du socialisme qu’on peut opérer des redéfinitions nécessaires pour une meilleure prise en charge des nouveaux clivages entre redistribution et reconnaissance

La lutte pour la reconnaissance, en un peu de temps, devenue “la forme paradigmatique du conflit politique à la fin du XX siècle. Les revendications de reconnaissance d’une différence alimentent les luttes des groupes mobilisés sous la bannière de la nationalité, de l’ethnicité, de la “race», du genre et de la sexualité” 

Malgré le contexte de mondialisation inégalitaire, les disparités entre le nord et le sud, l’hégémonie du capitalisme financier qui a vite prit la place du capitalisme industriel, la chute du bloc communiste, le concept de lutte des classes a-il encore raison d’existence

Nancy Fraser tente une réponse a travers une autre façon de repenser les deux thématiques car cela nous impose d’autres défis “prendre comme un défis intellectuel et pratique qui nous oblige à développer une théorie critique de la reconnaissance, une théorie qui ne se réclame que des composantes de la politique, de la différence culturelle qui peuvent être combinées à une revendication sociale d’égalité( ….) car ce n’est qu’on intégrant la reconnaissance et la redistribution que nous pourrons parvenir à élaborer le cadre théorique -critique dont notre époque a besoin” 

Il est vital de mettre ensemble, en simultané dans le cadre de l’amorce d’un cadrage théorique, la redistribution comme revendication résultante d’une accumulation du capitalisme financier, et la reconnaissance, car les stratégies identitaires nous reprochent ou nous éloignent de l’égalité sociale

C’est à ces défis que les nouveaux mouvements sont attelés à répondre sans retomber dans les clivages figés des luttes de classes, le mouvement ouvrier qui se projetait dans des horizons plus prometteurs, ou dans l’avenir avait vu ses ambitions à la baisse car il s’est contenter de défendre des acquis est ce que cela dénote une crise ou une tentative de lecture nouvelle

Les événements de décembre 1995 ont marqué une nouvelle phase dans la lecture et l’analyse des mouvements sociaux, il s’agit d’un fait politique majeur “pourtant les rapports de ces mouvements sociaux à la politique apparaît ambigu, et beaucoup de constater la césure profonde entre ces mouvements et la politique institutionnelle pour s’en féliciter ou, à l’inverse pour le regretter” 

Si le mouvement syndical est pensé comme un instrument pour organiser les ouvriers, il reste néanmoins que la conception marxienne préconise ” que le mouvement syndical organise la classe ouvrière en vue de son émancipation et soutienne tout mouvement social et politique qui tend à ce but” 

La conception marxienne se trouvait quelques années plus tard heurtée à une série d’interprétations présentent à nos jours, à travers un débat entre le modèle énarcho – syndicaliste d’une part et le social démocrate d’autre part

La tradition française marquée par une indépendance du mouvement syndical, à cela on pourrait rajouter le poids des années de méfiance qui ne cesse de se développer entre la sphère politique et les mouvements sociaux

On pourrait observer une déconnexion entre les deux sphères, une autonomie des champs, ce qui contraste avec la conception marxienne

on a une diversité de champs ou de secteurs animés par des logiques qui ne sont pas réductibles les unes aux autres (l’univers associatif, le syndicalisme, le monde intellectuel, ou la politique institutionnelle) avec leurs langages, leurs règles, et leurs rythmes propresmais face à ce constat qu’elles sont les convergences stratégiques entre les deux sphères

Par Ahmed de Paris 

promouvoir une « guerre de religion » sous le prétexte de la lutte anti-terroriste.

Monsieur,  Je vous prie d’insérer cette participation dans votre blog. Il s’agit d’un extrait tiré d’un ouvrage en cours d’élaboration (pour lequel je cherche un éditeur !) dans lequel je propose une analyse élémentaire de la politique des USA, qui permet de conclure à une volonté « naturelle » de promouvoir une « guerre de religion » sous le prétexte de la lutte anti-terroriste. 

« …Aujourd’hui, cet état d’esprit se manifeste de façon psychotique, complètement déréglée: on forme des terroristes pour mener à bien sa propre action contre un ennemi donné  à un moment donné (est ennemi des USA toute entité qui fonctionne sur des bases politiques autres; les russes il y a peu), comme si ces terroristes allaient se dissiper dans l’air une fois l’ennemi vaincu. Comme si la possibilité de devenir ultérieurement la cible des pratiques terroristes transférées de cette façon ne venait pas à l’esprit des entraîneurs. Comme si ces entraîneurs, dont personne ne peut aujourd’hui nier l’origine occidentale, ne mesuraient pas les implications objectives de leurs actes. Comme si ces super Captain’s dont l’offensive glorieuse justifie le recours à tous les moyens n’imaginaient pas un seul instant que les terroristes qu’ils forment pourraient un jour se retourner contre leurs maîtres… Comme si ces maîtres étaient des… enfants et qu’ils continuaient à jouer au gendarme et au voleur, eux étant naturellement les gendarmes. Et dans leur naïveté insondable, ils fabriqueraient des soldats de plombs qui, au claquement de doigts… Que dis-je ? Au signal électronique, ces soldats de plomb feraient les méchants pour eux. Pourquoi ? Grandissons un peu et imaginons l’intérêt possible de cette stratégie déviante. 

Quand on est informé que toutes leurs incursions extraterritoriales (parlant des USA) ont pour raison déclarée la défense de leur mode de vie, slogan repris en leitmotive sectaire par l’Europe après les attentats du 11 septembre, il y a de quoi s’interroger sur ce que l’on entend par loi, conventions internationales, justice, droits de l’homme, liberté d’entreprise, tous supports intégraux du dogme libéral. Surtout quand on sait qu’aucun état libéral ne pratique aucun de ces fondements de façon ne serait-ce qu’équivalente. » 

Bien à vous  Wi Yilan’ 

L’Amérique des “Coups-leurres” !

Par Chafaa Bouaiche

Durant les cinq mois des primaires démocrates aux Etats-Unis, la couleur de la peau du candidat Barack Obama a presque pris le dessus sur les questions programmatiques et les positions des candidats sur les questions stratégiques. Les journalistes du monde entier s’interrogeaient si, face à Hillary Clinton, les Américaines éliront un candidat noir, de surcroît de descendance africaine, à l’investiture démocrate. A la fin des primaires qui se sont soldées par la victoire du sénateur de l’Illinois, les spécialistes, experts, analystes politiques et journalistes affirment que le fait qu’un homme noir parvient à être candidat à la présidence des Etats-Unis est un «fait extrêmement important» pour la société américaine. Un expert onusien a affirmé dans ce sens que «le fait qu’un Afro-Américain atteint ce niveau signifie quelque chose d’extrêmement important». Aujourd’hui, c’est une autre question qui taraude les esprits, celle de savoir si les Américains «oseront» élire pour la première fois un Noir à la tête de la première puissance mondiale. Par ailleurs, les peuples arabes espèrent que le Noir Obama, une fois à la Maison-Blanche, opérera un changement dans la politique arabe des Etats-Unis et notamment au Moyen-Orient. Malheureusement, le candidat démocrate à l’élection de novembre, au lendemain de l’annonce de sa victoire, a mis fin à tout espoir quant à une éventuelle évolution de la position américaine sur la question palestinienne. En effet, Obama a réaffirmé la position américaine qui consiste à apporter un soutien sans condition à Israël et sa politique de répression. «Jérusalem restera la capitale d’Israël et elle doit rester indivisible», a déclaré M. Obama à l’occasion de sa première intervention publique depuis qu’il a remporté l’investiture démocrate. Conscient du rôle que joue depuis toujours le lobby pro-israélien aux Etats-Unis, dans les différentes élections américaines, Barack Obama a décidé de donner des gages de son engagement en faveur d’Israël. La déclaration du candidat noir a provoqué une levée de boucliers parmi les responsables palestiniens. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, en rejetant les propos d’Obama, a déclaré qu’El Qods est l’un des dossiers en cours de négociation. «Tout le monde sait parfaitement qu’El Qods-est a été occupée en 1967 et nous n’accepterons pas un Etat sans El Qods, cela doit être clair», a-t-il affirmé. La position d’Obama a le mérite de clarifier deux choses : que les chances de parvenir à la paix au Moyen-Orient sont remises en cause et que, sur la politique étrangère, les Américains, quelle que soit leur appartenance politique ou la couleur de leur peau, adoptent les mêmes prises de position. «Le discours d’Obama détruit tout espoir d’un changement dans la politique américaine sur le conflit arabo-israélien», a affirmé un porte-parole du Hamas. Désormais, après avoir connu la couleur de sa peau, les Arabes connaissent la position d’Obama sur la question palestinienne, puisqu’il vient d’annoncer la couleur !

Que fera l’Algérie si les rebelles touaregs revendiquent l’indépendance ?

 

targ.jpgLa gravité des émeutes de Berriane, Chlef et Oran n’a pas empêché Zerhouni et Ould Kablia de tenir des propos burlesques en évoquant la «main de l’étranger». Au lieu de disserter sur leurs inepties, la presse devrait plutôt se demander pourquoi ces dinosaures du MALG sont encore à la tête de l’Etat 46 ans après l’indépendance.

 

Odieusement insensibles aux souffrances du peuple et de la jeunesse, ils ont vite oublié qu’ils ont été incapables de remarquer cette fameuse intervention étrangère avec le prosélytisme évangélique. Installés depuis 10 ans aux commandes des ministères de l’intérieur et des collectivités locales, ils auraient dû déceler ces associations protestantes suspectes. Leur compère Ali Tounsi, ex-colonel de la SM et patron de la police depuis 13 ans, n’a rien vu venir lui non plus. Leur ancien subordonné, le général Mediene dit Toufik, patron du tout puissant DRS, est resté aveugle depuis 18 ans qu’il est collé à son fauteuil. Leur cécité a abouti à un piteux résultat. Dépassé par la «découverte médiatique» du phénomène évangélique, le pouvoir a dû recourir à la plus abjecte des répressions. Faire condamner quelques convertis pour faire peur aux autres. C’est le degré zéro de l’injustice délirante. Une infamie qui a provoqué une indignation internationale justifiée contre cette grave atteinte aux libertés de conscience et de croyance. La procédure judiciaire anti-religieuse et anti-constitutionnelle est aussi une grave insulte à l’esprit de tolérance qui a toujours régné en Algérie où sont nées plusieurs congrégations chrétiennes depuis les Chanoines et les Augustiniennes de Saint-Augustin, l’Algérien de Souk-Ahras, à celles inspirées par Charles de Foucauld mort à Tamanrasset et enterré à In Salah.

 

 

Toujours occupés à chercher la «main de l’étranger» dans les ordinateurs de Berriane, nos irresponsables du renseignement ne la voient pas s’agiter à nos frontières sud au cœur de la rébellion touareg au nord du Mali et du Niger. En monopolisant tous les leviers du renseignement, et en censurant la presse, les dinosaures du MALG et de la SM ont mis notre pays aux portes d’un grave danger que la «main de l’étranger» n’a jamais cessé de manipuler: la revendication d’indépendance du pays touareg.

 

Avec deux portables accrochés aux oreilles et les doigts sur le clavier pour envoyer des mails, nos officiers du DRS sont trop occupés à gérer leur business personnel. Ils n’ont pas entendu les derniers coups de semonce qui aurait réveillé même un sourd. Une vaste opération de réorganisation et des luttes de leadership au sein des mouvements rebelles touaregs malien et nigérien sont en train de s’animer sous influence étrangère. La manœuvre vise à provoquer une jonction des deux rébellions. Si l’union des mouvements aboutit, la suite logique devient évidente: la sécession entre le nord et le sud, la scission entre les pouvoirs «noirs» de Niamey et Bamako et les touaregs «blancs».

 

La «main de l’étranger» qui agit depuis des années dans cette région du Sahel ne s’en cache pas. Elle a tissé au grand jour des liens avec les chefs de tribus et les notables touaregs. Cette main est multiple, à la fois libyenne, américaine et française, comme dans un tour de table de poker où les cartes sont redistribuées..

 

Khadafi a déclaré depuis quelques années son vœu de voir se créer une «République du Grand Sahara», sous-entendu touareg. Dans ses déclarations apparemment loufoques, Khadafi semble être un adepte du dicton algérois «khalatha tassefa», ce qui se traduit par «mélange tout et ça se décantera». Dans le Sahel, le mélange libyen risque d’être explosif. Il est bon de rappeler que le Tchad, où Khadafi a pratiqué sa théorie du chaos, ne s’en est toujours pas relevé.

 

La Libye soutient financièrement et militairement les rebelles et veut s’imposer comme médiateur à la place du voisin algérien… face à une étonnante passivité de nos services.

 

La main américaine a un objectif clair et avoué: son projet d’Africom vise l’installation d’une base militaire dans la région. En attendant de connaître le remplaçant de Bush en novembre, la pression circulaire à double sens giratoire qu’exerce les américains sur chacun des pays du Maghreb et du Sahel fait penser à une roulette de casino. Elle finira bien par s’arrêter et afficher le numéro gagnant. Pour les Américains, la persistance de la rébellion touareg et l’éventuelle revendication d’indépendance serait une chance inouïe pour museler Niamey, Bamako et … Alger. Après avoir envahi l’Irak pour contrôler le pétrole du Moyen-Orient, l’installation militaire américaine en Afrique est inéluctable pour contrôler le pétrole africain, à moins d’une opposition radicale russe et chinoise.

 

Quant aux Français, cela fait bien longtemps qu’ils accordent aux touaregs une attention très soutenue dans ce que l’ethnologue Paul Pandolfi appelle «une relation triangulaire des hommes bleus avec les populations arabes au nord du pays touareg et les populations noires d’Afrique sahélienne au sud». Les Français n’ont toujours pas digéré les accords d’Evian où ils ont dû concéder «l’intégrité territoriale algérienne sur le Sahara» en échange de la poursuite des essais nucléaires. Ils regrettent amèrement leurs tracés coloniaux qui ont englouti le pays touareg bien que les hommes bleus avaient leur structuration sociale, tribale et géographique. Un roi, l’Aménokal régnait sur trois strates: les nobles (ihaggaren), les tributaires (Kel-Ulli) et les esclaves (Harratines). Le tout réparti en territoires distincts (Kel-Ahaggar, etc …).

 

Le mythe du pays touareg est constamment entretenu, que l’on peut résumer dans cette définition d’Albert Camus: «Depuis toujours, sur la terre sèche, raclée jusqu’à l’os, de ce pays démesuré, quelques hommes cheminaient sans trêve. Ils ne possédaient rien, mais ne servaient personne. Seigneurs misérables et libres d’un étrange royaume».

 

On se souvient que la première rébellion (91-95), des «amis de la cause touareg» ont été activés en Europe en affichant un slogan provocateur: «Touaregs: un peuple doit-il disparaître pour exister?».

 

La nomination surprise, et apparemment précipitée, de l’actuel ambassadeur de France à Alger comme coordonnateur des services de renseignement à l’Elysée, a certainement un lien avec le suivi de la recomposition des rapports de force au Maghreb et au Sahel autour des nouveaux gisements gaziers du sud-ouest algérien où Gdf a des intérêts.

 

Les rebelles nigériens du MJN ne reconnaissent plus les accords de paix de 95, bâclés par des médiateurs algériens qui ont cru éteindre le feu, mais ont laissé couver les braises. Les retards à l’allumage de la diplomatie algérienne sont très curieux face à la demande insistante de médiation des rebelles maliens. Le récent assassinat de négociateurs touaregs dans l’affaire des otages autrichiens est tout aussi étrange. Nos services semblent avoir perdu complètement les cartes du conflit.

 

Sur le plan économique, aucun dirigeant algérien n’a jamais mis en œuvre un vrai partenariat avec nos voisins du Sahel, comme le souhaitaient Boumediene et Med Seddik Benyahia. Pour mesurer la totale indifférence et le quasi mépris affiché par les autorités algériennes, il suffit de citer l’exemple du poste frontalier d’Assamaka sans électricité puisqu’il se trouve à 200 Kms d’Arlit la première ville nigérienne. Est-ce trop demander de tirer un câble électrique depuis In Guezzam qui se trouve à moins de 30 Kms?

 

En l’absence de toute coopération commerciale et douanière, les touaregs algériens sont contraints de recourir à la «contrebande» pour subvenir aux besoins alimentaires et en carburant de leurs cousins nigériens et maliens.

 

Le danger permanent de scission touareg est donc ancien et connu. C’est la capacité algérienne d’anticipation et de réaction qui semble avoir été anéantie. Comme si la «main de l’étranger» avait infiltré le système-DRS au plus haut niveau pour l’anesthésier. Les observateurs avertis s’interrogent sur le satisfecit distribué récemment par Condoleeza Rice qui a considéré que « l’Algérie est championne de la sécurité régionale et internationale ». Alors qu’on est visiblement très loin de l’efficacité des services égyptiens, tunisiens, marocains, saoudiens,… Cela fait 18 ans (?) que le pays baigne dans le sang d’un terrorisme sans fin.

 

Quoi qu’il en soit, l’incompétence avérée et répétée de nos services de renseignement porte un grave préjudice à la sécurité du pays : corruption, détournements, scandale Khalifa, crise kabyle, évangélisation, terrorisme,… et maintenant une menace réelle contre notre propre intégrité territoriale.

 

L’extrême gravité de la situation appelle une dissolution du DRS comme une urgence absolue et la réorganisation immédiate des services secrets, en prenant le soin de séparer les structures, les responsabilités et les tutelles, et en leur imposant des contrôles budgétaires et parlementaires. Un nettoyage des corps constitués s’impose pour les débarrasser de tous les affairistes et les dinosaures, et les remplacer par des élites modernes douées d’intelligence politique et de probité morale. La presse aussi doit être libérée de toutes les entraves qui empêchent le journaliste d’être «l’agent de renseignement» de l’opinion publique.

 

Si le pouvoir algérien persiste dans l’immobilisme que lui imposent les «mandats à vie», l’équation à laquelle le pays risque d’être bientôt confronté va être dramatique. Au cas où la revendication d’indépendance du pays touareg s’exprime et se structure, que fera l’Algérie? Va-t-elle soutenir «le principe d’autodétermination des peuples» comme elle le fait depuis plus de trente ans avec le Front Polisario? Ou bien va-t-elle défendre «l’intégrité territoriale» de ses pays voisins? Sachant que le pays touareg s’étend de l’axe Tombouctou-Agadez jusqu’au Hoggar et Tassili. Quelle terrible équation. Insoluble?

 

 

Par Saad Lounès

Emigration algérienne : quel rapport pour quel apport ?

Le nombre d’Algériens vivant à l’étranger a connu une augmentation très importante au cours des dernières années. En effet, 5 millions d’Algériens vivent en dehors de leur pays, dont 4 millions résident en France. Ces chiffres représentent environ 15% de la population algérienne. Si, durant la guerre de libération et même après l’indépendance nationale, l’émigration algérienne constituait un réservoir de main-d’œuvre dans lequel puisaient les entreprises françaises, ces dernières années, ce sont plutôt des cadres, professeurs, chercheurs, médecins, ingénieurs qui fuient le pays à la recherche de conditions de vie décentes et meilleures. Ils sont plus de 300 000 cadres algériens à travailler à l’étranger ! Ce chiffre donne froid dans le dos, mais ne semble pas émouvoir les autorités du pays. Au lieu de réfléchir à une stratégie d’organisation de notre émigration à l’étranger, même si cela est nécessaire, l’Algérie devra, plutôt, réfléchir aux solutions aux nombreux problèmes qu’évoquent nos cadres et qui  freinent l’état d’avancement de la recherche dans notre pays. Réduits, dans la plupart des cas, à la plus affreuse misère, en travaillant pour des salaires dérisoires et dans des conditions lamentables, les cadres algériens optent pour l’émigration qui leur offre des conditions plus favorables à leur épanouissement personnel et professionnel. Mais une fois à l’étranger, nos émigrés et particulièrement nos cadres, sont-ils tenus de contribuer au développement de l’Algérie ? Pour ce faire, les conditions sont-elles réunies ? Notre émigration est-elle organisée ? Les associations déjà existantes jouent-elles le rôle de passerelles entre nos émigrés et le pays ? Aujourd’hui, il est malheureux de constater que les raisons ayant précédé au départ de nos cadres sont pratiquement les mêmes qui les empêchent de contribuer au développement du pays. Durant les dernières années, de nombreux émigrés ont tenté d’investir en Algérie, mais sont vite repartis. Ils sont découragés par les tracasseries bureaucratiques. Alors que les migrants tunisiens ont rapatrié en 2007 des avoirs estimés à 2,206 milliards de dinars (1,223 milliard d’euros), dont 1,7 milliard sous forme de transferts monétaires, les transferts de migrants algériens sont pratiquement insignifiants. En Tunisie, ces fonds transférés représentent 5% du PIB et 23% de l’épargne nationale ! Les expatriés tunisiens ont contribué à la réalisation de plus de 10 000 projets durant les 20 dernières années (44 000 emplois). Il est urgent de réfléchir à une stratégie d’organisation de notre émigration et sur sa contribution dans le développement national. Les participants au colloque sur «la communauté algérienne établie à l’étranger», qui se tient depuis hier à Alger, organisé par la commission des affaires étrangères de l’APN, doivent se pencher sérieusement sur le problème de l’apport de notre émigration au développement du pays. Le colloque devra sortir avec de véritables recommandations, des orientations claires, et bien entendu mettre en place une instance qui doit veiller à l’application rigoureuse des résolutions. La rencontre aspire aussi, selon les organisateurs, à identifier les voies et moyens permettant d’aider les quelque 5 millions d’Algériens vivant à l’étranger à s’intégrer dans les pays d’accueil et à protéger leurs droits. La tâche est tellement importante qu’elle exige, pour sa réalisation, l’implication de tous les acteurs, dans un travail permanent qui va au delà du colloque de Djenane El Mithak.  

Par Chafaa Bouaiche

«Des crimes contre l’humanité»

disparus.jpgPAR Salima Mellah, Politis, jeudi 29 mai 2008
http://www.politis.fr/Des-crimes-contre-l-humanite,3833.html
     
Des experts de l’ONU dressent un bilan peu reluisant des droits de l’homme en Algérie et remettent en cause la version officielle de la «sale guerre». L’analyse de Salima Mellah*.

À Genève, le Comité des droits de l’homme et le Comité contre la torture de l’ONU ont examiné en octobre 2007 et avril 2008 la situation des droits de l’homme en Algérie. Et le bilan est peu reluisant pour un régime qui passe pour être un maître de la diplomatie onusienne. Revers d’autant plus remarqué que depuis l’arrivée à la présidence de Bouteflika en 1999, officiels et médias s’entendent pour constater que l’époque de violence est, malgré quelques attentats spectaculaires, définitivement révolue.
Pourtant, l’imposante délégation algérienne, dirigée par le représentant permanent Idriss Jazaïri, n’a pas ménagé ses efforts pour expliquer aux comités le défi qu’a dû relever l’Algérie, seule, depuis 1992, pour « venir à bout du terrorisme ». Un terrorisme qui, sans l’intervention de l’armée, aurait « mis en danger le pays ». Afin de mettre un terme à la « tragédie nationale » — terme consacré englobant toutes les victimes —, les initiatives de « concorde civile » en 1999 puis de « réconciliation nationale » en 2006 auraient permis de tendre la main aux égarés et de favoriser la paix.

Mais les membres des comités de l’ONU ne se sont pas laissés impressionner par ces plaidoyers présentant contre toute évidence l’Algérie comme un État attaché à la défense des droits de l’homme et plaçant « le droit à la vie au-dessus de toute autre considération».
Pour eux, la lutte antiterroriste conduite depuis 1992 par l’armée algérienne ne peut en aucun cas justifier les graves violations enregistrées. Les experts ont ainsi relevé que l’état d’urgence toujours en vigueur est la négation même de l’État de droit, ouvrant la porte à tous les abus. Et que la loi antiterroriste de 1992, intégrée dans le Code pénal, comporte des dispositions contraires aux principes internationaux : la définition floue du terrorisme permet toutes les dérives répressives, des mineurs de 16 ans sont reconnus pénalement responsables, la garde à vue peut atteindre 12 jours (et souvent plus en pratique), l’utilisation dans les procédures judiciaires d’aveux extorqués sous la torture n’est pas explicitement interdite, etc.
Les experts ont dénoncé les centres de détention secrets du Département du renseignement et de la sécurité, la pratique courante de la torture, les disparitions forcées et les massacres ni élucidés ni sanctionnés. Particulièrement sévère, Sir Nigel Rodley, membre du Comité des droits de l’homme, a souligné que des milliers d’enlèvements et de décès ainsi que les massacres ne peuvent être le fruit du hasard : il s’agit là de «crimes contre l’humanité pour lesquels il est difficile de ne pas imaginer qu’ils soient la conséquence d’une pratique systématique ».
Plusieurs experts du Comité contre la torture, évoquant le traitement inadéquat du dossier des disparitions forcées, ont également insisté sur la qualification de « crime contre l’humanité ».

Au centre de l’intérêt de l’ONU, l’amnistie générale préconisée par l’article 45 de l’« ordonnance d’application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale », que les experts recommandent d’amender. Ainsi le Comité des droits de l’homme constate « avec préoccupation que de nombreuses et graves violations des droits de ’homme auraient été commises notamment par des agents publics, en toute impunité, et continueraient de l’être ». Tandis que le Comité contre la torture conseille de « prendre sans délais toutes les mesures nécessaires pour garantir que les cas de torture passés ou récents, y compris les cas de viols et de disparitions forcées, fassent l’objet  d’enquêtes systématiques et impartiales, que les auteurs de ces actes soient poursuivis et sanctionnés ».

M. Jazaïri, ulcéré, a lancé aux experts qu’ils étaient guidés par des « préjugés » et s’est demandé s’ils parlaient vraiment de l’Algérie : « On avait l’impression que vous parliez d’une dictature ! » Effectivement, comment qualifier autrement le régime issu du coup d’État de 1992, même s’il a cherché à se donner une façade pseudo-démocratique ? Quand la suprématie des militaires semblait menacée, ces derniers ont répondu par la suspension de la Constitution et du Parlement, l’instauration de l’état d’urgence et la mise en place d’une « machine de mort » répandant une terreur comparable à celle qu’a vécue l’Argentine. Pendant ce temps, étaient adoptées sous le diktat du FMI des mesures économiques des plus impopulaires. Aujourd’hui, malgré les pétrodollars et la démocratie de façade, les droits élémentaires continuent d’être bafoués. En témoignent les protestations, révoltes et grèves quasi quotidiennes, souvent réprimées dans la violence.
L’ONU a, pour la première fois avec une telle sévérité, souligné la responsabilité de l’État dans les crimes commis en Algérie. Face au déni imposé sous forme de loi, l’institution internationale exige l’application des principes de droit international en principe reconnus par l’Algérie et compte bien, jusqu’au prochain examen, contrôler l’application de ses recommandations.

Ouvrir l’audiovisuel au privé ou ouvrir l’ENTV au public ?

logoentv.gifPar Chafaa Bouaiche, La Tribune du 6 mai 2008 

Le «débat» sur la «nécessité» d’ouvrir l’audiovisuel au privé s’est encore une fois invité en Algérie à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale de la liberté de la presse. En effet, lors de la cérémonie qu’il a organisée en l’honneur des journalistes ou à l’occasion de son passage au forum de l’ENTV, le ministre de la Communication, M. Abderrachid Boukerzaza, a été interrogé au sujet d’une éventuelle ouverture du champ audiovisuel au privé. La réponse de M. Boukerzaza est sans ambiguïté : l’ouverture de l’audiovisuel, a-t-il expliqué, doit passer par plusieurs étapes, soulignant que la plus importante, déjà réalisée, est celle relative à la création d’agences de communications et de production audiovisuelle «qui existent actuellement en grand nombre en Algérie». Même s’il est vrai que le nombre d’agences de production audiovisuelle est important dans notre pays, beaucoup de gens se posent la question sur l’identité de leurs propriétaires. D’ailleurs, de nombreux spécialistes dans le domaine de la communication savent, par exemple, que des journalistes, payés par l’ENTV, ont créé leurs propres «boîtes». Ainsi, la télévision publique leur assure des salaires, sans travailler, en leur qualité de journalistes et des marchés en leur qualité de patrons. Aussi, il faut souligner que l’octroi des marchés ne se fait pas souvent dans le respect des règles et des critères qu’exige la loi. Ce qui fait que beaucoup de produits émanant de ces agences privées frôlent la médiocrité… Par ailleurs, le programme de l’ENTV est médiocre, la qualité du son et de l’image laisse à désirer. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui ont fait que l’Algérien, de plus en plus exigeant, a décidé de tourner le dos à la télévision de son pays.
Une question se pose aujourd’hui : l’ouverture de l’audiovisuel au privé apportera-t-elle un quelconque changement ? Les Algériens ne peuvent être que sceptiques, car l’existence d’une presse privée ne reflète pas forcément l’existence d’une presse libre et professionnelle. Si l’ENTV n’ouvre ses portes aux partis de l’opposition, par exemple, que lors des campagnes électorales, qui pourra garantir aux Algériens qu’une télévision privée ne fera pas autant ou pire ? Aujourd’hui, en cédant au pouvoir de l’argent les secteurs de la presse écrite et de l’audiovisuel, l’Algérie risque de mettre en péril une profession pour laquelle de nombreux journalistes ont sacrifié leur vie.
L’urgence n’est pas à l’ouverture de l’audiovisuel au privé mais plutôt d’ouvrir la télévision algérienne au public. Pour ce faire, il suffit de réhabiliter le caractère de service public de l’ENTV. Un service longtemps remis en cause par les opportunistes, les arrivistes et les corrompus que seul le gain facile motive. Notre télévision publique doit avoir l’ambition de s’ancrer y compris en dehors des frontières algériennes. Et ce n’est certainement pas avec son rythme actuel et la déliquescence de ses programmes qu’elle réussira cette mission. Il est grand temps que les autorités politiques du pays prennent les choses en main pour rendre aux Algériens leur télévision.

Des négationnistes dans le pouvoir algérien

Le Dr Amine Zaoui et le Dr Abdelmadjid Chikhi sont deux membres éminents de l’intelligentsia algérienne, l’élite des élites. Universitaires au plus haut degré, grands commis de l’Etat, écrivains et poètes, ils assument les plus hautes responsabilités dans la préservation de la mémoire collective de la Nation. Amine Zaoui est le directeur général de la Bibliothèque Nationale, Conservateur du patrimoine culturel, gardien des trésors littéraires, manuscrits, et livres anciens. Abdelmadjid Chikhi est le directeur général des Archives Nationales, Conservateur de l’Histoire, gardien du temple de la mémoire.  

Leurs compétences et leurs fonctions les ont hissés au rang de formateurs des élites. Parfaits bilingues, ils interviennent souvent sur les ondes de la radio et la télé dans des émissions littéraires et historiques. Ces deux érudits ont l’habitude d’organiser des rencontres publiques pour transmettre le Savoir aux universitaires et aux jeunes générations. C’est justement ce qu’ils envisageaient de faire dans un colloque pour commémorer le cinquantenaire de la conférence de Tanger… avant de se voir signifier un ordre de l’annuler. 

C’est Abdelhamid Mehri, un des rares acteurs vivants de notre glorieuse Révolution présent à la conférence de Tanger en 1958, qui nous l’apprend dans sa lettre de protestation adressée au président Bouteflika: «J’ai participé, depuis deux mois ou plus, avec le frère, directeur général du Centre national des archives et le Docteur Amine Zaoui, directeur de la Bibliothèque nationale, à la préparation d’un colloque historique à caractère scientifique se rapportant au cinquantenaire de la conférence de Tanger qui a regroupé, en avril 1958, les partis qui ont conduit la bataille des indépendances en Tunisie et au Maroc, et le Front de libération nationale. J’ai été informé hier, 14 avril, que des instructions fermes, dont je ne connaissais pas la source, ont été signifiées aux deux institutions afin d’interrompre l’ensemble des dispositions et préparatifs de ce colloque et à renoncer définitivement à sa tenue», écrit l’ex-secrétaire général du FLN dans cette lettre datée du 15 avril. 

Abdelhamid Mehri ignore les motifs et l’origine de cette annulation. «Je ne sais toujours pas se qui s’est produit. Abdelmadjid Chikhi et Amine Zaoui m’ont juste confirmé qu’ils avaient reçu des instructions pour tout arrêter. Mais ils ne m’ont pas donné la source qui a donné ces instructions». Il ajoute: «Je pense, Monsieur le président, que vous imaginez bien l’ampleur de la surprise, du choc et de l’embarras provoqués par cette décision et la gravité des interrogations qu’elle suscite. Il n’est guère besoin d’un surcroît d’explications, vous êtes, par votre passé et par votre position, suffisamment instruit pour percevoir toutes les dimensions de ces questions.» On imagine aisément le tollé qu’une telle infamie aurait provoqué dans des pays qui se respectent. 

Mehri, qui n’a pas été «autorisé» à se rendre à Tanger, confirme ainsi indirectement les pressions qu’a subi le FLN pour boycotter la rencontre. Des informations ont même été publiées dans ce sens, avant de «préciser» que Belkhadem n’allait pas à Tanger en tant que chef du gouvernement. Ce témoignage de Mehri, ajouté au mauvais traitement médiatique des retrouvailles de Tanger, prouve que l’Etat algérien est infesté de négationnistes au plus haut niveau qui veulent interdire le devoir de mémoire, l’évocation de l’Histoire et donnent des instructions en ce sens à des institutions et à la presse qu’ils contrôlent. 

Ce nouveau scandale ne doit pas en rester là. Il prouve à ceux qui font encore semblant de l’ignorer que le sabotage des fondements historiques et révolutionnaires de l’Etat est très profond. Ceux qui viennent ainsi piétiner notre mémoire en bafouant la noble mission de Zaoui et Chikhi sont les mêmes qui ordonnent aux magistrats de condamner des innocents «au nom du peuple». Ce sont eux qui, dans l’ombre qu’ils affectionnent, ordonnent aux banquiers de délivrer ou bloquer des crédits, ordonnent aux ministres de délivrer ou bloquer des agréments, etc…. Imbus de leur pouvoir occulte et dans leur sentiment d’impunité, ils s’imaginent que les hauts serviteurs de l’Etat et du peuple ne sont qu’à leur service… et ne se rebellent  jamais. 

Il ne s’agit même plus d’un combat politique, mais de dignité. On a empêché Amine Zaoui et Abdelmadjid Chikhi d’exercer leur métier, l’essence même de leur raison d’être. A travers eux, c’est toute l’élite algérienne qui subit une fois de plus l’humiliation, une grave insulte à son intelligence et à son honneur. De quel droit des renégats de l’Histoire, tapis dans l’ombre du pouvoir, ont-ils osé porter une telle atteinte à la probité intellectuelle. Et de quel droit ne doivent-ils pas être dénoncés. Doit-on espérer que les martyrs ressuscitent de leur tombe pour laver cet affront fait à la Révolution? Ces négationnistes, traîtres de la Nation, doivent être montrés du doigt, lâchés à la vindicte populaire et bannis des fonctions qu’ils occupent. 

Lorsqu’il n’y a plus d’arbitre pour faire respecter les règles, lorsque l’entourage devient indifférent et impuissant, lorsqu’on porte atteinte à leur honneur, à leur réputation et aux fruits de toute une vie de labeur, il ne reste qu’une seule chose à faire à Amine Zaoui et Abdelmadjid Chikhi, ainsi qu’à toutes les élites. Imiter le plus célèbre des algériens, Zinedine Zidane, qui a lavé un simple affront verbal d’un coup de boule devant un milliard de téléspectateurs. Il a préféré défendre son honneur que soulever le trophée de la Coupe du monde. Son trophée, c’est d’abord sa dignité. Il en est sorti encore plus grand et son aura a dépassé les frontières du football. 

Cette grave insulte à l’intelligence et à notre glorieuse Révolution peut-il enfin être compris comme un dernier signal d’alerte, un appel ultime à la révolte contre un pouvoir primitif, inculte, anti-révolutionnaire et anti-populaire qui dicte leur conduite aux intellectuels et aux grands commis de l’Etat assermentés. Les élites doivent enlever leurs lunettes, poser les stylos, dédaigner les privilèges, se relever et se battrent. «Arfaâ rassek ya ba !» Par Saâd Lounès

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