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Hocine Zehouane: « Il faut avoir l’audace de parler de la presse liberticide »

zehouane1.jpgDu point de vue du combat pour la défense des droits de l’homme, la célébration de la journée de la liberté de la presse doit être l’occasion de se dégager des pétitions de principe et d’aborder sans complaisance la question des enjeux que recèle l’espace médiatique et qui génèrent les politiques de l’information dans notre pays et dans le monde. S’il faut parler de la liberté de la presse, il faut aussi avoir l’audace de parler de la presse liberticide. Autant en effet, la presse peut être l’objet de politiques cœrcitives et répressives de la part de pouvoirs autoritaires, autant une certaine presse peut constituer des instruments de domination entre les mains et au service de puissances de l’argent. Au sens des préoccupations de la LADDH, le combat pour la liberté de la presse doit consister à assurer la défense, la protection et la promotion des journalistes en tant que travailleurs d’une corporation juridiquement protégés, matériellement assurés contre l’exploitation et la précarité et moralement reconnus dans leur spécificité de créateurs intellectuels. En effet, la Laddh réaffirme avec force l’impératif de dépénalisation du délit de presse. Elle considère que tous les conflits susceptibles de naître de l’action d’informer peuvent se résoudre dans la qualification de délits et quasi-délits civils, qu’à ce titre ils peuvent donner lieu à l’exercice du droit de réponse et à l’octroi de dommages intérêts en cas de préjudice mais qu’en aucune façon, ils ne peuvent exposer le journaliste à une condamnation pénale. Et afin d’assurer le journaliste contre des charges pécuniaires au dessus de ses revenus, la Laddh suggère la création d’un fond de garantie à financer par le ministère de tutelle, les entrepreneurs de presse au prorata de diffusion et le syndicat de la profession. Concernant la protection juridique et pour suppléer et parer aux lacunes réglementaires, la Laddh demande à ce que l’élaboration et la conclusion de conventions collectives soit rendue obligatoire entre les entrepreneurs de presse et les représentants des employés. La ligue considère enfin sur ce registre que pour préserver la liberté intellectuelle des journalistes rédacteurs, l’introduction de la clause de conscience dans les contrats et statuts doit permettre à chaque auteur offensé dans le traitement de ses articles de mettre fin à la relation de travail avec droit à l’indemnisation. En second lieu face à la main mise des puissances de l’argent sur l’espace médiatique, la Laddh dénonce la fausse indépendance de tant d’organes devenus des centres d’info imposture, la marchandisation de l’information sous le poids de la publicité, l’ostracisme exercé envers les petites publications par le contrôle des réseaux de distribution, et appelle à la mise en place d’un jury d’honneur qui devra veiller à la moralisation de la profession. Si le droit à l’information doit s’incarner dans une information saine, alors la liberté de la presse ne doit pas être une liberté qui opprime, mais une liberté qui libère.

La liberté de la presse

pressfreedom.jpgaliyahiaabd3.jpgContribution de Maître Ali Yahia Abdennour 

La presse algérienne a connu les phases les plus difficiles de son histoire  qui l’a vu naître, soumise à la censure et au contrôle des pouvoirs publics qui ont renforcé la rigidité de ces limites, et les a imposées avec plus de sévérité. 

Les problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels, présentent aujourd’hui une telle complexité que, sans une opinion publique bien informée, il n’y a aucun espoir de  les comprendre et de les résoudre. Paradoxalement, c’est précisément en cette période que les pouvoirs publics redoublent d’efforts, pour imposer leur tutelle sur les moyens de communication de masse. 

La mutation majeure tient au fait que les deux tiers de la population mondiale ont obtenu la liberté  politique en chassant la domination étrangère. Ce n’est pas vrai. C’est l’indépendance nationale qu’ils ont obtenu, et non nécessairement la liberté. C’est là  tout le problème. En l’espèce l’enjeu porte sur la liberté individuelle. La confusion est entretenue entre les droits de l’Etat et ceux de l’individu. La liberté de la presse n’est pas un droit détenu par l’Etat mais par les citoyens, et c’est une liberté par rapport à l’Etat. Les intérêts individuels et par conséquent ceux de la nation, sont mieux servis par un journalisme libre et ouvert, par une presse indépendante et pluraliste. Le déni de la liberté de la presse, est le déni de la liberté même de l’individu. 

– La liberté de la presse est une conquête fragile qui doit être protégée et renforcée. 

Toute personne engagée professionnellement dans un aspect quelconque  du journalisme de la presse écrite ou de la radio télévision, est un journaliste. Les journalistes de la télévision unique et de la radio unique, sont t’ils des journalistes ou des fonctionnaires de l’information ? Les journaux ont besoins de liberté et d’indépendance pour éduquer, informer, protéger et distraire. L’expérience de la vie en société nous a enseigné que le progrès passe par le dialogue, qui contribue à supprimer les tensions. Un débat public ouvert engendre une meilleure compréhension des problèmes qui se posent au peuple, et par suite les meilleures chances de trouver des solutions. Seule une presse libre permet au peuple de faire entendre sa voix et ses problèmes aux pouvoirs publics. La réponse à la liberté de la presse se situe à deux niveaux : celui  de la théorie et de la réflexion tendant à préciser et à approfondir ce concept d’une part, celui de la recherche des voix et moyens par lesquels l’action concrète devrait s’exercer d’autre part. la théorie et la réflexion ne peuvent être dissociées de l’action. 

La question fondamentale à se poser pour assurer  une circulation de l’information libre et équilibrée est celle-ci : les hommes et les femmes reçoivent t’ils l’information nécessaire pour avoir une large compréhension de leur société, du monde ? De plus s’ont t’ils en mesure d’exprimer leurs points de vue et leurs préoccupations ? les journaux souffrent d’encadrement qualifié, d’institutions de formations et de moyens  de financement . D’où la nécessité de former les personnels indispensables à la production des programmes en mettant l’action sur la rédaction, l’interview, l’observation et la recherche, sans oublier de produire des programmes et des messages originaux plus conforme à notre identité culturelle et plus aptes à répondre aux besoins réels et aux aspirations profondes de notre peuple. Il va sans dire que cela ne signifie en aucune manière un repli sur soi, mais au contraire une ouverture aux apports extérieurs et aux grands courants du monde moderne, de manière à provoquer par le dialogue et l’échange un processus d’enrichissement mutuel. 

La presse privée s’améliore, sort du conformisme et de l’uniformité. La confiance des algériens dans la presse s’est améliorée. Il y a un vide politique et intellectuel qu’elle tente de combler. La presse doit par un effort accru élevé son niveau qualificatif, son professionnalisme, son  prestige, c’est-à-dire son influence et son crédit qui dépendent de la loyauté de ses lecteurs, et de la diffusion honnête et ouverte des informations et des opinions. Le secret des sources des journalistes et leur protection est la pierre angulaire de la liberté de la presse. Un journaliste ne donne pas ses sources et chacun doit l’accepter. 

Le pouvoir de la presse est limité par sa diversité, car elle n’est ni unie ni une. Certains le regrettent. On voit en la presse un « quatrième pouvoir » alors même qu’on ne distingue plus très nettement les trois premiers, et qu’il y a non pas séparation mais confusion des pouvoirs. Certains reprochent faits à la presse privées sont justifiés ou du moins ils le paressent. 

II – la presse privée est un des principaux vecteurs de la démocratie. 

Elle est la clef de la démocratie. Pas de démocratie sans elle et vice versa. L’exigence de liberté  implique une démocratisation de l’information, une multiplication des sources d’information. Les journalistes ont du combattre pour gagner le droit à la liberté de la presse qui est un élément essentiel à l’instauration et à la consolidation de la démocratie. Plus la vérité est importante plus elle est cachée, et plus complexes en sont les manifestations.  Pour Victor Hugo : «  le principe de la liberté de la presse n’est pas moins essentiel, n’est pas moins sacré que le principe du suffrage universel ». Chaque Algérien majeur et électeur et souvent lecteur. 

Il faudrait d’une par que les citoyens aient conscience de la  gravité de la crise qui se répète, se succède, s’enchaîne, s’amplifie et se prolonge, et d’autre part qu’eux-mêmes se situent, c’est-à-dire qu’ils prennent publiquement position. 

Quand l’histoire d’un homme est finie, quand son mandat légal se termine, il ne faut pas forcer le destin en ajoutant un dernier chapitre. Respecter le peuple ce n’est rien lui imposer. Eviter le danger, ne pas laisser un désastre s’accomplir, est la qualité indispensable de tous ceux qui ont conduit leur peuple. Il faut entendre la protestation populaire qui s’enfle et se durcit, entendre les voix lançant des cris d’alarme : dix ans c’est assez, dix ans ça suffit. 

III – l’Etat exerce un contrôle non seulement sur l’information intérieure, mais aussi sur toute celle qui vient de l’extérieure. 

La presse est contrôlée. Le pouvoir qui a peur de l’opinion publique cherche à la détruire en mettant les moyens d’information en tutelle. Les lois promulguées laissent virtuellement le destin de la presse à la merci du pouvoir, ancré en permanence dans son hostilité à la liberté de la presse, pour renforcer les mécanismes visant à la subordonner aux seuls objectifs de la propagande. Les journalistes ont très clairement  fait savoir que sur le choix entre une presse libre et la propagande du pouvoir, il n’y a pas de compromis. Défendre la cause de la liberté de la presse, c’est faire obstacle à l’exercice d’un contrôle étatique sur les organes d’information.

 La création de nouveaux journaux est soumise à l’autorisation officielle par la justice. L’un des problèmes les plus alarmants pour la démocratie est celui de la télévision, en butte aux convoitises du pouvoir, parce qu’elle est la principale source d’information. Si le pouvoir à le droit de s’exprimer à la télévision pour défendre son programme et la manière dont il gère le pays, il n’a pas le droit de s’acquérir d’un service public financé par tous les Algériens, de le monopoliser pour interdire tout débat contradictoire qui est l’hygiène et même l’hygiène  de la vie publique, passage obligé d’une démocratie formelle à une démocratie réelle. L’image à la télévision possède un grand pouvoir de suggestion, mais on peut tout lui faire suggérer. 

Le président de la république a déclaré à la chaîne MBC : «  la télévision est et continue d’être la propriété de l’Etat, et ne saurait être soumise à une quelque forme  d’expression contradictoire ou polémique. C’est l’Etat qui finance la radio et la télévision, et elles sont la pour défendre la politique de l’Etat ». Il est nécessaire de permettre la création de chaînes de télévision privées, libres  de leur choix, libre d’offrir à leurs auditeurs des œuvres diverses, ambitieuses, dignes d’intérêt. 

A la mort de Franco en 1975, l’Etat Espagnole constituait et de loin, l’entreprise d’information la plus importante. Il possédait les deux seules chaînes de télévision du pays, deux radios dont la principale, une agence de presse et trente six quotidiens, les reformes effectuées ont abrogé la tutelle Etatique dont le pays avait hérite. La liberté d’expression et de la presse a progressé substantiellement en 1981 et en 1982. Le gouvernement a fermé huit de ses quotidiens ainsi que l’agence de presse. Les deux chambres du parlement -les Cortés- Ont adopté une loi qui a décidé  que les 25 journaux d’Etat restant seraient vendus au secteur privé. On fermera les journaux qui ne trouveront pas d’acheteur. Ce processus de suppression de la presse de l’Etat devait arriver à son terme en 1983. Le gouvernement a légalisé la télévision privée 

IV- la protection des journalistes 

La liberté de la presse est plantée, enracinée, mais pour qu’elle puisse s’épanouir il ne faut pas la déraciner. Le journalisme est une profession  en butte à des harcèlements, des menaces de représailles et à d’autres pressions qui ne sont pas moins intimidantes. Lorsque le fond d’intolérance s’accompagne d’insultes, de menaces et même d’agressions physiques contre les journalistes, surtout les correspondants de presse à l’intérieur du pays par les représentants locaux du  pouvoir, le moment n’est pas loin ou il n’y aura pas eu ni liberté d’expression, ni liberté tout court . La première urgence est de mettre fin à la répression qui les frappe et qui a atteint avec les dernières condamnations en série, l’intolérable qui ne peut être toléré. La liberté d’expression et d’opinion du journaliste bénéficie déjà de la protection assurée en vertu de l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’Homme qui reconnaît «  tout individu a le droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions, et celui de chercher, de recevoir et de répondre sans considération de frontières les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit » il faut aussi avoir présent à l’esprit l’engagement contenu dans la constitution de l’UNESCO de «  promouvoir la libre circulation des idées par le mot et par l’image » en théorie, mais il s’agit seulement d’une théorie juste dans ses principes, tout pays qui adhère à l’ONU et à l’UNESCO, s’engage à défendre la liberté de la presse. 

Les journalistes disposent d’une arme puissante pour assurer leur propre protection et celle de leurs collègues ailleurs, cette arme est l’information, une information complète, rapide et largement diffusée sur tout exemple d’atteinte où que ce soit aux  droits des journalistes. 

Le code de déontologie journalistique est avant tout l’affaire des journalistes, de leurs syndicats et de leurs organisations professionnelles, non de l’Etat, du gouvernement, ou de tout autre groupe de pression de quelque nature que ce soit. 

Les adversaires du journalisme sont le pouvoir et l’argent. Il serait urgent de doter la presse d’un statut qui assure son indépendance et la mettre à l’abri de l’action maléfique du pouvoir, mais aussi de celles des bailleurs de fonds. Il faut dépénaliser le délit de presse pour expurger de son venin le code de l’information qui n’est qu’un code pénal bis. 

Les algériens ne doivent pas renoncer à exercer pleinement leurs droits de citoyens. Une presse mise en tutelle, équivaut à une renonciation à leurs principes et acquis les plus précieux, ainsi qu’à leurs plus hautes aspirations de liberté et de dignité. Leur engagement en faveur d’un journalisme indépendant et professionnel, et pour une information libre, pluraliste et équilibrée qui favorise la réflexion politique, le débat démocratique ainsi que le développement économique, social et culturel, doit être total. 

La liberté d’expression est un droit de la vie sociale et culturelle, de la création scientifique et artistique. 

La dégradation politique et morale des institutions est due à l’absence d’alternance, qui permet le maintien au pouvoir des mêmes clans et des mêmes intérêts, durant une longue période. Il est temps d’agir si l’on veut libérer la presse et les journalistes des poursuites judiciaires et des condamnations, domaine qui nous concerne tous dans notre vie et notre liberté de chaque jour.

Du nouveau chez Ahmed Fattani

Le directeur du quotidien l’Expression, Ahmed Fattani, a imposé aux journalistes-stagiaires des contrats d’une durée de cinq ans . Un article du contrat stipule que si le journaliste quitte le journal avant la fin du contrat, il procédera au remboursement d’une somme de 200.000 DA. Honte à vous M. Fattani !  Nous espérons que l’inspection du travail se penchera sur ce problème.

Les précisions honteuses de Fattani !

 Le directeur du quotidien l’Expression, Ahmed Fattani a prouvé encore une fois son rôle de lèche bottes. Jamais dans l’histoire de la presse écrite, une précision n’a été faite à un entretien. Je vous invite à lire cette précision à l’entretien de Abdelhamid Mehri:

« Avec la lucidité qui lui est connue, M.Abdelhamid Mehri s’est exprimé dans cet entretien sur plusieurs aspects de la vie politique nationale. Cependant, la rédaction de L’Expression tient à préciser que la ligne éditoriale du journal ne partage pas tous les points de vue que M.Mehri a développés. Il s’agit, notamment de celui concernant le troisième mandat et la révision de la Constitution. De ce fait, les propos rapportés dans nos colonnes n’engagent que leur auteur, M.Abdelhamid Mehri. », L’Expression du 23 avril 2008

NB/ pour mieux connaitre Fattani, je vous invite à visiter www.youtube.com puis chercher vidéo Fattani

Nombre de journalistes : 4 084

 

Nombre de journalistes qui travaillent dans la presse écrite : 3 000 Nombre de journalistes qui travaillent dans la presse privée: 2 500 Nombre de journalistes qui travaillent dans la presse publique: 500 Nombre de journalistes qui travaillent dans la radiotélévision : 1 084 Nombre de correspondants : 744 Nombre de titres qui ont des correspondants : 76 Titres et tirages

 

Nombre de titres au 15 avril 2008 : 291 Nombre de quotidiens : 65 dont 57 sont généralistes, 3 économiques et 5 sportifs Nombre de titres en langue arabe 32 Nombre de titres en langue française : 33

 

Le tirage global de la presse est de 2 430 000 exemplaires par jour.
Le tirage de la presse quotidienne arabophone est 1 255 000 exemplaires par jour
Le tirage de la presse quotidienne francophone est de 900 000 exemplaires par jour.
- 89 est le nombre d’hebdomadaires
- 76 est le nombre de publications spécialisées.
- 137 est le nombre de périodiques
- 57 est le nombre de publications régulièrement distribuées en Algérie.
- 29 nouveaux titres créés entre juillet 2007 et mars 2008

 

 

Le journal de Si Affif

Le député du FLN, Abdelhamid Si Affif, a lancé un quotidien en langue française:  »La Tribune des lecteurs ». Les gens s’interrogent sur le rapport qui puisse exister entre Si Affif et l’entreprise de presse. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) qui devait nous éclairer sur la question est occupé par l’organisation d’un tournoi de football, en collaboration avec le ministère de la communication, à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse. Heureux les martyrs qui n’ont rien vu !

« Un régime qui reste foncièrement antidémocratique »

litterature.jpgChroniqueur d’El-Watan et correspondant de Courrier international, Chawki Amari rentre dans son pays pour purger une peine de prison. Il explique les raisons de son choix. 

 Le tribunal de Jijel a confirmé en appel, le 4 mars, votre condamnation et celle d’Omar Belhouchet, le directeur d’El-Watan, à deux mois de prison ferme et à une amende de 10 000 euros pour diffamation et injures. Pourquoi un verdict aussi lourd ? 

CHAWKI AMARI La sévérité fait partie de l’arsenal juridique algérien. En ce moment même, des fonctionnaires sont poursuivis en justice pour avoir fait grève et sont menacés de licenciement. D’autres journalistes sont sous la menace de condamnations, et des personnes arbitrairement incarcérées. Le régime algérien reste foncièrement antidémocratique, convaincu que toutes les forces de revendication sont ses ennemies. C’est un père autoritaire, abusif, qui frappe ses enfants et les enferme dans le placard pendant que tout se monde se moque de lui dehors et que sa femme le trompe. Si je peux me permettre cette image qui entre dans le cadre de la diffamation. 

D’autres journaux ont également évoqué des affaires de corruption dans la préfecture de Jijel (à 350 km à l’est d’Alger) ? Comment expliquez-vous que seuls les journalistes d’El-Watan aient été condamnés à de la prison ferme ? 

Beaucoup de journaux ont écrit sur la préfecture et ses dépassements. Il faut savoir que l’Algérie, à l’instar d’autres pays riches et autoritaires, est bien classée dans l’échelle mondiale de la corruption. Celle-ci est infiltrée dans les rouages de l’Etat, où des réseaux très puissants et solidaires pompent l’argent public comme dans le désert on pompe du pétrole. Plusieurs procès sont en cours, dans cette préfecture et ailleurs. Il faut attendre. Pour l’instant, à part nous, un autre journaliste a été condamné à 4 millions de dinars d’amende (40 000 euros), et il y a encore d’autres procès avec la wilaya de Jijel qui n’ont pas encore été sanctionnés. Mais il faut savoir que, par le passé, d’autres préfets ont été accusés par les journaux, ces derniers se sont retrouvés en justice et, en bout de course, les préfets eux-mêmes sont allés en prison ou ont été démis. Le délit est donc d’en parler trop tôt, avant que le pouvoir central ne se décide à lâcher ces préfets, qui sont, comme en France, nommés par le président et ne sont pas élus, à l’image de ce qui se fait dans d’autres pays. 

Est-ce un message envoyé à la presse pour la museler dans un contexte politique difficile (le projet de réforme constitutionnelle pour permettre à Bouteflika d’effectuer un nouveau mandat) ? 

C’est possible. Avec cette affaire, on peut éventuellement faire voter l’amendement de la Constitution lors de la session parlementaire de mars, au lieu de passer par la case référendum. Mais je n’y crois pas trop, surtout que rien n’est joué pour l’adoption de la réforme constitutionnelle ; le régime hésite à se moquer aussi ouvertement de la population. El-Watan pose souvent des questions qui fâchent et apporte des réponses qui énervent. Pour le régime, qui aime faire croire que tout fonctionne dans le meilleur des mondes, ce journal est gênant, tout comme d’autres titres privés qui entravent « la marche vers la stabilité ». 

Faire payer El-Watan, un syndicat libre ou un militant des droits de l’homme relève du même esprit. « Tous ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous et ceux qui sont avec nous ont intérêt à bien l’être, de façon visible. » En revanche, cette affaire survient au moment où le ministre de
la Communication rencontre les journalistes et les patrons de journaux privés pour leur annoncer un nouveau contrat de confiance mutuelle et la promesse de dépénaliser les délits de presse, en éliminant les sanctions pénitentiaires pour les journalistes. Pour lui, cette affaire tombe très mal. Mais, en Algérie, on a l’habitude d’entendre les gouvernants dire une chose et faire son contraire. Un pas de côté, deux pas en arrière, un pas en avant. C’est connu, les Algérien(ne)s sont de très bon(ne)s danseur(se)s. 

El-Watan évoque « un hiver des libertés démocratiques ». Peut-on parler d’un recul de la liberté de la presse en Algérie ?  Pour reculer, il faut d’abord avancer. Depuis 1988, date de l’ouverture du secteur de l’information aux acteurs privés, il y a eu de timides avancées. Puis un gel par cryogénisation délibérée, qui dure depuis l’apparition du terrorisme, en 1992. C‘est un cas assez classique : sous couvert de sécurité, on sacrifie les libertés. Etat d’urgence, monopole de l’Etat sur les médias, surveillance, contrôle et infiltration des journaux par les services de sécurité, écoutes, etc. Toute la panoplie d’un régime autoritaire qui, pour tout contrôler, n’a trouvé que la solution des barrières et des miradors. L’autre problème est qu’il n’y a pas de réel contre-pouvoir constitué pour défendre la liberté d’expression. La justice est aux ordres dans les affaires politiques et l’Assemblée regroupe un gros pourcentage d’apparatchiks qui adorent les voitures de luxe et les bonus de fin de mois. 

Il n’y a finalement que quelques partis politiques, des syndicats libres et des forums ou groupes de citoyens qui se sont intéressés à notre affaire. Le progrès viendra peut-être d’eux. Est-on dans un hiver des libertés ? Oui, un hiver qui dure et qui n’est pas seulement la création du président Bouteflika. Sauf qu’au pays du soleil ça fait encore plus froid dans le dos. 

La presse algérienne a souvent été présentée comme la plus libre du monde arabe. Est-ce toujours une réalité ? 

On ne fait pas trop de vagues et, en face, on ne frappe pas trop fort. C’est comme une mer un peu plate avec des surfeurs qui font semblant de pratiquer un sport à risque dans une eau peu profonde. D’un côté, on a l’alibi démocratique d’une presse relativement libre et, de l’autre, un semblant de stabilité politique. Avec une répartition d’argent plus ou moins honnête et équitable, la machine tourne. Mais elle n’avance pas. Les presses libanaise et marocaine sont peut-être plus libres aujourd’hui. De toute façon, contrairement à ce que l’on pense, la liberté d’expression, en Algérie ou ailleurs, ne suit pas un développement linéaire, mais alterne entre cycles de fermeture et d’ouverture. Actuellement, nous sommes dans un cycle de fermeture. Alors, soit on se repose, soit on va chez le serrurier. Soit on casse la porte. 

Vous pourriez rester en France pour échapper aux poursuites judiciaires ? Pourquoi prenez-vous le risque de retourner en Algérie ? 

Je crois que, pour l’instant, ma place est en Algérie, aux côtés de tous ceux qui se battent pour un avenir meilleur. L’Algérie a pratiquement tout ce dont peut rêver un pays, des cadres instruits, des hommes et des femmes formés, une classe moyenne relativement progressiste, du pétrole, de l’argent et de la terre. Manquent les libertés. Un truc concret qu’on pourrait laisser à nos enfants, si toutefois on l’arrache à nos parents. En gros, je crois qu’il n’y a pas vraiment d’abus de pouvoir, il n’y a souvent que des abus d’obéissance. 

Cela étant dit, personnellement, je vivrais bien en short dans des îles du Pacifique, entouré de jolies créatures et lisant un journal par an pour faire les mots croisés. En attendant ce devenir, je préfère rester à Alger. Un enfer sympathique, géré par de méchants gardiens de prison, mais où les détenus sont encore capables de tendresse. Il faut juste « licencier » les gouvernants. Cette dernière phrase entre évidemment dans le pur cadre de la diffamation. Ou de l’apologie de la violence ?

Ali Yahia Abdenour rend hommage à la Dépêche de Kabylie !

Dans un entretien paru aujourd’hui dans le quotidien La Dépêche de Kabylie, le président d’honneur de la LADDH, Ali Yahia Abdennour a rendu un hommage au journal de Amara Benyounes.  « Je remercie la Dépêche de Kabylie qui a toujours été au devant des causes justes, je remercie son directeur, M. Idir Benyounes », a conclu M. Ali Yahia.  

Communique de RSF

Reporters sans frontières est préoccupée par l’inculpation et le placement sous contrôle judiciaire, le 4 mars 2008, de Noureddine Boukraa, du quotidien Ennahar, par le tribunal général d’Annaba (600 km à l’est d’Alger), suite à une plainte déposée par le responsable de la sécurité publique dans la région.

“Cette affaire témoigne des fortes pressions pesant sur les journalistes qui révèlent l’implication de personnalités proches du pouvoir dans des trafics d’influence. Ces pressions sont encore plus fortes en province, où les affaires de presse sont moins médiatisées et où les journalistes sont plus exposés aux potentats locaux”, a déclaré l’organisation.

Le 4 mars 2008, Noureddine Boukraa a été placé sous contrôle judiciaire après avoir été provisoirement inculpé de “divulgation du secret de l’instruction par l’utilisation de documents classés confidentiels », d’ »atteinte à l’honorabilité d’un corps constitué » et de « diffamation », en vertu du code pénal. Le procureur avait requis l’incarcération préventive. Dans l’attente de son procès, le journaliste devra se présenter une fois par semaine au parquet d’Annaba. Il n’est pas autorisé à quitter la région.

Contacté par Reporters sans frontières, Noureddine Boukraa a affirmé avoir été entendu à plusieurs reprises par la police au cours des derniers mois pour s’expliquer sur les malversations qu’il avait dénoncées dans un article publié le 12 novembre 2007 dans le quotidien arabophone Ennahar. Se basant sur des documents confidentiels, le journaliste avait accusé des membres des services de police de trafics d’influence. Il s’est déclaré surpris par cette inculpation et par la gravité des faits qui lui sont reprochés. La plainte a été déposée par Draï Messaoud, chef de la sécurité publique.

Suite à la publication de son article, Noureddine Boukraa avait été interpellé et placé en garde à vue pendant une nuit au quartier général de la police judiciaire. Il avait été entendu par un juge d’instruction avant d’être relâché.

L’Algérie occupe la 123e place du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. L’organisation a publié, le 13 février, son rapport annuel 2008 sur la liberté de la presse dans le monde.

Chawki Amari condamné à deux mois de prison

La cour d’appel de Jijel a rendu hier sa décision dans le procès en appel opposant le wali de Jijel au directeur du quotidien El Watan, Omar Belhouchet, et au chroniqueur Chawki Amari. La cour a confirmé le verdict rendu par le tribunal de Jijel, prononcé le 27 mai 2007 et condamnant les deux journalistes d’El Watan à une peine de deux mois de prison ferme et le versement solidairement de la somme d’un million de dinars au wali, représentant les dommages causés à la partie plaignante. Le wali avait, rappelons-le, déposé une plainte suite à la publication d’une chronique intitulée «Un bel été à Jijel», dans l’édition du 17 juin 2006. Nous republions la chronique de Amari.

Un bel été à Jijel  

Du nouveau dans la caste des intouchables. Après le wali de Blida, au Centre, celui d’El Tarf, au bout, est sous les projecteurs de la justice et sous toute réserve, indique qu’une petite lessive est en train d’être mise en marche pour laver ce corps aux grosses tâches des représentants régionaux de l’Etat. Dans ce scénario, le prochain wali à être sur la liste semble être celui de Jijel. Accusé de tous les maux, dilapidation des deniers publics, attributions de marchés douteux et détournement de budgets communaux, dans ces califats qui caractérisent les régions éloignées des centres de décision, il aurait même été, détail marquant, jusqu’à offrir un 4X4 de la wilaya à sa maîtresse. Trompe-t-on l’Etat quand on trompe sa femme ? Pas forcément. Mais quand les maîtresses de walis roulent dans les 4X4 de l’Etat à l’heure où la plus petite voiture de base coûte encore 4 ans de salaire de base, il y a de quoi monter au maquis. Pas celui de Jijel, mais celui du combat contre l’impunité des fonctionnaires désignés de l’Etat. L’ère féodale des walis, qui après avoir ruiné des wilayas sont souvent mutés dans d’autres wilayas pour faire la même chose, a touché sa limite de l’acceptable. Pas de faux espoirs pourtant, puisque les questions restent entières. Qui nomme les walis ? Celui qui les limoge. Qui limoge les walis ? Celui qui les nomme. Qui déclenche des enquêtes sur eux ? Le contre-pouvoir judiciaire et policier étant ce qu’il est, c’est-à-dire un simple soldat du pouvoir exécutif, le mystère est aussi obscur que la question de l’origine du monde ; est-ce le système qui a créé la corruption ou la corruption qui a fabriqué le système ? Est-ce le président qui nomme les walis ou les walis qui sont imposés au président ? Répondre à cette question de fonctionnement est déjà comprendre pourquoi ne fonctionne pas le pays le plus riche de sa région. Chawki Amari 

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