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Hocine Aït-Ahmed: « La police politique était en contact avec De gaulle »

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Algérie: une élection contre le changement

Hocine Aït Ahmed* , Le Soir de Bruxelles, 8 avril 2009

Le peuple algérien est convié à se rendre aux urnes cette semaine pour «élire» un président qui s’est assuré une victoire sans risques.
C’est une évidence pour l’écrasante majorité aussi bien des Algériens que des observateurs étrangers: le résultat de l’élection présidentielle du 9 avril prochain ne fait pas de doute. Bouteflika et ses sponsors se sont assuré une victoire sans risques et sans surprises. Sans risque démocratique, sans risque de voir l’urne révéler le nom de l’élu, comme cela se fait en démocratie au terme d’une campagne, d’une élection et d’un dépouillement honorables.
Les autres risques encourus par le pays et non plus par le seul régime – déroutes politique, économique et morale qui découlent des choix désastreux opérés par une oligarchie militaro-marchande déterminée à spolier le peuple algérien de ses droits et de ses richesses –, ces risques-là, Bouteflika et ceux qui l’ont adoubé aux commandes du pays ne les voient pas. Plus grave, ils s’en accommodent.

Bouteflika et ses sponsors militaires et milliardaires sont, il est vrai, encouragés dans cette voie par leurs partenaires internationaux. Ces derniers trouvent leur compte en faisant commerce avec un régime plus soucieux de faire plaisir à des réseaux d’affaires influents sur la scène internationale qu’à remplir ses obligations à l’égard de son peuple.

L’histoire moderne des Algériens est une succession de luttes contre toutes les multiples formes de la domination qui s’est imposée sous les visages successifs du colonialisme, de la dictature autoritariste et maintenant d’un despotisme de moins en moins soucieux de masquer sa nature. Une nature brutale qui transparaît dans l’outrance. Avec une débauche de moyens pour Bouteflika déguisé en «candidat» et en «indépendant», dans une partition jouée d’avance avec l’argent et les institutions de l’État mis au service d’un homme qui incarne la pérennité du système. Un système honni par les Algériens qui paient jour après jour le prix de cette longévité.

On le voit clairement pour cette élection avec la convocation du plus indigent des folklores en guise de liesse populaire et d’un encadrement administratif et policier de la population digne des pires républiques bananières. On le voit également dans le carnaval prétendument pluraliste qui sert de façade et qui ne tient lui-même que grâce aux milliards puisés dans les caisses du pays et distribués à une clientèle avide de prébendes.

Prise en étau entre pauvreté et répression, la société algérienne peine à résister à l’effondrement moral. Un simple coup d’œil sur les cinquante dernières années renseigne sur les souffrances endurées et les sacrifices consentis par un peuple dont la patience a rarement rencontré la sagesse chez ses oppresseurs.

Il est de bon ton, en ces jours sombres pour des pans entiers de l’humanité confrontés à la dureté des prédateurs économiques, politiques et militaires, de reprocher aux peuples la longévité des régimes qui les oppriment. Rappelons alors avec l’exemple de l’Algérie contemporaine à quel prix se maintiennent les prédateurs à la tête des nations et où ils les mènent. 200.000 morts, des milliers de disparus, des millions de déplacés et des milliards de dollars investis dans le seul « maquillage » du crime en tragédie. C’est le bilan de la seule décennie 90 et de sa « sale guerre » que Bouteflika est venu maquiller en « sale paix » depuis 1999. De même que Bouteflika a eu pour mission de maquiller la déroute politique et morale en « moindre mal » en martelant que la paix est de retour. Tandis que l’horreur, qui a diminué sur le terrain de la guerre sans pour autant disparaître, se redéploie en criminalité tous azimuts et en violence économique.
Ceci ne doit pas nous dédouaner, en tant qu’Algériens de toutes obédiences mais unis par un même souci de démocratie, de liberté et de justice, de faire nos bilans respectifs et d’assumer notre part de responsabilité dans la trop longue durée de chacun de ces épisodes de domination.

A la veille de ce énième viol du droit des Algériens à l’autodétermination, de ce énième viol des promesses de l’indépendance et de ce énième mensonge que sont ces élections présidentielles destinées à pérenniser un régime de prédation, il n’est pas inutile de rappeler que l’ordre mondial qui a permis à une oligarchie corrompue de trouver les alliances utiles à son maintien est en train de changer sous la pression de sociétés qui n’en peuvent plus des mensonges et de l’arrogance que cet ordre a portés et maintenus au mépris de toutes les avancées de l’Humanité.

Qu’on cesse alors de regarder les Algériens (ainsi que d’autres peuples de l’aire musulmane du reste) sous le seul prisme déformant de la lutte antiterroriste ou de la « menace islamiste. » Là où leurs droits sont piétinés, leur dignité bafouée, leurs vies réduites à un simulacre de survie végétative, tous les peuples du monde ont le droit et le devoir de résister à leurs oppresseurs.

Malgré le décor Potemkine dans lequel excelle ce régime qui ne craint par ailleurs ni le crime d’Etat ni le viol de toutes les lois qu’il promulgue lui-même, malgré la persistance de divergences sévères au sein de l’élite algérienne sur les voies et moyens d’en finir avec cette insupportable agonie, des voix, chaque jour plus nombreuses, plus précises, plus rigoureuses se joignent à la longue marche de la protestation algérienne pour lui faire emprunter les chemins du changement démocratique et pacifique.

Cette victoire si difficile, contre les atavismes de tous bords, les sectarismes, l’enfermement idéologique et la manipulation des divers clans du pouvoir ; cette victoire qui consisterait en une véritable construction démocratique, les Algériens ont compris qu’ils doivent d’abord la remporter sur eux-mêmes.

Cela, le pouvoir n’y pourra rien changer. Un cap a été franchi sur le chemin de la maturité politique. Tant au sein de l’élite que de la société.

Désormais, patriotisme ne rime plus avec soumission au régime mais avec changement ! Un changement que la société appelle de toutes ses forces et vers lequel nos énergies doivent converger.

*Hocine Aït Ahmed Vétéran de la lutte nationaliste algérienne, président-fondateur du Front des forces socialistes, le plus ancien parti d’opposition

Hocine Aït-Ahmed « Il n’existe pas de suffrage universel en Algérie »

haa1.jpgAu cours d’un débat organisé le 12 mars à Genève, en Suisse, Hocine Aït-Ahmed affirme qu’il n’existe pas de suffrage universel en Algérie. « Le général Nezzar était étonné, que je n’ai pas accepté d’être chef de l’Etat ! Il tombait des nues. Il ne sait pas comment quelqu’un peut refuser d’être «honorer» (…) Je vais avaliser toutes leurs décisions, toute leur politique, tous leurs massacres, tous les effets de destruction et de déshonneur de notre pays ?  J’ai été frappé par le fait que l’ex-ministre des droits de l’homme, qui était chef de la Fédération de France du FLN (Ali Haroune NDLR) qui a dit : «On lui a proposé le poste de chef de l’Etat, il a refusé ». Mais c’est quoi ça ? Moi j’ai mes convictions ! (Applaudissement de la salle). Ce qui m’importe ce sont les souffrances du peuple algérien.

Je me suis présenté aux élections présidentielles en 1999. C’était la première fois. Je me suis fais violence ! Le général Zeroual qui était en ce moment là à la présidence m’a envoyé une délégation me disant «voilà moi je démissionne, ça ne va pas, c’est n’est pas ce que je veux, alors je démissionne. Mais j’aimerais bien que vous participiez et sans votre participation, les gens n’aurons pas de confiance en ces élections». J’ai dit mais quelle garantie allez-vous me donner ? Il a dit: «vous venez en Algérie puis on discute». J’arrive là bas (Algérie),  je lui ai dit : écoutez, vous êtes là depuis 45 ans, vous me donnez 15 jours pour faire la campagne électorale dans un pays quatre fois la France ?! Il m’a dit je ne peux pas. Je lui ai dit : Comment ça tu ne peux pas, tu es président ! Je voulais partir parce que le suffrage universel n’existe pas en Algérie. Tout est trafiqué, c’est l’administration qui fait tout.

Par contre nous participons, généralement, à toutes les élections municipales parce que nous avons le contact avec la population. Pour le reste, aller dans une Assemblée nationale qui est aux ordres du pouvoir ? C’est une question de dignité. Je vais vous dire autre chose: des Algériens très riches, qui ont fait honnêtement leur fortunes, m’ont proposé que je prenne leur avion pour faire la campagne électorale. Mes amis au parti étaient contents. J’ai dit: vous ne me connaissez pas vous ne connaissez pas votre peuple. Je viens de Suisse pour safari chasse ? Les Algériens vont me taxer de ceci et cela. J’ai fait la campagne en voiture et c’est là où j’ai attrapé mon problème cardiaque.  »

Source www.fifdh.org/ Transcritpion d’El Mouhtarem 

Hocine Aït-Ahmed à la 7e édition du FIFDH (11 mars à 20h15)

benaissa2.jpgbouchachi11.jpgsalimaghezali.jpgaitahmed.jpgDix jours de films et débats pour mettre un visage sur les thèmes abstraits traités au Conseil aux droits de l’homme. Le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) lance sa 7e édition du 6 au 15 mars.

Sortir les droits de l’homme de l’enceinte du Palais des Nations pour porter le débat dans la cité. C’est l’objectif réitéré année après année par le Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH) qui entame sa 7e édition. 

L’Algérie bâillonnée: Barakat!

CAC VOLTAIRE – mercredi 11 mars 2009 à 20h15

Débat avec:  Hocine Aït-Ahmed– Fondateur du Front des Forces Socialistes (FFS – Opposition), Slimane Benaissa – écrivain et dramaturge algérien, Salima Ghezali– journaliste, Prix Sakharov des droits de l’Homme du Parlement européen en 1997, Mostefa Bouchachi– Président de la Ligue algérienne pour la défense des Droits de l’Homme.

Modératrice – José Garçon, journaliste et membre du comité de direction du FIFDH

La deuxième guerre d’Algérie – la sale guerre, la guerre civile…Les noms ne manquent pas pour qualifier ce conflit qui a fait, entre 1992 et 1999, plus de 200 000 morts, 14000 disparus et près de deux millions de déplacés. Et puis plus rien. Les autorités algériennes ont conclu un accord avec les groupes islamistes dont les termes sont à ce jour demeurés secrets. Une charte pour la paix et la réconciliation nationale a été votée sans le moindre débat et dans des conditions dénoncées par de larges pans de la société. Le silence s’est abattu sur ces années de terreur et de sang. Vingt ans après la révolte de la jeunesse d’octobre 1988 et la (courte) ouverture démocratique qui s’ensuivit, cette Algérie est devenue celle des émeutes quotidiennes, dont les plus spectaculaires ensanglantèrent la Kabylie en 2001 et firent des dizaines de morts. Cette Algérie, dont la population boude les urnes et exprime sa colère dans des affrontements avec les forces de police, dont les travailleurs investissent les syndicats autonomes malgré une répression féroce et dont le président, malade, amende la constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat à 72 ans, cette Algérie est-elle vraiment sortie de la crise ?

Précédé du film “Algeria’s Bloody years” de T. Leclère, M. Bensmaïl, P. Barrat

Hommage de Hocine Aït-Ahmed: A la mémoire de Jean-Jacques De Felice

felice.jpgMessage transmis par Hocine Aït-Ahmed à l’occasion de l’hommage rendu par la Ligue des Droits de l’homme à Me Jean-Jacques de Felice, le samedi 29 novembre 2008 à la Maison du Barreau à Paris. ……………..

A la mémoire de Jean-Jacques De Felice
 
Les Algériennes et Algériens viennent de perdre en Jean-Jacques De Felice un ami très cher, un allié de toujours, d’hier et d’aujourd’hui, et un témoin vigilant et incorruptible.
Je présente mes condoléances les plus attristées et amicales à sa famille, ses amis et aux dirigeants et militants de la Ligue des Droits de l’Homme.
 
Jean-Jacques fait partie des Françaises et Français qui ont soutenu les longues luttes d’émancipations politiques et sociales depuis la fin de la première guerre mondiale … et  auxquels j’exprime mes hommages les plus profonds.
 
Permettez-moi d’évoquer la mémoire Claude Bourdet, figure emblématique de la résistance française et d’une gauche sincère et conséquente. Sa  solidarité anticoloniale reste marquée  par l’enquête réquisitoire qu’il avait publiée sur la généralisation de la torture en Algérie, au lendemain de la terrible répression militaro-policière à Sétif et Guelma  … sous le titre « Existe-t-il une gestapo en Algérie? « . Par ailleurs, sans oublier son texte sur le poids politico-médiatique « des lobbies de la grosse colonisation en Afrique du Nord » et leurs complots permanents pour torpiller les projets de réformes gouvernementaux si minimes soient ils, et ainsi empêcher toute évolution graduelle et pacifique des pays maghrébins vers leur indépendance. Il introduira et soutiendra le mouvement nationaliste dans les conférences de solidarité anti-coloniale. Une manière de rendre ses dirigeants conscients de la nécessité de faire jouer
les courants de solidarité pour soutenir le mouvement national algérien. Le député MRP, libéral de droite Fonlup Espéraber, il s’est illustré par des campagnes de dénonciation du nouveau gouverneur Naegelen,  responsable de  falsifications électorales, il lui a collé « les Elections à l’Algérienne » comme une tunique de Nessus fabriquées par l’usage massif des fraudes et  des répressions sanglantes.
Pratiques, d’ailleurs, hélas ! toujours et encore en honneur aujourd’hui, depuis la confiscation de l’indépendance et du droit à l’autodétermination des Algériennes et des Algériens par une interminable gouvernance crypto-stalinienne.
 
De  nombreuses  figures anticoloniales : journalistes, avocats, démocrates de gauche et de droite militants politiques pour ne citer que  Robert Barra , Germaine Tillon, Pierre Bourdieu, Jean-Paul Vernant, Jean Lacouture, Pierre Vidal-Naquet qui recevront  de plein  fouet la  tragédie de la guerre de reconquête ; ils affronteront les terribles épreuves de la  guerre  coloniale en  dénonçant les dérives totalitaires des répressions  policières et des opérations militaires. Peu nombreux, certes, mais ils refusaient que l’Etat français se déshonore en torturant et tuant femmes et hommes qui combattaient  pour leur  liberté nationale et le respect des droits humains.
 
C’est  exactement  pour les mêmes valeurs que Me Jean-Jacques De Felice s’est engagé  pour assurer la défense des compatriotes algériens livrés aux répressions sauvages, au règne de la responsabilité collective et de l’illégalité. Grâce à son courage et ses convictions morales et politiques, il a défié les pressions fascisantes qui pesaient sur les avocats. L’assassinat de Me Ould Aoudia ayant été un avertissement contre les défenseurs de « terroristes ».
 
C’est exactement pour les mêmes idéaux démocratiques et des droits de l’homme que Jean-Jacques, après l’accession de l’Algérie à l’indépendance, ne s’en sera pas tenu à la solidarité anti-coloniale. Il ira plus loin par delà une solidarité anti-coloniale, sans dérobade ni complexe. L’engagé d’hier ne se désengagera pas dans son soutien aux forces de la modernité et de l’Etat de droit. Il ne fera pas l’impasse sur les dérives catastrophiques des putschistes, accomplies au nom de la  » révolution » dans le style rétrograde des nationalismes fascisants et staliniens du 20ème siècle.
 
Face à la sale guerre, il n’a  jamais cédé à l’indifférence, à la légèreté laïciste, et aux campagnes de manipulations et de désinformation qui ont  banalisé et crédibilisé les thèses les plus saugrenues de la junte militaro-policière…jusqu’à faire croire aux fictions du suffrage universel, voire à l’existence d’une constitution légitime. Depuis qu’au lendemain du referendum d’auto-determination une clique miltaro-policière imposa à l’Assemblée Nationale Constituante une constituante  trafiquée dans un cinéma. en 1962.
 
Jean-Jacques n’était pas dupe, il évoquait devant moi comment le FIS devait être perdant aux vraies premières élections législatives qui devaient avoir lieu en juin199&,  la  loi électorale  et le découpage des circonspections ayant été préparés, sans  par  Mouloud Hamrouche, le 1er ministre qui avait ouvert  le pays à la démocratie. Il savait donc la déroute assurée des  radicaux islamistes, autrement dit, une solution démocratique par excellence et au surplus  sans effusion de sang. Or, le 5 juin 1991, les panzers de l’armée occupent la capitale et le chef du gouvernement sera limogé.  Le  Cabiner Noir fera alors passer le FIS à la 2ème élection législative. Episode idéal visant à  justifier le coup d’Etat militaire du 11 janvier 1992 qui devait enterrer définitivement l’ouverture  démocratique. C’est à ce moment que le frère De Felice a percé la tragédie algérienne piégée par les mensonges et les manipulations dignes des systèmes totalitaires.
 
Ce faisant, a-t-il rompu  ainsi avec un  consensus de complicités occidentales, confortables et  sans gloire, pour renouer avec cette solidarité qui ne nous a jamais fait défaut dans les pires moments. Comme pendant les années de braise, ils ne pouvaient mettre en balance, d’un côté les souffrances et la détresse d’un peuple qui se voit dépouillé de ses idéaux et d’une  résistance très chère payée et de l’autre des groupes d’imposteurs qui ont confisqué son droit à  la paix  à  une vie digne  et heureuse.
 
Vos attitudes Jean-Jacques étaient tout sauf banales. Elles nous ont  été incroyablement précieuses pendant notre résistance à la dictature .Tous ceux et celles qui refusent d’être dupes ont contribué à empêcher que les 200 000 morts de la décennie 90 soient engloutis dans cette indifférence généralisée qui fait de l’Algérie un pays à part, une sorte de trou noir où les valeurs universelles n’ont plus court, une Omerta à l’exemple de celle  qui, dans les années 1930, avait été complice de la destruction de le république espagnole.
 
Vous restiez toujours disponible pour faire en sorte que le peuple français ne méprenne pas sur les enjeux réels d’un pouvoir mu par une obsession : que la France continue à cautionner une politique d’oppression et de régression afin d’empêcher toute solidarité avec celles et ceux qui, en Algérie, n’ont pas renoncé.
 
Merci Jean-Jacques d’être resté VOUS.
 
Le 28-11- 2008
Hocine Ait-Ahmed 

Pour la mémoire…

hocine.jpgAmazday (1): Depuis sa création, le Nouvel Hebdo n’a cessé de tirer à boulets rouges sur le FFS. A quoi attribuez-vous cet acharnement ?

 

H.A.A.: Avant même la création du Nouvel Hebdo, on a tiré à boulets rouges, à boulets invisibles, mais à boulets concrets contre le FFS. On a cassé la Kabylie, on a séparé les jeunes des vieux. Ils ont même créé un FFS II et jusqu’à présent nous en sommes la cible.
J’ai eu l’occasion de dire récemment, en présence des dirigeants qui m’ont accompagné, notamment Mme Wassila TAMZALI, devant le Chef de l’Etat, que pendant trois décades, il y a eu excès d’interdictions mais que depuis l’ouverture, il y a eu excès de manipulation. On veut semer la confusion, on veut jouer la division des partis et cela ne va pas très loin. Je dis que c’est peut-être une chance d’être la cible du Pouvoir et notamment de la police politique, parce que les Algériens finissent par comprendre; mais c’est très dur d’accepter qu’un homme que connaissent les Algériens… comment il s’appelle déjà …? Belkacem… (2) ?

 

(1) Hocine AIT AHMED À AMAZDAY-FORUM DU CITOYEN [1] n°2, octobre 1990.

(2) Kamel Belkacem

Hocine Aït-Ahmed: « Il s’agit d’être clair sur les combats à mener aujourd’hui »*

haa1.jpgCinquantième anniversaire de la création du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA)

Conférence débat animée par Abdelhamid MEHRI et Daho DJERBAL 19 septembre 2008- au siège national du FFS à Alger

Contribution de Hocine AIT AHMED

Un anniversaire, c’est aussi un moment de retrouvailles. Non seulement retrouvailles entre compagnons de lutte, camarades et amis, mais également un moment où…se rappelant un évènement et le célébrant, on remet sur la table les rêves, les valeurs, les principes qui ont conduit à sa fondation. Les rêves, les valeurs et les principes qui ont conduit à la proclamation du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne, GPRA.

Nous avons non seulement le devoir, de les rappeler – afin que nul n’oublie, mais nous avons aussi le devoir de les confronter aux réalités d’aujourd’hui, de voir ce que ces rêves, ces valeurs et ces principes sont devenus… afin que là aussi, nul n’oublie !

Ce que je vais vous dire aujourd’hui, j’ai déjà eu à l’écrire – en son temps – à mes camarades du CCE (Comité central élargi), la direction révolutionnaire de l’époque, dans un rapport que j’ai ultérieurement publié dans Guerre et Après Guerre :
«La constitution du GPRA a été – dans le cadre de la révolution – la réalisation du rêve de plusieurs générations d’Algériens : le rétablissement de la Dawla, de l’Etat. »

L’Algérie a été voulue par les Algériens comme un Etat représentant, incarnant, défendant les intérêts d’un peuple. Ceci est important à rappeler aujourd’hui.
Face aux oligarchies de toutes obédiences, face aux clans et autres regroupements infra-politiques ou para-politiques qui squattent l’espace public en privatisant l’Etat, spoliant le peuple, défigurant la société et la déstructurant.

Quelle question se pose aujourd’hui ? Est-ce que l’Etat voulu par des générations d’Algériens, par ce peuple qui a tant payé pour atteindre cet objectif est aujourd’hui bien incarné par le régime en place ?

Pour pouvoir répondre à cette question, il faut peut-être en poser une autre : Est-ce que les nouvelles générations, les Algériennes et les Algériens qui sont nés dans cet Etat, l’Algérie ; l’Etat algérien, dont ont rêvé les générations précédentes ; cet Etat qui a été gagné de haute lutte grâce à la révolution, est-ce que les jeunes d’aujourd’hui considèrent cet Etat comme le leur ? Ou bien le régime en place l’a-t-il à ce point éloigné de ses missions originelles, c’est-à-dire incarner, représenter et défendre les intérêts du peuple dans la diversité de ses composantes qu’il en a résulté un recul désastreux auprès de notre population et notamment des jeunes dont la colère contre le régime, se transforme en rejet de l’Etat ?

Quand on entend des responsables faire officiellement des procès en patriotisme à notre jeunesse, nous avons le devoir de leur rappeler, d’une part, quels étaient les principes fondateurs de l’Etat algérien et d’autre part, combien ils les ont bafoué !!

Et combien ils continuent quotidiennement de les bafouer !!

2e rappel toujours tiré du rapport au CCE : «La constitution d’un gouvernement est avant tout un acte politique devant par conséquent répondre à des impératifs d’ordre politique. Elle ne peut être conçue à partir de simples évocations historiques ou juridiques »

Parmi les raisons multiples qui ont conduit à la proclamation du GPRA il est nécessaire de rappeler la protection et le respect des droits de l’Homme. Dans notre souci politique, le GPRA avait l’ambition de faire appliquer les conventions de Genève, pour protéger notre population et nos combattants, pour interdire les bombardements de villages, pour interdire la prise d’otages et les représailles collectives, pour le respect du soldat… pour sauver nos jeunes de la guillotine, nos cadres de l’assassinat…

Qu’en est-il aujourd’hui de ces droits de l’Homme ? De ce souci de protéger notre population, nos jeunes, nos cadres et nos…soldats empêtrés dans la sale guerre ? Qu’en est-il aujourd’hui du droit à l’autodétermination du peuple algérien, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

On ne peut – par ailleurs – absolument pas évoquer la création du GPRA sans rappeler le Congrès de la Soummam, Congrès sans lequel la dynamique de l’unification des forces nationales n’aurait pas eu progressivement et rapidement la visibilité nécessaire à sa crédibilité ! Le GPRA s’est aussi inscrit dans ce souci de visibilité.

Bien sûr, cette date du 19 septembre avec la célébration du GPRA amène à l’esprit toutes les luttes, les souffrances et les sacrifices consentis par le peuple algérien, par les femmes et les hommes qui le composent. Par respect pour la mémoire de ceux qui ne sont plus, par devoir envers les nouvelles générations et celles qui sont appelées à venir, il est peut-être vital, essentiel de rappeler le pourquoi et le comment du combat pour l’indépendance algérienne.

Car il reste encore beaucoup de chemin à faire…

Pour que l’Etat soit de nouveau l’incarnation des rêves d’un peuple et le garant de la défense de ses intérêts… Pour qu’il ne soit plus ce cauchemar qui fait fuir par milliers nos jeunes. Et les moins jeunes… Il est utile, voire vital de préciser certaines choses. Chaque lutte renvoie au contexte historique et à l’environnement international qui sont les siens. Il s’agit d’être clair sur les combats à mener aujourd’hui.

L’Etat d’aujourd’hui n’est pas à confondre avec l’Etat colonial. Mais il s’agit également d’avoir la lucidité de voir que l’Etat algérien d’aujourd’hui confisqué par une caste prédatrice ne répond plus aux aspirations du peuple et de la société. Aux attentes de tous les Algériens et de toutes les Algériennes dans la diversité de leurs aspirations à la liberté et à la dignité.

Faire œuvre utile en politique aujourd’hui c’est aussi expliquer en quoi l’Histoire, la nôtre, s’est appuyée sur l’esprit millénaire de résistance qui caractérise cette terre.
Cette Histoire, pour se faire, s’est également appuyée sur les instruments de la modernité universelle.

L’Etat moderne est un Etat au service d’un peuple dont il garantit la liberté, le développement et la sécurité et en retour, le peuple est le garant de la pérennité de cet Etat, quand ce dernier repose sur la liberté de la société et des individus qui la composent.

Au moment de célébrer les espoirs soulevés par les victoires du passé, au moment d’évoquer, comme ce soir, les victoires sur le colonialisme, il ne faut surtout pas, en ces temps si durs pour notre peuple, il ne faut surtout pas oublier qu’avant de triompher du colonialisme, nous avions d’abord triomphé des limites qu’il était parvenu à imposer à notre audace autant qu’à notre action.

La création du GPRA a été la concrétisation la plus politique et la plus manifeste de cette double victoire sur le colonialisme et sur nos propres limites. Le coup de force contre le GPRA a de ce fait consacré une terrible régression: il demeure non seulement le témoignage d’une illégitimité originelle. Mais il a aussi installé – pour ne pas dire réinstallé – la force brute comme seul mode de gestion de notre société. (FIN)

*Titre tiré du texte par El Mouhtarem

Photo Corbis: 13 décembre 1996

Extrait d’un entretien de Hocine Ait Ahmed à Jeune Afrique (1986)

haa.jpgJA: Le pouvoir est donc fort, aussi, de vos faiblesses ?

 

HAA: Sans doute. On occupe les Algériens du matin au soir avec les problèmes de pénuries et de ravitaillement. C’est la politique du couffin quotidien, de la grande débrouille, de la carotte et du bâillon. La seule mobilisation tolérée, c’est celle-là, celle de la vie. Et puis la bureaucratie a enserré et étouffé la société dans ses innombrables tentacules. Le Léviathan, ou plutôt, le Thalafsa, ce dragon à sept ventres de l’imaginaire berbère, s’est assoupi sur le bonheur du peuple…

 

Mon pays souffre d’une étrange maladie : l’algériasclérose. Ses symptômes ne trompent pas –mal d’être, mal de vivre, tristesse, frustration et soumission, perte des valeurs de solidarité et de courage.

 

Les rapports sociaux, même au niveau familial, sont entachés d’égoïsme. L’application généralisée des principes pavloviens, les queues, le système D ont laissé des traces. C’est chacun pour soi, chacun son tour. L’algéraisclérose, c’est le manque d’oxygène dans le corps politique, le flux sanguin bloqué par les féodalités claniques, le surdéveloppement de la machine bureaucratiques, la quête pathologique d’identité due à l’amputation d’un poumon – la culture berbère-, l’autre poumon, la culture arabe, étant rabougri parce que privé d’échanges vitaux avec la science et la pédagogie. C’est le vieillissement d’une société dont la population est l’une des plus jeunes du monde et à qui pour tout remède, on offre les béquilles du parti unique.

 

Nietzsche disait : «Docteur, commence par te soigner toi-même » Pour guérir le peuple algérien, il faut donc commencer par lui rendre sa souveraineté, c’est-à-dire l’exercice quotidien de sa liberté.

Hocine Ait Ahmed : Portrait d’un maghrébin de toujours

haa1.jpgM. Hocine Aït Ahmed est passé ce matin sur la chaîne Medi 1 Sat. El Mouhtarem a transcrit l’intégralité de l’émission.

50 ans après la Conférence de Tanger qui avait réuni en 1958 des représentants du Maroc d’Algérie et de Tunisie, le processus d’unification de la région est en panne. Quez vous inspire cette situation ?

Hocine Aït Ahmed :
Grande colère, frustration énorme ! Les peuples du Maghreb étaient intimement liés sous l’oppression coloniale non seulement dans la résistance armée mais aussi dans les combats syndicalistes. On n’avait pas à être rapproché. Nous étions un seul et même peuple. Des décennies sont passées, les rêves d’unification démocratique du Maghreb ne sont pas encore réalisés. Nous sommes pratiquement, aujourd’hui, les seuls à ne pas voir construit un ensemble régional ou continental comme en Europe, en Asie ou Amérique latine.

Nos positions sont connues depuis très longtemps ; je dirais que depuis que j’étais à la tête de l’Organisation paramilitaire.

En décembre 1948, le rapport que j’avais fait au Comité central élargi du parti indépendantiste algérien, avait fait de l’action libératrice une condition sine qua non de ce que le Maghreb s’unisse, qu’il y ait une lutte à l’échelle du Maghreb, parce que le rapport des forces entre l’Algérie et une puissance industrielle, une impuissance militaire… Déjà à l’époque tout de suite après l’adoption de ce rapport, nous avions envoyé deux délégations : une au Maroc et une autre en Tunisie. Mais par ailleurs, mes positions sont connues depuis 1963, parce que après l’indépendance, lors d’un des débats de politique étrangère à l’Assemblée nationale constituante, j’appelais déjà à des projets communs de développement.

Pardonnez-moi de lire un court instant de ce que je disais à l’époque. « Soyons réalistes ! Si les facteurs affectifs et culturels peuvent aider à instaurer un climat, l’unité ne peut se concrétiser qu’a la faveur des réalisations économiques communes. Si nous parvenions à cela, la question des frontières avec le Maroc comme avec la Tunisie, deviendrait futile. Et nous donnerions à nos peuples des objectifs de construction et de lutte communes».

Donc, je n’ai pas changé. Et puis je vais vous dire: je suis marqué par la façon dont j’étais reçu au stade de Casablanca lors du 40ème jour de la mort de Bouabid (*1). Toute la population s’est levée parce que je venais d’Alger. Ce jour-là, je proposais la création d’instances maghrébines.

Qu’il y ait d’abord un Parlement maghrébin élu au suffrage universel. Qu’il y ait un Conseil économique, social, et culturel dans lequel seront représentées différentes régions des pays du Maghreb et puis une Cour maghrébine des droits de l’Homme. C’est vous dire à quel point je m’intéressais à ça.

Le conflit entre le Maroc et l’Algérie qui se cristallise sur le conflit du Sahara occidental

Hocine Ait Ahmed :
Moi je ne m’y résoudrai jamais, jamais, jamais ! Nos pays ne sont pas condamnés à se regarder comme des chiens de faïence. C’est vraiment, je dirais, une trahison de notre histoire et de nos valeurs.

Nos peuples ne sont pas voués à être nourris de discours agressifs et d’accusations où le nationalisme étriqué fait office de vérité historique. Soyons clairs: on ne sortira jamais de l’impasse sans bonne gouvernance, sans Etat de droit, sans transparence et obligation de rendre des comptes aux institutions légitimes. On est loin, notamment dans mon pays où une grande majorité de la société se disloque, exclue de toutes retombées de la manne pétrolière ou gazière. Je crois qu’un régime qui repose sur la violence et la prédation à peu de chances de créer avec ses voisins les liens qui n’a pas su ou voulu établir avec sa propre population.

L’heure est à choisir les problèmes les plus fondamentaux. L’heure est à la construction de l’avenir de nos enfants. Il n’est pas à la course aux armements.

Réaction du FFS à la demande marocaine d’ouvrir les frontières

Hocine Aït Ahmed :
Nous avons une vraie cohérence dans notre programme. C’est pour cela que lors du congrès que nous avons tenu en septembre dernier, il y avait trois thèmes, le deuxième thème c’est l’unification du Maghreb. C’est vous dire l’intérêt fondamental que nous portons à cette donnée.

Qu’est-ce qu’il faut faire pour la construction du Maghreb ?

Hocine Aït Ahmed :
Je crois qu’il y a des exemples en Amérique latine du fait qu’ils ont fait l’accent, dans leurs luttes démocratiques, sur la nécessité de créer des sociétés civiles. Je crois qu’il faut multiplier les initiatives politiques, culturelles, sociales entre les trois peuples aussi des sociétés civiles. L’urgence pour les Algériens, les Marocains et les Tunisiens c’est qu’ils doivent pouvoir circuler librement dans leur région en même titre que les Mauritaniens et les Libyens. L’urgence pour le développement économique de toute la zone. On le sait: nos pays n’ont aucun chance de se développer séparément.

Nous avons perdu un demi siècle. Je crois que la meilleure manière de dépasser c’est effectivement de créer un dynamique dans la société civile et de faire en sorte que celle-ci devienne le garant d’une alternative démocratique, la garantie aussi, une fois concrétisée la démocrate, puisse tenir la route.

L’Union pour la méditerranée peut-elle favoriser un rapprochement au Maghreb ?

Hocine Ait Ahmed :
Nous n’avons pas besoin de rapprochement. On n’est les uns les autres. C’est vraiment le même peuple. L’UMP ? Tout dépend si elle tient compte des peuples, des sociétés. Je n’ai jamais entendu une déclaration par exemple sur les droits de l’Homme comme pouvant être à la base de création…. Déjà il y a quand même un précèdent significatif et instructif : l’échec du processus de Barcelone. Cet échec est dû à l’exclusion des peuples et des sociétés. Il faut que l’on puisse dire après : au lieu de l’union de la méditerranée on veut faire l’union pour la méditerranée. J’ai une appréhension, il ne faut pas que ça soit une union pour les requins de la méditerranée.

N.B : Transcription par El Mouhtarem www.ffs1963.unblog.fr. Je n’ai pas transcris les questions dans leur intégralité. J’attends des commentaires sur la construction du Maghreb. Tout commentaire qui sortira de ce cadre sera supprimé.

La vidéo : http://www.medi1sat.ma/fr/emission2.aspx?t=1&e=482&inv=120

Notes : (*1) Abderrahim Bouabid a été un résistant de la première heure, chef de file de la gauche progressiste et social-démocrate, leader de l’Istiqlal, puis de l’UNFP et de l’USFP, ministre dans les premiers gouvernements de l’Indépendance en charge de l’Economie et des Finances. Il est décédé en 1992.

Hocine Aït Ahmed sur Medi 1 Sat

haa.jpgDimanche 2 juin 2008/  07H50 – « Aujourd’hui rencontre avec … » Hocine Aït-Ahmed – « Portrait d’un maghrébin de toujours » 12H15 – « Aujourd’hui rencontre avec… » Hocine Aït-Ahmed – « Portrait d’un maghrébin de toujours » 22H30 – « Aujourd’hui rencontre avec … » Hocine Aït-Ahmed – « Portrait d’un maghrébin de toujours »

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