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Affaire Matoub: témoignage émouvant de Mohamed Cherbi !

Je travaillais dans un parking de voitures tout à côté de l’hôpital à Tizi-Ouzou. Le 27 février 2002 à 11h 30 j’ai vu une voiture arriver. L’ami qui travaillait avec moi a vu trois voitures. Deux hommes en civil en descendent et se dirigent vers moi. Chacun me prend par un bras et ils m’ordonnent de les suivre. A ce moment je ne sais pas qui sont ces hommes, sont-ils des policiers, des gendarmes, des hommes de la Sécurité militaire ? Ils ne m’ont rien dit d’autre, ne m’ont pas annoncé que j’étais en état d’arrestation. Ils ne m’ont même pas demandé si j’étais bien M. Cherbi. Ils m’emmènent vers la voiture, me mettent un sac noir sur la tête et placent des menottes. Ils essaient de m’apaiser: “t’inquiète pas Mohamed, il faut être correct avec nous, tu es en sécurité avec nous, rien ne t’arrivera”.
Je pensais que j’étais arrêté en raison des évènements en Kabylie auxquels j’avais participé. 

Là où je travaille, le secteur militaire n’est pas loin et le central de police non plus. Le trajet a duré quelques minutes. En fait cinq minutes après l’arrestation, je me trouvais dans un bureau. Je pensais que j’étais au Central. On m’a enlevé la cagoule. Les trois qui m’ont arrêté sont dans la pièce, l’un d’entre eux s’appelle Kader, il est de Ain-Defla. C’est un agent du DRS et c’est lui qui me torturera. 

Un monsieur entre avec un gros dossier entre les mains. Il ferme la porte derrière lui et c’est là que je vois que derrière cette porte est accrochée une tenue militaire de combat. Et je comprends que je me trouve au secteur militaire. 

L’homme qui est entré m’aborde en disant: “sois avec nous, viens avec nous, n’aies pas peur”. Je réponds que je n’ai rien fait, que je travaille et c’est tout, il rétorque: “je sais que tu n’as rien fait mais sois correct avec nous, sois un homme, t’inquiète pas.” A ce moment, ils ne m’ont toujours pas dit pourquoi j’ai été arrêté. Ils m’ont complètement déshabillé et mis tout nu dans une toute petite cellule. Ils m’ont laissé pendant trois heures tout nu, puis Kader est venu et m’a remis mes habits. Puis ils m’ont amené dans le bureau d’un certain commandant Nahal Rachid (Ce n’est plus tard que je saurai son nom). Il me montre des petites cassettes vidéo, et il me dit: “ce sont des cassettes de Matoub, veux-tu les voir?”. Je réponds: “que vais-je faire avec?”. Il me dit: “Je vais t’envoyer à Alger, tu as du travail avec les gens d’Alger, sois un homme. Tu collabores avec eux, ensuite ils te relâcheront et tu reprendras ton travail”. Je répète que je n’ai rien fait, que je veux rentrer à la maison. Mais rien à faire, ils ont décidé de m’emmener à Alger. On me ramène dans la cellule où je suis enfermé pendant trois jours. Je n’ai pas eu à manger, ni à boire. Ce n’est que le samedi matin que Kader m’en sort. Il me bande les yeux mais je vois un peu par en haut et en bas. Quand il s’en rend compte il me met un sac noir sur la tête. 

Ils m’ont transféré dans une voire noire. Ils étaient quatre. J’étais entre les deux homes assis derrière, ils m’ont couvert de vestes pour ne pas qu’on me voie de l’extérieur. Je pensais qu’ils m’emmenaient à Alger, en fait je suis arrivé à Blida. 

En réalité je me trouve au CTRI de Blida à Haouch Chnou. Ils me font entrer dans une pièce et me “cuisinent”. Le colonel M’henna Djebbar y est. A ce moment, je ne sais pas qui est cet officier. Je raconterai plus tard comment j’ai su qu’il s’agissait de lui. Il veut que j’avoue avoir vu les assassins de Lounès Matoub. Les militaires me montrent les photos de cinq personnes: Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri Djamel. Deux sont en prison, les autres ont été abattus. Ils veulent me faire dire que le jour de l’assassinat, mon père et moi nous nous trouvions sur place et qu’à 13h 13mn on aurait entendu des coups de feu et vu comment ces cinq personnes avaient tué Matoub. Je n’avais jamais vu Chenoui, je l’ai rencontré pour la première fois plus tard en prison. J’ai dit que je ne pouvais dénoncer des gens que je ne connaissais pas du tout; je ne pouvais pas faire un faux témoignage. Ils ont prétendu que mon père avait donné cette version. A l’époque j’étais mineur. Mais je ne pouvais pas dire une chose pareille, dans ce cas, comment justifier que je n’en avais pas parlé auparavant aux autorités? Matoub avait été tué en juin 1998, on était en avril 2002. Ils me menacent: “Tu sais que des gens qui entrent ici, rares sont ceux qui en ressortent”. Je réponds, que je préfère mourir que de dire des mensonges. Ils me mettent dans une cellule dans laquelle je reste environ une semaine – 10 jours sans en sortir. La cellule est toute petite, je ne peux pas m’étendre et il y a des gouttes qui tombent du plafond. C’est insupportable. Tous les matins à 6h environ, on me sort pour aller aux toilettes qui sont extrêmement sales. Je n’ai pas le droit d’y rester plus d’une minute et demi et ce menotté. 

Il y a des cellules à côté de la mienne. Et je sais qu’il y a des prisonniers. Nous ne pouvons pas communiquer mais nous nous manifestons en frappant avec nos menottes au mur, en fait pour nous réconforter les uns les autres. Un jour, tous ont été emmenés, je ne sais où. Je restais seul mais peu après ils m’ont emmené au bureau. Djebbar y est, en civil. Il y a un autre civil qui s’avèrera être un député du RCD, Nourredine Ait-Hammouda, mais à ce moment, je ne sais pas qui il est. Il me parle en kabyle. Il me demande “pourquoi tu ne dis pas ce qu’on te dit de dire, tu sais que ceux qui entrent ici n’en ressortent pas. Si tu veux sortir, tu dis ce qu’ils veulent, tu fais un témoignage, il y a des journalistes ici, tu leur parles et leur fais comprendre, ils répercuteront ce que tu as dit. Tu passeras devant la justice, tu leur dis la même chose et il n’arrivera rien. Ensuite on te donnera ce que tu veux. Tu veux un visa, on te le donnera, tu veux une maison, on te la donnera, enfin tout ce que tu veux, tu l’auras.” Je lui répond: “pourquoi tu me demandes ça? On est tous les deux Kabyles, aide moi à sortir de là.” Il me regarde: “Tu ne sortiras que si tu leur dis ce qu’ils veulent, sinon tu ne sortiras d’ici.” Il est parti. 

Ils m’ont ramené dans une cellule. Trois jours après, en pleine nuit, ils sont venus me chercher, me disant qu’il y a un concert auquel je devais assister. Ils m’emmènent dans une grande salle. Il y a des matériaux de construction, des ordinateurs, une échelle en bois. Je ne savais pas que c’était une salle de torture. Ils m’ont attaché à l’échelle et m’ont fait tomber d’un côté puis de l’autre, ils l’ont fait au moins 4 ou 5 fois. Ensuite, ils m’ont détaché et m’ont plongé la tête dans une grande bassine dans laquelle il y avait de l’eau nauséabonde et savonneuse. Cela a bien duré une heure. L’eau me rentrait dans les oreilles. Je suffoquais, je pensais ne pas tenir. Ceux qui m’ont torturé étaient appelés Babay, Mounir et Zaatout. Quand ils m’ont ramené dans la cellule, tout bruit retentissait dans mes oreilles comme des explosions. Il y avait des gouttes d’eau qui tombaient du plafond et c’était à chaque fois un choc dans mes oreilles. Je me les bouchais des deux mains mais c’était insupportable. 

Le lendemain, il m’ont ressorti de la cellule vers 21h et emmené dans la même salle. Ils étaient à trois, en tenue militaire mais pas cagoulés. Cette fois-ci ils m’ont roué de coup de rangers et de poings, sur tout le corps. Babay m’a dit: “Ma femme accouche aujourd’hui et à cause de toi je ne peux pas l’accompagner, je t’arrache la peau!”. Ils ont repris la torture de la bassine. Puis ils m’ont remis dans la cellule. Je suis tombé malade, j’étais incapable de me lever. A midi et le soir on me donnait un petit morceau de pain, pas plus. 

Cela faisait 17 jours que j’étais chez eux quand ils m’ont emmené dans une salle où il y avait des canapés. Il y avait une femme médecin qui m’a examiné et fait une piqûre. Djebbar était là.
Le lendemain ils m’ont mis dans une cellule qui faisait deux m2. Je pouvais au moins m’allonger, marcher un peu et il y a une couverte militaire crasseuse par terre. Au mur, il y avait comme une fente qui me permettait de regarder dehors. Je voyais la forêt et j’entendais le chemin de fer. 

Quelques heures après avoir été transféré dans cette cellule, ils ont fait entré un tuyau dans la cellule par le biais d’une petite ouverture par laquelle entrait de la lumière. Il y a de la fumée qui envahit la cellule et j’ai des hallucinations mais tout en étant absolument persuadé que c’est la réalité. Je vois ma mère, mon père, je me vois à Tizi, à Alger. Je suis persuadé que ce que je vois se passe réellement. Ce n’est que des heures plus tard que je me rends compte où je suis, je n’arrive pas y croire tant je suis convaincu que ce que j’ai halluciné est vrai. 

Le lendemain quand ils m’ont sorti de ma cellule, il m’ont présenté à Djebbar, la médecin est venue, elle m’a refait une piqûre et de retour dans ma cellule, ils ont de nouveau introduit cette fumée. Je me voyais avec ma mère, mon père, mes cousins, à l’oued, je suis un peu partout. Sur le tuyau il y avait comme un petit micro. Je ne sais pas si dans cet état je parlais. Ils m’ont emmené de nouveau chez Nourredine Ait-Hammouda, Djebbar aussi était là. Dans la pièce il y avait deux journalistes et une caméra. Je leur dis que je veux partir: “cela fait 30 jours que je suis là, je ne peux pas faire de faux-témoignage, pourquoi ne me laissez-vous pas partir?” Ils répondent “il n’y a que toi qui peut faire ça, il n’y a que toi et ton père qui peuvent le faire. Et puis cela ne fait pas trente jours que tu es là, cela fait une semaine, tu comptes les jours et les nuits ou quoi? et encore tu es en forme!” Ait-Hammouda s’adresse en moi en kabyle: “Qu’est ce que je t’ai dit? Si tu avais témoigné, si tu avais fait la cassette, tu serais rentré à la maison. Tu n’as pas besoin d’avoir peur, on contacte les gens de Tizi-Ouzou, tu travailles avec eux.” 

J‘ai refusé et ils m’ont ramené dans la cellule où j’ai eu droit à une nouvelle séance de gaz. Je ne sais pas ce qui se passait avec moi, j’avais l’impression de ne plus avoir de volonté. 

En face de ma cellule il y avait une salle dans laquelle se retrouvaient les militaires. Il y en avait un qui de temps en temps me donnait un verre de lait ou de coca. Il m’a dit: “Vous êtes chez la Sécurité militaire, Haouch Chnou à Blida. je vous donne mon numéro et quand vous sortirez, vous m’appelez. Les gens qui viennent ici n’en sortent pas mais si tu sors un jour contacte moi.” J’ai perdu son numéro de téléphone et je ne me souviens pas de son prénom. 

Toujours est-il que j’étais dans un état second, je ne sais pas si c’est l’effet de la piqûre ou de la fumée mais je faisais ce qu’on me disait de faire, on me demandait de me déshabiller, de me lever, de m’asseoir, je le faisais sans résistance. J’étais comme dans un état second.
Deux jours plus tard environ ils m’ont fait entrer dans une pièce dans laquelle il y a un rideau avec une chaise devant. Sont présents Djebbar et deux journalistes. L’un des hommes qui se fait appeler Mohamed me dit ce que j’ai à faire. Il m’explique qu’ils vont enregistrer deux cassettes, l’une en arabe et l’autre en kabyle. Et il me dit exactement ce que je dois dire et il me menace de ne pas sortir de là dans le cas contraire. L’un des journalistes prend la parole: “les forces de l’armée ont procédé à l’arrestation du suspect Ahmed Cherbi. Il avoue ce qui suit…” Et c’est à moi de parler. Je dis sans problèmes: “oui, j’étais avec mon père, à Tala Bounane, nous rassemblions des pierres sur notre terrain quand nous avons entendu des coups de feu. En nous retournant nous avons vu que Matoub avait été tué et cinq personnes que nous avons pu identifier. Il s’agit de Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri Djamel.” Puis les journalistes me posent des questions:”Pourquoi tu n’as pas été à la gendarmerie pour dénoncer les coupables?” Je réponds: “J’avais peur parce que mon père m’a interdit de le faire.” Puis le commentaire du journaliste: “Après quatre année d’investigation, les forces de sécurité ont enfin pu trouver ces témoins qui confirment la culpabilité des suspects” En fait c’était un scénario pour dédouaner l’armée et faire porter la responsabilité de l’assassinat de Lounès Matoub aux terroristes. 

J’ai donc fait la cassette en arabe et en kabyle. C’est cet homme appelé Mohamed qui m’ordonne ce que je dois dire. Il y a aussi deux autres militaires qui mettent la pression. Puis une fois l’enregistrement achevé, ils me ramènent dans la cellule. Et là, c’est Ait-Hammouda qui vient, me félicite et me remet une table de chocolat. Il me conseille de dire la même chose devant la justice. A ce moment, je ne sais pas ce que veut dire justice, je ne sais pas ce qu’est un procureur de
la République, un juge d’instruction. 

En fait je me demande si j’étais dans mon état normal en faisant cet enregistrement. Je suis tout à fait conscient sur le moment mais je m’étonne de m’être laissé commander, de n’avoir opposé aucune résistance, de ne pas avoir refusé. C’est ce qui me fait croire que j’ai été drogué avec une substance provenant soit de la piqûre, soit de la fumée. 

Après 3 ou 4 jours, j’ai entendu la voix de mon père. A l’endroit du guichet où les militaires regardent dans la cellule il y a une petite fente qui me permettait de regarder dans le couloir sur le côté, et je vois mon père. Il est dans un état lamentable, tous ses habits sont déchirés, il pleure. Je n’en crois pas mes yeux. Ils l’enferment dans une cellule en face de la mienne pour l’en sortir dix minutes plus tard. En fait mon père a été arrêté environ un mois après moi, le 25 mars. Il avait déposé plainte au niveau de la gendarmerie en raison de ma disparition. Mon père me cherchait partout. Comme je n’apparaissais pas, mon ami avec lequel je travaillais est allé à la police pour dire que j’avais été enlevé par leurs hommes et que s’il m’était arrivé quelque chose c’étaient les forces de sécurité qui en étaient responsables. Dans l’après-midi de ce jour, il a été arrêté et devant les menaces il a dit qu’il n’avait rien vu. 

Le 25 mars c’est une voiture qui s’arrête à côté de mon père, un homme en civil l’aborde et lui demande s’il cherche son fils. Il approuve et l’inconnu lui dit que je me trouve chez eux. Il lui propose de l’accompagner pour me voir. Et c’est ainsi qu’il se retrouve au secteur militaire de Tizi-Ouzou. En fait il a été enlevé en plein centre ville. Il est resté enfermé pendant huit jours dans un conteneur au secteur militaire de Tadmait sur la route d’Alger. Là, il a été torturé, on a lâché les chiens sur lui et en plus il a subi aussi cette fumée hallucinogène. Mais contrairement à moi, ce qu’il a vécu c’était l’enfer. Il a vu une scène où j’étais égorgé devant lui. Une fois à Blida, après avoir donc passé huit jours dans ce conteneur, Djebbar lui a parlé, mon père lui a demandé pourquoi j’avais été tué. Djebbar lui a dit que je n’étais pas mort, que j’étais chez eux. Ils l’ont emmené dans la salle où se trouvaient les ordinateurs. Ils m’y ont emmené aussi. Quand il m’a vu, il a chancelé et a affirmé que je n’étais pas son fils. “Mon fils est mort, ne t’approche pas de moi”. Ils m’ont torturé devant mon père, je ne peux pas raconter ce qu’ils m’ont fait. Et le fait de voir mon père dans cet état m’a énormément choqué. Ils m’ont ramené à la cellule et un peu plus tard j’ai demandé au gardien si je ne pouvais pas voir mon père juste pour cinq minutes qui se trouvait dans une cellule voisine. Il m’y autorise. Je parle avec lui et j’arrive à le persuader que je suis bien son fils. Il me dit que toute notre famille est massacrée. Qu’il a vu comment tous y étaient passés. Je lui dis de mon côté d’obéir à leurs ordres s’il veut sortir vivant de cet endroit. Ils l’ont amené dans un bureau où se trouvait Djebbar et il a fait le même témoignage que moi. 

La veille de notre départ, je vois Djebbar qui me dit qu’on part le lendemain, que je resterai trois jours en prison et qu’ensuite je passerai devant la justice. Il fallait juste que je répète ce que je leur avais dit, en fait que je témoigne avoir vu Medjoun et Chenoui. Ils m’ont fait signer des PV en arabe. Mon père aussi a signé. Ils nous ont emmené faire une visite médicale. En entrant dans la salle, la médecin en me voyant dit: “Celui-là, cela ne fait pas longtemps que je l’ai vu, je l’ai vu chez le colonel Djebbar”. Et en fait c’est ainsi que j’ai appris que cet homme que j’avais vu souvent, notamment en compagnie de Ait-Hammouda était M’henna Djebbar. Ils m’ont sorti et ont fait entrer mon père. 

On a quitté ensemble Blida le 6 avril pour aller Tizi-Ouzou. Chacun était dans une voiture blindée, il y avait dans chaque voiture trois agents armés jusqu’aux dents. On aurait cru qu’ils transportaient Hassan Hattab! A la sortie de Blida ils nous enlevé les bandeaux. J’étais extrêmement choqué, je voyais un autre monde, des gens, des voitures, c’était comme dans un film. 

A Tizi-Ouzou ils nous ont tout de suite présentés au procureur général. Ce dernier m’a demandé pourquoi je n’avais pas déclaré plus tôt avoir vu les assassins de Matoub. Je répondais que j’étais trop jeune, que mon père m’avait conseillé de ne rien dire. Il me questionne si je les avais vus, je confirme. On doit passer devant le juge d’instruction. Mon père qui avait déjà été interrogé par le procureur me dit en sortant en Kabyle de refuser de parler sans la présence d’un avocat. 

Je demande au juge d’instruction si le fait d’avoir un avocat change quelque chose au fait qu’ils m’envoient en prison. Il me répond qu’avec ou sans, je passerai par la prison. Je décide donc de ne parler qu’en présence d’un avocat. Il avait les cassettes enregistrées sur son bureau.
Les agents de
la SM nous transfèrent en prison. Je m’attendais à un lieu comme Haouch Chnou à Blida. Je leur demandais sur le chemin d’intervenir pour qu’ils ne nous battent pas en prison. Arrivés devant la prison, il s’avère que celle-ci est fermée. On nous place donc dans deux cellules et on a pu parler toute la nuit, mon père et moi. Il m’a raconté comment il avait été arrêté. Il me raconte de nouveau que toute la famille a été assassinée et moi je le crois. Même à ce moment, je ne suis pas vraiment dans mon état normal, par moment c’est comme si je me fichais de la mort des miens. Je me dis parfois que comme il s’est trompé à mon sujet, peut être que notre famille aussi est vivante, et parfois, je le crois. Et en plus je suis persuadé à ce moment que je serai remis en liberté dans trois jours comme me l’a affirmé le colonel Djebbar. 

Le lendemain on nous emmène dans une grande salle de prison. Il y a des gens que je connais. Il faut dire que jusqu’à ce moment notre famille ne sait rien de nous, ni de mon sort, ni de celui de mon père. Ils sont dans une grande angoisse, d’ailleurs tout le village se terre dès 18h craignant que ses habitants soient eux aussi victimes de ces enlèvements. Mon père est emmené dans un autre bloc, je suis dans une salle avec 60 à 65 prisonniers. Les prisonniers sont très sympathiques avec moi dès qu’ils apprennent que je suis arrêté dans l’affaire Matoub. Ils sont gentils, me font parvenir des objets de première nécessité. C’est parce que personne ne croit à la version officielle et que tout le monde sait que mon père et moi sommes victimes d’une machination. Je n’ai même pas eu besoin de leur raconter toute mon histoire, tous compatissent avec moi.
Je me demande toujours ce qui s’est passé avec ma famille, j’en parle à d’autres. L’un des prisonniers doit être libéré quelques jours plus tard. Il va tout de suite rendre visite à ma mère. Elle et mes frères et soeurs sont en vie. Et pour eux cette visite est très importante puisqu’enfin ils apprennent où mon père et moi, nous nous trouvons. Et d’ailleurs, ensuite, ils sont venus nous rendre visite. 

On m’a présenté trois fois au juge d’instruction, Abbassi Mohamed, le 6 avril 2002, le 18 mai, le 16 juin.
J’étais inculpé pour “non dénonciation de l’assassinat de Lounès Matoub”. Quand je lui ai raconté qu’on m’avait séquestré pendant 40 jours, torturé et forcé de faire de faux aveux, il m’a dit de ne pas raconter cela, de répéter ce que les gens de
la SM exigeaient de moi. Il essayait de me persuader que j’étais jeune, que si je ne faisais pas un faux témoignage je resterai 10 ans en prison. Mais j’étais décidé de ne pas faire de faire de faux témoignage. 
Il a fallu que je change d’avocat parce que celui qui devait me défendre me poussait aussi à confirmer mon faux témoignage. Finalement j’ai été placé en liberté provisoire.
J’ai repris mon travail mais je me cachais. J’étais dans le quartier dans lequel en raison des évènements de Kabylie la police n’entrait pas. Je n’allais que rarement voir ma mère pour ne pas m’exposer au danger. 

On devait passer en justice le 10 novembre. La veille je suis allé voir mon avocat. Il ne voulait plus s’occuper de l’affaire parce que le juge avait changé et qu’il craignait que celui devant lequel nous devions passer mon père et moi nous condamnerait à de très fortes peines de prison. Il nous a conseillé de faire reporter le procès. Je suis donc passé devant le tribunal le 21 mars 2004. J’ai raconté ce qui s’était passé: l’enlèvement, la torture, les faux aveux. En plus, mon père et moi n’étions pas sur les lieux du crime. J’avais des témoins, je me trouvais au travail. J’ai été acquitté mais mon père malheureusement a été condamné à trois ans de prison. Pourtant il travaillait à ce moment à l’hôpital, ses collègues et son supérieur ont témoigné qu’au moment du meurtre il se trouvait à l’hôpital. Mais il fallait que l’un d’entre nous soit condamné car sinon toute leur machination concernant l’assassinat de Lounes Matoub tombait à l’eau. Et sans ce mensonge, il aurait peut être même fallu libérer les deux suspects Chenoui et Medjnoun. 

Deux semaines après le procès j’ai quitté le pays. J’avais déjà fait une demande de visa et heureusement c’est allé très vite. Je suis en France maintenant.

N.B : Témoignage de Mohamed Cherbi  recueilli en février 2005 par l’Observatoire des droits Humains en Algérie (ODHA). www.algeria-watch.org

Liste des témoins à convoquer pour l’audience du 09 juillet 2008 au procès de Lounès Matoub

Chebheb Mouloud, village Thala Bounab, commune Ait Aissi

Bouchelil Ahmed, Ighil Bouzrou, Ait Aissi

Tamani Mohamed, Tizi Ouzou 

Farid Laoudi, Ath Mahmoud 

Abdelkader Derridj, Tizi-Ouzou

Malika Derridj, Tizi Ouzou

Omar Mohellebi, Journaliste La Dépêche de Kabylie

Kamel Amarni, Journaliste Le Soir d’Algérie

Zineb Oubouchou, dit Salima Tlemçani, journaliste El Watan

Hamraoui Habib Chawki, Directeur général de l’ENTV

Mustapha Hamouche, journaliste Liberté

Malika Boussouf, journaliste Le soir d’Algérie

Akli khichene, Taourirt moussa

Le propriétaire de l’hôtel-restaurant Le concorde Tizi-Ouzou

Hamid Ait Said, élu APC Iferhounene 

Ouhab Ait Menguellet,  iboudrarene

Louiza Hammouche ancienne cadre du RCD

Kamel Larbi Cherif, Tizi ouzou 

Famille Hached Smail (décédé) Ath Mahmoud 

Mokrane Nessah, Tizi Hibel 

Ahmed Djeddai, cadre FFS

Mohcine Belabes, Bouzeguène

Djafar Brahmi, Bouzeguène

Fadma Brahmi, Bouzeguène

Reddad Chabane, Taourirt Moussa

Lounes Meddani, Taourirt Moussa

Commandant du secteur militaire de Tizi-Ouzou

Police communale de Ait Aissi

Gendarmerie de Beni douala, le chef et les brigadiers en poste le 25 juin 1998

Rachid Aissat, conseiller du chef de l’Etat

Idir Ali, Tizi-Ouzou

Hacene Hattab,  en détention

El Hadi Ould Ali, Directeur de la maison de la culture de Tizi-Ouzou

Khalida Toumi, ministre de la culture

Amara Benyounes, président de l’UDR

Said Sadi président du RCD

Ait Hamouda Nouredine vice-président RCD

Mohamed Benchicou, directeur du journal Le Matin

Belaid Abrika, Tizi-Ouzou

Dr Ameziane Addouche, Ath Mahmoud

Djafar Benmesbah, auteur

Docteur Lankri, médecin légiste Tizi-Ouzou

Ameur Mhend, responsable cellule sécurité et terrorisme Yakourene

Chenane Ahmed,  association enfants de chouhada

Belaid Djermane, éditions Izem, Tizi Ouzou

Naim Lateb, Taourirt Moussa

Cherbi Ahmed, Ait Aissi

Cherbi Hamid, Ait Aissi

Ferhat Mhenni, porte-parole du MAK

Allal Riad, responsable RND émigration

Dalila Taleb 

Chafaâ Bouaiche

Bournine youcef

Djamel Zenati

Jean Baptiste Rivoire

Lounis Agoun

Michel Duisprix

Hend Sadi

Arezki Ait Larbi

Ali Yahia Abdenour

Omar Belhouchet

Abrous Outoudert

Sid Ahmed Semiane

Dilem Ali

Madjid Laribi

Aksoum omar

Procès Matoub le 9 juillet

Le procès des présumés assassins du chanteur Matoub Lounès, aura lieu le 9 juillet prochain. Le tribunal criminel près la cour de justice de Tizi Ouzou aura à statuer sur cette affaire. Deux accusés seront appelés à la barre pour répondre aux chefs d’inculpation « appartenance à un groupe armé et homicide volontaire avec préméditation ». Il s’agit de Malik Madjnoun et Abdelhakim Chenoui, détenus à la maison d’arrêt de Tizi Ouzou 1999. 

Pour rappel, en juin 2000, Malika Matoub a déclaré, lors d’une conférence-débat qu’elle a animée à Tizi-Ouzou, que le repenti Abdelhakim Chenoui que « certains journalistes ont présenté comme étant l’un des assassins de Lounes », alors que le procureur lui avait signifié que Chenoui n’a pas été entendu par le juge d’instruction. Mieux, la famille et
la Fondation Matoub ont reçu, après le 20 avril, « un courrier bizarre de la part des autorités judiciaires nous signifiant que Chenoui n’est pas impliqué dans un meurtre avec préméditation ».
 

Par ailleurs, dans une lettre qu’il a aderssée au juge d’instruction près le tribunal de Tizi-Ouzou, en octobre 2000, maître Khelili Mahmoud, avocat au barreau d’Alger, en sa qualité de conseil de Chenoui Hakim et de Medjnoun Malek, placés sous mandat de dépôt après avoir été inculpés de chefs en relation avec l’assassinat du chanteur Matoub Lounès, a affirmé que ses mandants n’ont rien à voir avec l’assassinat du chanteur, lequel assassinat caractérisé par une opacité et une insuffisance en matière d’enquête et d’information judiciaire en vue de la manifestation de la vérité. 

Mâitre Kehlli a indiqué que ses mondants ont été soumis à des actes de violence et de tortures dans le but de leur soustraire des déclarations et des aveux contraires à la vérité et à leurs intérêts en vue de leur imputer la responsabilité de l’assassinat du défunt Matoub Lounès. 

Il convient de signaler que Medjnoun Malek a été enlevé le 28 septembre 1999 par des agents du DRS.

Mme Nadia Matoub à El Watan:«La famille Matoub n’a jamais déposé de plainte»

- Dix ans après l’assassinat de Matoub Lounès, le procès n’a toujours pas lieu…
- Il y a eu un dépôt de plainte en mon nom et aux noms de mes deux sœurs devant le doyen des juges d’instruction sur la base d’une tentative d’assassinat. Ce qui s’est passé le 25 juin, c’était l’assassinat de Lounès Matoub et en même temps une tentative d’assassinat de nous trois. Mais, il y a eu une ordonnance de refus de constitution de partie civile. Le motif étant l’existence d’une ordonnance dans ce sens. On nous a expliqué qu’il y a eu un dossier Lounès Matoub. C’est la même affaire, nous a-t-on dit. Il y a eu un appel devant la chambre d’accusation qui a confirmé.
- Que comptez-vous faire ?
- La procédure a été engagée sur la base de ma volonté de relancer judiciairement le dossier et l’instruction de l’affaire Matoub est une voie pour relancer ce dossier qui est au point mort depuis 2001. On a pensé faire un pourvoi au niveau de la Cour suprême mais on ne l’a pas fait car on pensait que cela ne servirait à rien, la notion de l’indépendance de justice n’est pas acquise. Mon avocat et moi-même avons vu les deux représentants du procureur général qui nous ont assuré que sur le plan judiciaire le dossier est prêt mais la date n’est pas fixée.
- La famille Matoub a déjà engagé une procédure judiciaire…
- Non. Il y a eu une seule procédure. C’est celle qui a été enclenchée par le parquet de Tizi Ouzou et j’ai été auditionnée avec mes sœurs par le juge d’instruction. Il n’y a jamais eu d’affaire enclenchée par la famille. L’affaire est renvoyée devant le tribunal criminel qui devra juger deux ou trois personnes. Sans référence aux commanditaires. A mon sens, le procès qui aura lieu sera une parodie de justice.
- Quels liens gardez-vous avec la famille Matoub ?
- Oh, quelle question ! Je n’ai de relation ni avec elle ni avec la fondation Matoub. Concernant le patrimoine artistique, légalement, j’ai un droit de regard, mais dans la réalité, c’est autre chose.
- On vous a prêté des témoignages et leur contraire sur l’identité des assassins…
- Le 20 juillet 1998, dans Le Soir d’Algérie, j’avais exprimé mes doutes sur ce qui s’est réellement passé. Je n’ai pas dit à l’époque que c’est le GIA qui a assassiné Lounès comme l’a fait Malika (la sœur de Lounès, ndlr). Après, il y a eu beaucoup de choses. Ma sœur Ouarda avait reconnu sur une photo l’un des assassins de Lounès comme membre actif du GIA et c’est ce qui m’a poussé à affirmer que c’est le GIA qui est l’auteur de l’assassinat de mon défunt époux.
- Et vous avez changé d’avis…
- Je n’ai pas changé d’avis, mais la donne avait changé. J’ai toujours dit que je ne savais pas qui a tué Lounès. J’étais à l’hôpital, il y avait des rumeurs folles et j’étais entouré des membres du RCD et c’est pour cela que j’ai dit que c’était le GIA. Mais sans conviction. Il y avait la peur aussi. Ma sœur avait dit au juge qu’elle se rappelait au moins de deux visages, mais il ne s’était pas intéressé à ça.
- Vous attendez le procès dans la résignation ?
- Non. On n’est pas résigné. Les faits sont là. Les procureurs adjoints qui nous ont reçus n’ont pas pu nous expliquer ou justifier le fait que le dossier traîne depuis 7 ans au moins. Le tribunal criminel a siégé en 2001 et depuis, on n’en parle plus. La procédure est finie et je ne sais pas ce qu’on attend. On m’a dit que c’est un dossier sensible et politique. Je pense qu’il sera programmé pour les prochaines sessions criminelles. D’autre part, on semble s’entendre sur la censure de Matoub même en France, car la mairie de Paris avait annulé sans raison valable au printemps dernier un colloque sur l’impunité en Algérie. Il faut dire que quand on s’inscrit dans une démarche de Lounès et quand on fait jonction dans de combat de Lounès en termes de lutte démocratique, on met les bâtons dans les roues. C’était un colloque qui devait relancer le dossier Matoub, précéder notre dépôt de plainte et la commémoration du 10e anniversaire de son assassinat. En tout cas, le dossier est politique et son règlement doit être politique.
Par Saïd Gad

Communiqué de la famille Matoub Lounès

Dix ans après le lâche assassinat de Lounès Matoub, le 25 juin 1998 à Tala Bounan, dans des conditions qui restent mystérieuses à ce jour, et à l’appel de sa famille, un rassemblement symbolique a eu lieu aujourd’hui devant la cour de Tizi Ouzou pour exiger la réouverture du dossier et la vérité sur son assassinat.

Cette action vient après plusieurs anomalies, irrégularités dans la procédure et reports qui ont, 10 ans durant, caractérisé l’instruction de cette affaire malgré les rappels multiples de la famille, de la Fondation et de la population et une pression continue de la rue et des médias.

Une délégation de 12 personnes, composée de la mère de Lounès, Nna Aldjia, sa sœur Malika, des membres de la Fondation Matoub, de délégués du Mouvement citoyen, des représentants des comités estudiantins et des fans de Lounès, a été reçue ce matin, 24 juin 2008 par le Procureur général de la cour de  Tizi Ouzou; durant cette audience, le procureur général, représentant le ministère de la Justice s’est engagé à programmer l’affaire de l’assassinat de Lounès Matoub dans les plus brefs délais, probablement durant la session en cours, c’est-à-dire d’ici la fin du mois de juin.

Le même responsable a déclaré que l’audience de cette affaire sera publique et que toutes les parties seront convoquées avec toutes les garanties dont un tel procès a besoin.

Aussi, il promet que la famille a le droit de formuler toutes les demandes et requêtes qu’elle juge nécessaire pour faire éclater la vérité.

Par la même occasion, le procureur général a assuré que le dossier de l’assassinat de Lounès Matoub ne sera pas touché ni concerné par une quelconque prescription et qu’il est de son devoir de réunir toutes les conditions à la tenue d’un procès équitable qui rende justice à la famille et à toute la population. Par ailleurs, la famille Matoub tient à remercier la nombreuse foule de fans de Lounès qui a répondu à l’appel au rassemblement devant la cour de justice de  Tizi Ouzou.

Pour la famille de Lounès Matoub

la sœur Malika Matoub

et la mère Nna Aldjia Matoub

Communiqué de M. Samraoui, 5 décembre 2007

samraouielpais.jpgComme je l’ai déclaré auparavant, je me suis engagé à rester à la disposition de la justice espagnole en attendant la réception par cette dernière du soi-disant dossier juridique du pouvoir d’Alger. Et ceci, malgré le fait que mes avocats m’aient clairement signifié que mon arrestation ainsi que le retrait de mes papiers d’identité ne se justifiaient nullement eu égard à mon statut de réfugié politique en Allemagne. J’ai aussi du assumer de lourdes dépenses que je n’aurai jamais pu couvrir sans la générosité de nombreux amis et sympathisants auxquels je tiens à exprimer ici ma reconnaissance et mes remerciements.

Le délai d’attente légal de 40 jours ayant expiré 2 jours après la conférence de presse du 30 novembre 2007, co-organisée par la SODEPAU, Rachad et d’autres associations espagnoles à Barcelone, je n´étais plus tenu par l´obligation de rester sur le sol espagnol. Déjà, quelques jours avant cette conférence, plusieurs éléments troublants m’ont amené à craindre que mes droits n’étaient plus garantis en Espagne. Juste après la conférence de presse, des responsables espagnols m’ont clairement insinué que ma vie était en danger et que « quelque chose de pas très légal était en train d’être manigancé ». Il est inutile de préciser que cinq « journalistes » algériens et deux membres de la mission diplomatique algérienne, venus spécialement de Madrid, se trouvaient à l´intérieur de la salle de conférence, sans compter les « curieux » qui guettaient à la sortie. Ce regain d´intérêt subi n´a fait que renforcer ma prudence pour éviter le sort réservé à d’autres opposants algériens (Krim Belkacem, Mohamed Khider, Ali Mecili, Abdelbaki Sahraoui,…) assassinés par les services secrets algériens à l´étranger.

 

La justice espagnole, malgré la requête de mon avocat, avait auparavant refusé de me restituer mes objets personnels saisis lors de mon arrestation le 22 octobre 2007. Bien entendu, il était aussi hors de question pour elle de me rendre mes papiers d’identité.

 

A la lumière de ces développements et après avoir consulté un avocat, j’ai décidé après l’expiration du délai de 40 jours, de quitter l’Espagne et rejoindre ma famille en Allemagne.

 

Conscient de l´impact que peut engendrer cette affaire, je tiens à annoncer ce qui suit :

 

1. la décision de quitter l’Espagne a été prise par moi seul et j’en assume seul l´entière responsabilité ;
2. je me tiens toujours à la disposition de la justice espagnole pour la suite de l’affaire ;
3. je réfute encore une fois toutes les accusations infondées du pouvoir algérien et je dénonce l’instrumentalisation par ce pouvoir dictatorial d’institutions comme Interpol pour harceler les opposants vivant à l´étranger;
4. cette dure épreuve vient de renforcer ma détermination à poursuivre mon combat pour la Vérité et la Justice en vue de démasquer les généraux criminels et leurs sbires dans la tragédie qu´a vécue et que vit toujours le peuple algérien ;
5. afin de ne laisser place à aucune manipulation ou exploitation politique de cette affaire, j’annonce le gel de mon activité au sein du secrétariat du mouvement Rachad jusqu’au règlement définitif de cette affaire. Je continuerai bien entendu à soutenir l’action de Rachad ainsi que tout autre mouvement ou organisation qui œuvrent à l´établissement d´ un Etat de droit en Algérie à travers des moyens non-violents.

 

Enfin, je tiens à exprimer mes remerciements et ma gratitude à toutes celles et ceux qui m’ont apportés leur soutien dans cette difficile épreuve.
Mohamed Samraoui

 

Allemagne, 5 décembre 2007

Intervention de Mohammed Samraoui devant les médias espagnols

samraouielpais3.jpgSODEPAU (SOLIDARITAT, DESENVOLUPAMENT, PAU)
INSTITUT DES DROITS DE L’HOMME DE CATALOGNE

 

Intervention de Mohammed Samraoui (ex-colonel algérien ayant dénoncé les chefs de son armée), devant les médias espagnols

 

CONFERENCE DE PRESSE
Vendredi 30 novembre 2007 à 12 h 30
Syndicat des journalistes de Catalogne
Ronda Universitat, num. 20, 3°, 1a, Barcelone

 

L’ex-colonel algérien Mohammed Samraoui, numéro deux de la Direction du contre-espionnage du Département de renseignement et de sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire) au début des années 1990 et réfugié politique en Allemagne depuis 1996, donnera une conférence de presse le vendredi 30 novembre à 12 h 30, au siège du Syndicat des journalistes de Catalogne à Barcelone (Espagne). L’officier de grade le plus élevé ayant dénoncé la « sale guerre » conduite contre les islamistes algériens informera sur sa situation actuelle face à la justice espagnole, dans l’attente de la décision que doit prendre la Audiencia nacional concernant la demande d’extradition émise à son encontre par l’Algérie.

 

Appuient notamment sa demande de non-extradition les organisations suivantes : Sodepau, Algeria-Watch, l’Institut de Drets Humans de Catalunya (Institut des droits de l’homme de Catalogne), le Réseau euroméditerranéen des droits de l’homme, Justícia i Pau (Justice et Paix), la Federació Catalana d’ONGs pels Drets Humans (Fédération catalane d’ONG pour les droits de l’homme), le Centre de Treball i Documentació (CTD), le CIEMEN, la Fundació Alfons Comin, le mouvement politique algérien Rachad y le Front des forces socialistes d’Algérie (FFS).

 

Le 22 octobre dernier, Mohammed Samraoui a été arrêté à Benalmádena (province de Malaga), où il participait à une rencontre internationale d’échecs en sa qualité de président de la Fédération internationale d’échecs par correspondance, et transféré à la prison de Soto del Real (Madrid). Il a été mis en liberté provisoire le 31 octobre par le juge antiterroriste Ismael Moreno, de l’Audiencia Nacional, dans l’attente de sa décision sur la demande d’extradition algérienne. Ses affaires personnelles, saisies lors de l’arrestation, et son passeport ne lui ont pas été restitués.

 

Onze ans après sa désertion de l’armée algérienne, l’ex-colonel a été arrêté par la police espagnole, qui devient ainsi la seule institution européenne à exécuter le mandat d’arrêt international émis à travers Interpol par les autorités algériennes, lesquelles l’accusent de « désertion, atteinte au moral de l’armée et activité terroriste ».

 

Samraoui est le militaire de grade le plus élevé qui ait osé dénoncer publiquement les pratiques les plus sombres de l’armée contre la population algérienne. Dans de nombreux médias, et de façon détaillée dans son livre Chronique des années de sang (2003), il a révélé comment plusieurs massacres de civils attribués aux « barbus » ont été en réalité perpétrés par des militaires et comment le numéro deux des services de renseignements de l’armée (DRS), le général Smaïn Lamari, a ordonné à Samraoui d’assassiner deux islamistes en Allemagne.

 

Son arrestation en Espagne a mobilisé l’exil algérien en Europe, des associations de défense des droits de l’homme espagnoles et françaises et les socialistes algériens, principaux opposants au gouvernement d’Alger. Selon la Convention internationale sur le statut de réfugié, ratifiée par l’Espagne, un réfugié politique – et Mohammed Samraoui bénéficie de ce statut depuis avril 1996 – ne peut être extradé vers son pays d’origine. Pour l’éviter, une campagne de signatures a été lancée par plusieurs organisations : elles seront rendues publiques lors de la conférence de presse et seront remises ensuite aux autorités espagnoles.

Contact presse Comedia : Ana Sanchez, Marc Gall.
festival@comedianet.com ; mgall@comedianet.com.
Tél : + 34.932.68 21 43 ; +34.638. 01 45 45.

Mohamed Samraoui à Rachad TV : Les raisons de ma désertion

samraouielpais2.jpg Désertion ?

En 1992, j’étais contre la conception de la lutte antiterroriste du général Smain Lamari. A cette époque, je lui ai dit : « Je m’oppose à toi. Tu ne luttes pas contre le terrorisme, mais contre les Algériens ». C’était le premier point de divergence.

J’étais contre l’instauration des camps de sûreté au sud. Ils ont arrêté 40.000 Algériens. Ce chiffre n’a jamais était révélé. Il s’agit bien de 40.000 Algériens pour la plupart pris au hasard dans les mosquées, raflés au niveau des gares, des stations de bus…alors qu’il y avait des listes de gens extrémistes, violents. ..Ceux-là n’ont jamais été arrêté ! J’étais contre cette manière.

Deuxième désaccord : c’était au moment où on commençait à recruter des gens à tord et à travers. Les gens qui ont été arrêtés étaient remis sur le terrain soit disant en tant qu’agents. C’était une faute grave !

Troisième divergence: j’avais dit qu’il fallait éliminer les sources du terrorisme, car on peut éliminer quelques uns des terroristes, d’autres viendront. Il fallait s’attaquer à la source: problèmes sociaux, problème d’éducation, problème de l’emploi… Cela personne n’en fait.

La quatrième divergence était l’assassinat du président Boudiaf. C’était un officier de l’armée qui était l’auteur de l’acte. Pourquoi n’avait-on pas diligenter une commission d’enquête ? J’ai commis la faute de dire que dans un cas pareil le chef doit démissionner parce qu’il y a la responsabilité morale. Malheureusement, la démission n’est pas une vertu chez nos responsables politiques. A l’époque, la lutte n’était pas contre le terrorisme, mais contre l’islamisme, l’intégrisme…J’avoue que je n’avais pas saisi qu’il s’agissait d’un plan pour lutter contre les Algériens, piller le pays et avilir le peuple…Le FIS c’était rien du tout. Ils pouvaient faire la même chose avec n’importe quelle opposition sérieuse. Ce qui les intéressait était la préservation de leurs privilèges…

Il faut dire la vérité : je n’avais pas rompu… Ils m’avaient proposé un poste à l’étranger. J’ai dit, puisqu’il s’agissait de préserver l’Algérie, défendre la République contre le péril vert, puisqu’à l’époque on était endoctriné, en croyant q’on luttait sincèrement contre des gens qui étaient financé par les Saoudiens, qu’ils allaient mener les pays à la régression… C’était plus tard que personnellement j’avais compris qu’on faisait fausse route. Finalement on menait la vie dure aux Algériens sous prétexte de faire croire à l’opinion nationale et internationale que l’armée était le rempart…

En étant à l’étranger, j’ai quand même pu comprendre qu’il y avait des petites combines, de la magouille, des détournements. C’était grotesque et puis cerise sur le gâteau comme on dit, en 1995, Smain Lamari en personne était venu accompagné de Ali Benguedda, de Attafi qui est actuellement général-major, pour mettre au point l’assassinat des opposants. Je leur ai dit « Est-ce que vous êtes incapables de lutter contre les islamistes avec les moyens politiques?». A l’époque, l’Algérie était en train de négocier le rééchelonnement de sa dette. Il fallait montrer à l’Occident que l’Algérie était menacée par le GIA, que c’était le péril…C’était pour choquer, faire peur à l’Europe…Pour ma part, j’ai refusé en disant que l’Allemagne est un Etat de droit ! Je ne commettrai pas de crime, c’est contraire à mes traditions, à mes scrupules…Ici c’est pas la France !…

A Paris, Abdelbaki Sahraoui a été assassiné par le DRS. J’ai toutes les preuves. Les attentats de Paris : la main du DRS est plus ou moins visible sauf pour ceux qui refusent la réalité. C’était le cas Touchent, un agent du DRS que la DST française a aidé à quitter la France par la Grande Bretagne. …J’ai aussi dit que Djamel Zitouni, chef du GIA, était un agent du DRS et que ses Fetwa sortaient de Benaknoun. J’étais devant un choix : soit je serais complice de Lamari, Toufik et ceux qui assassinent des Algériens avec sang froid, soit de déserter et j’ai obéi à ma conscience.

www.rachad.org / Photo El Pais
NB: Transcription El Mouhtarem www.ffs1963.unblog.fr

Alger veut récupérer un ancien officier des services de sécurité qui a fait défection

Le Monde, 23 novembre 2007
Lorsqu’il avait témoigné, à l’été 2002, contre le régime algérien lors d’un procès qui se déroulait à Paris, le tribunal avait écouté Mohammed Samraoui dans un silence profond. C’était la première fois qu’un ancien colonel des services de renseignements, qui avait fui à l’étranger à la suite d’un désaccord sur la conduite de la guerre antiterroriste, racontait par le menu les méthodes de la Sécurité militaire, avec leur part d’ombre et de coups fourrés.

L’année suivante, l’ancien officier publiait en France un livre témoignage qui était le prolongement de ses propos à la barre (Chronique des années de sang, éditions Denoël). Dévastateur, l’ouvrage fit grand bruit. Depuis, plus rien. Installé en Allemagne avec sa famille, Mohammed Samraoui était retombé dans l’anonymat.

Du moins le croyait-il. A l’occasion d’un déplacement à Malaga, fin octobre, l’ex-colonel a été interpellé et présenté à la justice espagnole sur la base d’un mandat d’arrêt international lancé en 2003 par l’Algérie via Interpol pour « désertion, atteinte au moral de l’armée et activité terroriste ».

Incarcéré pendant quelques jours, Mohammed Samraoui a été remis en liberté, avec interdiction de quitter le territoire espagnol. « Tous les deux jours, je dois pointer au tribunal », a-t-il expliqué au Monde par téléphone.

L’ancien colonel dit ignorer les raisons de son inculpation. « J’attends une audition devant le juge qui ne vient pas. Aucun dossier me concernant n’est arrivé d’Algérie. Je ne comprends ni l’acharnement algérien – j’ai rompu depuis des années avec mon pays natal – ni l’empressement espagnol. Protégé par le statut de réfugié politique, j’ai pu voyager en toute liberté à l’étranger. Jamais les Allemands ne m’ont inquiété », dit-il.

Il y a une semaine, le quotidien espagnol El Pais a publié un appel en faveur du dissident. Cet appel sera remis aux autorités espagnoles, lundi 26 novembre. Appuyé par des dizaines de personnalités européennes et maghrébines (le président du Front des forces socialistes, l’algérien Hocine Aït Ahmed, figure parmi les signataires), le texte parle de l’accusation « grotesque » à l’encontre du dissident et du « caractère fallacieux du mandat d’arrêt algérien ». Jean-Pierre Tuquoi

 

Mohamed Samraoui n’est toujours pas autorisé à quitter l’Espagne

Initialement prévue pour la fin de cette semaine, la décision de la justice espagnole concernant le dossier Samraoui vient d’être une nouvelle fois reportée. Le juge espagnol en charge de l’affaire est en effet toujours dans l’attente du dossier d’extradition que doit lui adresser la justice algérienne.
En attendant, l’ancien colonel Samraoui est libre mais il n’est pas autorisé à quitter le territoire espagnol. «Je ne souhaite pas partir clandestinement en Allemagne. Je suis respectueux de la justice de ce pays et je suis convaincu de mon innocence dans cette affaire. Les Algériens savent que je ne suis pas extradable. Ce qui me gêne le plus, c’est d’être loin de ma famille et de mes proches. Je crains également pour mon emploi en Allemagne, si cette situation se prolongeait », souligne l’ancien colonel joint au téléphone.
Les recours introduits par son avocat espagnol et le soutien dont il bénéficie de la part du consulat d’Allemagne – le pays où il bénéficie du statut de réfugié politique- à Madrid n’ont pas suffit à faire décider la justice espagnole. Cette dernière, notamment en raison des tensions algéro-espagnoles, semble en effet chercher à éviter de froisser les Algériens en libérant Mohamed Samraoui.
Selon des sources judiciaires espagnoles, la justice algérienne a jusqu’au début du mois de décembre pour transmettre le dossier : lors de l’arrestation de Mohamed Samraoui le 22 octobre dernier, le juge avait en effet fixé un délai de 40 jours aux Algériens pour transmettre la demande d’extradition. Au-delà de ce délai, le juge espagnol en charge de l’affaire, devrait autoriser Mohamed Samraoui à regagner l’Allemagne.

Par Rafik tayeb Toutsurlalgerie/ Photo: elpais

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