• Accueil
  • > Terrorisme et violence en Algérie

Archive pour 'Terrorisme et violence en Algérie'

Alger avait ignoré une demande de l’ONU de renforcer la sécurité

Les autorités algériennes n’avaient pas donné suite à une requête demandant un renforcement de la sécurité autour des représentations des Nations unies dans ce pays, cibles le mois dernier d’attentats meurtriers, a indiqué, selon l’AFP, un responsable de l’ONU, Kemal Dervis. Le responsable du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) s’exprimait hier sur la création d’une commission d’enquête indépendante ordonnée par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à la suite de ces attentats d’Alger qui ont fait 41 morts, dont 17 agents de l’ONU, le 11 décembre. Il a indiqué que le responsable de la sécurité de l’ONU sur place avait fait une requête officielle aux autorités algériennes pour un renforcement des mesures de sécurité, peu après des attentats suicide dans la capitale algérienne, en avril 2007. « Le responsable de la sécurité de l’ONU a demandé au gouvernement (algérien) des mesures de sécurité particulières, dont des barrages sur les rues (avoisinant les bureaux de l’ONU) », a déclaré M. Dervis. « Le gouvernement n’a pas répondu à cela, c’est un fait établi », a-t-il dit.

Qui est David Veness ?

Nommé le 13 janvier 2005 par le Secrétaire général, au poste de Secrétaire général adjoint à la sûreté et à la sécurité,  M. David Veness du Royaume-Uni, était, depuis 1994, Commissaire adjoint chargé des opérations spéciales à la police urbaine à Londres. 

Membre de la police britannique depuis 1964, M. Veness a été détective à Londres et dans plusieurs départements de Scotland Yard, notamment à la section antifraude et au groupe des opérations criminelles.  Spécialisé dans les prises d’otages, il a participé aux négociations, en 1980, lors du siège de l’ambassade d’Iran et a mené les négociations, en 1984, au Bureau du peuple libyen.  Entre 1987 et 1990, il a été chargé de la protection royale et diplomatique et a organisé la sécurité de rencontres internationales.  En tant que Commissaire chargé des opérations spéciales, il a supervisé les affaires de protection en matière de terrorisme, de sécurité et de criminalité organisée. 

M. Veness a été anobli fin 2004.  Il est également Commandeur de l’Empire britannique et a reçu la médaille de la police de la Reine.  Il est marié et père de trois enfants. M. Veness a pris ses fonctions le 28 février 2005. (Sources ONU)

Belkhadem critique la décision de l’ONU de désigner une commission d’enquête…

Le Chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem a qualifié  mardi à Madrid, rapporte l’APS, de « mesure unilatérale », la décision du secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon de désigner un « groupe d’enquête indépendant » pour « établir tous les faits » sur les attentats terroristes perpétrés à Alger le 11 décembre dernier. M. Belkhadem qui s’exprimait en marge du premier forum de l’Alliance des civilisations qui se tient dans la capitale espagnole, a déclaré que cette mesure « ne peut être accueillie favorablement car l’Algérie fait son devoir au sujet de cette question ». « L’ambassadeur d’Algérie auprès de l’ONU n’a pas été consulté et l’avis de l’Algérie n’a pas été pris », a encore indiqué M. Belkhadem, ajoutant, qu’en la matière, les « règles n’ont pas été du tout respectées ».

L’ONU crée une commission d’enquête indépendante sur les attentats d’Alger

Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a décidé, selon l’AFP, de créer une commission d’enquête indépendante sur les attentats d’Alger qui ont fait en décembre 17 morts parmi les personnels des Nations unies, a annoncé lundi sa porte-parole, Michèle Montas. 
Après avoir reçu de ses services un rapport préliminaire sur ces attaques, Ban Ki-moon a décidé « de nommer une commission indépendante pour établir tous les faits concernant les attaques d’Alger », a précisé la porte-parole. La commission « s’occupera aussi de questions stratégiques » liées à la sécurité à fournir aux employés mobilisés dans des opérations de l’ONU dans le monde, a-t-elle ajouté dans un communiqué.  
La commission d’enquête sera composée d’experts internationaux ne travaillant pas pour le système des Nations unies et cherchera une coopération totale des autorités algériennes. Sa composition et sa mission détaillée seront annoncées prochainement, a-t-elle ajouté. Michèle Montas a précisé que le rapport préliminaire reçu par Ban Ki-moon, réalisé par le sous-secrétaire général à la Sécurité, David Veness, ne serait pas rendu public. 

Ban Ki Moon:Le gouvernement algérien est responsable de la sécurité du siège de l’ONU à Alger

banki.jpgJ’ai discuté avec le Président Bouteflika quand j’étais à Alger le mois dernier. En effet, c’est un problème très grave pour quelque pays que ce soit dans le monde, y compris les pays du Sahel, et pas seulement l’Algérie. J’ai dit au Président Bouteflika qu’à ce moment-là bien entendu, j’étais choqué, c’était un événement tout à fait tragique, mais lui-même m’a dit qu’il était très embarrassé, très gêné de n’avoir pas pu protéger le personnel des Nations Unies et les bureaux de l’ONU. C’est un problème mondial, et non pas une question qui touche uniquement l’Algérie ou d’autres pays du Sahel. C’est pourquoi il faut une action concertée au niveau mondial pour lutter contre le terrorisme international. Je pense que la communauté internationale doit en faire davantage. Il est impossible de justifier le terrorisme. Le terrorisme, c’est le terrorisme, et par conséquent, ces attentats à la bombe en Algérie ont en fait renforcé ma détermination à en faire davantage. Encore une fois, je souhaite réaffirmer mon ferme engagement dans ce sens. 

Question:  Toujours une question sur l’attentat d’Alger. Le Ministre de l’intérieur a dit, après l’attentat, qu’il y avait eu des avertissements quant à la possibilité d’attentats contre des institutions internationales, y compris l’ONU. Il y a également toute une série de rapports qui ont été faits faisant état d’avertissements internes avant l’attentat. La question que je pose est la suivante: pourquoi l’ONU, comme elle l’a fait à l’époque des attentats de Bagdad, n’ouvre-t-elle pas sa propre enquête au lieu de compter sur les enquêtes de l’Algérie? 

Ban Ki Moon : Premièrement, l’ONU n’a reçu aucun avertissement lui signalant un risque d’attentat, et j’ai prié le Secrétaire général adjoint à la sûreté et à la sécurité de l’ONU de me faire un rapport d’ici au 11 janvier, c’est-à-dire cette semaine, sur les conclusions de sa propre enquête, suite à l’attentat terroriste commis à Alger. Sur la base de ce rapport, nous allons renforcer les mesures visant à garantir la sûreté et la sécurité de notre personnel et de nos locaux. (…) 

Question: Ne pensez-vous pas qu’il est impératif, pour la crédibilité de l’ONU, d’ouvrir une enquête indépendante, qui ne soit pas effectuée par la personne chargée de la sécurité, pour s’assurer que les procédures en matière de sécurité ont bien été respectées?  Le Secrétaire général: Je me réserve le droit de me prononcer sur cette question en attendant de recevoir le rapport complet du Département de la sûreté et de la sécurité. 

Question: Pour revenir sur la question de l’Algérie, savez-vous que, en 2007, depuis votre entrée en fonctions en tant que Secrétaire général, le chef de la sécurité de l’Algérie a fait des demandes répétées et a indiqué, à de nombreuses reprises, qu’il pourrait y avoir des attentats en Algérie? Il n’a pas donné d’informations spécifiques, mais il a dit que l’ONU pourrait être la cible d’Al-Qaida et qu’il fallait prendre des mesures, notamment la construction d’un mur en béton autour du Centre. Nous n’étions, nous-mêmes, pas au courant. Alors, s’il a vraiment lancé ces avertissements, compte tenu des attentats à Bagdad et étant donné les menaces qui pèsent sur l’ONU, pourquoi ne pas ouvrir une enquête indépendante? 

Ban Ki Moon : C’est une bonne observation. C’est pour cette raison que nous travaillons d’arrache-pied. Je me suis déjà entretenu longuement avec le Président Bouteflika. En tant que pays hôte, le Gouvernement algérien est responsable. Il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour renforcer la sûreté et la sécurité de l’ONU. Il m’a assuré qu’il trouverait de nouveaux locaux au PNUD et au HCR. Cela ne concerne toutefois pas seulement le gouvernement algérien. C’est une question dont je souhaite m’entretenir avec tous les États Membres en général. Je garderai de toute évidence à l’esprit ce que vous avez proposé.

Les familles des victimes refusent leur exploitation

Lors de la réunion des familles des victimes des attentats du 11 décembre 2007, organisée par le ministre de la solidarité nationale, Djamel Ould Abbes, les présents ont dénoncé la volonté du gouvernement de les utiliser pour déposer plainte contre la chaîne de télévision El Djazira. « Nous voulons la vérité sur les commanditaires des attentats », ont déclaré les familles.

Les attentats d’Alger : une population prise en otage par les luttes de clans

Par Lahouari Addi, François Gèze, Salima Mellah, Algeria-Watch, 16 décembre 2007

 

 

 

Le 11 décembre 2007, Alger vient encore une fois d’être le théâtre de deux attentats meurtriers – ciblant le Conseil constitutionnel et un bâtiment de l’ONU – qui ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. Une fois de plus attribués aux islamistes, ces attentats ne feront l’objet d’aucune enquête policière ou judiciaire : les auteurs des explosions ayant été tués, comme d’habitude, aucune instruction digne de ce nom ne suivra. Jusqu’à nos jours, aucune enquête sérieuse n’a été diligentée à propos des massacres de Raïs (300 morts), Bentalha (477 morts), Ramka (1 000 morts) et d’autres perpétrés en 1997 et 1998. Dix ans plus tard, la grande majorité de la population algérienne est convaincue que ces tueries ont été le fait d’islamistes manipulés par les chefs du DRS (la police politique), dans le cadre de la lutte de clans qui les opposait alors à celui du président Liamine Zéroual (1). De même aujourd’hui, la revendication des derniers attentats par Al-Qaida du Maghreb (AQMI, ex-GSPC) n’est pas prise pour argent comptant par l’opinion, qui pointe derrière ce groupe des commanditaires au sein du pouvoir algérien – notoirement traversé depuis 2006 par une nouvelle lutte de clans, opposant les chefs du DRS aux forces (dont certains chefs de l’armée) rassemblées derrière la figure du président Bouteflika.

 

 

 

Étonnamment, plusieurs journalistes de la presse algérienne, pourtant farouchement hostiles aux islamistes, se sont faits en partie l’écho de ces questionnements de la population. De fait, dans les jours qui suivent les attentats, en lisant la presse et en recoupant les déclarations de certains officiels du « clan Bouteflika », on relève de nombreux indices montrant que la thèse de la lutte des clans au sommet du pouvoir est la plus plausible et que ses protagonistes ont tenu à le faire savoir. Évidemment, les indices ne sont pas des preuves, mais leur concordance est pour le moins surprenante.

 

 

 

Le premier est rapporté par le quotidien El-Watan qui, dans son édition du 12 décembre 2007, s’étonne de l’acharnement d’un officier supérieur du GIS (une police dépendant du ministère de la Défense nationale) à éloigner les journalistes des lieux des attentats. L’auteur de l’article y voit « une volonté délibérée de cacher la vérité à l’opinion publique ». Mais quelle vérité les militaires du GIS voudraient-ils cacher ? Un autre indice est une phrase lancée par le ministre de l’Intérieur, Noureddine Zerhouni, lors de sa conférence de presse, avançant que les attentats sont liés à la question du troisième mandat présidentiel : le ministre pointait ainsi du doigt ceux qui refusent que Bouteflika soit candidat à sa propre succession en 2009, péripétie politicienne pourtant parfaitement étrangère aux discours mortifères affichés par l’AQMI-GSPC sur ses sites Web.

 

 

 

Refusant de reconnaître la pertinence de la dénomination « Al-Qaida au Maghreb » et continuant de citer le GSPC (comme pour mieux souligner l’origine strictement algérienne des responsables des attentats), le ministre de l’Intérieur en a rajouté lors de sa visite sur les lieux des deux drames : d’une part, a-t-il déclaré, « les services de sécurité savaient, depuis des mois, que le siège du Conseil constitutionnel figurait parmi les cibles des groupes terroristes » ; et, d’autre part, ces derniers « ont acquis une grande capacité d’infiltration des groupes terroristes, et ils sont parvenus à affaiblir un grand nombre de ces groupes ». D’où les questions implicites (en fait transparentes pour le « sérail algérois ») : s’ils sont si efficaces, pourquoi ces services de sécurité n’ont-ils pu déjouer un tel attentat, d’autant plus qu’il ne s’agissait pas de cibles anodines ? Ses chefs les auraient-ils laissés se commettre (voire les auraient commandités) po ur prouver que Bouteflika aurait échoué dans sa politique de réconciliation et que, par conséquent, il n’aurait pas à se porter candidat pour la troisième fois ? Autre indice : un reportage organisé à chaud par la radio nationale Chaîne trois, dans lequel de nombreux citoyens interrogés ont demandé… la démission du président. Quand on sait le contrôle total qu’exerce le DRS sur la radio et la télévision publiques, ce reportage parle de lui-même.

 

 

 

Une autre « anomalie » flagrante concerne les cibles des attentats – hautement symboliques – et leur mode opératoire. L’immeuble de l’ONU est situé à Hydra et le Conseil constitutionnel à Ben-Aknoun : deux quartiers hautement sécurisés d’Alger, sièges, pour le premier, des résidences des plus hautes autorités du régime et, pour le second, de nombreux établissements militaires (dont des casernes du DRS). Rappelons que le 11 avril 2007, le Palais du gouvernement et un important commissariat, dans des quartiers tout autant quadrillés, avaient été ciblés de la même manière, faisant 30 morts et plus de 200 blessés. Comment croire que des véhicules bourrés de près d’une tonne d’explosifs – selon la version officielle et celle donnée par l’AQMI – auraient pu se déplacer tranquillement sans être interceptés par des forces de sécurité omniprésentes et attentives au moindre fait suspect, à moins d’un « relâchement » programmé de ces dernières (selon un sinistre scénario largement attesté lors des massacres de 1997) ? Comment croire qu’un groupe terroriste réputé être au bord de l’agonie (du fait des « coups de boutoir » de la répression antiterroriste, selon le leitmotiv de l’« information sécuritaire ») aurait pu aussi facilement mener à bien de tels attentats, qui demandent des moyens matériels et humains, ainsi qu’une capacité d’organisation difficilement concevables de la part d’un groupe « en pleine déliquescence » ?

 

 

 

Ces attentats font ainsi douloureusement écho aux massacres de 1997, qui avaient fini par pousser le général Liamine Zéroual à la démission un an plus tard. Aujourd’hui, c’est son successeur – ou plutôt le clan de ceux qui se cachent derrière lui – Abdelaziz Bouteflika qui semble à nouveau visé par ceux qui l’avaient fait élire en 1999 (le clan du général Mohamed « Tewfik » Médiène, chef inamovible du DRS depuis 1990) et dont il a voulu s’émanciper. En atteste, parmi bien d’autres drames, celui du 6 septembre 2007 à Batna : alors que le président se trouvait encore à 20 km de la ville, un attentat suicide a visé la foule qui l’attendait sur le chemin qu’il devait emprunter, faisant 22 morts et plus de 100 blessés . Le souvenir de l’assassinat du président Mohammed Boudiaf en juin 1992, en direct à la télévision – dont tous les Algériens savent qu’il a été orchestré par les chefs du DRS –, ne s’estompe pas si facilement…

 

 

 

Le président Bouteflika a pourtant globalement mené à bien la mission que lui avaient assignée ses mentors du DRS : il a rendu l’Algérie fréquentable (même si les pétrodollars y sont aussi pour beaucoup) et il a fait passer en 2005 une loi dite « de la paix et la réconciliation ». Celle-ci équivaut à une amnistie totale des crimes des années 1990 (perpétrés par les forces de sécurité comme par les groupes armés se réclamant de l’islam) et a instauré l’interdiction de parler des années de sang sous peine de prison. Néanmoins, surtout depuis 2006, en s’appuyant sur les adversaires du « clan Tewfik » (dont les chefs de l’armée écartés par ce dernier), il a tenté d’élargir son influence dans d’importants secteurs du pouvoir algérien. Et, la conjoncture internationale aidant, il a pris, grâce à ses alliés, plusieurs décisions directement contraires aux intérêts des chefs du DRS et de leurs alliés civils : abrogation, en juillet 2006, des dispositions de la loi sur les hydrocarbures qui auraient permis – pour le plus grand profit des généraux liés aux Américains et touchant des commissions sur ces transactions – l’attribution de concessions aux entreprises pétrolières étrangères et bradé la propriété des réserves de pétrole et de gaz ; annulation de gros contrats avec des firmes américaines (dont un projet de quelque 3,5 milliards de dollars avec Anadarco) et liquidation de la société mixte algéro-américaine Brown & Roots Condor ; arrêt de la construction, déjà largement avancée, d’une importante base militaire américaine près de Tamanrasset ; intensification de la coopération militaire (et des grands contrats d’armement) avec la Russie ; etc. (2)

 

 

 

Dans ce contexte, le choix des cibles des attentats du 11 décembre peut être compris comme la délivrance de sinistres « messages » au « clan Bouteflika », mais aussi à d’autres destinataires. Aux membres du Conseil constitutionnel : l’attaque contre leur siège vise à les dissuader de parrainer la révision de la Constitution nécessaire pour un troisième mandat du président Bouteflika. À la communauté internationale ( dont les services connaissent parfaitement la vraie nature de l’AQMI-GSPC ) : l’attentat contre le siège de deux organismes de l’ONU est une manière pour les chefs du DRS de lui faire savoir que le clan Bouteflika ne peut assurer la sécurité des étrangers en Algérie et qu’ils doivent s’en remettre à eux seuls. C’est bien ce que semblait confirmer , le lendemain même des attentats, l’éditorialiste – réputé très proche du DRS – du quotidien Liberté : il écrivait que, pour le GSPC, le fait d’avoir ciblé un immeuble de l’ONU était une « manière de signifier aux étrangers que l’État algérien est incapable de protéger ses hôtes ».

 

 

 

C’est cette toile de fond, bien plus que les élucubrations des pseudo-experts internationaux ès terrorisme sur Al-Qaida, qui donne la trame explicative des dramatiques attentats frappant des civils innocents depuis le printemps 2006 (3). Et pendant ce temps, cette guerre larvée continue de prendre en otage une population broyée par l’insécurité, la pauvreté, le chômage et la malvie. En un mot, la hogra .

 

 

 

 

 

1. Salima Mellah, Les massacres en Algérie, 1992-2004 , Dossiers présentés au tribunal par le Comité Justice pour l’Algérie, mai 2004, http://www.algerie-tpp.org/tpp/pdf/dossier_2_massacres.pdf .

 

 

 

2. Voir Hocine Malti , « Les Américains en Algérie : pétrole, magouilles et terrorisme », 13 octobre 2007, http://www.algeria-watch.org/fr/article/analyse/malti_americains_algerie.htm .

 

 

 

3. Voir François Gèze et Salima Mellah , « “Al-Qaida au Maghreb” et les attentats du 11 avril 2007 à Alger. Luttes de clans sur fond de conflits géopolitiques » , Algeria-Watch, 21 avril 2007,http://www.algeria-watch.de/fr/article/analyse/attentats_110407.htm

Les attentats d’Alger: « Et si ce n’était pas les islamistes? »

Le double attentat à la voiture piégée qui a visé hier les sièges de la Cour Suprême et du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations-unies a été revendiqué dans la soirée par la Branche armée d’Al-Qaïda au Maghreb (BAQMI, ex-GSPC). Comment expliquer cette recrudescence depuis avril dernier des attentats en Algérie ?

- Farid Aichoune: Ces attentats sont signés, du fait du « modus operandi », de la même manière que ceux perpétrés par les terroristes kamikazes islamistes en Irak et en Afghanistan. S’ils ont effectivement été fomentés par des islamistes, on peut en conclure qu’il s’agit de ce qui reste du maquis. Ce serait alors le signe d’un échec de la politique de réconciliation nationale voulue par le président Abdelaziz Bouteflika. Les islamistes seraient parvenus à se refaire une santé et auraient rallié Al-Qaïda.

Mais cette version soulève de nombreuses questions. Déjà parce qu’il est difficile de croire en cette Branche armée d’Al-Qaïda au Maghreb. Car, d’une part, Al-Qaïda n’existe pas en soi, ce ne sont que divers mouvements à travers la planète qui s’en revendiquent, et, d’autre part, Ben Laden s’est toujours méfié des islamistes algériens car il les pense infiltrés par les services secrets. Enfin, le GSPC (qui a changé de nom pour devenir la Branche armée d’Al-Qaïda au Maghreb), était opposé aux attentats aveugles et c’était précisément parce qu’il était contre ces massacres de civils qu’il s’est désolidarisé du GIA. Comment le GSPC aurait-il pu retourner sa veste et en venir à se « GIAsisé » ?

Vous sous-entendez donc qu’une autre piste est possible, qui ne serait pas celle des islamistes…
- Il y a en effet une autre hypothèse. Il est possible que ces attentats aient été perpétrés dans le contexte de la féroce guerre de succession qui fait rage depuis l’hospitalisation de Bouteflika au Val de Grâce à Paris il y a deux ans. Je m’explique. Cette guerre larvée oppose deux clans. L’un est représenté par le FLN au pouvoir, à travers le premier ministre Abdelaziz Belkhadem, et l’autre par le Rassemblement national démocratique (RND), à travers l’ancien premier ministre de Bouteflika, Ahmed Ouyahia. Il se dit qu’Ouyahia, considéré comme proche de l’armée et du département des renseignements et de la sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire), serait le candidat de l’armée pour l’après Bouteflika. Belkhadem, en revanche, est la bête noire de l’armée.
Quand Bouteflika a voulu lancer sa politique de réconciliation nationale, il est allé chercher Belkhadem car celui-ci a l’oreille des islamistes modérés. Mais en 1992, juste avant le second tour du processus électoral, Belkhadem, alors président de l’Assemblée Nationale, a été obligé par l’armée de démissionner la veille du putsch militaire. L’armée ne veut pas retrouver celui qu’elle a exclu en 1992, car il est connu pour ses positions crypto-islamistes et est partisan de la refonte de la constitution qui permettrait à Bouteflika de briguer un troisième mandat. C’est une guerre à la fois ouverte – Ouyahia a déclaré le 28 novembre dernier qu’il n’était pas question de toucher à la constitution -, et sourde. Nombreux sont ceux dans l’opinion publique algérienne qui considèrent que ces attentats ne sont pas sans lien avec ce règlement de compte entre les clans. Il faut se rappeler aussi que la vague d’attentats à la voiture piégée à Alger des années 96/97/98 avait également pour toile de fond une lutte entre deux clans, entre celui du général Zeroual, président de la République, et des services secrets de l’armée, car il voulait créer un parti avec le secrétaire général de l’UGTA à sa tête, Abdelhaq Benhamouda. Comme par hasard, ce dernier a été assassiné et l’armée a mis Bouteflika au pouvoir.

Mais comment expliquer alors que l’attentat ait été revendiqué par un groupe islamiste et qu’il ait visé, entre autre, une organisation internationale ?

- On peut imaginer que ce soit une stratégie de camouflage de la part des commanditaires. Le fait que l’attentat contre une organisation des Nations unies rappelle celui qui avait été commis à Bagdad en 2003 permet certes de privilégier la piste islamiste mais n’exclut pas la seconde : le fait de copier l’Irak pourrait avoir pour but de mieux faire croire que ces attentats ont été commis par des islamistes. De même que la revendication. D’autre part, il est extrêmement difficile de faire confiance aux services de sécurité algériens. Je pendrai un exemple révélateur : le 22 septembre dernier le ministre de l’intérieur algérien Yazid Zerhouni annonce que le chef historique du GSPC, Hassan Hattab, s’est rendu. Mais début novembre, comme le rapporte le quotidien Liberté, le prévenu ne se présente pas à la cour qui doit le juger. Qu’est-ce que cela veut dire ? A-t-il été tué ? Ou ne s’est-il jamais rendu ?
Après une telle histoire, il est plus légitime que jamais d’être prudent. Dans le système algérien déjà très opaque et qui l’est d’autant plus depuis le lancement de la guerre contre le terrorisme, il est encore plus difficile qu’auparavant d’y voir clair. Quand on sait que même les Etats-Unis, la première puissance démocratique du monde, a pu mettre en place un système ultra-opaque qu’elle a justifié par sa guerre contre le terrorisme, avec des sites noirs à travers le monde pour détenir et torturer ses prisonniers, Guantanamo, etc., on peut facilement imaginer ce que cela peut donner dans un pays comme l’Algérie où la démocratie n’est qu’une façade.
Reste que, de toute façon, Bouteflika va payer l’addition, qu’il s’agisse d’un règlement de compte ou des islamistes.
Interview de Farid Aïchoune par Sarah Halifa-Legrand
(le mercredi 12 décembre 2007)

Le martyr des Algériens se poursuit

attentalger.jpgJe m’incline respectueusement devant les victimes des attentats de Ben Aknoun et de Hydra que je condamne énergiquement et sans réserve.
Je constate avec tristesse et colère que la violence n’a pas cessé, au contraire elle prend une tournure grave avec l’apparition récente de la « culture du kamikaze » inconnue jusque là dans le pays en s’attaquant de plus à la représentation internationale.
La responsabilité du pouvoir dans cette violence est entière : elle est politique.
L’opposition politique comme les organisations autonomes de la société civile n’ont pas cessé d’appeler le pouvoir à cesser d’asphyxier la société par un état d’urgence qui dure maintenant depuis 15 ans, qui interdit le débat entre les citoyens et le dialogue entre les différentes composantes de la population. Les Algériens ont besoin de respirer la liberté.
Le respect des droits politiques comme de l’intégrité des droits de l’homme sont la voie de sortie de crise.
Le pouvoir doit prendre le chemin politique pour la solution des graves problèmes que nous vivons malgré la richesse de notre trésorerie qui ne profite pas à la population et qui enrichit la base prédatrice du pouvoir protégée grace à l’oppression des citoyens.
On peut craindre qu’aux attentats terroristes le pouvoir oppose une réponse exclusivement policière. La répression seule ne peut avoir pour conséquence qu’une aggravation de la violence qui a sa propre dynamique, impossible à réduire par la simple répression qui pourrait être aveugle.
Espérons que le pouvoir finira par retenir la leçon de la violence : elle ne mène qu’à la violence qui ne cesse d’endeuiller la population. Il faut exiger du pouvoir qu’il prenne le chemin de la sagesse politique avec la participation de tous et en particulier des structures de contre-pouvoir que sont l’opposition politique et les organisations autonomes de la société civile.
Kamel DAOUD
Membre du Comité Directeur/ Chargé des relations internationales LADDH

 

«J’ai tout vu»

LE CHARGÉ DE LA SÉCURITÉ DU CONSEIL CONSTITUTIONNEL RACONTE

La trentaine, de taille moyenne, Abdelkrim B., était hier au siège, ou de ce qui en reste, du Conseil constitutionnel où il est chargé de la sécurité. De prime abord, il nous dira : «J’ai tout vu.»
Meriem Ouyahia – Alger (Le Soir) – Avec peine, hésitant et cherchant ses mots, il nous a raconté la journée de l’horreur de ce 11 décembre 2007. Une journée filmée par les caméras de cette institution et dont les films de la bande ont été remis à la police scientifique. Il était 8h30, lorsque Abdelkrim est descendu du bus de transport juste devant le siège du Conseil constitutionnel. «Saïd, le garde républicain, se trouvait devant la porte, et à quelques mètres, se trouvait l’autre Saïd, un agent de sécurité du Conseil constitutionnel. Et aux alentours de la bâtisse, trois ou quatre agents de la sécurité nationale en tenue étaient là», se souvient lentement Abdelkrim. Il ressortira quelques minutes après pour prendre un café. «A mon retour, j’ai rencontré le brigadier chef de la police, ammi Mohamed. Il dessinait, sur la base d’une photo d’un journal, le visage de Djamila Bouhired. Ses cheveux ont été déjà esquissés », relate ce garde républicain avec un triste sourire. Et d’ajouter : «Je lui ai dit qu’il était un vrai artiste avant de me diriger vers mon bureau, de l’autre côté du siège (côté droit, ndlr)». Avec soin, Abdelkrim raconte qu’il a changé sa tenue pour mettre la rouge de la Garde républicaine. «J’ai allumé mon ordinateur tout en surveillant la caméra qui filmait. J’ai vu le bus orange des étudiants, le Cous, en panne», a précisé encore Abdelkrim B. Deux minutes à peine s’écouleront. «C’est à ce moment-là que j’ai aperçu le camion-citerne blanc, un Toyota Jac, qui a été stoppé à l’entrée de l’institution par Saïd, le garde républicain. Quelques secondes s’écouleront avant que l’explosion ne retentisse», raconte Abdelkrim. Il poursuit : «Le camion n’a rien percuté. Je ne sais pas si la bombe a été actionnée de loin ou un autre procédé a été utilisé.» Le faux plafond lui tombant sur la tête, Abdelkrim a réalisé que c’est la réalité. «Le grand portail a été déjà soufflé. J’allais sortir, quand je me suis rappelé qu’après un attentat, des terroristes peuvent tirer. Alors, j’ai rebroussé chemin », dit-il. Abdelkrim s’est heurté aux autres employés qui dévalaient les quatre étages du bâtiment. Ils sortaient en trombe, fuyant la mort. «Je me suis dirigé alors vers le parking. C’était un vrai carnage. Le chauffeur de M. Bouchaïr agonisait. Un membre du Conseil l’aidait à réciter la Chahada», se souvient ce garde républicain. Il explique la présence du chauffeur : «Chaque mois, il venait récupérer sa paie ici, car M. Bouchaïr l’a pris avec lui. Et comme son salaire tardait à être viré, il est venu s’enquérir.» «Il est venu pour mourir», n’a pu s’empêcher d’ajouter ce témoin. «A ses côtés, un autre chauffeur gémissait à cause de ses blessures. Et à quelques mètres, gisait dans son sang ammi Mohamed. Il avait les deux jambes coupées», continue cet agent de la sécurité, la gorge nouée. «Il est maintenant dans le coma. Et dire qu’il devait prendre sa retraite dans quelques mois. Il avait fait des projets dans ce sens, en pensant qu’il aurait une promotion», précise encore Abdelkrim. Rebobinant le film de cette fatidique journée, il continue : «J’ai trouvé Saïd de la garde républicaine complètement déchiqueté à près de 60 mètres de son poste. Il a été propulsé». Sans parents, Saïd rejoint ainsi sa mère morte il y a de cela quelques mois, laissant dans ce bas monde sa fiancée avec qui il devait se marier le mois de mars prochain. L’autre Saïd, agent de sécurité du Conseil constitutionnel, est toujours porté disparu, comme Abbas, un autre chauffeur. «Nous avons trouvé des corps calcinés. Mais, nous ne les avons pas encore identifiés », ajoute Abdelkrim.
M. O. Le Soir d’Algérie

1...212223242526

FRONT NATIONAL - Bouches-du... |
Mouvement des Jeunes Social... |
15ème circonscription du No... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Sagvar, le Roman Noir de la...
| Sarkophage
| UES - Claude WEBER